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Full text of "Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives par Cl. Deciv & J. Vaissete. [Édition accompagnée de dissertations & notes nouvelles contenant le Recueil des inscriptions de la province, continuée jusques en 1790 par Ernest Roschach]"

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HISTOIRE 



GENERALE 



DE LANGUEDOC 



AVEC DES NOTES ET LES PIECES JUSTIFICATIVES 



DOM CL. DEVIC & DOM J. VAISSETE 



RELIGIEI'X BÉMÉDICTINS DE LA CONGRÉGATION DE SAINT-MAUR 



TOME TROISIEME 




TOULOUSE 

EDOUARD PRIVAT, EDITEUR 



MDCCCLXXII 



HISTOIRE 



GENERALE 



DE LANGUEDOC 



ÉDITION 



ACCOMPAGNEE 



DE DISSERTATIONS & NOTES NOUVELLES 



CONTENANT 



LE RECUEIL DES INSCRIPTIONS DE LA PROVINCE 

AKT1Q.UES ET DU MOYEN AGE 

DES PLANCHES, DES CARTES CÉOGRAPHiaUES ET DES VUES DE MONUMENTS 

PUBMÉE SOUS LA DIRECTION DE 

M. Edouard DULAURIER, membre de l institut 



ANNOTEE PAR 



M. Emile MABILLE 

ATTACHÉ AU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS DE LA 
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



M. Edward BARRY 

PROFESSEUR d'hISTOIRE A LA FACULTÉ DES LETTRES 
DE TOULOUSE 



CONTINUEE JUSaUES EN 1790 

PAR 

M. Ernest ROSCHACH 

CORRESPONDANT DU MINISTÈRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE POUR LES TRAVAUX HISTORIQUES 



Tous droits réservés pour ce qui concerne la nouvelle rédaction, 

même partiellement. 



HISTOIRE 



GENERALE 



DE LANGUEDOC 



AVEC DES NOTES ET LES PIECES JUSTIFICATIVES 



DOM CL. DEVIC & DOM J. VAISSETE 

RELIGIEUX BÉNÉDICTINS DE l.A CONGRÉGATION DE SAINT-MAUR 



TOME TROISIEME 




TOULOUSE 

bDOUARl) PR!\'AT. L! BR A 1 Kli-LDlTia' K 



MDCCCLXXM 






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AVIS AU LECTEUR 



LE tome III de la présente édition correspond à une partie du tome II 
de l'édition originale j il comprend les livres XI à XVIII du texte des 
Bénédictins, c'est-à-dire l'histoire de la Province depuis l'année 878 
jusqu'à l'année ii65, date de la réunion du concile de Lombers, où fut 
condamnée l'hérésie des albigeois. 

Nous nous sommes attachés à rendre plus clairs & moins concis les titres 
ou indications d'ouvrages cités par les Bénédictins. Lorsque ces ouvrages 
se sont trouvés être des manuscrits conservés aujourd'hui dans des dépôts 
publics, nous avons ajouté l'indication de ces dépôts 8c les numéros d'inven- 
taires. 

Comme dans le premier volume, nous avons placé au bas des pages, quand 
cela nous a paru nécessaire, quelques notes 81 rectifications dont nous don- 
nons ci-dessous la Table. Nous ne nous dissimulons point que nous aurions 
pu augmenter considérablement le nombre de ces rectifications, surtout en 
ce qui concerne les noms de lieu, que les Bénédictins n'ont pas toujours 
exactement traduits ni bien orthographiés} mais* ne pouvant avoir la pré- 
tention de relever toutes les erreurs de transcription renfermées danâ le texte 
de VHistoîre du Languedoc , nous avons dû renvoyer à la Table générale 
du quatorzième volume, sous les noms qu'elles concernent, les corrections 
notées. On y joindra toutes celles que les érudits & les personnes qui se 

III. • 



vj AVIS AU LECTEUR. 

sont occupées de l'histoire du Midi voudront bien nous adresser. Nous avons 
déjà reçu de plusieurs savants des notes dont nous saurons faire profiter nos 
lecteurs. 

On a placé, avant le texte des Bénédictins, une Table des sommaires des 
chapitres contenus dans le tome III j le lecteur y trouvera une sorte de 
résumé chronologique des faits rapportés dans l'histoire : c'était une amélio- 
ration nécessaire. 

La Table générale des noms Se des matières, placée par les Bénédictins 
à la fin du tome II de l'édition originale, comprend le texte, les notes 5c 
les preuves. En la dédoublant, nous avons fait la Table placée à la fin du 
tome III de la nouvelle édition, puisque ce volume contient seulement le 
texte des livres XI à XVIII de l'histoire 5 elle a été complétée Se rectifiée 
dans un grand nombre d'articles. 



TABLE ANALYTIQUE 



ADDITIONS ET CORRECTIONS MISES AU BAS DES PAGES 



PAR LES NOUVEAUX ÉDITEURS 



Acfred ou Wifred, abbé de Saint-Julien de 
Brioude, comte de Vêlai dès l'an 922. 

page io5 note i 

Acfred, comte de Carcassonne, était-il aussi 
comte de Razès? (Consulter la "Note recti- 
ficative à la suite de la Note Lxxxvii du 
tome II.) p. 25 n. 6 

Acfred, comte de Razès; sur sa parenté. 

p. 24 n. 4 
— Erreur des Bénédictins au sujet de sa 
parenté avec S. Guillaume de Gellone. 

p. 24 n. 6 
Adélaïde, seconde femme de Guillaume, fils 
de Boson II, comte de Provence j ne doit 
pas être confondue avec Adélaïde d'An- 
jou, p. i36 n. 2 

Adhémar, fils d'Émenon, comte de Poitiers, 
n'était pas de la race de Ranulfe. 

p. 39 n. 3 . 

Adolenus, évéque d'Albij les Bénédictins 
mentionnent à tort deux évéques de ce 
nom en 876 & en 891. p. 35 n. 5 

Aimery du Peyrat; sa chronique manus- 
crite, n. 2835 des mss. de Colbert, porte 
aujourd'hui le n. 4991 A du fonds latin 
de la Bibliothèque nationale. 

p. 327 n. 4 



Alphonse d'Aragon, battu sous les murs de 
Fraga par les Sarrasins, fait prisonnier, 
ou tué dans l'action. — Divers docu- 
ments, p. 690 n. 3 

Antioche; siège & prise de cette ville par 
les croisés; le général musulman qui com- 
mandait dans cette place, appelé Dacien 
ou Acxien par les Bénédictins, est nommé 
par les auteurs arabes Bâghi-Siân, Yagni- 
Sian & Agh'oucian. p. 509 n. 2 

p. 5i3 n. I 

— Une armée de secours, venue du château 
de Harenc, est battue par les croisés. 

p. 5ii n. I 

— Circonstances de l'entrée des croisés 
dans cette ville. p. 5i2 n. i 

— Menacée par une armée turque, en 1 1 1 1, 
elle est délivrée par les princes croisés. 
Circonstances racontées par Mathieu 
d'Edesse. p. 599 n. i 

Aquitaine (duché d')^ si Charles le Simple 
en disposa, en 927, en faveur d'Ebles, 
comte de Poitiers, à la mort d'Acfred. 

p. io5 n. 6 

Archos ou Arka, petite ville de l'Asie Mi- 
neure, p. 525 n. I 

Arsinde, crue à tort de la maison d'Anjou, 
fut-elle la première femme de Guillaume- 
Taillefer, comte de Toulouse? 

p. 293 n. 4 



III 



Vllj 



TABLE ANALYTIQUE DES ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



Arsindej erreurs des Bénédictins sur sa 
parenté. p. lyS n. 3 

Artaud, comte de Pailhas, & son fils de 
même nom, donnent, en 1076, une charte 
en faveur de Saint-Michel de Cuxa. 

p. 345 n. 5 

Assasins ou Ismaéliens; origine de la secte. 

p. 760 n. 2 

Ascalon (bataille d') , remportée par les 
croisés sur les troupes venues d'Egypte 
sous les ordres d'El-Afdhal, roi de ce 
pays. p. 535 n. 3 

Aton, comte de Ribagorça, personnage 
apocryphe tiré de la charte d'Alaon. 

p. 170 n. 8 

Auvergne (comté d'); si Charles le Simple 
en disposa, en 927, après la mort d'Acfred, 
en faveur d'Ebles, comte de Poitiers. 

p. io5 n. 6 



B 



Barcelone (comté de); sur ses comtes (Su- 
niofred, Wifred, &c.) p. 124 n. 4 

Bardin. La chronique dite de Bardin, à 
laquelle les Bénédictins, ont ajouté 
créance, est un document supposé. 

p. 269 n. I 
p. 709 n. 3 

Baudouin du Bourg, assiégé dans Edesse 
par une armée turque sous les ordres de 
Schéref-Eddaula-Maudoud. p. 591 n. 4 

Bernard II, marquis de Gothie; sa parenté. 

p. 3 n. 9 

— N'a été ni comte de Poitiers, ni duc 
d'Aquitaine. p. 12 n. 2 

— Sur sa prétendue postérité, p. 18 n. 5 

Bernard III, comte d'Auvergne, confondu 
par les Bénédictins avec Bernard, fils de 
Dodane; sa parenté. p. 11 n. 5 

— Surnommé Plantevelue. p. 19 n. i 

— Son identité avec le Bernard III cité par 
les Bénédictins, p. 23 n. 4 

p. 77 "• 4 

— Sa femme & ses enfants. p. 3o n. 3 

Bernard, fils de Dodane, de la famille de 
S.Guillaume, fut comte d'Autun; son 
successeur à ce comté. p. n n. 8 

Béryte ou Bérouth, ville de la Phénicie; sur 
l'époque de la prise de cette ville par les 
croisés. p. 591 n. 3 

Boémond, roi de Jérusalem, fait prisonnier 
par les Turcs; circonstances de cette 
prise. p. 546 n. 4 



Borrel, comte d'Ausone, fils de Wifred le 
Velu. p. 102 n. I 

Boson, comte d'Arles, est-il le même que 
Boson, frère du roi Raoul? p. 109 n. 2 

Boson II, comte de Provence; sa filiation. 

p. i36 n. 2 

Bourg; signification de ce mot employé par 
les Bénédictins. p. 817 n. 7 

Bruniquel (château de), construit sur l'em- 
placement d'un château plus ancien , 
connu sous le nom de Verdun ; rensei- 
gnements, p. 726 n. 4 



Casseuil ou Casseneuil, palais des rois 
carlovingiens , ruiné longtemps avant 
l'époque indiquée. p. 81 n. 6 

Commerce du midi de la France vers le 
milieu du douzième siècle. Indications 
des ouvrages à consulter, p. 864 n. 4 

Comtes de Barcelone. Leurs droits sur les 
comtés de Carcassonne & de Razès. Rec- 
tifications tirées de l'ouvrage de Bofarull 
intitulé : Los condes de Barcelona vîndi- 
cados. p. 363 n. i 

p. 373 n. 3 

Comtes de Toulouse, renseignements sur 
l'origine antique des tombeaux dans les- 
quels ont été mis leurs corps; — descrip- 
tion de la chapelle de Saint-Sernin qui 
renferme ces tombeaux. p. 292 n. i 

Comte palatin, qualification prise par plu- 
sieurs comtes de Toulouse sur les mon- 
naies, p. 298 n. 3 

Concile de Narbonne (le septième). L'acte 
d'excommunication lancé par ce concile 
provincial est transcrit dans le Cartulaire 
de Saint-Michel de Cuxa; documents à 
consulter. p. 307 n. 4 

Constance, seconde femme du roi Robert, 
fille de Guillaume I, comte de Provence, 
& non de Guillaume-Taillefer, comte de 
Toulouse. p. 176 n. i 

p. 214 n. 5 
p. 221 n. I 
p. 293 n. 5 

— Sa mère, qui s'appelait Adélaïde & non 
Arsinde, n'appartenait pas à la maison 
d'Anjou. p. 221 n. i 

Consuls de Toulouse. — Renvoi au t. VII 
de cette édition, pour la notice concer- 
nant les institutions communales de la 
Province. p. 791 n. i 



TABLE ANALYTIQUE DES ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



IX 



Consul; sur la signification de ce terme, 
employé comme synonyme de cornes, dans 
hes chartes du moyen âge. p. 246 n. 6 

Corbaghan, émir de Mossoul, envoyé par 
le sultan de Perse au secours d'Antioche, 
assiégé par les croisés; variantes de ce 
nom. p. 5i3 n. 2 

— Il assiège à son tour les croisés enfer- 
més dans Antioche; circonstances de la 
défaite des troupes musulmanes sous ses 
ordres. p. 5i5 n. 2 

Croisade (la première) j ouvrages à con- 
sulter, p. 494 n. 8 

p. 525 n. 2 
p. 532 n. I 
p. 565 n. 4 

— Son succès est assuré par la victoire rem- 
portée à Dorylée, le i*"' juillet 1097. 

p. 5o2 n. 4 

Cuxa (abbaye de); sur la date d'une dona- 
tion faite à cette abbaye par la comtesse 
Ermessinde & autres. p. 61 n. 2 



D 



Dacien ou Acxien, nom donné par les Béné- 
dictins au général musulman qui com- 
mandait dans Antioche, assiégée par les 
croisés; nombreuses variantes de ce nom. 

p. 509 n. 2 

— Sa mort. p. 5i3 n. i 

Decîmum (douaire), signification de ce mot 
omise par du Cange dans son Glossaire. 

p. 371 n. 2 

Diplômes du roi Robert, donnés en 1022, 
datés de l'année où furent brûlés les héré- 
tiques d'Orléans. p. 259 n. 7 

Dixième siècle; cité par les Bénédictins 
comme un temps de barbarie, durant le- 
quel on négligea presque entièrement les 
belles-lettres. Opinion rectificative. 

p. 186 n. 2 

Donations (sur les) faites a,ux églises de la 
Septimanie par Pépin le Bref & Charle- 
magne. p. 854 n. 2 

Dorylée, bataille de ce nom livrée en 1097, 
entre les croisés & les musulmans; dé- 
cide du succès de la première croisade. 

p. 5o2 n. 4 

Douce, femme de Raimond-Béranger III, 
comte de Barcelone; sa parenté. 

p. 667 n. 2 

Dreux, frère de Gui d'Anjou, ne lui succéda 
pas à l'évèché du Puy. p. 177 n. i 

p. 219 n. 9 



Ebles (l'abbé), frère & non pas oncle de 
Ranulfe II; erreurs dans lesquelles sont 
tombés les Bénédictins, à son sujet, par 
la créance donnée au récit d'Adhémar de 
Chabanais. p. 5o n. 3 

Ecfrid, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, 
comte de Toulouse en 841. p. 3 n. i 

Ecfrid ou Wifred, prétendu comte de Bour- 
ges, inventé par l'auteur de la translation 
des reliques de saint Genou, p. 2 n. 6 

p. 24 n. 4 

Edesse. Circonstances de la levée du siège 
de cette ville, en 11 10, rapportées par 
Mathieu d'Edesse. p. 591 n. 5 

Elefant, évèque de Nimes, vivait encore en 
1084, contrairement à l'opinion émise 
par les Bénédictins qui le font mourir 
en 1080. p. 382 n. 6 

Ere de l'Incarnation, employée quelquefois 
dans le midi de la France, dès le huitième 
siècle. p. 413 n. 3 

Ere d'Espagne, employée encore dans le 
midi de la France, au onzième siècle. 

p. 413 n. 3 

Etienne, évèque du Puy; sa parenté avec 
Gui d'Anjou. p. 242 n. 10 

Etienne I, comte de Gévaudan ; erreur des 
Bénédictins sur sa parenté avec Raimond, 
comte de Rouergue. p. 141 n. 4 

— Il n'était pas de la famille des comtes de 
Toulouse. p. 116 n. 3 

Eudes. Epoque à laquelle il fut reconnu 
roi. p. 40 n. I 



Flavius Ebusus; erreur des Bénédictins au 
sujet de ce nom qu'ils ont attribué à la 
ville de Perpignan. p. i58 n. 4 



Gérard ou Guinard, comte de Roussillon, 
ainsi nommé par les Bénédictins, est ap- 
pelé Géraud dans les textes cités par eux. 

p. 787 n. 9 

Gothie. Union de ce marquisat au domaine 
des comtes de Toulouse. p. 88 n. 3 

Gui d'Anjou, évèque du Puy; n'eut pas pour 
successeur son frère Dreux, p. 177 n. i 

p. 219 n. 9 



TABLE ANALYTIQUE DES ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



Gui d'Anjou, évéque du Puy; sur sa pa- 
renté. P- ^i<5 ''' ^ 

Guifred ou Wifred, comte de Cerdagne; sa 
parenté; époquedesamort. p. 261 n. 2 

Guilabert, comte de Roussillon, vivait en- 
core en 1 100, d'après une charte tirée du 
Cartulaire d'Elne. p. 33o n. 8 

Guinard ou Gérard, comte de Roussillon, 
ainsi nommé par les Bénédictins ; son vrai 
nom est Géraud, d'après les pièces mêmes 
citées par eux. p- 7^7 ^^- 9 

Guillaume dit le Jeune, neveu deGuillaume 
le Pieux, troisième comte d'Auvergne de 
ce nom, Guillaume le Pieux était le se- 
cond, 8i Guillaume, frère du duc Gérard, 
le premier. p- 97 n. 6 

p. 104 n. 4 

Guillaume IX, comte de Poitiers. Rensei- 
gnements sur son expédition en Terre- 
Sainte, en iioi. p. 556 n. 2 

N'est pas l'inventeur de la poésie pro- 
vençale. P- 664 n. 6 

Guillaume-Taillefer, comte de Toulouse; 
sur la leçon fautive donnée par les Béné- 
dictins, d'une inscription tumulaire qui 
le concerne. p- 289 n. l 

— S'il fut marié deux fois. p. 298 n. 4 

— A-t-il épousé la nièce de Gui, évêque du 
Puy, & d'Adélaide, comtesse de Gévau- 
dan> p. 176 n. l 

Guillaume I & Guillaume II, cités à tort 
par les Bénédictins comme évèques de 
Viviers. Il n'y a eu qu'un évèque de ce 
nom de 1149 à ii53. P- 77^ n. i 

Guillaume de Nevers. Renseignements sur 
son itinéraire par Brindes, Constantino- 
ple & Antioche, en iioi. p. 555 n. i 



H 



Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de 
Jérusalem; note rectificative sur ses ori- 
gines & sur ses premiers grands maîtres. 

p. 767 n. 2 

Hugues, comte d'Ampurias; sa parenté. 

p. 261 n. 2 



J 



Jérusalem ; circonstances de la prise de cette 
ville par les croisés, le i5 juillet 1099. 

p. 532 n. I 

Juifs. Sur le quartier qu'ils habitaient à 
Toulouse, au onzième siècle; — usage 
de souffleter un juif à la fête de Pâ- 
ques. P- 252 n. 3 

— Ils possédaient, à la même époque, des 
terrains & des maisons dans la ville de 
Béziers. P- 3o8 n. i 

Justice; son administration pendant la 
période carlovingienne. p. 409 n. 9 



K 



1 



Indictions ; sur les différentes manières 
dont on les comptait au neuvième siècle. 

p. 60 n. 5 

Ismaéliens ou Assasins; origine de la secte. 

p. 760 n. 2 



Kilidj-Arslan-Daoud, sultan d'Iconium , 
appelé Soliman par les Bénédictins. 

p. 5oo n. 2 



L 



Langogne (prieuré de); renvoi à la note 
du tome VII de cette édition où se trouve 
une notice sur cet établissement reli- 
gieux, p. 224 n. 2 

Langue romane; indication de quelques 
travaux récents à consulter, p. 866 n. 3 

p. 872 n. 2 

Leude, ou droit de péage sur le bétail, les 
marchandises, &c. p. 735 n. 4 

Lézat, cartulaire de cette abbaye; indica- 
tion de l'établissement & de la collection 
où se trouvent l'original & une copie de 
ce cartulaire. p. 264 n. 2 

Limoux; occupe à peu près l'emplacement 
du Castrum Rhedus, détruit au septième 
siècle; antiquités romaines trouvées dans 
un de ses faubourgs. p. 21 n. i 

Louis d'Outre-mer; différentes manières 
de compter les années de son règne. 

p. 124 n. I 

Louis VII, dit le Jeune; rectification de 
l'itinéraire qu'il suivit pour se rendre à 
la Terre-Sainte. p. 752 n. 5 

p. 754 n. I 

Lothaire reconnu comme roi dans la partie 
orientale du Languedoc; preuves tirées 
des nombreuses chartes de ce roi conte- 
nues dans les cartulaires de Sauxillanges 
& de Saint-Julien de Brioude. 

p. i52 n. I 



TABLE ANALYTIQUE DES ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



X] 



Loup Asinarius, vicomte de Soûle, per- 
sonnage apocryphe cité dans la charte 
d'Alaon. p. 170 n. 8 



M 



Maguelonne; sur sa reconstruction, sur la 
dédicace de son église & la reconstitution 
du chapitre ; — ouvrages à consulter. 

p. 284 n. 2 

Maguelonne; sur ses évéques & ses cha- 
noines, p. 35o n. 4 

Marche d'Espagne; sur les différeiits comtés 
dont elle se composait. p. 124 n. 4 

Matfred , évêque de Béziers, administra 
pendant neuf années le diocèse de Lo- 
dève. p. 204 n. 5 

Mende, qualifié bourg par les Bénédictins; 
signification de ce mot. p. 817 n. 7 

Saint-Michel de Cuxa. L'acte de consécra- 
tion de son» église, en 1045, existait dans 
le Cartulaïre de cette abbaye. Baluze en 
a conservé une copie. p. 809 n. 3 

— Cette abbaye reçoit des dédommage- 
ments pour les torts commis à son égard 
par Artaud, comte de Pailhas, & par son 
fils, du même nom, suivant une charte 
de 1076. p. 345 n. 5 

Minervois; au sujetdu titrede comtédonné 
à ce pays. p. 56 n. i 

Monnaies de Melgueil. — Ouvrages à con- 
sulter, p. 405 n. 6 

Monnaies du Languedoc. Indication des 
notes qui leur sont consacrées. 

p. 184 n. 2 

Montauban; sa fondation. p. 781 n. 4 

Mont-Pèlerin, château près de Tripoli, en 
Syrie, construit par Raimond de Saint- 
Gilles, p. 545 n. 3 

p. 559 n. I 

Municipalités. p. i85 n. 10 

— Voir, au tome VII de cette édition, 
la notice concernant les institutions com- 
munales de la Province. p. 791 n. i 



N 



Nicée. Rectification sur les circonstances 
de la prise de cette ville par les chrétiens, 
en 1097. p. Soi n. 8 

Normands. Doutes sur leurs excursions sur 
les côtes de la Provence en 892 ; 

p. 46 n. 7 



Normands. Doutes sur leurs excursions 
dans l'Aquitaine en 928. p. 93 n. 6 

Nostradamus (Jean de) ; sur la foi qu'on doit 
ajouter aux récits de ce chroniaueur. 

p. 800 n. 2 



o 



Oliba Cabreta, comte de Barcelone & de 
Fenouillèdes. Renvoi à la note rectifica- 
tive LXXXVII, ^ VIII, du tome II de cette 
édition, où se trouvent redressées les 
erreurs des Bénédictins à son sujet. 

p. 162 n. I 

Oliba, évèque d'Ausone; sa parenté. 

p. 261 n. 2 



Parlement, qu'on suppose à tort avoir été 
tenu à Toulouse en io3i, d'après la 
Chronique de Bardïn. p. 269 n. l 

Parlement, qu'on suppose à tort avoir été 
tenu, en 11 22, dans l'abbaye de Saint- 
Benoît de Castres, d'après la Chronique 
de Bardin. p. 709 n. 3 

Perpignan, capitale. du Roussillon, que les 
Bénédictins confondent avec Flavius 
Ebusus. p. i58 n. 4 

Pétronille, fille de Ramire, roi d'Aragon, 
mariée à Raimond-Béranger IV, comte 
de Barcelone; circonstances rapportées 
par BofaruU. p. 699 n. 6 

Pierre de Mercœur; au sujet des troubles 
qui éclatèrent dans le diocèse du Puy, à 
l'occasion de son élection comme évè- 
que; époque de sa mort; lieu de sa sé- 
pulture, p. 3i5 n. 5 

Pierre-Ermengaud, coadjuteur d'Elefant, 
évèque de Nimes, lui succède. 

p. 382 n. 6 

Poésie romane ou provençale. — Rectifica- 
tion du récit des Bénédictins à son sujet. 

p. 664 n. 6 

Poésies des troubadours ; indication de 
quelques ouvrages récents à consulter. 

p. 866 n. 3 
p. 872 n. 2 
Polignac (vicomtes de). Indication des 
chartes où l'on peut trouver des ren- 
seignements sur cette famille. 

•p. 3o n. I 

— C'est à tort que les Bénédictins donnent 

le nom de Polignac auxvicomtes de Vêlai, 

en 1074. P' 384 n. 3 



XI) 



TABLE ANALYTIQUE DES ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



Pons, abbé de Cluny, était-il de la famille 
de S. Benoît d'Aiiiane ? p. 582 n. 2 

Potestas, que les Bénédictins traduisent par 
podestat, signifie proprement le domaine, 
l'ensemble des biens d'une personne , 
d'une communauté. p. 160 n. 3 

Princeps; sur la signification de ce terme 
dans les chartes du moyen âge. 

p. 246 n. 6 



R 



Roger, fils de Bernard & de Garsinde, a-t- 
il été le premier comte de Foix de ce 
nom } p. 275 n. 6 

Rostaing de Posquières, chef de la branche 
des seigneurs de ce nom. p. 678 n. 2 

Roussillon (comtes de). Erreurs signalées 
dans ce qu'en disent les Bénédictins. 

p. 67 n. 3 
— Sur la généalogie de ces comtes. 

p. 68 n. 5 



Raculfe, comte de Mâcon, n'était pas frère 
de Guillaume le Pieux. p. 77 n. 4 

Raimond, comte de Rouergue & marquis 
de Gothie, qualifié prince des Aquitains. 

p. i33 n. 6 

— Exécuteur testamentaire, vers l'an 960, 
de Hugues, évéque de Toulouse. 

p. i53 n. 5 

Raimond de Saint-Gilles a-t-il aliéné les 
comtés de Cahors & de Rodez à l'occa- 
sion de son départ pour la Terre-Sainte ? 

p. 490 n. 3 

— Son armée disperse les troupes envoyées 
par Alexis Comnène, auprès de Rodosto. 

p. 497 n. I 

— Rectification du récit des Bénédictins 
sur sa conduite à l'égard des croisés lom- 
bards. ~ p. 552 n. 3 

— Il est retenu prisonnier par Tancrède, 
comte d'Antioche, dans le château de 
Sarouantavij situation de ce lieu. 

p. 559 n.' I 

— Les écrivains orientaux lui accordent un 
rôle aussi considérable que celui que lui 
attribuent les Bénédictins, dans leur récit 
des croisades. p. 565 n. 4 

Rainulfe ou Ranulfe II, comte de Poitiers; 
sur sa filiation; prit-il le titre de roi 



d'Aquitaine 



p. 38 n. 7 



— Mort en 890, ne put prendre part à la 
guerre entreprise par Eudes en 892, con- 
tre Guillaume le Pieux; — autres recti- 



fications. 



p. 47 n. 7 



— Erreurs sur l'époque de sa mort, suite de 
la créance accordée au récit d'Adhémar de 
Chabanais. p. 5o n. 6 

Ramire, moine de Saint-Pons de Thomiè- 
res, devenu roi d'Aragon; sur l'époque 
& le lieu de sa mort. p. 700 n. 5 

Richilde, fille de Borrel, comte d'Ausone; 
petite-fille de Wifred le Velu. 

p. 102 n. I 
p. io3 n. 4 



Sarouantavi, nom de la forteresse où Rai- 
mond de Saint-Gilles fut retenu prison- 
nier par Tancrède, comte d'Antioche. 

p. 559 n. I 

Satrapa, satrape; sur la signification de ce 
terme dans les chartes du moyen âge. 

p. 246 n. 6 

Septimanie; n'a jamais fait un royaume 
particulier, quoique qualifié royaume 
dans plusieurs documents, p. 69 n. 6 

Serfs; sur leur condition dans le onzième 
siècle. — Ouvrages à consulter. 

p. 406 n. 7 

Sigillographie du Languedoc; indication 
de la note qui lui est consacrée. 

p. 862 n. I 

Soliman, sultan d'Iconium ; son vrai nom 
est Kilidj-Arslan-Daoud. p. 5oo n. 2 

Suniaire, comte d'Urgel, ne doit pas être 
confondu avec Suniaire, comte de Rous- 
sillon, qui vivait à peu près à la même 
époque. p. 32 n. 3 



Tancrède, prince d'Antioche; circonstan- 
ces de sa mort, d'après les historiens 
orientaux. p. 6o5 n. 3 

Templiers, ou chevaliers du Temple de 
Jérusalem; note rectificative sur les pre- 
miers grands maîtres de l'ordre. 

p. 767 n. 2 

Thierri ouThéodoric, grand chambellan de 
Louis le Bègue; sa mort, arrivée en 879. 

p. i5 n. I 

Thomas II, évêque de Viviers; sur la date 
de son épiscopat. p. 773 n. i 

Toulouse, assiégé par Henri, roi d'Angle- 
terre ; l'époque de ce siège employée 
dans la date des actes. p. 811 n. 2 



TABLE ANALYTIQUE DES ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



xnj 



Trêve de Dieu; notice à ce sujet. 

p. 401 n. 2 
Tripoli, ville de Syrie; sur la date de sa 
conquête par les croisés. p. 589 n. 3 
— Sur la durée du siège de cette ville. 

p. 589 n. 5 



u 



Université de Montpellier; sur son origine; 
indication d'ouvrages à consulter. 

p. 866 n. 3 

Uzès (seigneurs d'). Ouvrages à consulter. 

p. 716 n. 5 



Vêlai (comté de); si Charles le Simple en 
disposa, en 927, après la mort d'Acfred, 
en faveur d'Ebles, comte de Poitiers. 

p. io5 n. 6 



Vêlai (Eglise du). Sur l'époque de sa trans- 
lation au Puy. p. 3i n. 3 

p. 97 n. 8 

Verdun (château de), appelé aussi Bruni- 
quel, bâti sur l'emplacement d'un château 
plus ancien. Renseignements. 

p. 726 n. 4 

Villes neuves ; sur leur origine. 

p. 73i n. 4 



w 



Wadalde, évêque d'Elne ; erreurs des Béné- 
dictins sur sa parenté. p. 102 n. 8 

Wifred ou Ecfrid, prétendu comte de Bour- 
ges, inventé par l'auteur de la translation 
des reliques de saint Genou, p. 2 n. 6 

p. 24 n. 4 

Wifred ou Guifred, comte de Cerdagne ; sa 
parenté; époque de sa mort. 

p. 261 n. 2 



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AVERTISSEMENT 



DU TOME II DE L^EDITION ORIGINALE 



CE volume comprend l'histoire de près de trois siècles : il commence au règne de 
Louis le Bègue, époque principale de l'hérédité des fiefs de dignité dans les 
maisons des grands vassaux, qui usurpèrent bientôt après les droits régaliens j 
il finit au commencement des troubles que l'hérésie des albigeois causa dans la Province, 
ou à la condamnation de ces hérétiques, dans le concile tenu en ii65, à Lombers, dans 
le diocèse d'Albi. 

Nous n'entrerons pas dans le détail des faits qui font la matière de chacun des huit 
livres dont ce volume est composé : on peut avoir recours à l'ouvrage même. Nous nous 
contenterons de dire en général que, dans un temps aussi obscur pour notre histoire, & 
pour celle de France, que les dixième, onzième & douzième siècles, nous avons cru ne 
devoir rien négliger. C'est ce qui nous a portés à employer certains faits qu'on regardera 
peut-être comme peu importans, & que nous aurions omis dans d'autres circonstances. 
Nous nous sommes attachés principalement, soit dans l'histoire, soit dans les notes, à 
faire connoître, autant qu'il nous a été possible, l'origine, la succession, la généalogie 
& les actions des comtes, des vicomtes & des autres grands vassaux de la Province, 
surtout de ceux qui ont joui des droits régaliens j matière dont la plus grande partie 
étoit enveloppée d'épaisses ténèbres, que nous avons tâché de dissiper par les monu- 
mens du temps. 

La méthode que nous avons suivie dans cette recherche, où nous n'avons admis que 
ce que nous avons trouvé appuyé sur les titres, & sur les auteurs anciens, nous a engagés 
à rapporter la plupart des pièces justificatives sur lesquelles nous nous, fondons. Nous 
donnons aussi plusieurs autres actes que nous avons jugés intéressans; en particulier 
ceux qui peuvent servir à découvrir l'origine & la généalogie de l'ancienne noblesse du 



xvj AVERTISSEMENT DU TOME' II DE L'EDITION ORIGINALE. 

pays^ ce qui a grossi cette partie du volume. Nous savons que les gens de lettres estiment 
ces sortes de recueils qui ont plusieurs utilités. Ceux qui cherchent à s'instruire du 
nobiliaire de Languedoc ne nous désapprouveront pas ; & nous pouvons avancer qu'il 
y a peu d'anciennes maisons originaires du pays & du voisinage, qui ne trouvent dans 
les preuves de ce volume leurs premiers ancêtres. Il ne nous a pas été possible de faire 
mention dans le corps de l'ouvrage de l'origine de la plupart de ces maisons; cela nous 
auroit menés trop loin, & eût été d'une discussion trop difficile; nos tables y sup- 
pléeront en quelque manière : nous y avons rangé par ordre alphabétique les noms des 
anciennes familles, & mis à côté les chiffres des pages où il en est parlé. 

Nous avons tâché d'éclaircir dans ce volume, comme dans le précédent, les faits 
douteux ou obscurs, soit dans le corps de l'ouvrage, lorsque l'examen n'étoit pas trop 
long, soit dans les notes, quand le sujet demandoit de plus amples réflexions. Nous nous 
sommes peut-être un peu trop étendus sur la première croisade; mais comme Raimond 
de Saint-Gilles, comte de Toulouse, fut un des principaux chefs de cette célèbre expé- 
dition, & que la principale noblesse de la Province y prit beaucoup de part, nous avons 
cru ne devoir rien passer de ce qui regarde leurs personnes & leurs exploits; d'autant 
plus que tous nos historiens modernes en ont parlé fort succinctement. 

On nous a fait remarquer quelques fautes qui nous ont échappé dans le premier 
volume, & nous en avons observé nous-mêmes quelques autres. On en trouvera aussi 
sans doute dans celui-ci & dans les suivans; car nous n'avons garde de prétendre donner 
un ouvrage parfait. On sait assez combien-il est aisé de se tromper en matière de i^its, 
& les plus grands historiens ne sont pas exempts de ce défaut. Nous corrigerons toutes 
ces fautes dans le dernier volume, où nous mettrons des additions & des corrections' 
pour tout l'ouvrage. L'histoire critique de la Gaule Narbonnoise, que M. de Mandajors 
a donnée depuis peu, & qui mérite avec justice l'éloge des savans, nous donnera aussi 
occasion de réformer quelques articles de nos deux premiers livres & d'ajouter quelques 
observations. Nous ne cherchons que la vérité : c'est dans cette. vue que nous avons relevé 
avec liberté les fautes de ceux qui nous ont précédés, sans préjudice de l'estime qui est 
due à leurs ouvrages. 

Nous devons joindre à ceux à qui nous sommes redevables, M. le marquis DE Mail- 
LANE-PORCELETS, Seigneur distingué par sa politesse & son goût pour l'histoire & les 
belles-lettres. Il a recueilli divers mémoires dans les archives de Saint-Gilles, de Beau- 
cairé & des environs, qu'il a eu la bonté de nous communiquer. 



Les fautes indiquées dans les errata, de l'édition Les additions indiquées par les Bénédictins ont été 
originale ont été corrigées dans la présente édition. mises à leur place, au courant de l'histoire, 



SOMMAIRES DES CHAPITRES 



CONTENUS DANS LE TOME III 



. LIVRE ONZIÈME 

I. Louis le Bègue, roi d'Aquitaine, succède à Charles 
le Chauve son père. — Sa conduite envers Ber- 
nard, marquis de Gothie, & lés autres conjurés. 

IL Bernard II, marquis de Gothie, continue dans 
sa révolte & s'empare de la ville de Bourges. 

III. Invention des reliques de S. Bausile à Nimes. 
— Bertrand, vicomte de cette ville. 

IV. Miron, comte de Roussillon, & Lindoin, vi- 
comte de Narbonne, ravagent la Septimanie. 

V. Louis le Bègue marche contre Emenon & Gos- 
frid, comte du Maine, l'un frère & l'autre oncle 
du marquis* de Gothie. 

VI. Arrivée du pape Jean VIII à Arles. — Déci- 
sion d'un différend qui existoit entre l'évèque de 
Nîmes & l'abbé de Saint-Gilles. 

VII. Lettre du pape à Miron, comte de Roussillon, 
& à Humfrid, son frère, sur les violences qu'ils 
avoient exercées dans la Septimanie. 

VIII. Concile de Troyes j plusieurs évêques de la 
Province s'y trouvent. 

IX. Bernard II, marquis de Gothie, cité au concile 
de Troyes, excommunié & dépouillé de ses di- 
gnités. 

X. Soumission de Miron, comte de Roussillon, & 
de Lindoin, vicomte de Narbonne. 

XI. Le concile de Troyes ajoute au code des lois 
des Visigoths une loi contre les sacrilèges. 

XII. Différend de Willafred, évêque d'Uzès, avec 
Rotfrid, évêque d'Avignon. 

XIII. Bernard, comte d'Auvergne, succède à Ber- 
nard II dans le marquisat de Gothie. 

XIV. Union du comté d'Albigeois au domaine des 
comtes de Toulouse. 

XV. Accord du roi Louis le Bègue avec le roi de 
Germanie. — Le premier demeure maître du Vi- 
varais, du diocèse d'Uzès & des deux côtés du 
Rhône. 

XVI. Bernard II, ancien marquis de Gothie, per- 
siste dans sa révolte. — Mort du roi Louis le 
Bègue. — Bernard III, marquis de Gothie, tuteur 
du roi Louis III. 



XVII. Bernard II, ancien marquis de Gothie, 
chassé d'Autun. — Couronnement de Louis & 
Carloman, fils du roi Louis le Bègue. 

XVIII. Le duc Boson se fait couronner roi de 
Provence & règne sur le Vivarais & le pays 
d'Uzès. 

XIX. Louis & Carloman partagent le royaume. — 
Le Languedoc échoit au dernier. 

XX. Louis & Carloman déclarent la guerre à Bo- 
son. — Bernard II, ancien marquis de Gothie, 
fait prisonnier à Mâcon. 

XXI. Siège de Vienne. 

XXII. Diplômes de Carloman en faveur de diverses 
églises de la Province. — Guistrimire, comte de 
Carcassonne. 

XXIII. Raynard, vicomte de Béziers. 

XXIV. Suite du siège de Vienne. — Carloman 
succède au roi Louis III, son frère. 

XXV. Prise de Vienne. 

XXVI. Plaid tenu à Carcassonne. — Willerand, 
évêque, & Sicfred, vicomte de cette ville. 

XXVII. Acfred & Bencion, comtes de Carcassonne 
& de Razès. 

XXVIII. Donation de Bertheiz, mère d'Eudes, 
comte de Toulouse, en faveur de l'abbaye de 
Vabres. — Garsinde, épouse de ce comte. 

XXIX. Union du comté de Razès à celui de Car- 
cassonne. 

XXX. Carloman fait un voyage à Narbonne, — 
Mort de ce prince. 

XXXI. S. Théodard, archevêque de Narbonne. — 
Evêques de la Province. 

XXXII. Rétablissement de l'évêché d'Ausone dans 
la Marche d'Espagne. 

XXXIII. Mort de Bernard III, marquis de Gothie 
& comte d'Auvergne. — Guillaume le Pieux, son 
fils, lui succède. 

.XXXIV. Translation du siège épiscopal de Vêlai 
dans la ville du Puy. — Origine des vicomtes de 
Polignac. 

XXXV. Selva usurpe le siège épiscopal d'Urgel & 
l'autorité métropolitaine dans la Marche d'Es- 
pagne sur l'archevêque de Narbonne. 



III. 



XVllj 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XXXVI. Premier concile de Port, dans la Septi- 
manie. 

XXXVII. Évêques d'Albi. 

XXXVIII. Mort de Boson, roi de Provence. 

XXXIX. Louis, fils de Boson, obtient le duché de 
Provence. — Mort de Charles le Gros. 

XL. Eudes élu roi par une partie des François. 

XLI. Rainulfe II, comte de Poitiers, élu roi d'A- 
quitaine. 

XLII. Eudes fait la guerre à Rainulfe. 

XLIII. La Septimanie & la Marche d'Espagne re- 
fusent de reconnoître Eudes pour roi. 

XLIV. Charte du roi Eudes en faveur de l'église de 
Narbonne & de l'abbâye de Montolieu. 

XLV. Eudes reconnu par Arnoul roi de Germanie. 
— Charte de ce prince en faveur de l'abbaye de 
Saint-Polycarpe. 

XLVI. Eudes bat les Normands avec le cecours des 
Aquitains. 

XLVII. Plaid tenu à Nimes. — Raimond, comte, 
& Allidulfe, vicomte de cette ville. — Nouveaux 
diplômes d'Eudes en faveur des églises de la Sep- 
timanie. 

XLVIII. Louis, fils de Boson, élu roi de Provence. 

XLIX. Excursions des Normands sur les côtes de 
la Méditerranée. 

L. Eudes porte la guerre en Aquitaine contre Guil- 
laume le Pieux, comte d'Auvergne & marquis de 
Gothie, & quelques autres seigneurs. 

LI. Charles le Simple reconnu roi de France. — 
Eudes quitte l'Aquitaine & marche contre lui. 

LU. Nouveaux troubles en Aquitaine. — Sou- 
mission de ce royaume & de la Septimanie au 
roi Eudes. 

LUI. Mort de S. Théodard, archevêque de Nar- 
bonne. — Fondation de l'abbaye de Montau- 
riol, aujourd'hui Montauban. 

LIV. Translation des reliques de S. Majan à l'ab- 
baye de Villemagne. 

LV. Paix entre Eudes 8c Charles le Simple. — 
Partage du royaume entre ces deux princes. — 
Sort de la Province. 

LVI, Abbaye de Montredon dans la Septimanie. 

LVII. Diplôme de Louis, roi de Provence, en fa- 
veur de l'église d'Uzès. 

LVIII. Arnuste, archevêque de Narbonne. — Comté 
de Minervois. 

LIX. Second concile de Port. 

LX. Union des vicomtes de Béziers & d'Agde. 

LXI. Mort du roi Eudes. — Charles le Simple lui 
succède dans une portion du royaume. 

LXII. Guillaume le Pieux, marquis de Gothie, 
reconnoît Charles le Simple. 

LXIII. Abbaye de Saint-Martin de Lez, dans le 
pays de Fenouillèdes. 

LXIV. Chartes de Charles le Simple en faveur des 
églises de la Province. 

LXV. Différend du vicomte Aton avec l'abbaye de 
Montolieu. 

LXVI. Nouveaux diplômes de Charles le Simple 
en faveur des églises ou de divtMS seigneurs de 
Septimanie. 



LXVII. Guillaume le Pieux, marquis de Gothie, 
fait un voyage à la cour. 

LXVIII. Irruption des Sarrasins. — Louis, roi de 
Provence, passe en Italie où il est couronné 
empereur. 

LXIX. Concile d'Azillan , au diocèse de Nar- 
bonne. 

LXX. Comtes de Roussillon. 

LXXI. Alliance de l'empereur Louis l'Aveugle avec 
Guillaume le Pieux. 

LXXII. Royaume de Septimanie. 

LXXIII. Rétablissement de l'abbaye de Sorèze. 

LXXIV. Mort d'Acfred, comte de Carcassonne & 
de Razès. — Ses successeurs dans ces comtés. 

LXXV. Conciles de Barcelone & de Saint-Thibéry. 

LXXVI. Évêques de la Province. 

LXXVII. Comtes de Carcassonne & de Razès: 

LXXVIII. Concile de Jonquières. 

LXXIX. Nouvelles courses des Sarrasins. — Diffé- 
rends entre Raimond, fils d'Eudes, comte de 
Toulouse, & Benoît, vicomte de cette ville. 

LXXX. Guillaume le Pieux fonde l'abbaye de 
Cluny. 

LXXXI. Maïeul, vicomte de Narbonne. — Aibéric, 
son fils, comte de Mâcon. 

LXXXII. Concile de Fontcouverte. 

LXXXIII. Assassinat d'Arnuste, archevêque de Nar- 
bonne. — Troubles au sujet de l'élection d'Agio, 
son successeur. 

LXXXIV. Courses des Sarrasins & des Normands 
sur les frontières de la Province. — Paix de 
Charles le Simple avec les derniers. 

LXXXV. Louis l'Aveugle, paisible possesseur du 
royaume de Provence. — Hugues, duc de Pro- 
vence. — Union des abbayes d'Aniane, de Cruas 
& de Goudargues à l'église d'Arles. 

LXXXVI. Guillaume le Pieux fonde divers mo- 
nastères. 

LXXXVII. Comtes de Roussillon. 

LXXXVIII. Plaid tenu à Alzonne. — Difierens 
peuples de la Province. — Leurs différentes lois. 

LXXXIX. Mort d'Eudes, comte de Toulouse. — 
Raimond & Ermengaud, ses fils, lui succèdent. 

XC. Mort de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, 
marquis de Gothie & comte d'Auvergne. 

XCI. Union du marquisat de Gothie au doinaine 
des comtes de Toulouse. 



LIVRE DOUZIEME 

I. Etat de la Province au commencement du 
dixième siècle. — Domaine de la maison dj 
Toulouse. 

II. Les Sarrasins font une irruption jusques aux 
portes de Toulouse. 

III. Raimond & Ermengaud, princes de Gothie, 
fidèles à Charles le Simple pendant les troubles 
du royaume. — Bernard, comte de Maguelonne 
ou de Melgueil. 

IV. Chartes de Charles le Simple en faveur des 
églises de Narbonne &. de Gironc» 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XIX 



V. Fin de Raimond II, comte de Toulouse. — Rai- 
mond-Pons, son fils, lui succède. 

VI. Raimond-Pons & Ermengaud demeurent fidèles 
à Charles le Simple, après l'élection du roi 
Raoul. 

VII. Guillaume II, duc d'Aquitaine, se soumet à 
Raoul qui est reconnu dans le Velni. 

VIII. Mort de Louis l'Aveugle, roi de Provence. 

— Hugues s'empare de ses Etats, les gouverne 
sous le titre de duc, & reconnoît Raoul. 

IX. Ermengaud & Raimond-Pons unissent le Vi- 
varais & l'Uzège à leur domaine. 

X. Diplôme de Raoul en faveur de l'église du Puy. 

— Monnoie de cette ville. 

XI. Irruption des Hongrois dans la Province. — 
Leur défaite par Raimond-Pons. 

XII. Eudes succède à Francon, son père, dans la 
vicomte de Narbonne. 

XIII. Ulverade, frère d'Eudes, vicomte de Nar- 
bonne. 

XIV. Mort d'Agio, archevêque de Narbonne. — 
Aymenc lui succède. 

XV. Mort de Guillaume II, duc d'Aquitaine, & 
d'Acfred, son frère &. son successeur. 

XVI. Hugues, duc de Provence, élu roi de Lom- 
bardie. — Il se ligue avec le roi Raoul. 

XVII. Mort de Charles le Simple. — Interrègne 
dans la Province. 

XVIII. Hugues, roi d'Italie, cède la Provence à 
Rodolphe, roi de Bourgogne. 

XIX. Suite de l'interrègne dans la Province. — 
Concile de Narbonne. — Evêques de Carcas- 
sonne. 

XX. Ermengaud & Raimond-Pons, princes de Go- 
thie, se soumettent à Raoul. — Ce roi dispose en 
leur faveur du duché d'Aquitaine & des comtés 
d'Auvergne, de Gévaudan & de Vêlai. 

XXI. Epoque de la soumission du Languedoc à 
Raoul. — Charte de ce prince en faveur de l'ab- 
baye de Montolieu. 

XXII. Prise de Vienne par Raoul. — Evèques & 
vicomtes de Béziers. 

XXIII. Plaid tenu " Narbonne. — Raimond-Pons, 
comte de cette vill-; 

XXIV. Acfred II, comte de Carcassonne & de Razès. 

XXV. Mort d'Ermengaud, comte de Rouergue & 
marquis de Gothie. — Raimond I, son fils, lui 
succède. 

XXVI. Nouvel interrègne en Languedoc, après la 
mort du roi Raoul. — Louis d'Outre-mer généra- 
lement reconnu dans cette province. — Vicomtes 
de Narbonne. 

XXVII. Raimond-Pons, comte de Toulouse, jouit 
paisiblement du duché d'Aquitaine & du comté 
d'Auvergne. 

XXVIII. Fondation de l'abbaye de Saint-Pons de 
Thomières. 

XXIX. Dédicace de l'église de 'Saint-Pons. — Con- 
cile d'Ausèdc, dans la province de Narbonne. 

XXX. Evèques de la Province. 

XXXI. Evèques d'Albi. — Abbayes de Saint-Salvi 
Se de Saint-Eugène de Vieux. 



XXXIT. L'abbaye de Saint-Chaffre en VJai S2 
réionne. — Evèques du Puy & de Mendc. 

XXXIII. Donation de Raimond-Pons, comte de 
Toulouse, en faveur de la cathédrale de Eéziers. 

— Vicomtes de Béziers 8i d'Agde. 

XXXIV. Origine des vicomtes de Millau & de Gé- 
vaudan . 

XXXV. Louis dOutre-mer confirme la Jondation 
de l'abbaye de Saint-Pons. 

XXXVI. Concile de la province de Narbonne. 

XXXVII. Fondation des abbayes de Lézat & du 
Mas-Garnier. — Vicomtes de Toulouse. 

XXXVIII. Voyage de Louis d'Outre -mer en Aqui- 
taine. 

XXXIX. Origine des vicomtes d'Albi, de Nimes 8c 
de Lautrec. 

XL. Arnaud, comte de Carcassonne & de Razès. — 

Son origine. 
XLI. Mort d'Aton, vicomte de Toulouse. — Adhé- 

mar lui succède. 
XLII. Entrevue de Louis d'Outre-mer avec Rai- 
mond-Pons, comte de Toulouse. 
XLIII. Conrad le Pacifique succède à Rodolphe II, 

son père, dans le royaume de Provence. 
XLIV. Comtes & vicomtes d'Uzès. — Origine de la 

ville du Pont-Saint-Esprit. 
XLV. Hugues, roi d'Italie, détrôné. — Il se ligue 

avec Raimond I, comte de Rouergue & marquis 

de Gothie, pour remonter sur le trône. 
XLVI. Mariage de Raimond I, comte de Rouergue, 

avec Berthe, nièce du roi Hugues. 
XLVII. Cinquième concile de Narbonne. 
XLVIII. Boson II succède à Boson I dans le comté 

de Provence. 
XLIX. Donation d'Arnaud, comte de Carcassonne, 

en faveur de l'abbaye de Montolieu. — Amélius, 

vicomte de Carcassonne. 
L. Election de S. Fulcrand, évèque de Lodève. 
LI. Vicomtes de Lodève. 
LU. Donations de divers comtes ou seigneurs de 

la Marche d'Espagne à l'abbaye de la Grasse. 

LUI. Rétablissement du monastère de Sainte-Eni- 
mie dans le Gévaudan. — Comtes & vicomtes de 
ce pays. 

LIV. Mort de Raimond-Pons, comte de Toulouse. 

— Guillaume Taillefer, son fils, lui succède. 
LV. Comté & comtes de Fenouillèdes. 

LVI. Mariage de Matfred, vicomte de Narbonne. 

— Lothaire succède au roi Louis d'Outre-mer, 
son père. 

LVII. Guerre au sujet du duché d'Aquitaine. — 
Lothaire confirme les privilèges de l'église du 
Puy. 

LVIII. Mort d'Arnaud, comte de Carcassonne, &.c. 

— Partage de ses domaines entre ses fils. 

LIX. Différentes époques du règne de Lothaire 
dans la Province. — Union des vicomtes d'Albi 
& de Nimes. 

LX. Rétablissement de l'évêché de Pailhas dans la 
ville de Rota, sous la métropole de Narbonne. 

LXI. Roger I, comte de Carcassonne, sous l'auto- 
rité d'Arsinde, sa mère. 



XX 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



LXII. Le roi Lothaire reconnu dans la partie 
'orientale du Languedoc. — Abbés de Saint- 
Chaffre. — Évêques de Béziers. 

LXin. Berthe, femme de Raimond I, comte de 
Rouergue, bienfaitrice de l'abbaye de Montma- 
jour. 

LXIV. Plaid tenu dans le Querci par ce comte. 

LXV. Testament de Hugues, évêque de Toulouse. 

LXVL Testament de Raimond I, comte de Rouer- 
gue & marquis de Gothie. — Etendue de son 
domaine. 

LXVIl. Origine de l'abbaye de Saint-Antonin de 
Frédelas ou de Pamiers. 

LXVIII. Parens de Raimond I, dont il fait men- 
. tion dans son testament. 

LXIX. Suite du testament de Raimond. — Adhé- 
mar, vicomte de Toulouse, son exécuteur testa- 
mentaire. 

LXX. Mort de Raimond I, comte de Rouergue & 
marquis de Gothie. — Son fils Raimond II lui 
succède. 

LXXL La comtesse Berthe & le comte Raimond, 
son fils, bienfaiteurs de la cathédrale de Nimes. 

LXXIL Prise de la ville de Vienne par Conrad le 
Pacifique sur le roi Lothaire. 

LXXin. Oliba Cabreta succède à Sunifred, comte 
de Barcelone, son frère, dans le comté de Fe- 
nouillèdes, &c. — Abbaye de Saint-Paul de Fe- 
nouillèdes. 

LXXIV. Vicomtes de Narbonne. 

LXXV. Garsinde, veuve de Raimond-Pons, comte 
de Toulouse, gouverne les Etats de Guillaume 
Taillefer, son fils. 

LXXVL Vicomtes de Béziers & d'Agde. — Abbaye 
de Saint-Jacques de Béziers. — Construction de 
la cathédrale de cette ville. 

LXXVIL Translation des reliques de S. Hilaire, 
évêque de Carcassonne. 

LXXVIII, Roger I, comte de Carcassonne, bien- 
faiteur de l'abbaye de Saint-Hilaire. 

LXXIX. Dédicace de l'église de Cruas en Vivarais. 

LXXX. Entreprises pour soustraire les églises de la 
Marche d'Espagne de la juridiction des arche- 
vêques de Narbonne. 

LXXXI. Plaid tenu à Nimes. — Évêques d'Agde & 
de Nimes. 

LXXXII. Dotation de l'abbaye de Gaillac. 

LXXXin. Dédicace de l'église du prieuré de Tré- 
mesaigues dans le diocèse de Toulouse. — Évê- 
ques de cette ville. 

LXXXIV. Dédicace de l'église de Lodève. 

LXXXV, Origine de la ville & des seigneurs de 
Montpellier. — Comtes de Substantion &. de 
Melgueil. 

LXXXVL Zèle & charité de S. Fulcrand. — La 
Province affligée de la famine. 

LXXXVII. Guillaume Taillefer, comte de Tou- 
louse, épouse en premières noces Arsinde d'An- 
jou, qui lui donne plusieurs enfans. 

LXXXVin. Évêques du Puy.— Pons & Bertrand, 

comtes de Gévaudan. 
LXXXIX. Gui fait jurer la paix à ses diocésains. 



XC. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, gou- 
verne ses États par lui-même. 

XCL Testament de Garsinde, comtesse de Toulouse. 
— Vicomtes d'Albi & de Lautrec. 

XCIl. Partage des domaines de la maison de Tou- 
louse entre les deux branches de cette maison. 

XCIIL Observations sur le gouvernement & les 
mœurs des peuples de la Province au dixième 
siècle. — Alleux, fiefs, droits seigneuriaux. 

XCIV. Usurpation des biens des églises. — Abbés 
laïques. — Patronat sur les évêchés & les ab- 
bayes. — Simonie. 

XCV. Puissance des grands vassaux. — Seigneurs 
ecclésiastiques. 

XCVL Monnoie des seigneurs. 

XCVn. Succession & partage des comtés 8c autres 
dignités. 

XCVIII. Justice, plaids. — DifTérens peuples & 
différentes lois dans la Province. — Usage du 
droit romain. 

XCIX. Villes municipales. 

C. Études, assemblées, &c. 

CI. Division de la monarchie. — La Septimanie 
conserve 'son titre de royaume. — Langue ro- 
maine. 

CIL Noblesse, liberté, servitude. 

LIVRE TREIZIÈME 

I. Ermengaud, fils de Matfred, vicomte de Nar- 
bonne, succède à Aymeri, archevêque de cette 
ville. 

II. Premier testament d'Adélaïde, vicomtesse de 
Narbonne. 

III. Comtes de Provence. 

IV. Victoire de Roger I, comte de Carcassonne, sur 
Oliba Cabreta, comte de Cerdagne. — Comtes de 
Comminges. 

V. Guerre entre les comtes de Toulouse & de Car- 
cassonne. — Le dernier fait sa paix avec Oliba 
Cabreta. 

VI. Oliba Cabreta prend l'habit monastique au 
Mont-Cassin. — Partage de ses domaines entre 
ses fils. 

VII. Le roi Lothaire se rend en Auvergne. — 
Troubles de ce pays. 

VIII. Guillaume, comte de Toulouse, s'empare de 
l'abbaye de Beaulieu, dans le Limousin, & la 
donne en fief. 

IX. Evêques de Carcassonne. 

X. Raimond II, comte de Rouergue & marquis de 
Gothie, sert en Espagne contre les Sarrasins. — 
Louis V succède au roi Lothaire, son père. 

XI. Fin de la seconde race de nos rois. — Élection 
de Hugues Capet. — On refuse de le reconnoître 
en Aquitaine & en Languedoc. 

XII. Pons, comte d'Albigeois, frère de Guillaume 
Taillefer, comte de Toulouse. 

XIII. Vicomtes de Lautrec. — Frotaire transféré 
de l'évêché d'Albi à celui de Nimes. 

XIV. Le Languedoc continue de refuser l'obéis- 
sance à Hugues Capet. 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XX j 



XV. Testament de S. Fiilcrand, évêque de Lodève. 

XVI. Matfred, évèque de Béziers, désigné succes- 
seur de S. Fulcrand. 

XVII. Fondation de l'abbaye de Saint-Sauveur de 
Lodève. — Rétablissement de celle de Joncels. 

XVIII. Hugues Capet reconnu dans une partie du 
Languedoc. 

XIX. Comtes de Substantion ou de Melgueil. 

XX. Comtes de Carcassonne, de Razès & de Com- 
minges. 

XXI. Fondation de l'abbaye de Saint-Sauveur de 
Nîmes. 

XXII. Hugues Capet reconnu dans le Vêlai. 

XXIII. Second testament d'Adélaïde, vicomtesse 
douairière de Narbonne. — Origine de l'abbaye 
de Quarante. 

XXIV. Sixième concile de Narbonne. 

XXV. Guillaume, vicomte de Béziers & d'Agde, 
fait son testament avant que d'entreprendre le 
pèlerinage à Rome. 

XXVI. Mort de ce vicomte. — Garsinde, sa fille 8c 
son héritière, épouse Raimond, fils aîné de Ro- 
ger I, comte de Carcassonne. 

XXVII. Guillaume, comte de Toulouse, entre en 
marché pour vendre l'évèché de Cahors. 

XXVIII. Guillaume, comte de Toulouse, épouse 
en secondes noces Emme de Provence. 

XXIX. Comtes de Provence. 

XXX. Fondation du monastère de Saint-Pierre du 
Puy. — Comtes de Gévaudan. — Vicomtes de 
Polignac. 

XXXI. Abbés de Saint-Chaffre. — Comtes de Va- 
lentinois. 

XXXII. Réforme de plusieurs monastères de la 
Province. 

XXXIII. Abbés de Lézat & du Mas-Garnier. — 
Forton Guillaume, vicomte de Gimoez. — Amé- 
lius Simplicius, comte de Comminges. 

XXXIV. Mort de Gui d'Anjou, évèque du Puy, 
qui choisit de son vivant Etienne, son neveu, 
pour remplir son siège. 

XXXV. Robert succède au roi Hugues Capet. — Il 
épouse en secondes noces Constance, fille de 
Guillaume Taillefer, comte de Toulouse. 

XXXVI. L'archevêque de Narbonne maintenu dans 
son autorité métropolitaine sur la Marche d'Es- 
pagne. ^ 

XXXVII. Etienne de Gévaudan, évêque du Puy, 
déposé. — Origine de l'immédiation de cette 
église au Saint-Siège. 

XXXVIII. Fondation du monastère de Langogne. 

— Union de la vicomte de Gévaudan avec celle 
de Millau, en Rouergue. 

XXXIX. Origine & rétablissement de l'abbaye de 
Saint-André d'^Avignon. — Les comtes de Tou- 
louse dominent le long du Rhône. 

XL. Union de l'abbaye de Saint-Paul de Fenouil- 
lèdes à celle de Cuxa. — Vicomtes de Fenouil- 
lèdes. 

XLI. Plaid tenu à Carcassonne. — Anciens vi- 
comtes de cette ville. 

XLII. Testament de Roger I, comte de Carcassonne. 

— Ermessinde, sa fille, comtesse de Barcelone. 



XLIII. Etendue du domaine de Roger, comte de 
Carcassonne, & d'Eudes, comte de Razès, son 
frère. — Origine du comté de Foix, — Vicomtes 
de Minerve, 8cc. 

XLIV. Assemblée pour le rétablissement de la paix 
dans la Province. 

XLV. Maison de Narbonne. 

XLVI. Assemblée tenue à l'abbaye de Psalmodi, 

XLVII. Mort de Raimond II, comte de Rouergue 
& marquis de Gothie. — Hugues, son fils, lui 
succède. 

XLVIII. Mort de la comtesse Berthe , mère du 
même Raimond II. 

XLIX. Guillaume, comte de Toulouse, fait sa rési- 
dence ordinaire en Provence. 

L. Testament d'Ermengaud de Narbonne, arche- 
vêque de cette ville. 

LI. Troisième concile de Toulouse. 

LII. Mort de S. Fulcrand, évêque de Lodève. 

LUI. Plaid tenu dans le diocèse de Narbonne. 

Liy. Assemblée provinciale tenue à Urgel. — 
Etendue de la province ecclésiastique de Nar- 
bonne. 

LV. Pierre de Carcassonne élu évêque de Girone. 

LVI. Exploits de Raimond, seigneur du Bousquet, 
au diocèse de Toulouse. 

LVII. Fondation du monastère de Saint-Pierre de 
Fenouillèdes. 

LVIII. Pons, comte de Gévaudan & de Forez. — 
Maison de Mercceur. 

LIX. Mort de Roger I, comte de Carcassonne, de 
Comminges, &c. 

LX. Comtes de Razès. 

LXI. Mort de Raimond I, comte de Carcassonne. 

— Plaid tenu à Béziers. — Maison d'Anduze. 
LXII. Frédol & Géraud d'Anduze, évêques, l'un du 

Puy & l'autre de Nimes. 
LXIII. Archevêques de Narbonne. — Evêques de 

Béziers 8c de Lodève. 
LXIV. Erection 8c suppression de l'évèché de Be- 

salu, soumis à la métropole de Narbonne. 
LXV. Siège de Narbonne par les Sarrasins. — 

Leur défaite. 
LXVI. Mort de Raimond, vicomte de Narbonne. 

— Béranger, son fils, lui succède. 
LXVII. Juifs de Toulouse, 

LXVIII. Pierre, évêque de Toulouse, sert en Es- 
pagne contre les Sarrasins. 

LXIX. Assemblée de Girone. — Nouvelle dédicace 
de l'église de Formiguera, dans le Capcir. 

LXX. Fondation de l'abbaye de Saint-Geniès, dans 
le diocèse de Maguelonne. 

LXXI. Abbaye de Cendras. — Evêques d'Uzès 8t de 
Viviers. 

LXXII; Mort de Bernard, comte de Besalu 8c de 
Fenouillèdes. — Partage de ses domaines. — 
Guillaume, son fils, lui succède dans ses comtés. 

LXXIII. S. Isarn, abbé de Saint-Victor de Mar- 
seille, natif du Toulousain. 

LXXIV. S. Etienne, évêque d'Apt, natif d'Agde. 

LXXV. Manichéens brûlés à Toulouse. 



XXlj 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



LXXVI. Entreprise de Guillaume, comte de Besalu 
& de Fenouillèdes. 

LXXVII. Différends entre l'archevêque & le vicomte 
de Narbonne apaisés par la médiation de i'évèque 
d'Ausone. 

LXXVIII. Plaid tenu à Narbonne. 

LXXIX. Emme, femme de Guillaume Taillefer, 
comte de Toulouse, hérite d'une partie de la 
Provence. 

LXXX. Assemblée tenue à Fustignac, dans le Tou- 
lousain. — Comtes de Comminges. — Abbaye de 
Lombez. ^ 

LXXXI. Pierre, évêque de Girone, comte de Car- 
cassonne en partie. — Evèques d'Albi. 

LXXXII Hugues, comte de Rouergue & marquis 
de Gothie, gouverne par lui-même. — Bourg de 
Narbonne. 

LXXXIII. Union du comté de Gévaudan à celui de 
Rouergue. 

LXXXIV. Mort de Bernard d'Anduze. — Origine 
de diverses maisons de la Province. 

LXXXV. Le roi Robert fait un voyage dans la 
Province. — Sa mort. 

LXXXVI. Concile de Limoges. — Evèques du Puy 
& de Mende. — Vicomtes de Polignac. — Le 
comte Pons excommunié pour s'être marié du 
vivant de sa première femme. 

LXXXVII. Entreprise de l'archevêque d'Auch sur 
la juridiction de celui de Narbonne dans la 
Marche d'Espagne. 

LXXXVin. Le royaume de Bourgogne & de Pro- 
vence passe aux empereurs d'Allemagne. — Comtes 
de Valentinois. — Henri I, roi de France, re- 
connu dans le Vivarais. 

LXXXIX. Mort d'Aton II, vicomte d'Albi & de 
Nîmes. — Bernard III, son fils, lui succède. 

XC. Raimond, comte de Razès. — Mort de Ber- 
nard, comte de Conserans & de Foix. — Partage 
de ses domaines entre ses fils. 

XCI. Accord de Roger I, comte de Foix, avec 
Pierre, évêque de Girone, son oncle paternel. — 
Etendue de leur domaine. 

XCII. Abbayes de Camon & de Saint-Etienne de 
Cabardez. — Comté de Conserans. 

XCIII. Comtes de Comminges. 

XCIV. Partage entre Guillaume & Pierre, fils de 
Raimond I, comte de Carcassonne, après la mort 
de Garsinde, leur mère. 

XCV. Suzeraineté des comtes de Toulouse &. de 
Rouergue sur la Gothie & le comté de Carcas- 
sonne. 

XCVI. Seigneurs d'Anduze & de Sauve. 

XCVII. Plaid tenu à Béziers. — Accord fait entre 
Pierre, comte ou vicomte de cette ville, & Ber- 
mond de Sauve, son frère utérin. 

XCVIII. Concile de Cuxa en Roussillon. 

XCIX. Rétablissement de la ville & du siège épis- 
copal de Magueionne. 

C. Mort de Béranger, comte de Barcelone. — Con- 
cile de Girone & d'Ausone. 

CI. Comtes de Cerdagne. 

Cil. Mariage de Pons, fils de Guillaume Taillefer, 
comte de Toulouse, avec Majore. 



cm. Mort de Guillaume Taillefer, comte de Tou- 
louse. — Description de son tombeau qui eit 
dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse. 

LIVRE QUATORZIÈME 

I. Union du marquisat de Provence au domaine de 
la maison de Toulouse. 

II. Comté de Saint-Gilles. 

III. Origine du titre de comte palatin que pre- 
noient les comtes de Toulouse. 

IV. Mariage de Pons, comte de Toulouse, avec 
Almodis de la Marche. 

V. Bernard-Aton, vicomte d'Albi & de Nîmes, 8c 
l'évêque Frotaire, son frère, vendent l'évêché 
d'Albi. 

VI. Rétablissement de la vie commune dans l'église 
de Saint-Salvi. 

VII. Vicomtes de Lautrec. — Origine de l'abbaye 
de Vielmur en Albigeois. 

VIII. Assemblée tenue à Urgel. — Comtes de Com- 
minges. 

IX. Concile ou assemblée de Tulujes en Roussillon. 
— Etablissement de la paix & la trêve de Dieu 
dans la province de Narbonne. 

X. Concile de Saint Gilles. — Evèques de Viviers. 

XI. Différends entre l'archevêque &. le vicomte de 
Narbonne. 

XII- Septième & huitième conciles de Narbonne. 

XIII. Pierre, comte de Carcassonne, va en pèleri- 
nage à Saint-Jacques. — Il obtient la restitu- 
tion d'une partie de ses domaines. 

XIV. Descendans de Guillaume, comte de Carcas- 
sonne. 

XV. Assemblées tenues dans les abbayes de Lez & 
d'Arles. 

XVI. Plaid tenu à Corneillan. — Limites du 
comté de Toulouse, du côté d'Espagne. 

XVII. Accord entre l'archevêque & le vicomte de 
Narbonne. 

XVIII. Deuxième concile de Saint-Thibéry. 

XIX. Roger I, comte de Foix, succède dans une 
partie du comté de Carcassonne à Pierre, évêque 
de Girone, son oncle. 

XX. Béranger, vicomte de Narbonne, marche au 
secours du comte de Barcelone contre les Sarra- 
sins & obtient de lui le comté de Tarragons. 

XXI. Vicomtes de Millau, de Gévaudan &. de Lo- 
dève. 

XXII. Mort de Hugues, comte de Rouergue & mar- 
quis de Gothie. — Berthe, sa fille, femme de Ro- 
bert II, comte d'Auvergne, lui succède. 

XXIII. Pons,^ comte de Toulouse, domine sur le 
Velai. — Evèques du Puy. 

XXIV. Vicomtes de Polignac. — Abbés de Saint- 
Chaffre. 

XXV. Evèques de Béziers. — Différens plaids tenus 
dans ce diocèse & dans celui de Narbonne. 

XXVI. Pons, comte de Toulouse, fonde le prieuré 
du Vigan au diocèse de Nimes. 

XXVII. Union de l'abbaye de Moissac à l'ordre de 
Cluny. 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



xxiij 



XXVIII. Pons répudie Almodis , sa femme, qui 
épouse le comte de Barcelone. 

XXIX. Comtes de Besalu 8- de Fenouillèdes. 

XXX. Dédicace de l'église de Maguelonne. 

XXXI. Comtes de Substantion ou de Melgueil. — 
Seigneurs de Montpellier, de Lunel, d'Anduze 
& de Sauve. 

XXXII. Neuvième concile de Narbonne. 

XXXIII. Renouvellement de la guerre entre l'ar- 
chevêque &. le vicomte de Narbonne. 

XXXIV. Mort de Pierre-Raimond, comte en partie 
de Carcassonne, vicomte de Béziers & d'Agde. — 
Roger III, son fils, lui succède. 

XXXV. Mort de Raimond II, comte de Razès. — 
Réunion de ce comté à celui de Carcassonne. 

XXXVI. Dixième concile de Narbonne. 

XXXVII. Troisième concile de Toulouse. — Evê- 
ques de cette ville. 

XXXVIII. Mort d'Ermessinde de Carcassonne, 
comtesse de Barcelone. — Guifred, archevêque 
de Narbonne, excommunié. 

XXXIX. Assemblées ou conciles tenus à Barcelone 
& Elne. — Comtes de Roussillon & d'Ainpu- 
rias. 

XL. Translation des reliques des saints Just & 
Pasteur dans la cathédrale de Narbonne. — Suite 
des différends entre l'archevêque & le vicomte de 
cette ville. 

XLI. Plainte de Béranger, vicomte de Narbonne, 
contre l'archevêque. — Ce prélat est excommunié 
de nouveau. 

XLII. Couronnement du roi Philippe & son asso- 
ciation au trône par le roi Henri, son père. 

XLIII. Réforme du monastère de la Canourgue. 
— Ancienne noblesse du Gévaudan. — Origine 
de la ville de Marvéjols. 

XLIV. Fondation de la ville & du prieuré de 
Chirac, en Gévaudan. 

XLV. Union de l'ancienne abbaye de Troclar ou 
de Salnte-Sigolène en Albigeois, à celle de Saint- 
Victor de Marseille. 

XLVI. Quatrième concile de Toulouse. 

XLVII. Fin de Pons, comte de Toulouse. — Sei- 
gneurs de rile-Jourdain, comtes de Commin- 
ges, &c. 

XLVIII. Enfans de Pons, comte de Toulouse. — 
Guillaume IV, son fils aîné, lui succède dans ce 
comté. — Raimond de Saint-Gilles, le puîné, 
épouse l'héritière du marquisat de Provence. 

XLIX. Raimond -Bernard succède à Bernard- 
Aton III, vicomte d'Albi &. de Nimes, son père, 
& épouse Ermengarde, héritière de Carcassonne. 
Origine de la ville &. des seigneurs de Mire- 
poix. — Evêques d'Albi, &c. 

L Autorité des comtes de Toulouse sur l'abbaye de 
Moissac. 

LI. Lettre de Roger I, comte de Foix, à S. Hugues, 
abbé de Cluny. 

LU. Mort de Roger I, comte de Foix. — Pierre, 
son frère, lui succède en partie. 

LUI. Vœu de Bernard, comte de Bigorre, à Notre- 
Dame du Puy. 



LIV. Mort de Roger III, comte de Carcassonne. 
— Ermengarde, sa sœur, lui succède dans la 
plus grande partie de ses domaines. 

LV. Mort de Berthe, comtesse de Rouergue, mar- 
quise de Gothie, &c. 

LVI. Robert II, comte d'Auvergne, épouse en se- 
condes noces Judith de Melgueil. — Il dispute 
au comte de Toulouse 8c à Raimond de Saint- 
Gilles, son frère, la succession de Berthe, sa pre- 
mière femme. 

LVII. Raimond de Saint-Gilles succède aux do- 
maines de la branche de Rouergue. 

LVIII. Pierre, comte de Substantion, épouse Al- 
modis de Toulouse. 

LIX. Almodis, comtesse de Barcelone, fait un 
voyage à Toulouse. — Guillaume IV, son fils, 
épouse Mahaud ou Mathiide en premières noces. 

LX. Accord entre Raimond de Saint-Gilles 8i l'ar- 
chevêque de Narbonne. 

LXI. Béranger, vicomte de Narbonne, dispose de 
cette vicomte en faveur de ses fils, qui s'accor- 
dent enfin avec Guifred, archevêque de cette 
ville, 8c. lui font hommage. 

LXII. Mort de Béranger, vicomte de Narbonne. — 
Domaine temporel des archevêques de cette ville. 

LXIII. Partage entre Raimond 8c Berna/d, fils 
de Béranger, vicomte de Narbonne. — Etendue 
de leur domaine. 

LXIV. Origine de la ville de Beaucaire. 

LXV. Raimond II, vicomte de Narbonne, 8c ses 
enfans. 

LXVI. Ermengarde de Carcassonne vend à Rai- 
mond-Béranger I, comte de Barcelone, ses droits 
sur les comtés de Carcassonne 8c de Razès. 

LXVII. La comtesse Rangarde dispose du comté de 
Razès en faveur d'Adélaïde, sa fille, 8c de Guil- 
laume, comte de Cerdagne, son gendre, qui le 
vendent ensuite, avec leurs droits sur le comté 
de Carcassonne, au comte de Barcelone. — Comtes 
de Cerdagne. 

LXVIII. Nouvel accord entre le comte de Barce- 
lone 8c la vicomtesse Ermengarde sur le domaine 
de la maison de Carcassonne. 

LXIX. Concile de la province de Narbonne tenu à 
Girone. 

LXX. Cinquième concile de Toulouse. 

LXXI. Roger II, comte de Foix, succède à Pierre, 
son père. 

LXXII. Nouvelles acquisitions du comte de Barce- 
lone en deçà des Pyrénées. 

LXXIII. Nouvel achat des comtés de Carcassonne 
8c de Razès par le comte de Barcelone. 

LXXIV. Réflexions sur cette acquisition. 

LXXV. Guillaume IV, comte de Toulouse, donne 
le Lauragals en fief au comte de Barcelone. — 
Plaid tenu à Carcassonne. 

LXXVI. Légation du cardinal Hugues le Blanc. — 
Princes 8c seigneurs de Savès 8c de Verdun dans 
le Toulousain. — Évêques de Toulouse. 
LXXVII. Origine de la ville de Lavaur. — Abbés 

de Moissac, 8cc. 
LXXVIII. Réforme de l'église d'Albi 8c de divers 
monastères de la Province. 



XXIV 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



LXXIX. Vicomtes de Toulouse & de Bruiiiquel. 

LXXX. Mort de Raimond-Bernard, vicomte d'Albi 
& de Nimes^. — Son fils Bernard-Aton IV lui 
succède. — Evêques de Nimes. 

LXXXI. Le pape Grégoire VII appelle Raimond 
de Saint-Gilles à son secours. 

LXXXII. Etienne de Polignac, évêque de Clermont, 
s'empare de l'évêché du Puy. — Abbés de Saint- 
Chaffre. 

LXXXIII. L'évèque d'Oloron, légat de Grégoire VII 
dans la Province. — Abbés de Saint-Guillem & 
d'Aniane. — Seigneurs d'Anduze, de Sauve, de 
Canillac, &c. 

LXXXIV. Libéralités de Roger II, comte de Foix, 
envers les abbayes de Cluny & de Saint-Pons. 

LXXXV. Raimond de Saint-Gilles & quelques 
prélats de la Province excommuniés par Gré- 
goire VII. 

LXXXVI. Mort de Raimond-Béranger I, comte de 
Barcelone & de Carcassonne, & d'Almodis, sa 
femme. — Partage de ses domaines entre ses fils. 

LXXXVII. Raimond de Saint-Gilles continue de 
protéger Guifred, archevêque de Narbonne. — 
Seigneurs de Montpellier. 

LXXXVIII. Guillaume IV, comte de Toulouse, 
fait fleurir la religion dans ses Etats. 

LXXXIX. Déposition d'Etienne de Polignac, évê- 
que du Puy. 

XC. Vicomtes de Polignac. 

XCI. Frotard, abbé de Saint-Pons, légat du Saint- 
Siège. — Guifred, archevêque de Narbonne, 
excommunié de nouveau au concile de Besalu. 

XCII. Concile de la province de Narbonne tenu à 
Girone. 

XCIII. Divers plaids tenus dans la Gothie & le 
diocèse d'Agde. — Matfred III, évêque de Béziers. 

XCIV. Gouvernement & mœurs des peuples de la 
Province durant le onzième siècle. — Autorité 
des ducs, des comtes & du clergé. 

XCV. Domaine des grarrds vassaux. — Fiefs & 
titres de dignité. — Droits seigneuriaux. — 
Guerres particulières. 

XCVI. Monnoie des seigneurs. 

XCVII. Noblesse. — Chevalerie. — Tiers état. — 
Serfs. 

XCVIII. Droit féodal. — Biens allodiaux. 

XCIX. Droit romain seul observé enfin en Lan- 
guedoc. 

C. Justice. — Juridiction temporelle des évêques. 
— Plaids. — Assemblées. — Duel. 

CI. Langue romaine ou provençale. — Les Lan- 
guedociens compris sous le nom général de Pro- 
vençaux. — Origine de la poésie provençale. 

CIL Vie civile. — Chronologie. — Poids, me- 
sures. 



LIVRE QUINZIÈME 

I. Etendue du domaine de Guillaume IV, comte 
de Toulouse, & de Raimond de Saint-Gilles, 
son frère. 

II. Principaux seigneurs de la Province. 



III. Guerre entre Guillaume IV, comte de Tou- 
louse, & Gui-Geoffroi, duc d'Aquitaine. — Le 
dernier prend Toulouse. 

IV. Guillaume, comte de Toulouse, fait un voyage 
à Rome. — Il se déclare le défenseur de l'abbaye 
de Saint-Pons. 

V. Raimond & Béranger, comtes de Barcelone, se 
réconcilient & partagent le comté de Carcas- 
sonne. 

VI. Guifred, archevêque de Narbonne, & Raimond 
de Saint-Gilles excommuniés de nouveau. 

VII. Mort de Guifred de Cerdagne, archevêque de 
Narbonne. — Pierre de Narbonne, évêque de 
Rodez, s'empare de son siège. 

VIII. Sixième concile de Toulouse. 

IX. Bienfaits de Pierre, comte de Substantion ou 
de Melgueil, envers l'église de Maguelonne. 

X. Bertrand, évêque de Maguelonne, déposé pour 
simonie. — Richard, abbé de Saint- Victor de 
Marseille. 

XI. Pierre, archevêque nommé de Narbonne & 
Frotard, évêque d'Albi, excommuniés & déposés. 

XII. Vicomtes de Gévaudan & de Lodève. — Léga- 
tion du cardinal Framaldus. — Monastère de 
Moissac. 

XIII. Assemblée tenue à Narbonne. — Vicomtes 
de cette ville. 

XIV. Nouveaux bienfaits de Guillaume IV, comte 

de Toulouse, envers l'abbaye de Saint-Pons. 

Il épouse en secondes noces Emme de Mortaing. 

XV. Raimond de Saint-Gilles perd sa première 
femme. — Il épouse Mathilde de Sicile en se- 
condes noces. 

XVI. Pierre, élu archevêque de Narbonne, excom- 
munié & déposé de nouveau. — Dalinace lui 
succède. 

XVII. Mort de Raimond-Béranger II, comte de 
Barcelone & de Carcassonne. — Mathilde, sa 
veuve, épouse Aymeri I, vicomte de Narbonne. 

XVIII. Troubles dans les comtés de Carcassonne & 
de Razès, dont le vicomte Bernard-Aton se rend 
maître. 

XIX. Réforme de l'église de Carcassonne. — Ab- 
baye de Sainte-Marie de Carcassonne. 

XX. Mariage du vicomte Bernard-Aton avec Cécile 
de Provence. — Comtes de Provence. 

XXI. Guillaume IV, comte de Toulouse, se brouille 
avec le pape à l'occasion de l'église de Saint- 
Sernin. 

XXII. S. Raimond, chanoine de Saint-Sernin de 
Toulouse. 

XXIII. S. Pons, abbé de Saint-André d'Avignon. 

XXIV. Vicomtes de Minerve. 

XXV. Raimond de Saint-Gilles renonce à la dé- 
pouille des évêques de Béziers décédés. 

XXVI. Assemblée tenue à Nimes. — Bienfaits de 
Raimond envers l'abbaye de Saint-Pons. 

XXVII. Pierre, comte de Substantion ou de Mel- 
gueil, soumet son comté à Grégoire VII & à 
l'Eglise romaine. — Raimond, son fils, lui suc- 
cède. 

XXVIII. Dalmace, paisible possesseur de l'arche- 
vêché de Narbonne. — Fin de Pierre, son com- 
pétiteur. 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XXV 



XXIX. Raimond de Saint-Gilles marie Einme de 
Sicile, sa belle-sœur, avec le comte de Clermont 
en Auvergne. 

XXX. Guerre entre Adhémar, évéque du Puy, & 
les vicomtes de Polignac. — Abbés de Saint- 
ChafTre. 

IIXXI. Raimond de Saint-Gilles, bienfaiteur de 
l'abbaye de Saint-André d'Avignon. — Seigneurs 
d'Uzès & de Posquières. 

XXXII. Guillaume IV dispose du comté de Tou- 
louse & de ses autres domaines en faveur de Rai- 
mond, son frère. 

XXXIII. Duché de Narbonne. 

XXXIV. Marquisat de Provence. 

XXXV. Entreprise de Béranger, évéque d'Ausone, 
sur la juridiction métropolitaine des archevêques 
de Narbonne. 

XXXVI. Septième concile de Toulouse. 

XXXVII. Accord entre l'évèque de Maguelonne & 
Guillaume V, seigneur de Montpellier, qui lui 
fait hommage. — Agrandissement de cette der- 
nière ville. 

XXXVIII. Vains efforts de Dalmace, archevêque 
de Narbonne, pour empêcher le rétablissement de 
la métropole de Tarragone. 

XXXIX. Plaintes contre les abbés de Saint-Pons & 
de la Grasse. 

XL. Onzième concile de Narbonne. — Abbés de la 

Grasse. 
XLI. Rétablissement de l'archevêché de Tarragone 

au préjudice de l'archevêché de Narbonne. 

XLII. Chanoines réguliers de Saint-Paul de Nar- 
bonne. — Translation de la sépulture des comtes 
de Toulouse dans le cimetière de la Daurade. 

XLIII. Mort de Guillaume IV, comte de Toulouse. 
— Raimond de Saint-Gilles, son frère, lui suc- 
cède. 

XLIV. Mort de Béranger, comte de Barcelone & 
en partie de Carcassonne. — Ramire, fils de 
Sanche, roi d'Aragon, religieux de Saint-Pons. 

XLV. S. Béranger, moine de Saint-Papoul. 

XLVI. Philippe de Toulouse épouse en secondes 
noces Guillaume IX, duc d'Aquitaine. 

XLVII. Raimond de Saint-Gilles épouse Elvire de 
Castille en troisièmes noces. 

XLVIII. Gilbert, vicomte de Millau & de Gévau- 
dan, épouse l'héritière de Provence. 

XLIX. Concession de Raimond de Saint-Gilles en 
faveur des abbayes de Psalmodi & de Saint- 
Gilles. 

L. Réforme de l'église de Maguelonne & de di- 
verses abbayes de la Province. 

LI. Bertrand, fils de Raimond de Saint-Gilles, 
épouse Hélène de Bourgogne en secondes noces. 

LU. Comtes de Cerdagne, de Besalu & de Fenouil- 
lèdes. 

LUI. Urbain II vient en France pour y publier la 
croisade. 

LIV. Roger II, comte de Poix, termine ses diffé- 
rends avec la vicomtesse Ermengarde, sa cousine, 
& lui engngï vine partie de ses' domaines pour 
aller à la Terre-Sainte. 



LV. Voyage d'Urbain II dans la Province. —Con- 
cile de Clermont. — Aymar, évéque du Puy, 
déclaré chef de la croisade. 

LVI. Raimond de Saint-Gilles prend la croix arec 
plusieurs princes & seigneurs de Languedoc & 
des provinces voisines. 

LVII. Urbain va à Toulouse. — Il dédie l'église 
de Saint-Sernin 8c se rend ensuite à Nîmes. 

LVIII. Le pape tient un concile à Nimes. Il 

dédie la cathédrale de cette ville. — Évêques de 
Béziers. 

LIX. Suite du voyage d'Urbain II dans la Pro- 
vince. 

LX. Raimond de Saint-Gilles se prépare à son dé- 
part pour la Terre-Sainte. 

LXI. Départ de Raimond. — Son voyage jusques 
à Constantinople. — Armoiries des comtes de 
Toulouse. 

LXII. Démêlés, négociations & réconciliation entre 
Raimond & l'empereur Alexis. 

LXIII, Arrivée de Raimond & de son armée au 
siège de Nicée. — Il contribue beaucoup à la 
défaite des Turcs & à la prise de cette ville. 

LXIV. Nouveaux exploits de Raimond & des croi- 
sés jusques à Antioche. 

LXV. Archevêques & vicomtes de Narbonne. 

LXVI. Assemblée au Caylar dans le diocèse de 
Nimes. 

LXVII. Accord entre l'évèque de Nimes & l'abbé 
de la Chaise-Dieu, touchant le monastère de 
Saint-Bausile. 

LXVIII. Guillaume, comte de Poitiers & duc d'A- 
quitaine, s'empare du comté de Toulouse durant 
l'absence de Raimond de Saint-Gilles. 

LXIX. Mort de Frotard, abbé de Saint-Pons & 
légat du Saint-Siège. 

LXX. Siège & prise d'Antioche. — Raimond de 
Saint-Gilles s'assure d'une partie de cette ville. 
— Ses différends avec Boémond. 

LXXI. Les croisés assiégés dans Antioche. — In- 
vention de la lance de Notre-Seigneur que le 
comte Raimond met dans sa chapelle. 

LXXII. Victoire des croisés sur les infidèles devant 
Antioche. — Héracle, vicomte de Polignac, est 
blessé à mort. 

LXXIII. Suite des différends de Boémond avec Rai- 
mond. — Le dernier refuse de remettre à l'autre 
la partie d'Antioche dont il étoit le maître. — 
Mort d'Aymar, évéque du Puy. 

LXXIV. Exploits de Raimond Pelet. 

LXXV. Expédition de Raimond de Saint-Gilles 
aux environs d'Antioche. — Suite de ses diffé- 
rends avec Boémond & Tancrède. 

LXXVI. Raimond se met à la tête des croisés & 
part pour Jérusalem. — Boémond s'empare sur 
lui d'une portion d'Antioche. 

LXXVII. Le duc de Normandie & Tancrède se 
joignent à Raimond. — Siège d'Archos. 

LXXVIII. Les autres princes joignent Raimond 
au siège d'Archos. — Tancrède tâche de le noircir. 

LXXIX. Pierre Barthélemi s'expose à l'épreuve du 
feu pour soutenir la vérité de l'invention de la 
lance de Notre-Scigneur. 



xxvj 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



LXXX. Raimond lève le sicge d'Archos mnlgré lui, 

& part avec les autres princes pour Jérusalem. 
LXXXI. Siège & prise de Jérusalem. — La tour 
de David se rend à Raimond qui en prend pos- 
session. 
LXXXII. Raimond de Saint-Gilles refuse la cou- 
ronne de Jérusalem. — 11 est obligé de remettre 
la tour de David à Godefroy qui est élu roi. 
LXXXIII. Voyage de Raimond au Jourdain. — 

Ses exploits à la bataille d'Ascalon. 
LXXXIV. Godefroy refuse de céder la ville d'As- 
calon à Raimond. — Brouillerie entre ces deux 
princes à cette occasion ; leur réconciliation. 
LXXXV. Départ .de Raimond de Jérusalem. — Il 
s'arrête à Laodicée & se réconcilie avec Boé- 
mond. — Retour d'une partie des croisés en Occi- 
dent. 
LXXXVI. Comtes de Roussillon. — Evèques de 

Viviers. 
LXXXVII. Philippe de Toulouse, femme du duc 
d'Aquitaine, accouche de deux fils dans cette 
ville. — Ce prince abandonne à Bertrand le 
comté de Toulouse & se croise. 
LXXXVIII. Nouvelles expéditions de Raimond de 
Saint-Gilles dans la Syrie. — Il fonde le châ- 
teau de Mont-Pèlerin & attaque la ville de Tri- 
• poli. 
LXXXIX. Piaimond refuse de nouveau la couronne 

de Jérusalem, & part pour Constantinople. 
XC. Raimond se met à la tête d'une nouvelle ar- 
mée de croisés qui a le malheur de périr. 
XCI. Malheureux succès du duc d'Aquitaine & de 

plusieurs autres croisés de France. 
XCII. Le vicomte Bernard-Aton & Guillaume- 
Jourdain, comte de Cerdagne, son cousin, vont 
joindre le comte de Toulouse en Orient. — Mort 
d'Ermengarde, mère de ce vicomte. 
XCIII. Retour de Raimond de Constantinople en 
Syrie. — Tancrède l'arrête prisonnier. — Les 
princes croisés obtiennent sa délivrance & pren- 
nent la ville de Tortose sous sa conduite. — Il 
retourne au siège de Tripoli. 
XCIV. Raimond de Saint-Gilles continue le siège 
de Tripoli. — Naissance d'Alphonse-Jourdain 
son fils. 
XCV. Raimond de Saint-Gilles soumet la ville 

de Giblet. — Suite de ses expéditions. 
XCVI. Maladie de ce prince. — Ses dernières dis- 
positions. — Sa mort & son éloge. 

LIVRE SEIZIÈME 

I. Bertrand, fils & successeur de Raimond de Saint- 
Gilles, se maintient dans la possession de ses 
Etats. 

II. Mariage de Matheline, fille aînée du vicomte 
Bernard-Aton. 

III. Voyage d'Aymeri I, vicomte de Narbonne, à 
la Terre-Sainte. — Sa mort. — Son fils Aymeri II 
lui succède. 

IV. Déposition de Bertrand, archevêque de Nar- 
bonne. — Le cardinal Richard, abbé de Saint- 
Vjctor de Marseille, lui succède. 



V. Le pape Pascal II vient dans la Province 8c 
confirme les privilèges de l'église de Narbonne. 
— Nouvelle église de Saint-Gilles. 

VI. Différend entre Raimond, comte de Substan- 
tion 8c Godefroy, évêque de Maguelonne. — 
Gautier, successeur de ce dernier. 

VII. Différend entre l'archevêque & le vicomte de 
Narbonne. — Douzième concile de cette ville. 

VIII. Hommage de Bernard-Aton, vicomte de Eé- 
ziers, à l'archevêque de Narbonne. 

IX. Guillaume V, seigneur de Montpellier, amène 
en France de la Terre-Sainte, le jeune Alphonse- 
Jourdain, fils de Raimond de Saint-Gilles. 

X. Le comté de Rouergue échoit en partage à Al- 
phonse-Jourdain. 

XI. La ville de Carcassonne se soumet au comte de 
Barcelone. — Le vicomte Bernard-Aton la re- 
prend. 

XII. Retour de Roger II, comte de Foix, de la 
Terre-Sainte. 

XIII. Bertrand, comte de Toulouse, se dispose à 
son expédition de la Terre-Sainte. — Raimond, 
comte de Melgueil, son cousin, se prépare à le 
suivre. 

XIV. Pons, abW? de Cluny, frère de Raimond, 
comte de Melgueil. 

XV. Evêques de Mende. — Abbés de la Grasse. — 
Origine de la ville de Puylaurens. 

XVI. Plaid tenu à Montpellier. 

XVII. Départ de Bertrand, comte de Toulouse, 
pour la Terre-Sainte. 

XVIII. Il va à Constantinople, fait serment à 
l'empereur Alexis, arrive au port d'Antioche 8c 
se brouille avec Tancrède. 

XIX. Accord entre Bertrand 8c Guillaume- Jour- 
dain, comte de Cerdagne, sur la succession de 
Raimond de Saint-Gilles en Orient. — Siège 8c 
prise de Giblet 8c de Tripoli par le premier. 

XX. Bertrand donne des marques de sa reconnois- 
sance envers les Génois. 

XXI. Mort du comte de Cerdagne. — Bertrand lui 
succède dans les places qu'il occupoit en Orient. 

XXII. Bertrand marche au secours du roi de Jéru- 
salem 8c le suit dans diverses expéditions. 

XXIII. Huitième concile de Toulouse. 

XXIV. Le vicomte Bernard-Aton marie sa fille avec 
le fils du comte de Roussillon. — Com-es de ce 
pays. 

XXV. Bernard-Aton augmente ses domaines. — Il 
fait hommage à l'abbé de la Grasse pour certains 
fiefs. — Eveques d'Albi. 

XXVI. Roger II, comte de Foix, appelé à la suc- 
cession de Bernard-Aton. — Rétablissement de 
l'abbaye de Samt-Volusien ; translation des reli- 
ques de ce saint. 

XXVII. Le comte de Foix restitue à l'abbaye de 
Frédelas les biens usurpés. — Origine de la ville 
de Pamiers. 

XXVni. S. Raimond, évêque de Balbastro, natif 
du Toulousain. 

XXIX. Suite des expéditions de Bertrand, comte 
de Toulouse 8c de Tripoli, dans la Terre-Sainte. 
— 11 se ligue avec l'empereur Alexis contre Tan- 
crède. 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XXVlj 



XXX. Pons, fils de Bertrand, lui succède dans le 
comté de Tripoli & le domaine d"Oricnt, & Al- 
phonse-Jourdain, son frère, dans le comté de 
Toulouse 8c le domaine d'Occident. 

XXXI. Origine des grands prieurés de Saint-Gilles 
& de Toulouse de l'ordre de Malte. 

XXXII. Exploits de Pons de Toulouse, comte de 
Tripoli. — Sa mort. 

XXXIII. Union du comté de Fenouillèdes au do- 
maine des comtes de Barcelone. — Vicomtes de 
Fenouillèdes. 

XXXIV. Le comte de Barcelone épouse Douce, 
héritière du comté de Provence, des vicomtes de 
Millau, de Gévaudan, &c. 

XXXV. Le comte de Barcelone déclare la guerre au 
vicomte Bernard-Aton au sujet des comtés de 
Carcdssonne & de Razès. — Il se ligue avec le 
vicomte de Narbonne, son frère utérin. 

XXXVI. Le vicomte Bernard-Aton se ligue avec le 
roi d'Aragon. 

XXXVII. Paix entre le comte de Barcelone & le 
vicomte Bernard-Aton. — Le premier laisse 
l'autre paisible possesseur des comtés de Carcas- 
sonne & de Razès. 

XXXVIII. Réconciliation entre l'archevêque & le 
vicomte de Narbonne. 

XXXIX. Évêques du Puy. — Vicomtes de Poli- 

XL. Le comte Alphonse rétablit les abbés séculiers 
de Moissac. — Le vicomte Bernard-Aton renonce 
à la dépouille des évêques de Carcassonne. — 
Viguerie inféodée de Béziers. 

XLÏ. Droits domaniaux des seigneurs de Mont- 
pellier sur cette ville. 

XLII. Guillaume de Montpellier, le vicomte de 
Narbonne & plusieurs autres chevaliers de la 
Province vont à la conquête de l'île de Majorque 
sur les infidèles. 

XLIII. Guillaume IX, comte de Poitiers &. duc 
d'Aquitaine, & sa femme Philippe s'emparent 
du comté de Toulouse sur Alphonse-Jourdain. 

XLIV. Le vicomte Bernard-Aton 8c quelques autres 
seigneurs du pays reconnoissent le comte 8(. la 
comtesse de Poitiers. 

XLV. Le bienheureux Robert d'Arbrissel fait un 
second voyage à Toulouse & fonde dans ce dio- 
cèse divers monastères de son ordre. 

XLVI. Fondation des abbayes de Grandselve, de 
Vajal 8c d'Ardorel. 

XLVII. Fondation de l'église 8c du prieuré de 
Saint-Antoine de Toulouse. 

XLVIII. Le duc d'Aquitaine excommunié. — Phi- 
lippe de Toulouse, sa femme, meurt religieuse à 
Fontevrault. 

XLIX. Assemblée tenue à Cassan, dans le diocèse 
de Béziers. — Origine d'Aton, archevêque d'Arles. 

L. Les évêques de Viviers reconnoissent les empe- 
reurs d'Allem igne. 

LI. Concile de Saint-Gilles. — Anciens comtes de 
Razès. 

LU. Béranger de Narbonne, abbé de la Grasse. 

LUI. Fin des comtes de Cerdagne. — Leur domaine 
est uni à celui des comtes de Barcelone. 



LIV, Douzième concile de Narbonne. — Nouveaux 
différends entre l'archevêque de cette ville 8c le 
vicomte. 

LV. Accord entre le vicomte Eernard-Aton & Ay- 
meri II, vicomte de Narbonne. 

LVI. Neuvième concile de Toulouse. — Bernard- 
Aton fait son testament &t va servir en Espagne 
contre les Sarrasins. — Etendue de son domaine. 

LVII. Réforme de l'abbaye de Sorèze. — Mariage 
d'Ermessinde, fille du vicomte Bernard-Aton. — 
Expéditions de ce vicomte en Espagne. 

LVIII. Arrivée 8c séjour du pape Gélase II dans la 
Province. — Origine de la ville d'Alais. 

LIX. Le pape Callixte II vient dans la Province 
8c tient le dixième concile de Toulouse. 

LX. Différends entre les abbayes de la Grasse 8< 
d'Alet, entre celles d'Aniane 8c de la Chaise- 
Dieu, 8c entre les églises de Saint-Etienne £c de 
Saint-Sernin de Toulouse. 

LXI. Départ du pape de Toulouse. — Il tient un 
concile à Reims, où Aton, évéque de Viviers, se 
distingue. — Successeurs de ce prélat. 

LXII. Retour du pape dans la Province. — Pré- 
tendue priinatie des archevêques de Vienne sur 
toute l'ancienne Narbonnoise. 

LXIII. Comtes de Substantion ou de Melgueil. 

LXIV. Mort ds Guillaume V, seigneur de Mont- 
pellier. — Guillaume VI, son fils aîné, lui suc- 
cède. 

LXV, Bienfaits de Roger II, comte de Foix, en- 
vers l'abbaye de Lézat. — Origine de la ville de 
Saverdun. 

LXVI. Mort de Roger II, comte de Foix. — Ro- 
ger III, son fils aîné, lui succède 8c fait la paix 
avec le vicomte Bernard-Aton. 

LXVII. Alphonse-Jourdain recouvre le comté de 
Toulouse sur le duc d'Aquitaine. 

LXVIII. Le duc d'Aquitaine se ligue avec le comte 
de Barcelone, 8c le comte de Toulouse avec le 
vicomte Bernard-Aton qui perd la ville de Car- 
cassonne. 

LXIX. Archevêques de Narbonne. — Seigneurs de 
Termes, 8cc. 

LXX. S. Guiraud, évêque de Béziers. 

LXXI. S. Bertrand, évêque de Comminges. 

LXXII. Assemblée tenue au Caylar. — Evêques de 
Lodève, 

LXXIII. Alphonse-Jourdain assiégé dans Orange 
8c délivré par les Toulousains qui l'amènent 
dans leur ville. 

LXXIV. Alphonse, comte de Toulouse, excom- 
munié par Callixte II. — Comtes de Comminges. 

LXXV. Alphonse se ligue avec le vicomte Bernard- 
Aton. — Ce dernier reprend Carcassonne. — 
Origine des mortes-payes de cette ville. 

LXXVI. Bernard-Aton étend de nouveau son do- 
in a i n e . 

LXXVII. Guerre du comte de Barcelone 8c du vi- 
comte de Narbonne contre le comte de Toulouse, 
le vicomte Bernard-Aton 8c l'archevêque de Nar- 
bonne. 

LXXVIII. Mort de Richard, comte de Rode?. 



XXVI ij 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



LXXIX. Guerre entre Bernard, comte de Substan- 
tion, & Guillaume VI, seigneur de Montpellier. 

— Ils font la paix par l'entremise des arbitres 
nommés par le pape. 

LXXX. Gautier, évèque de Maguelonne, légat du 
Saint-Siége. — Ses différends avec les seigneurs 
de Montpellier. 

LXXXI. Alphonse, comte de Toulouse, renonce au 
droit de nommer un abbé séculier à Moissac. 

LXXXII. Il fait la paix avec le comte de Barce- 
lone & partage la Provence avec lui. 

LXXXIII. Mariage d'Alphonse, comte de Toulouse, 
avec Faydide d'Uzès. — Mort de Guillaume IX, 
duc d'Aquitaine, compétiteur de ce prince. 

LIVRE DIX-SEPTIÈME 

I. Alphonse, comte de Toulouse, va en pèlerinage 
à Saint-Jacques en Galice. — Il tient un plaid 
en Provence. — Comtes d'Orange. 

II. Libéralités d'Alphonse envers les églises de 
Toulouse. — Il est garant de la paix entre le 
comte de Barcelone & les Génois. 

III. Différends & paix entre Bernard IV, comte de 
Melgucil, & Guillaume VI, seigneur de Mont- 
pellier. 

IV. Voyage de Guillaume, seigneur de Montpel- 
lier, & de son frère à la Terre-Sainte. — Ma- 
riage du premier. 

V. Évèques de Maguelonne. 

VI. Treizième concile de Narbonne. 

VII. Le vicomte Bernard-Aton partage ses do- 
maines à ses fils par son dernier testament. — 
Sa mort. 

VIII. Vicomtes de Minerve. 

IX. Union des trois vicomtes, fils de Bernard- 
Aton. 

X. L'aîné se ligue avec Roger III, comte de Foix. 

— Alphonse, comte de Toulouse, leur accorde sa 
protection. 

XI. Cécile, mère des trois vicomtes, prend l'admi- 
nistration de leurs domaines. 

XII. Nouvel accord entre Bernard, comte de Mel- 
gueil, & Guillaume de Montpellier. 

XIII. Arrivée du pape Innocent II dans la Pro- 
vince. — Plusieurs prélats 8c seigneurs du pays 
se déclarent en sa faveur contre l'antipape. 

XIV. Conciles du Puy & de Clermont. 

XV. Evèques du Puy & d'Agde. 

XVI. Mort de Béranger III, comte de Barcelone, 

— Partage des domaines qu'il avoit dans la Pro- 
vince entre ses fils. 

XVII. Roger III, comte de Foix, épouse Ximène, 
fille de Raimond-Béranger III, comte de Barce- 
lone. — Vicomtes de Sault. 

XVIII. Le comte Alphonse-Jourdain tient un plaid 
à Toulouse. 

XIX. Il juge à Montpellier un différend qui étoit 
entre l'évèque & le vicomte de Béziers. — Consuls 
de Béziers. ' 

XX. Retour du pape Innocent II dans la Pro- 
vince. 



XXI. Assemblée ou concile de Creixan. 

XXII. Nouveau traité entre les deux vicomtes Roger 
& Raimond-Trencavel. — Le premier s'accorde 
avec le comte de Toulouse touchant l'évéché 
d'Albi. 

XXIII. Mort de Bernard IV, comte de Melgueil. 

— Béatrix, sa fille unique, lui succède. 

XXIV. Traité entre Alphonse, comte de Toulouse 
8c Guillaume de Montpellier, touchant le comté 
de Melgueil, pendant la minorité de Béatrix. 

XXV. Guillaume de Montpellier promet Béatrix 
en mariage à Béranger-Raimond, comte de Pro- 
vence, 8c s'accorde avec lui touchant le comté de 
Melgueil. 

XXVI. Le comte de Toulouse se met en armes du 
côté du Rhône. — Il confirme les privilèges de 
l'abbaye de Saint-André. 

XXVII. Différens plaids tenus dans la Province. 

— Concile de Montpellier. 

XXVIII. Mort d'Aymeri II, vicomte de Narbonne. 

— Le comte de Toulouse s'empare de cette vi- 
comte sur Ermengarde, sa fille 8c son héritière. 

XXIX. Le prince Ramire, moine de Saint-Pons de 
Thomières, est placé sur le trône d'Aragon. 

XXX. Les comtes de Toulouse, de Foix 8c de Com- 
minges, le seigneur de Montpellier, 8cc., vont à 
Saragosse 8c moyennent la paix entre les rois de 
CastiUe 8c d'Aragon. 

XXXI. Paix entre les comtes de Toulouse 8c de Bar- 
celone. 

XXXII. Ramire, roi d'Aragon, donne sa fille uni- 
que en mariage, avec ses Etats, au comte de Bar- 
celone 8c retourne dans le cloître. 

XXXIII. Les comtes de Toulouse, de Foix, de 
Comminges, 8cc. , assistent au couronnement 
d'Alphonse VII, roi de Castille. 

XXXIV. Béranger-Raimond, comte de Provence, 
épouse Béatrix, comtesse de Melgueil, 8c se lie 
plus étroitement avec Guillaume de Montpel- 
lier. 

XXXV. Le duc d'Aquitaine abandonne le parti de 
l'antipape Anaclet. 

XXXVI. Premiers établissemens de l'ordre de Cî- 
teaux dans la Province. — Conversion de Pons 
de Laraze. 

XXXVII. Fondation de l'abbaye de Valmagne. 

XXXVIII. Mort de Guillaume X, duc d'Aquitaine. 

— Eléonor, sa fille 8c _ son héritière, épouse le 
roi Louis le Jeune. — Etendue de ce duché. 

XXXIX. Mort du roi Louis le Gros. — Louis le 
Jeune, son fils, fait un voyage au Puy. — Fon- 
dation de cette ville. — Comtes de Vêlai. — 
Evèques du Puy. — Vicomtes de Lautrec. 

XL. Nouvelle ligue entre Alphonse, comte de Tou- 
louse, 8c les trois vicomtes, fils de Bernard-Aton. 

XLI. Domaine de ces trois vicomtes. 

XLII. Alphonse, comte de Toulouse, renonce à la 
dépouille des évèques de cette ville. 

XLIII. Vicomtes de Gimoez ou de Terride. 

XLIV. Roger III, comte de Foix, fonde la com- 
manderie de Ville-Dieu pour les templiers £; 
renonce à ses droits sur l'abbaye de Lézat. 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XXIX 



XLV. Mariage de Roger, vicomte de Carcassonne, 
avec Bernarde, fille de Bernard, comte de Com- 
minges. 

XLVI. Vicomtes de Saint- Antonin. 

XLVII. Concile d'Uzès. 

XLVIII. Seigneurs d'Uzès, de Posqiiières, de Lu- 
nel, &c. 

XLIX. Quatorzième concile de Narbonne, 

L. Accord entre l'évèque de Maguelonne & le sei- 
gneur de Montpellier. 

LI. Alphonse, comte de Toulouse, fait un nouveau 
pèlerinage à Saint-Jacques en Galice. — Il 
moyenne la paix entre les rois de Castille & de 
Navarre. 

LU. Expédition du roi Louis le Jeune contre le 
comte de Toulouse. 

LUI. Le comte de Toulouse accorde divers privi- 
lèges aux habitans de cette ville. 

LIV. Révolte des habitans de Montpellier contre 
Guillaume VI, leur seigneur. — Alphonse, 
comte de Toulouse, les soutient & est excom- 
munié. 

LV. Guerres particulières dans la Province. — 
Accord entre Alphonse, comte de Toulouse, & 
Roger, vicomte de Carcassonne. 

LVI. Renouvellement de la guerre. — Le vicomte 
de Carcassonne se ligue avec le comte de Rodez 
contre le comte de Toulouse. 

LVII. Le comte de Toulouse favorise la guerre que 
les seigneurs de Baux faisoient au comte de Pro- 
vence. 

LVIII. Nouveau traité de paix entre Alphonse, 
comte de Toulouse, &. Roger, vicomte de Car- 
cassonne. — Le premier rend la vicomte de Nar- 
. bonne à Ermengarde. — Premier mariage de cette 
vicomtesse. ■ 

LIX. Guillaume VI, seigneur de Montpellier, re- 
prend cette ville sur les habitans rebelles. 

LX. Alphonse, comte de Toulouse, est absous de 
son excommunication. 

LXI. Accord entre Alphonse, comte de Toulouse, 

& les archevêques d'Arles, touchant la terre d'Ar- 

gence.- 
LXII. Mort de Béranger-Raimond, comte de Mel- 

gueil 84 de Provence. — Son fils lui succède sous 

l'autorité du comte de Barcelone. 
LXIII. Alphonse, comte de Toulouse, fait un 

voyage en Espa_gne & moyenne la paix entre les 

rois de Castille 8c de Navarre. 

LXIV. Alphonse, comte de Toulouse, fonde la ville 
de Montauban. 

LXV. Le vicomte Roger renonce à la dépouille des 
évêques d'Albi. — Mariage du vicomte de Nimes. 
son frère. 

LXVI. Alphonse, comte de Toulouse, tient un 
plaid à Uzès. 

LXVII. Béatrix, comtesse de Melgueil, épouse Ber- 
nard Pelet en secondes noces. 

LXVIII. Fondation de la ville de Montolieu. 

LXIX. Alphonse, comte de Toulouse, se croise à 
l'assemblée de Vézelay. 

LXX. Voyage du roi Louis le Jeune au Puy. 



LXXI. Guillaume VI, seigneur de Montpellier, 
fait son testament & va servir en Espagne contre 
les Sarrasins. 

LXXII. Il sert au siège de Tortose, de même <Jue la 
vicomtesse de Narbonne. 

LXXIII. Guillaume VI, seigneur de Montpellier, 
embrasse l'état monastique. — Son fils Guil- 
laume VII lui succède. 

LXXIV. Mission de S. Bernard dans la Province 
contre les hérétiques henriciens. 

LXXV. Union de l'abbaye de Grandselve à l'ordre 

de Cîteaux. 
LXXVI. Fondation des abbayes de Fontfroide^ de 

Calers & de Candeil. 

LXXVII. Fondation des abbayes de Belleperche, 
de Franquevaux & de Boulbonne. — Seigneurs 
de Lunel & du Caylar. 

LXXVIII.- Ancêtres de Roger, vicomte de Carcas- 
sonne. — Mort de la vicomtesse Cécile, sa mère. 

LXXIX. Départ des princes croisés pour la Terre- 
Sainte. — Raimond, prince d'Antioche, natif de 
Toulouse. 

LXXX. Arrivée d'Alphonse, comte de Toulouse, 

dans la Palestine. — Sa mort 8c son éloge. 
LXXXI. Enfans d'Alphonse-Jourdain, comte de 

Toulouse. — Raimond V 8c Alphonse, ses fils, 

lui succèdent. 
LXXXII. Retour des croisés. — Mort de Raimond, 

prince d'Antioche, 8c de Raimond I, comte de 

Tripoli. 

LXXXIII. Raimond II, dernier comte de Tripoli 
de la maison de Toulouse. 



LIVRE DIX-HUITIÈME 

I. Etendue du domaine de Raimond V, comte de 
Toulouse. 

II. Evêques de Viviers. — Ils se soumettent à l'au- 
torité des Empereurs dont ils obtiennent divers 
privilèges. 

III. Assemblée de Béziers. — Raimond V, comte 
de Toulouse, y termine ses différends avec l'ab- 
baye de Montauban. 

IV. Retour du vicomte Trencavel de la Terre- 
Sainte. — Archevêques de Narbonne. 

V. Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, épouse 
en secondes noces Bernard d'Anduze. 

VI. Fondation des commanderies de Béziers 8c de 
Nebian. 

VII. Guillaume VII, seigneur de Montpellier. 

VIII. Second mariage du vicomte Raimond-Tren- 
cavel. 

VA. Fondation des abbayes de Villelongue 8c de 
Rieunete, au diocèse de Carcassonne. 

X. Lî vicomte Roger fait son testament 8c meurt 
sans enfans. 

XI. Raimond-Trencavel 8c Bemard-Aton , frères 
de Roger, s'accordent sur sa succession. — Do- 
maine de ces vicomtes. 

XII. Comtes de Comminges. 



XXX 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XIII. Traité entre Trencavel & le comte de Barce- 
lone. — Le premier reconnoît la suzeraineté de 
l'autre sur une partie de ses domaines, au pré- 
judice du comte de Toulouse. 

XIV. Mort de Roger III, comte de Foix. — Roger- 
Bernard, son fils, lui succède &. épouse Cécile, 
fille de Trencavel. 

XV. Le comte de Foix reconnoît le comte de Bar- 
celone pour son seigneur. 

XVI. Ligue entre Ermengarde, vicomtesse de Nar- 
bonne, 8t. Raimond-Trencavel. 

XVII. Bernard-Aton, vicomte de Nimes, acquiert 
l'héritage de ses deux sœurs Matheline & Pa- 
gane. 

XVIII. Réunion du château de Mèze au domaine 
de Trencavel. — Comtes de Roussillon. — Vi- 
comtes de Fenouillèdes. 

XIX. Trencavel & Sicard, vicomtes de Lautrec, 
confirment la paix. — Principaux vassaux du 
premier. 

XX. Coutumes & capitouls de Toulouse. — Rai- 
mond, comte de cette ville, déclare la guerre à 
Trencavel & le fait prisonnier. 

XXI. Mort de Hugues, comte de Rodez. — Partage 
de ses domaines entre ses fils. 

XXII. Testament de Trencavel durant sa prison à 
Toulouse. — Il obtient sa délivrance. 

XXIII. Mariage de Raimond V, comte de Tou- 
louse, avec Constance, sœur unique du roi Louis 
le Jeune. 

XXIV. V^oyage du roi Louis le Jeune dans la Pro- 
vince à son retour d'Espagne. — Il accorde un 
diplôme à l'église de Maguelonne. 

XXV. Accord de Raimond, comte de Toulouse & 
d'Alphonse, son frère, avec l'évèque de Carpen- 
tras. — Maison de Sabran. 

XXVI. Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, re- 
nonce à la dépouille des archevêques de cette 
ville après leur mort. 

XXVII. Légation du cardinal Hyacinthe dans la 
Province. — Comtes ou princes d'Orange de la 
maison de Montpellier. — Origine des comtes de 
Valentinois. 

XXVIII. Mariage de Guillaume VII, seigneur de 
Montpellier, avec Mathilde de Bourgogne. 

XXIX. Trencavel engage une partie de ses do- 
maines. — Il en recouvre une autre partie des 
vicomtes de Bruniquel, ses cousins. 

XXX. Béranger de Narbonne, archevêque de cette 
ville. — Privilèges de Téglise de Nîmes. 

XXXI. Divers vassaux du comte de Toulouse ser- 
vent en Provence, en faveur des seigneurs de 
Baux, contre le comte de Barcelone. 

XXXII. Naissance de Raimond VI, comte de Tou- 
louse. — Diplômes du roi Louis le Jeune en fa- 
veur des églises de Maguelonne & d'Uzès. 

XXXIII. Autres diplômes de ce prince en faveur 
des églises de Nîmes, de Narbonne & de Lodève. 
— Origine de l'autorité temporelle des évêques 
de Lodève sur leur diocèse. 

XXXIV. Accord entre le comte de Toulouse 8c Tren- 
cavel. — Vicomtes de Lautrec. 



XXXV. Entrevue entre Trencavel 8i le comte de 
Barcelone. — Ermengarde, vicomtesse de Nar- 
bonne, se soumet à ce dernier. — Foires de Car- 
cassonne. 

XXXVI. Ligue du comte de Barcelone avec Tren- 
cavel, Guillaume de Montpellier, Ermengarde 
de Narbonne, Henri II, roi d'Angleterre, Sic, 
contre le comte de Toulouse. 

XXXVII. Le roi Louis le Jeune marche au secours 
du comte de Toulouse, son beau-frère. 

XXXVIII. Expédition du roi d'Angleterre contre 
le comte de Toulouse. — Il entreprend le siège 
de cette ville 8*. est obligé de le lever. 

XXXIX. Le comte de Toulouse dépouille l'évèque 
de Vaison de ses domaines. 

XL. Monnoie de Carcassonne. — Privilèges de la 
ville de Castres. — Juifs de Béziers. 

XLI. Évêques de Béziers. — Divers hommages 
rendus au comte de Foix 8t à Trencavel. 

XLII. Nouveau voyage du comte de Toulouse du 
côté du Rhône. 

XLIII. Onzième concile de Toulouse. — Evêques 
de Maguelonne. 

XLIV. Origine de l'autorité temporelle des évêques 
de Mende sur le Gévaudan. 

XLV. Pacification des différends que GuillaumeVII, 
seigneur de Montpellier, avoit avec Gui, son 
frère, 8t avec le comte 8i la comtesse de Mel- 
gueil, &c. 

XLVI. Mort de Guillaume VI, seigneur de Mont- 
pellier, religieux de Cîteaux. 

XLVII. Arrivée 8t séjour du pape Alexandre III à 
Montpellier. 

XLVIII. Concile de Montpellier. 

XLIX. Archevêques de Narbonne. — Départ du 
pape Alexandre de Montpellier. — Il passe à 
Alais, à Mende & au Puy. 

L. Le roi Louis le Jeune prend connolssance des 
différends qui étoient entre les vicomtes de Poli- 
gnac & les évêques du Puy. 

LI. Différends entre l'église de Maguelonne & 
l'abbaye de Cluny. 

LU. Le comte de Barcelone termine la guerre de 
Provence avec le secours de Trencavel, de la vi- 
comtesse de Narbonne 8i du seigneur de Mont- 
pellier. 

LUI. Fin de Raimond-Béranger IV, comte de Bar- 
celone. — Il partage à ses fils le domaine qu'il 
avoit ou prétendoit avoir dans la Province. 

LIV. Henri II, roi d'Angleterre, conclut une trêve 
avec le comte de Toulouse. — Rupture de cette 
trêve. 

LV. Paix entre Raimond, comte de Toulouse, & 
Trencavel. 

LVI. Évêques de Toulouse. — Roger- Bernard , 
comte de Foix, marie une de ses filles. 

LVII. Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se 
réconcilie avec le comte de Toulouse. — Gaucelin 
d'Azillan & Gilbert Assalit, maîtres des hospita- 
liers de Saint-Jean de Jérusalem, natifs de la 
Province. — Vicomtes de Minerve. 
LVllI. Seigneurs de Termes.- — Divers plaids tenus 
par Trencavel. — Evêques de Carcassonne. 



SOMMAIRES DES CHAPITRES. 



XXX) 



LTX. Mort de Berna rd-Aton V, vicomte de Niines 
8<.d'Ag'le, i'rère deTrencavel. — Beniard-Aton VI, 
son fils posthume, lui succède. 

LX. Le comte de Toulouse prend le jeune vicomte 
de Nîmes sous sa protection. — 11 promet en 
mariage Albéric, son fils puîné, à Béatrix, héri- 
tière du Dauphiné, dont il prend possession. 

LXI. Suites de la paix entre le comte de Toulouse 
& Trencavel. 

LXII. Arrivée de deux ambassadeurs de l'empereur 
de Constantinople à Saint-Gilles. — Leur négo- 
ciation avec le roi Louis le Jeune & le comte de 
Toulouse. 

LXIII. Le roi Louis le Jeune permet à Ermen- 
garde, vicomtesse de Narbonne, de rendre elle- 
même la justice. — Lois romaines observées dans 
la Province. 

LXIV. Démêlés de cette vicomtesse avec Béranger 
de Puiserguier. 

LXV. Le roi d'Angleterre renouvelle la guerre 
contre le comte de Toulouse. 

LXVI. Voyage du comte de Toulouse dans le bas 
Languedoc. — Il s'accorde avec Guillaume VII, 
seigneur de Montpellier. 

LXVII. Bernard Pelet, comte de Melguci, Si sei- 
gneur d'Alais, se soumet au comte de Toulouse. 
— Il est excommunié. — Maison d'Anduze. 

LXVIII. Accord entre Trencavel & la vicomtesse 
de Narbonne au sujet des mines d'argent de leur 
domaine. — Différens actes de ce dernier. 



LXIX. Gouveine:ntnt 8< moe..rs des peuples de 
la Province au douzième siècle. — Principaux 
seigneurs du pays. — Etendue de leur do- 
maine. 

LXX. Seigneurs ecclésiastiques. 

LXXI. Justice, plaids, barons, viguiers & autres 
officiers des grands seigneurs. 

LXXII. Droits féodaux & domaniaux. — Greffiers 
&. notaires. 

LXXIII. Monnoies de la Province. — Péages. 

LXXIV. Droit romain. — Successions. — Partages. 
— Franc-alleu. — Donations. 

LXXV. Guerres particulières. — Asiles. — Châ- 
teaux. 

LXXVI. Noblesse. — Chevaliers. — Sceaux 8c 
armoiries des seigneurs séculiers & ecclésiasti- 
ques. 

LXXVII. Tiers état. — Origine des communes 
& des magistrats municipaux des principales 
villes de la Province. — Coutumes particu- 
lières. 

LXXVIII. Commerce. — Juifs de la Province. — 
Rabbins célèbres. 

LXXIX. Etudes. — Origine de l'université de 
Montpellier. 

LXXX. Le Languedoc compris dans la Provence 
généralement prise. — Poésie provençale. — 
Poètes provençaux natifs de la Province. 

LXXXI. Langue provençale. 



HISTOIRE 



GENERALE 



DE LANGUEDOC 



LIVRE ONZIEME 



I. — Louis le Bègue, roi d'Aquitaine, succède à Charles le Chauve son père. 
Sa conduite envers Bernard, marquis de Gothie, 6- les autres conjurés. 

LOUIS le Bègue apprit en Artois la mort de l'empereur Charles le Chauve ^{^n^p^',"' 
son père , qui , avant son départ pour l'Italie , lui avoit laissé le gouver- 
nement du royaume'. Comme la conjuration que venoient de former 
quelques-uns des principaux seigneurs , entre autres Bernard , marquis de 
Gothie, 8c Bernard, comte d'Auvergne, lui faisoit appréhender de n'être pas 
généralement reconnu pour son successeur, & qu'il vouloit s'attacher ceux qui 
étoient demeurés fidèles, il disposa en leur faveur de divers fiefs 8c de plusieurs 
dignités vacantes. Cette conduite fut une nouvelle source de mécontentement 
pour les conjurés qui se plaignirent hautement de cette disposition faite au 
préjudice des héritiers de ceux qui les avoient occupées auparavant. Ils préten- 
dirent que ce prince avoit manifestement contrevenu en cela aux articles que 
Charles le Chauve avoit solennellement promis d'observer dans l'assemblée de 
Kiersi, peu de temps avant son départ pour l'Italie, 8c ils refusèrent, sous ce 
prétexte, de reconnoître le roi son fils 8c de lui obéir. 

Louis fut informé de ce refus à Compiègne ^, où il s'étoit rendu; il apprit f'^ii®'"'^"; 
en même temps que l'impératrice Richilde , sa belle-mère 8c sœur du duc 

' Annal, Bert'in, p. 262. ' Voyez Mabillon, Ann. Bcned. ad ann. 878, n. 20. 

III. 1 



An 877 



HISTOIRE GÉNflRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 



Eoson, étoit d'intelligence avec les conjurés qui s'étotent avancés jusques à 
Avenay en Champagne, après avoir ravagé diverses provinces dans leur marche. 
Dans cette extrémité, il écrivit' à Hincmar, archevêque de Reims, pour lui 
demander conseil. Ce prélat^ lui répondit par une longue lettre, dans laquelle 
il lui conseille d'envoyer incessamment des députés au duc Boson, à Bernard, 
comte d'Auvergne, à Bernard, marquis de Gothie , & aux autres conjurés, 
pour leur proposer de choisir un lieu commode pour une diète générale, où l'on 
tâcheroit de les satisfaire sur leurs griefs, 8c où l'on prendroit des moyens con- 
venables pour pacifier le royaume &. faire observer exactement les articles qui 
avoient été arrêtés dans l'assemblée de Kiersi. 

Hincmar écrivit 3 en même temps à l'abbé Goslin, chancelier de France, 
l'un des chefs de la révolte 8c oncle de Bernard, marquis de Gothie, pour 
l'exhorter à se reconnoître 8c à faire rentrer ce seigneur dans son devoir, 
aussi bien que Gosfrid , comte du Maine , son frère, qui étoit aussi du nombre 
des conjurés 5 mais tous les soins qu'il se donna auprès de Goslin furent"^ inu- 
tiles. II paroît qu'il fut plus heureux à l'égard d'une partie des rebelles, qui , 
s'étant assemblés en un lieu appelé Mont de Vitmar, envoyèrent faire des 
propositions de paix à Louis. Ce prince les écouta volontiers , 8c après quel- 
ques négociations , la plupart prirent le parti de se rendre à Compiègne avec 
l'impératrice Richilde, qui remit au roi les ornemens royaux avec l'acte par 
lequel l'empereur Charles le Chauve, son père, avoit disposé avant sa mort de 
tous ses États en sa faveur. Louis ayant promis ensuite solennellement à tous 
les grands du royaume, tant ecclésiastiques que séculiers, de les maintenir 
dans leurs honneurs, dignités 8c privilèges, fut couronné dans le même palais 
de Compiègne, le 8 du mois de décembre de l'an 877, par Hincmar, archevê- 
que de Reims. Ce prince devint par là paisible possesseur de tout le royaume, 
8c fit en même temps la paix^ avec Louis, roi de Germanie, son cousin, au- 
près duquel il tâcha d'excuser la conduite que l'empereur Charles le Chauve 
avoit tenue à son égard. 

Bernard, comte d'Auvergne, fut du nombre des conjurés qui se réconciliè- 
rent avec le roi Louis le Bègue; il obtint non-seulement le pardon de ce 
prince, mais il eut encore dans la suite beaucoup de part dans sa faveur. 
An 878 Quant à Bernard II, marquis de Gothie, il persista dans sa révolte avec quel- 
ques autres seigneurs, ce qui causa sa ruine. Il s'empara au commencement de 
l'année suivante de Bourges; voici, à ce qu'il nous paroît, sous quel prétexte. 

n. — Bernard II, marquis de Gothie, continue dans sa révolte ^ s'empare de 

la. ville de Bourges. 

On a observé ailleurs^ que, sous l'empire de Louis le Débonnaire^ la ville 

■ Hincmar, Opéra, t. 2, p. 179 & seq. ^ Annal. Bertin. p. 259. 

' Duchesne, Recueil des Hist. t. 2, p. 476 & suiv. ^ Annal. Fuld. p. 571. 

Frodoard, I. ,'1, c. 24. 6 Nous avons déjà fait remaïquer, tome II de 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



An 878 



Se le diocèse de Bourges étoient gouvernés par un comte nommé Wifred', 
nom qui paroît être le même que ceux d'Egfrid 8c d'Humfrid. Ce comté passa 
dans la suite sur la tête d'un seigneur appelé Gérard ^, qui en étoit paisible 
possesseur ^ en 867, quand Egfrid , abbé séculier de Saint-Hilaire de Poitiers"^, 
qui vraisemblablement descendoit du même Wifred dont nous venons de parler, 
l'obtint de Charles le Chauve à force de présens, sans qu'il paroisse que Gé- 
rard eût rien fait qui lui méritât d'en être dépossédé. L'année suivante 5, Egfrid, 
voulant prendre possession de ce comté, s'avança dans le paysj mais Gérard, 
qui n'étoit pas d'humeur à le lui céder, se mit en campagne, l'obligea de se ren- 
fermer dans un château où il l'assiégea ; Se dans l'impossibilité de le forcer à 
se rendre, il prit le parti de mettre le feu au château, ce qui obligea Egfrid à 
l'abandonner. Les gens de Gérard, s'étant alors saisis de sa personne , lui cou- 
pèrent la tête qu'ils jetèrent dans le feu avec le tronc. Charles le Chauve, in- 
formé de cet attentat, parut vouloir en tirer vengeance. Se il alla pour cela dans 
le Berri 5 mais il revint bientôt sans avoir puni Gérard, qui demeura <5 paisible 
possesseur du comté de Bourges jusques à l'an 872, que ce prince en disposa 
en faveur du duc Boson, son beau-frère, soit que Gérard fût déjà décédé, ou 
que plus vraisemblablement il soit le même que le duc de Provence de ce 
nom, qui, l'année précédente, avoit été dépouillé des dignités dont il étoit 
revêtu ''. 

Comme les comtés étoient alors déjà héréditaires, Bernard, marquis de 
Gothie, avoit des prétentions sur celui de Bourges par la raison qu'il étoit s, à Édit. origin. 
ce qu'il paroît, de la famille d'Egfrid , que les gens de Gérard avoient fait 
mourir. Mais ses liaisons avec Boson, l'un des conjurés contre Charles le 
Chauve, l'empêchèrent sans doute de faire valoir ses droits sur ce comté, jus- 
qu'à ce qu'enfin ce dernier ayant fait sa paix avec Louis le Bègue, il ne garda 
plus de ménagement avec lui. Il est certain, en effet, que Bernard se saisit de 
Bourges, peu de temps après la paix de Boson, Se d'une partie des rebelles. 
Se que pour grossir son parti, il ^ engagea dans sa révolte Emenon, son frère, 
Gosfrid, comte du Maine, son oncle maternel '°, Se les fils de ce comte. Il dé- 
fendit'' l'entrée de la ville de Bourges à Frotaire, qui en étoit alors archevê- 
que, après l'avoir été '^ successivement de Bordeaux, Se évêque de Poitiers. Il 
usurpa les biens de l'église de Bourges, exigea de ses vassaux un serment de 

cette édition, que Wifred ou Ecfrld , comte de ^' Annal. Berlin, -p. 243. 

Bourges, était un personnage fabuleux inventé par ' Ibid. p. 241. 

l'auteur de la translation des reliques de S. Ge- ^ Voyez tome II, Note LXXXVII. 

nou. [E. M.] ' Bernard II, marquis de Gothie, était neveu 

' Ecfrid, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, dont d'Emenon, comte de Poitiers, mais il n'avait aucun 

il est ici question, est celui qui fut comte de Tou- lien de parenté avec Ecfrid qui, comme nous l'a- 

louse en 841. Voir au tome II de cette édition la vons déjà dit plus haut, est l'ancien comte de Tou- 

Note rectificative LXXXVII, p. 299. [E. M.] louse de ce nom. [E. M.] 

" Voyez tome II, Note LXXXVII, n. i5. '" Annal. Berlin, p. 254. 

3 Annal. Berlin, p. 229 & seq. " Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 58. 

* Voyez tome II, Noie LXXXVII, n. 44. '" Johan. VIII, Epistolae 104, io5 & 120. — Co;2- 

5 Annal. Berlin, p. 23o. elles, t. i . — Frodoard, Historia Rem. 1. 3, c. 24. 



t. II, p. 3. 



An 878 



4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. XI. 

fidélité contraire à celui qu'il devoit lui-même à son roi , commit divers ravages 
dans le Berri , Se entraîna enfin dans sa révolte la Septimanie, où il paroît 
qu'on ' ne reconnoissoit pas encore Louis le Bègue, la seconde année du règne 
de ce prince. 

IIL — Invention des reliques de S. Bauslle à Nîmes. — Bertrand, vicomte 

de cette ville. 

Du Berri, Bernard passa^ en Bourgogne, accompagné de l'abbé Goslin, son 
oncle, &. ils arrivèrent à Saissi-les-Bois dans le diocèse d'Auxerre 3. S. Romule, 
abbé de Saint-Bausile de Nimes, qui gouvernoit une communauté de quatre- 
vingts religieux, s'étoit réfugié dans cet endroit avec une partie de ses religieux, 
au commencement du huitième siècle, ou même, à ce qu'il paroît, dans un 
temps beaucoup plus reculé, pour éviter les courses des Barbares qui ravageoient 
la Septimanie, Se il y avoit fondé un monastère. Trutgaud , abbé de Saissi , son 
successeur, venoit d'en faire réparer & agrandir l'église, lorsque Bernard, prince 
de Gothie, 8c l'abbé Goslin y arrivèrent. Il pria instamment avec ses religieux 
le premier de vouloir leur accorder une partie des reliques de S. Bausile, leur 
patron , qu'on conservoit à Nimes , lieu de son martyre. Bernard , charmé de 
pouvoir leur faire ce plaisir, qui ne lui coûtoit pas beaucoup, le leur promit j 
& étant parti peu de temps après pour la Gothie, deux religieux, députés par 
l'abbé 8c la communauté de Saissi, le suivirent dans cette province. 

Bernard, à son arrivée à Narbonne qui en étoit la capitale, présenta à l'ar- 
chevêque Sigebode les deux religieux de Saissi, Se lui communiqua le sujet de 
leur voyage. Ce prélat^ également recommandable par sa piété, son zèle Se son 
autorité, les accueillit très-bien Se promit de les favoriser en tout. Il résolut 
dans ce dessein d'aller à Nimes; mais une maladie qui lui survint l'en ayant 
empêché, il y envoya à sa place Théodard, son archidiacre, qui fut ensuite son 
successeur, Sî. qu'il fit accompagner par les deux religieux ^ après leur avoir 
donné des relic[ues de S. Paul, premier évêque de Narbonne, Se de S. Amand, 
évêque. Bernard y envoya , de son côté Se en son nom , un seigneur ou prince 
appelé Ursus. A leur arrivée , ils trouvèrent la ville de Nimes dans le trouble 8c 
l'agitation ; le bruit qui s'étoit déjà répandu parmi les habitans du diocèse qu'on 
venoit pour enlever le corps de leur saint patron, les avoit obligés à s'armer, 
résolus de s'y opposer de toutes leurs forces. 

Cela n'empêcha pas que Gilbert, évêque de Nimes, Wifred, évêque d'Uzès, 
plusieurs autres évêques Se un grand nombre d'abbés de la province qui s'étoient 
assemblés dans cette ville par ordre de Sigebode, ne fissent fouiller pour déter- 
rer ces reliques. On les trouva enfin renfermées dans un cercueil de plomb, 
que l'abbé S. Romule avoit fait enfouir dans la terre, sous une des murailles de 
Téglise, lorsqu'il avoit été obligé d'abandonner le pays. Les évêques qui étoient 

' Voyez tome IV, A^oreXVIII, n. I. ^ Voyez tome I de cette édition, livre VIII, 

» Voyez tome V, Chroniques, n. I. n. xvii, & tome V, Chroniques, n. I. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



An 873 



présens, charmés d'avoir trouvé un si précieux trésor, qui depuis avoit toujours 

demeuré caché, entonnèrent alors le Te Deum^ lequel fut alors chanté par 

cinq cents ecclésiastiques qui étoient accourus de toutes parts. C'est ainsi que les 

précieuses reliques de S. Bausile, martyr de Nimes, furent découvertes le 1 4 d'avril 

de l'an 878. Nous tenons cette relation d'un auteur contemporain, qui l'avoit 

apprise des ecclésiastiques mêmes qui y avoient assisté j aussi n'y trouve-t-on rien 

qui ne s'accorde parfaitement avec les monumens du temps. Cet auteur ajoute 

que les évêques qui se trouvèrent alors à Nimes donnèrent une partie considé- Édit. origm. 

rable de ces reliques aux deux religieux de Saissi , qui avoient donné occasion à 

leur invention. 

Le prince Ursus , nommé par le marquis de Gothie pour assister en son nom à 
cette cérémonie, étoit peut-être vicomte de Nimes; si cela est, il devoit avoir 
succédé à Bertrand qui " possédoit cette vicomte depuis neuf mois , la première 
année que Charles le Chauve fut reconnu empereur^ c'est-à-dire en 876, & qui 
tint alors un plaid dans le château des Arènes , où il fut assisté de deux vicaires 
ou viguiers , Gisalfred 8c Gautier, 8<. de plusieurs autres juges ; on remit dans ce 
plaid Gilbert, évêque de Nimes, en possession du lieu de Bisac dans la Vaunage, 
qu'on avoit usurpé sur son église. 

L'auteur anonyme de l'histoire de la translation des reliques de S. Bausile 
remarque que cette découverte fut avantageuse à la Gothie, alors menacée de 
très-grands maux; qu'outre les miracles que Dieu opéra au tombeau du saint 
martyr, on recueillit une abondante moisson dans la province; que ses peuples 
furent plus dévots Si plus religieux , Se qu'enfin le prince Bernard en usa à leur 
égard avec plus de clémence 6» de modération : termes qui , joints à un autre 
endroit où il dit que ce marquis marchoit comme un roi {ut rex ibat) dans son 
gouvernement, font assez entendre Se l'indépendance qu'il affectoit, & la révolte 
dans laquelle presque toute sa famille étoit entrée. En effet , Emenon son frère 
s'étant joint ^ à Hugues, fils naturel du feu roi Lothaire, ils coururent ensemble 
le pays qu'on appeloit alors le royaume de Lothaire , Se y commirent une infi- 
nité d'excès. Emenon se saisit^, quelque temps après, de la ville d'Evreux dont 
il ravagea les environs. Se s'empara des biens ecclésiastiques en diverses pro- 
vinces. 

IV. — Mironj comte de Roussillon , 6 Lindoin, vicomte de Narhonne, ravagent 

la Septimanie. 

La Gothie ou Septimanie, dont Bernard étoit gouverneur, fut'^ exposée d'un 
autre côté aux brigandages de Miron, comte de Roussillon, Se d'Humfrid , son 
frère, qui abandonna le cloître où il avoit embrassé la profession monastique 
Se reçu le diaconat. Ces deux seigneurs s'emparèrent, soit par adresse, soit par 
force, de toutes les places fortes; ils en chassèrent la plupart des ministres des 

' Voyez tome IV, Note XVIII, n. 2.' ' Annal. Berlin, p. i54,.— Cont\n.Alm. I. 5,c. 3(3. 

=• Johan. VIII, Epist. 23. ■• Johan. VIII, Epist. 102. 



An 878 



6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

autels, leur substituèrent des personnes indignes, & disposèrent à leur gré de 
tous les bénéfices ecclésiastiques. Lindoin, vicomte de Narbonne, qui s'étoit 
associé avec eux, ne causa guère moins de maux dans le diocèse de cette ville ; 
il bannit les curés & les prêtres de leurs églises ; Se usant d'un pouvoir des- 
potique, il donna leurs bénéfices aux créatures de Miron. Pour comble de 
malheur, les officiers de Bernard, marquis de Gothie,sous prétexte de s'opposer 
aux entreprises de ce comte & de ses complices , achevèrent , d'un autre côté , 
de ruiner le pays j en sorte que la province fut réduite à la dernière déso- 
lation. 

V. Louis le Bègue marche contre Emenon & Gosjrid, comte du Maine , Vun 

frère 6* Vautre oncle du marquis de Gothie. 

Tous ces maux étoient les tristes suites de la foiblesse du gouvernement & de 
l'ambition des grands du royaume , qui ne cherchoient qu a se rendre absolus 
dans leurs gouvernemens , &. qui s'emparoient sans scrupule des biens con- 
sacrés aux autels par la piété des fidèles. Le roi Louis le Bègue', naturelle- 
ment pacifique, se trouvoit d'ailleurs peu en état de réprimer ces désordres 
au commencement d'un règne agité encore des divers troubles qui avoient pré- 
cédé. Il tâcha cependant d'y apporter quelque remède, se mit en campagne 
aussitôt après Pâques, & passa la Seine, tant pour s'opposer aux nouvelles cour- 
ses des Normands que pour arrêter les entreprises d'Emenon , de Gosfrid , 
comte du Maine , Se des fils de ce dernier, tous ^ proches parens &. principaux 
associés de Bernard II, marquis de Gothie. Mais il tomba malade à son arrivée 
à Tours; il trouva cependant moyen de soumettre Gosfrid Se ses fils, en les 
laissant paisibles possesseurs des biens qu'ils avoient usurpés sur la succession 
du feu comte Odon. 

VI. — Arrivée du pape Jean VIII à Arles. — Décision d'un dijférend qui étoit 
entre Vévêque de Nimes 6* Vahhé de Saint-Gilles. 

Louis apprit à Tours l'arrivée du pape Jean VIII en France, où il venoii 
chercher un asile contre la fureur de plusieurs tyrans qui , depuis la mort de 
Charles le Chauve , désoloient l'Italie. Ce pontife arriva par mer à Arles le 
II du mois de mai de l'an 878, jour de la Pentecôte; il donna avis de son arri- 
vée à Bozon , duc de Provence , qui commandoit dans le pays^. Ce duc l'alla 
joindre aussitôt avec la duchesse Ermengarde, son épouse, Se lui fit tous les 
honneurs dus à sa dignité ; divers prélats des provinces voisines allèrent aussi 
joindre le pape à Arles durant le séjour qu'il fit dans cette ville , entre autres 
t.''ii°p'"5". Léon'^, abbé de Saint-Gilles. Cet abbé lui porta ses plaintes contre Gilbert, 

■ Annal. Berlin, p. 254. ' Mabillon, ad aan. 878, n. 2. — Ann. Bertin. 

M^oyez tome II, Note LXXXVII , n. 67 & p. 264. — Johan. VIII, £pi'5f. 112. 
seq. ^ Baliize, Miscellanea, t. 7, p. 349. — BoUan- 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 7 

évêque de Nîmes, qui, sans aucun égard pour les privilèges de son monastère 
soumis immédiatement au Saint-Siège , s'en étoit rendu maître 8<. avoit sur- 
pris des lettres du roi 5c du pape Nicolas I pour se maintenir dans son usur- 
pation. Léon produisit les titres qui exemptoient l'abbaye de Saint-Gilles de 
la juridiction des èvêques de Nimes, Se Jean VIII, pour juger cette affaire avec 
maturité, assembla les évêques qui étoient à sa suite &. ceux du voisinage, entre 
autres Ictérius, évêque de Viviers, avec les jurisconsultes du pays. Cette assem- 
blée ayant ouï les défenses de Gilbert Se examiné ses prétentions, décida que 
le monastère de Saint-Gilles étoit soumis au pape , qui y envoya Deusdet, duc 
de Ravenne, pour en prendre possession en son nom. L'èvêque de Nimes parut 
acquiescer à cette décision j mais le pape fut à peine sorti de France, qu'il en- 
vabit de nouveau l'abbaye de Saint-Gilles, en chassa les moines 5c se saisit de 
leurs biens. Jean VIII, averti de cette entreprise, en témoigna de l'indignation, 
& écrivit ' sur cela, au mois de juin de l'année suivante, à Rostaing, archevê- 
que d'Arles, à Sigebode, archevêque de Narbonne, Se à Robert, archevêque 
d'Aix^. Il leur ordonna d'assembler un concile pour obliger Gilbert à remettre 
les choses dans leur premier état. Se à laisser les moines de Saint-Gilles dans la 
paisible possession de leur monastère. Se en cas de refus de sa part, de le dépo- 
ser de son siège Se même de l'excommunier. Nous ignorons les suites de cette 
affaire j il paroît cependant que Gilbert, évêque de Nimes, restitua les biens 
usurpés. Se qu'il laissa jouir en paix l'abbaye de Saint-Gilles de ses anciens pri- 
vilèges. Ce prélat avoit ^ succédé à Isnard, qui vivoit sous le pontiilcat de Nico- 
las I, Se qui obtint de ce pape, à ce qu'on "^ prétend, la confirmation de la charte 
par laquelle l'empereur Louis le Débonnaire^ avoit soumis l'abbaye de Saint- 
Gilles, avec celle de Tornac, à l'église de Nimes. On^ ajoute que le roi Carlo- 
man donna à Gilbert celle de Psalmodi. 

Un moderne "7 prétend qu'Abbon, évêque de Maguelonne, alla joindre le 
pape Jean VIII à Arles, Se le pria de venir à Montpellier pour y consacrer 
l'église de Notre-Dame des Tables j mais ce fait est avancé sans preuve, Se il 
n'y en a aucune que cette ville. Se encore moins l'église de Notre-Dame, sub- 
sistassent dans ce temps-là. 

Vit. — Lettre du pape à Miron ^ comte de Roussillon , 6* à Humfiidj sonjrère, 
sur les violences qu'ils avoient exercées dans la Septimanie. 

Ce fut sans doute durant le séjour que le pape Jean VIII fit à Arles, qu'in- 
formé des violences que Miron, comte de Roussillon, Humfrid , son frère. Se 



distes, Conat. ad catalog. ponîif. part, i, p. 140 ^ Voyez tome V, Chroniques, numéro V. 

& seq. 5 Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplc- 

' Johan. VIII, Epht. 102. mes, n. XXII. 

^ Voyez dans Mena rd, Histoire de Nimes, t. i, * Voyez tome V, Chroniques, n. V. 

les différentes pièces de ce procès. [E. M.] ' Cariel, Séries praesulum Mag. p. 89, 2'' ce', 

3 Voyez au tome IV Note XVIII. 



An 873 



8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 878 

Lindoin , vicomte de Narbonne, exerçoient dans la Septimanie, il écrivit une 
lettre ' qui nous reste, dans laquelle il menace le premier de l'excommunier s'il 
ne répare incessamment les maux qu'il avoit causés, &. lui ordonne de se rendre 
à Lyon pour se présenter ensuite au concile général qu'il avoit dessein de tenir, 
& y rendre compte de sa conduite. Quant à Humfrid, il lui enjoint de rentrer au 
plus tôt dans son monastère pour y expier par la pénitence ses fautes passées, à 
moins que , sûr de son innocence, il ne voulût se trouver au concile pour s'y 
purger des crimes dont il étoit accusé. Il lui déclare enfin qu^en cas de désobéis- 
sance, il ne pouvoit s'empêcher de l'excommunier. 

VIII. — Concile de Troyes ; plusieurs évêques de la province s'y trouvent. 

Le pape se rendit quelque temps après à Lyon ^, où il écrivit au roi Louis le 
Bègue, encore malade à Tours, pour le prier de lui assigner une ville où ils 
pussent conférer ensemble. Le roi le fit prier de se rendre à Troyes, où il espé- 
roit l'aller joindre dans peu. Alors Jean VIII convoqua dans cette ville, pour le 
i^"^ d'août, un concile national de tout le royaume. Il y invita les rois de Ger- 
manie, dans le dessein d'obtenir leur protection avec celle de Louis le Bègue 
contre les factieux d'Italie, 8c de porter ces princes à conclure entre eux une 
bonne paix qui pût les mettre en état de remédier à un grand nombre d'autres 
maux qui afiïigeoient l'Église, Se en particulier celle de France. 

Dans sa route depuis Lyon jusques à Troyes, le pape invita au concile les 
divers évêques des Gaules. L^ lettres^ qu'il écrivit sur ce sujet à Sigebode, mé- 
tropolitain de la province de Narbonne , sont datées de Langres , du 2 de 
juin. Cet archevêque se rendit à Troyes, accompagné de quatre évêques de sa 
province, savoir de Walefrid , d'Uzèsj Alaric, de Béziers (il est appelé mal à 
propos Marie dans l'édition du P. Labbe)} Abbon , de Maguelonne, dans la 
^«••jOrigin. Septimanie, &L Frodoin , de Barcelone, dans la Marche d'Espagne. Ce dernier 
obtint, durant ce concile, du roi Louis le Bègue, un diplôme"^ qui le confirme 
dans la possession des biens de son Eglise, entre autres de la troisième partie 
des droits domaniaux du comté de Barcelone , dont Bernard II , marquis de 
Gothie , lui avoit procuré une autre confirmation du roi Charles le Chauve. 
Louis accorda aussi alors 5 à Sigebode, archevêque de Narbonne, l'union de 
quelques bénéfices à son Église, réduite à une extrême pauvreté, sans doute par 
les vexations du comte Miron & de ses complices. 

IX. — Bernard llj marquis de Gothie, cité au concile de Troyes , excommunié 

6- dépouillé de ses dignités. 

Jean VIII appela aussi au concile de Troyes, par une lettre^ du 10 de juin, 

Johan. VIII, Epist. 102. •» Capital, t. 2, append. p. i5o2 & seq. 

^ Annal. Berlin, p. 254. > Baluze, Concil. Narb. app. p. 69. 

' Johan. VIII, Epist. 98. <• Johan. VIII, Epist. 99. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 9 

Frotaire, archevêque de Bourges, 5c les évêques de sa province. Frotaire, dans 
sa réponse, lui porta ses plaintes contre les violences que Bernard, marquis de 
Gothie , exerçoit sur son Eglise , & de ce qu'il l'empêchoit d'entrer dans sa ville 
métropolitaine. Le pape écrivit une seconde lettre ' à ce prélat, dans laquelle, 
après lui avoir témoigné combien il désapprouvoit la conduite du marquis, il 
l'exhorte à se rendre incessamment à Troyes. Il écrivit^ en même temps une 
lettre paternelle à Bernard, pour l'engager à réparer les maux qu'il avoit faits à 
Frotaire & à l'église de Bourges , dont il déclare qu'il ne peut se dispenser de 
prendre la défense. 

Ce marquis tâcha d'excuser sa conduite , &. répondit^ au pape qu'il ne s'étoit 
emparé de la ville de Bourges que pour prévenir le dessein qu'avoit Frotaire 
de la livrer aux ennemis du roi ; mais ce n'étoit qu'un vain prétexte , 8c le pape, 
persuadé de l'innocence de l'archevêque, qui offrit de se justifier là-dessus, écri- 
vit une seconde fois à Bernard pour le sommer de se rendre au concile de Troyes 
avec Gérard, son vicomte Se ses autres complices. Se y être jugé tant par l'auto- 
rité des canons Se des lois civiles , que par celle du roi qui devoit s'y rendre 
incessamment. 

La maladie"^ de ce prince l'empêcha de se trouver à Troyes à l'ouverture du 
concile qui se fit le 11 du mois d'août j il n'y arriva^ que le i^"" de septembre, 
accompagné de Frotaire, archevêque de Bourges. Après son arrivée, on agita^ 
l'affaire du marquis de Gothie, qui refusa de comparoître, quoique cité deux fois 
par le pape Se une fois par le roi '^ . On prononça^ contre lui une sentence d'ex- 
communication, comme atteint Se convaincu d'avoir usurpé les biens de diverses 
Eglises, Se en particulier de celle de Bourges, d'en avoir chassé l'archevêque 
Frotaire Se d'être rebelle au roi. Son frère Emenon ^ Se Hugues , fils naturel du 
feu roi Lothaire, furent menacés du même anathème, si dans l'espace de trente 
jours ils ne discontinuoient leurs brigandages Se ne se soumettoientau roi. 



An 878 



X. — Soumission de Miron , comte de Roussillon , & de Lindoin, vicomte 

de Narhonne. 

Il y a lieu de croire que Miron , comte de Roussillon , Humfrid , son frère , 
Se Lindoin , vicomte de Narbonne , firent des réflexions salutaires sur la lettre 
qu'ils avoient reçue du pape Se qu'ils tinrent une conduite plus sage j car il ne 
paroît pas qu'ils aient été ni excommuniés , ni même menacés d'excommunica- 
tion par le concile. Nous voyons, au contraire, que Miron conserva "^ encore 
longtemps après le comté de Roussillon , Se qu'il accorda sa protection, l'année 
suivante, aux religieux d'Exalade dans le même pays , qui furent obligés de se 
transférer à Cuxa où ils s'établirent, à cause d'une inondation extraordinaire 



' Joann. VIII, Epist. 104. 
' Ibid. Epist. lo5. 
* lèid. Epist. 1 l5. 
^ Concil. t. 9, p. 307. 
^ Annal. Berlin, p. 254. 



e Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 54. 

' Johan. VIII, Epist. 1 20. 

8 Ibid. Epist. I 12. 

9 Ibid. Epist. 123. 

•" Marca Hispanica, p. 8o3, 810, 812, &c. 



lo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. Xî. 

An 878 

qui avoit renversé leur monastère. Au reste, Lindoin est le plus ancien vicomte 
de Narbonne que nous connoissions. 

XL — Le concile de Troyes ajoute au code des lois â,es Visi^oths une loi contre 

les sacrilèges. 

C'est apparemment à l'occasion des usurpations des biens ecclésiastiques de 
la Septimanie , soit par ce vicomte , soit par le comte Miron Se ses associés, que 
le concile de Troyes fit un décret ' contre ces sortes d'usurpateurs , 8c en parti- 
culier contre ceux de cette province. Comme elle étoit alors ^ habitée par un 
grand nombre de Goths naturels, que dans le code des lois de cette nation il 
n'y avoit aucune peine statuée contre les ravisseurs des biens de l'Église, &. 
qu'enfin il étoit défendu aux juges , par une loi du même code, de rien décider 
qui ne fût autorisé par les lois , il arrivoit que les sacrilèges jouissoient impu- 
nément du fruit de leur crime. Sigebode , archevêque de Narbonne , touché des 
suites funestes d'une telle impunité, s'adressa au pape avec les évêques de sa 
province ; 8c ayant présenté au concile le code des lois visigothiques , il de- 
manda qu'on décernât quelque peine contre les usurpateurs des biens ecclé- 
Éd. origin. siastiqucs , Sc que le décret que le concile feroit là-dessus fût inséré dans le 
même code. L'assemblée, composée, à ce qu'il paroît, des deux puissances, 
écouta favorablement la demande des évêques de la Septimanie, 8c fit une loi 
pour la punition des usurpateurs des biens de l'Église, dont on ordonna l'ob- 
servation dans toutes les provinces où les lois des Visigoths étoient en vigueur. 
Cette loi fut prise de celle du droit romain, qui condamne les sacrilèges à cinq 
livres pesant d'or d'amende j mais on n'en suivit pas toute la rigueur, 8c on la 
modéra, conformément à une constitution de l'empereur Charlemagne , qui 
réduit cette amende à trente livres pesant d'argent fin , vingt sols d'argent fai- 
sant une livre, en sorte que dix sols d'argent pesoient alors un marc. Le con- 
cile fit ajouter en même temps au code des lois visigothiques ce décret, qui fut 
adressé par le pape « aux évêques, aux comtes, aux vicomtes, aux centeniers 
8c à tous les juges des deux provinces d'Espagne 6' de Gothie. » La première 
de ces deux provinces comprenoit la Marche d'Espagne ou Catalogne, au delà 
des Pyrénées , 8c l'autre la Septimanie ou province ecclésiastique de Narbonne, 
en deçà de ces montagnes, ce qui prouve qu'elles faisoient alors deux gouver- 
nemens séparés, quoiqu'elles fussent comprises toutes les deux en général dans 
ce qu'on appeloit le royaume d'F^spagne , de Septimanie ou de Gothie, comme 
nous le verrons bientôt. 

XII. — Différend de Willajred, évêque d'U-^ès, avec Rotfrid, évêque d'Avignon. 

Willafred , évêque d'Uzès 3, porta ses plaintes au concile de Troyes contre 

• Cortcil. t. 9, p. 3o8 & seq. 3 johan. VIII, Epist. 122.— Conc'tl. t. 9, p. Si.) 

' Uid. p. 314. gt3,8, 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 1 1 

Rotfrid , évêque d'Avignon , qui prétendoit étendre sa juridiction sur quelques 
lieux de son diocèse 5 mais l'absence du dernier fut cause que le pape renvoya 
le jugement de cette affaire au concile des deux provinces d'Arles &. de Nar- 
bonne, qu'il ordonna de tenir sur ce sujet. Pour abréger le travail des évêques 
de ces deux provinces, il leur envoya les autorités des pères 8;. des conciles qui 
dévoient servir à la décision de ce différend. 

Xin. — Bernard j comte d'Auvergne , succède à Bernard II dans le marquisat 

de Gothie. 

Le 7 de septembre, Jean VIII ' fit la cérémonie de couronner à Troyes le roi 
Louis le Bègue. Trois jours après, c'est-à-dire le jour de la clôture du concile , 
le roi fut visiter le pape, 5c le lendemain ce prince célébra chez le duc Boson 
les noces de Carloman, son fils, avec la fille que ce duc avoit eue d'un pre- 
mier lit^. Alors Louis le Bègue disposa , de l'avis des principaux seigneurs de 
sa cour, des charges &: dignités que Bernard II , marquis de Gothie , excom- 
munié par le concile, laissoit vacantes par sa rébellion. Il les partagea ^ entre 
Thierry, grand chambellan , Bernard , comte d'Auvergne , & quelques autres 
seigneurs qui les avoient briguées secrètement, 8v pour lesquelles ils lui prêtè- 
rent serment de fidélité. 

Bernard, comte d'Auvergne, eut"^ pour sa part le marquisat de Gothie, &. 
fut le troisième de son nom qui le posséda. Il rentra par là dans le patrimoine 
de ses ancêtres, car il étoit fils du fameux Bernard , duc de Septimanie, que le 
roi Charles le Chauve fit mourir en 844^. Bernard III étoit né à Uzès à la fin 
de l'an 840, & avoit par conséquent trente-huit ans lorsqu'il fut pourvu du 
marquisat de Gothie. Il le garda le reste de ses jours avec le comté d'Auvergne 
8c les transmit à Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, son fils. Quant aux 
autres dignités de Bernard II , marquis de Gothie, comme nous trouvons que 
Thierri, grand chambellan^, possédoit le comté d'Autun l'année suivante, cela 
nous donne lieu de croire qu'il eut cette dignité des dépouilles de Bernard II , 
car nous verrons que ce dernier, qui persista dans sa révolte, avoit quelque au- 
torité sur cette ville, qu'il se jeta dedans 8c tâcha de s'y maintenir après sa 
proscription. Il paroît d'ailleurs que Bernard II 8c Bernard III , marquis de 
Gothie, étoient de la même^ maison ; que ce dernier avoit possédé autrefois le 
comté d'Autun 8c qu'il s'en étoit démis en faveur de l'autre, lorsqu'il fut promu 
lui-même vers l'an 869 au comté d'Auvergne s. Ainsi, quoique les descendans 

' Annal. Berlin, p. 2.56. comme le croit dcm Vaissete. Il n'y avait aucun 

' Voyez tome IV, Note I, n. i 8. lien de parenté entre lui & Bernard II, qui appar- 

^ Annal. Berlin, p. 256. tenait à la famille d'Émenon, comte de Poitiers. 

''Voyez tome II, Noie LXXXVII , n. 52 & Voir, à ce sujet, la T/ofe LXXXVII du tome II de 

sulv.; n. 65 & suiv. — Marca, Beneam. p. 687 cette édition. [E. M.J 

g^ 694. * Annal. Berlin, p. 258. 

5 Bernard III était Bernard Plantevelue, comte ' Voyez tome II, Noie LXXXVI_, & tome I, li- 

d'Auvergne, fils de Bernard I, comte d'Auvergne & vre X, n. cm. 

de Luitgarde, & non pas Bernard, fils de Dodane, * Bernard, fils de Dodane, était de la famille de 



An 8 



n 



^An 878 

4r 



12 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



en ligne directe de S. Guillaume de Gellone , aïeul de Bernard IIJ , eussent 
été dépouillés du duché de Septimanie ou marquisat de Gothie , ce gouve-ne- 
mentétoit demeuré cependant dans sa famille en la personne des successeurs 
de Bernard I, duc de Septimanie, ses parens collatéraux. 

Enfin Bernard II, marquis de Gothie , fut dépouillé aussi sans doute en 
même temps du duché d'Aquitaine & du comté de Poitiers , qu il possédoit ', à 

Éd.origin. ce qu'il paroît, depuis la mort de Pvainulfe I, son cousin, arrivée en 867^; 

'■ ' '■ mais nous ignorons en faveur de qui le roi Louis le Bègue en disposa. Il y en 
a qui prétendent que Boson, frère de Richilde, veuve de Charles le Chauve, 
fut duc d'Aquitaine. Si cela étoit bien prouvé, nous croirions volontiers qu'il 
eut, des dépouilles de Bernard II, marquis de Gothie, cette dignité avec le 
comté de Poitiers. Ce qu'il y a de vrai , c'est que Pvainulfe II, fils de ce dernier, 
& tige des ducs héréditaires d'Aquitaine , possédoit ce duché avec le comté de 
Poitiers en 887, ce qui fait voir que s'il ne succéda pas immédiatement dans 
l'un 8c dans l'autre à Bernard II , marquis de Gothie, son père , à quoi il^ y a 
beaucoup d'apparence, il les obtint peut-être vers l'an 880 des rois Louis & 
Carloman, fils de Louis le Bègue, après que le duc Boson, qui les possédoit, 
se fut révolté contre ces princes & eut usurpé le royaume de Provence. 

XIV. — Union du comté d' Albigeois au domaine des comtes de Toulouse. 

Au reste, le duché d'Aquitaine, dont les comtes de Poitiers furent pourvus, 
ne com.prenoit qu'une partie de cette ancienne province 5 l'autre dépendoit 
du duché de Toulouse, possédé alors par Eudes, qui augmenta considérable- 
ment son autorité dans le pays , en unissant vers le même temps à son do- 
maine le comté particulier d'Albigeois. Nous n'avons pas à la vérité de preuve 
certaine 8c de l'époque 8c des circonstances de cette union ; mais nous ne dou- 
tons pas que Garsinde, femme du même Eudes, comte de Toulouse, ne fût 
fille 8c héritière d'Ermengaud, comte d'Albi , qui vivoit en 864, 8c que le pre- 
mier n'ait acquis l'Albigeois par ce mariage, soit à cause des droits de Garsinde, 
sa femme, car nous voyons que les filles succédoient^ déjà à leurs pères dans 
les comtés dès la fin du neuvième siècle 5 soit plutôt par la disposition de nos 
rois, qui, faute de descendans mâles d'Ermengaud, comte d'Albi , auront donné 
ce comté à Eudes ou à Raimond , son fils. Voici sur quoi nous fondons nos 
conjectures là-dessus : i°il est certain que l'Albigeois appartenoit à la maison 
des comtes de Toulouse , du moins dès le commencement du dixième siècle , 

S. Guillaume; il fut lui-même comte d'Autun. " Bernard II, marquis de Gothie, n'a été ni 

A sa mort, arrivée en 872, le comté d'Autun fut comte de Poitiers, ni duc d'Aquitaine. Ranulfe II, 

donné à Bernard II, marquis de Septimanie, & fils de Ranulfe I, succéda directement à son père 

lors de la révocation de ce dernier, le même comté dans le comté de Poitiers. C'est ce qui a été prouvé 

fut donné à Théodoric ou Thierri, qui descendait dans l'addition à la Note LXXXVII du tome II de 

d'Hildebrand, le premier comte d'Autun connu. cette édition. [E. M.] 

Voyez la Note LXXXVII du tome II de cette édi- ' Baluze, Hht. géncal. de la maison d' Auvergne, 

tion. [E M.] t. I, p. 6. 
■ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 18 & 85. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. i3 

An 878 

ik qu'il étoit alors possédé par Raiinond du vivant d'Eudes, comte de Tou- 
louse, son père, comme nous le prouverons ailleurs; 2° on voit, en 878, un 
Raimond, comte d'Albi , 8c rien ne nous oblige de le distinguer du fils 
d'Eudes, puisque celui-ci pouvoit avoir alors environ dix-huit à vingt ans, 
8c être en état de posséder un comté particulier; 3° enfin nous ' voyons 
qu'Eudes, comte de Toulouse, eut un fils appelé Ermengaud comme le comte 
d'Albi, qui vivoit en 864. Ainsi Garsinde, femme d'Eudes, aura été fille de 
ce dernier. Quoi qu'il en soit, nous trouvons un Raimond, comte d'Albi , 
qui tint un plaid ^ au mois d'août de l'an 878 dans cette ville, 8c y jugea un 
différend que Carissime, abbesse de Saint-Saturnin de Rodez, 8c une de ses 
religieuses, appelée Fulcrade, avoient au sujet d'une succession qu'elles dé- 
voient recueillir de leurs parens 8c dont les biens étoient situés dans l'Albi- 
geois , ce qui prouve que la profession religieuse n'empêchoit pas alors de 
succéder. 

XV. — Accord du roi Louis le Bègue avec le roi de Germanie. — Le premier 
demeure maître du Vivarais , du diocèse d'U-^ès 6» des deux côtés du Rhône. 

Après le concile de Troyes, le roi Louis le Bègue se rendit le i^i'de novem- 
bre à Foron"^, près de Maëstricht, où il eut une conférence avec Louis, roi de 
Germanie, son cousin. Ces deux princes convinrent de s'en tenir, par rapport 
au royaume de Lothaire, au partage que leurs pères en avoient déjà faif^; en 
sorte que, suivant cet accord, les deux côtés du Rhône depuis Lyon jusques à la 
mer, 8c par conséquent le Vivarais 8c le diocèse d'Uzès, demeurèrent au pre- 
mier; mais comme la partie du même royaume qui avoit appartenu à Louis II, 
empereur 8c roi d'Italie, n'avoit pas été partagée entre Charles le Chauve 8c le 
roi de Germanie, son frère, à cause des différends qui étoient survenus entre 
eux, il fut conclu entre les deux rois que chacun demeureroit possesseur de ce 
qu'il tenoit actuellement de cette portion jusques au 6 du mois de février suivant, 
qu'ils convinrent de s'assembler avec les deux autres princes de Germanie, pour 
convenir tous quatre d'une paix solide 8c durable, 8c procéder au partage du 
royaume d'Italie qu'avoit possédé le même empereur Louis II. Les deux rois de 
France 8c de Germanie se séparèrent ensuite , après s'être donné des marques 
d'une amitié très-étroite. L'union entre les deux rois subsista après leur entre- 
vue ; ce qui paroît entre autres par la lettre que le roi de Germanie écrivit à 
celui de France , à qui il donne le titre de roi des Gaules , d'Aquitaine & 
d'Espagne. Ce dernier royaume est le même qu'on nommoit plus commune- Éd.^origin. 
ment royaume de Septimanie , dont on a déjà parlé. 

• Voyez tome IV, Vote VIII, n. i6. ' Annal. Berlin, p. 2d6, & seq. 

^ Voyez tome II, hvk Preuves, Chartes & Di- '* Voyez cet accord dans Pertz, Lcgcs, t. r, p. 5i^. 

plômes, n. CIX & suiv. 



An 878 



An 879 



14 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. XI. 

XVI. — Bernard II , ancien marquis de Gothîe , persiste dans sa révolte, 
— Mort du roi Louis le Bègue. — Bernard III, marquis de Gothie , tuteur 
du roi Louis III, 

Si l'assemblée projetée entre les trois princes de Germanie &. le roi Louis le 
Bègue eût pu se tenir, ils seroient sans doute convenus d'une paix solide dont 
le royaume avoit alors un extrême besoin, surtout pour apaiser les troubles 
domestiques qui n'étoient pas encore entièrement assoupis. Bernard', ancien 
marquis de Gothie , après avoir été excommunié & proscrit à Troyes , s'étoit 
cantonné dans le comté d'Autun , d'où il mettoit tout le pays à contribution. 
Louis le Bègue , résolu de le réduire , partit du palais de Pontion au commen- 
cement du mois de février de l'an 879, mais sa mauvaise santé l'obligea de 
s'arrêter à Troyes. Pour ne pas laisser cependant la révolte de Bernard impu- 
nie, il fit marcher contre lui toute son armée sous les ordres de Louis, son fils 
aîné } de Bernard , comte d'Auvergne Se nouveau marquis de Gothie 5 d'Hu- 
gues l'abbé, duc ou marquis d'Outre-Seine ; de Boson, duc de Provence, 8c de 
Thierri , grand chambellan, à qui il avoit donné le comté d'Autun. Le roi 
donna dans cette occasion une marque de l'estime qu'il faisoit de Bernard, comte 
d'Auvergne, en lui confiant le gouvernement 8c la tutelle de Louis, son fils 
aîné j il prit ensuite la route de Compiègne , où son mal ayant empiré, 8c se 
voyant près de sa fin, il envoya les ornemens royaux à ce jeune prince , avec 
ordre aux généraux de l'armée de Bourgogne de le faire couronner, dès qu'ils 
auroient appris la nouvelle de sa mort, qui arriva le vendredi saint, dixième 
du mois d'avril de l'an 879. Louis le Bègue laissa un autre fils nommé Carlo- 
man, d'Ansgarde , sa première femme, fille du comte Ardouin. Il l'avoit épou- 
sée contre la volonté du roi Charles le Chauve , son père , 8c avoit été obligé 
de la répudier par son ordre. Il se maria ensuite à Adélaïde, qui, dans le temps 
de sa mort, étoit enceinte d'un prince qui fut nommé Charles, 8c surnommé 
le Simple. 

XVII. — Bernard II , ancien marquis de Gothie , chasse d'Autun. — Couron- 

nement de Louis & Carloman , fils du roi Louis le Bègue. 

L'armée de Bourgogne étoit occupée à remettre le comté d'Autun sous l'obéis- 
sance du roi Louis le Bègue, lorsqu'on apprit la nouvelle de sa mort. Les 
généraux s'étoient alors déjà rendus maîtres, à ce qu'il paroît, de cette ville, 8c 
en avoient chassé Bernard. Il s'éleva aussitôt % au sujet de ce comté, un diffé- 
rend entre le duc Boson 8c Thierri, grand chambellan. Leur querelle fut 
enfin terminée par l'entremise de l'abbé Hugues, qui adjugea le comté d'Autun 



' Annal. Berlin, p. 268 & seq. — Annal. Met- " Annal. Bertln. p. 258 & seq. 

tens, p. 317. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. iT) •— ~ — 

An 079 

à Boson, lequel en échange donna à Thierri les abbayes du pays dont il setoit 
emparé '. 

Les grands du royaume, qui étoient dans l'armée avec le jeune Louis, indi- 
quèrent aussitôt une diète à Meaux pour le couronnement de ce prince, & se 
pressèrent d'autant plus de la tenir, que l'abbé Goslin , oncle de Bernard II, 
ancien marquis de Gothie, 8c quelques autres mécontens ou rebelles, exci- 
toient de nouveaux troubles. Ces derniers , après avoir tenu une autre assem- 
•blée à Creil, où ils offrirent la couronne à Louis, roi de Germanie, appelè- 
rent ce prince, qui passa bientôt après le Rhin 8c entra dans le ro)aume à la 
tête d'une puissante armée. Les seigneurs attachés aux fils de Louis le Bègue, 
dont Bernard III, marquis de Gothie 8c comte d'Auvergne étoit le principal, 
se virent alors forcés, pour éloigner ce roi, de lui faire des propositions de paix 
8c de lui céder la partie ^ du royaume de Lothaire, située le long de l'Es- 
caut 8c de la Meuse, qui étoit échue à Charles le Chauve par le partage qu'il 
avoit fait de ce royaume avec le roi de Germanie son frère. A ces conditions, le 
jeune roi de Germanie repassa le Rhin, laissa tout le reste du royaume 
aux enfans de Louis le Bègue 8c abandonna les factieux. Louis 8c Carloman, 
son frère, s'étant délivrés par là d'un ennemi dangereux à des conditions désa- 
vantageuses à la vérité, mais nécessaires, se firent couronner ensuite dans l'ab- 
baye de Ferrières. 

XVIÏI. — Le duc Boson se fait couronner roi de Provence &> règne sur le 

Vivarais 6* le pays d'U-:^ès. 

Il paroît que Boson, duc de Provence 8c beau-père du roi Carloman, se 
trouva k cette cérémonie. Il se montra du moins fort attaché ^ aux intérêts de 
ce prince 8c du roi Louis, son frère, 8c il fut un de ceux qui contribuèrent le 
plus à engager le roi de Germanie à sortir du royaume 8c à faire sa paix avec 
eux. Mais il se laissa bientôt séduire par Ermengarde, sa femme, fille unique de 
l'empereur Louis II, qu'il avoit enlevée pour l'épouser, après avoir fait périr "^ 
par le poison la première. 

Cette princesse, également fière 8c ambitieuse, se voyant réduite par ce Éd^origin. 
mariage au simple titre de duchesse, elle qui étoit fille d'un empereur d'Oc- 
cident 8c avoit été promise autrefois à celui d'Orient 5, résolut à quelque prix 
que ce fût de devenir reine. Dans cette vue, elle persuada à Boson, son époux, 
de s'emparer de l'autorité souveraine 8c de se faire reconnoître roi de Provence, 
pays dont il tenoit le gouvernement au nom des deux rois Louis 8c Carlo- 
man. Boson entra d'autant plus volontiers dans ce projet qu'il se flatta de le 
faire réussir aisément. Il étoit assuré de l'affection des peuples du pays, qu'il 

■ Thierri ou Théodoric ne jouit pas longtemps ' Annal. Bert'in. p. 258 & seq. — Reginon, 

des avantages de cet échange, car il mourut cette Chronicon, ad ann. 879. 

même année 879. [E. M.] " '' Annal. FuUenses, p. 571. 

' Voyez tome IV, Note I, n. 10. ^ Annal. Berlin, p. 258 & seq. 



Ail i-jf) 



i6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

avoit su gagner par la sagesse de sa conduite & la douceur de son gouverne- 
ment. Le royaume étoit agité au dedans de divers troubles, causés par les fac- 
tions des mécontens, 8<. exposé au dehors aux courses des Normands. La jeu- 
nesse des deux rois Louis 8c Carloman mettoit ces princes peu en état de se 
faire craindre. Il comptoit sur le crédit de l'impératrice , sa belle-mère, veuve 
de l'empereur Louis II, &. sur celui de l'impératrice sa sœur, veuve de l'empe- 
reur Charles le Chauve : enfin il avoit mis le pape Jean VIII dans ses intérêts. 
Boson, animé par toutes ces circonstances qui lui parurent extrêmement favora- 
bles, résolut de s'ériger en souverain ' dans toute la partie méridionale de l'an- 
cien royaume de Lothaire. Il fit d'abord courir des bruits désavantageux^ aux 
deux rois &. rendit leur naissance suspecte, sous prétexte que Louis le Bègue, 
qui avoit épousé leur mère contre le gré de Charles le Chauve, son père, avoit 
été obligé de la répudier. Il tâcha ensuite de gagner, soit par caresses, soit par 
promesses, les évêques 8c les seigneurs du pays, 8c intimida par des menaces 
ceux qui étoient en état de lui résister. S'étant ainsi assuré des suffrages, il con- 
voqua une assemblée à Mantaille, lieu situé à une demi-lieue du bord oriental 
du Rhône, entre Vienne 8c Valence, 8c s'y fit élire 8c couronner roi de Provence 
le i5 du mois d'octobre de l'an 879. Les évêques prirent pour prétexte de cette 
élection qu'ils n'avoient personne pour les gouverner ou pour défendre le 
pays, depuis la mort de Louis le Bègue. Ils étoient au nombre de vingt-trois, 
entre lesquels il y avoit cinq métropolitains. Etherius de Viviers, 8c W^alefrid 
d'Uzès, dont les diocèses faisoient partie du duché de Provence 8c de l'ancien 
royaume de Lothaire, furent de ce nombre. Il y en a qui prétendent, sur l'au- 
torité des souscriptions des évêques à l'acte de l'élection de Boson, que Richard, 
évêque d'Agde, se trouva à cette assemblée, ce qui prouveroit que Boson étendit 
sa domination bien avant dans le Languedoc ; mais il est évident ^ que c'est 
une faute de copiste, 8c que Richard étoit évêque d'Apt en Provence 8c non pas 
d'Agde en Languedoc. 

Suivant ces souscriptions, Boson fut reconnu pour roi dans tous les pays "^ 
situés entre le Rhône 8c les Alpes, depuis Lyon jusques à la mer, c'est-à-dire 
dans la Provence propre, le Dauphiné 8c la Savoie 5 8c de plus dans le Lyon- 
nois 8c la Franche-Comté qui appartenoient à la haute Bourgogne Cisjurane, 8c 
dans les diocèses de Mâcon 8c de Châlons-sur-Saône, qui dépendoient de la 
basse, dans quelques diocèses de la Bourgogne Transjurane, 8c enfin dans toute 
la partie orientale du Languedoc, savoir : dans les diocèses de Viviers 8cd'Uzès, 
8c dans la partie de ceux de Vienne, de Valence, d'Avignon 8c d'Arles qui est 
en deçà du Rhône. 

Ce nouveau roi fut à peine couronné qu'il se montra dans les diverses pro- 
vinces qui venoientde se soumettre à son empire, 8c y exerça divers actes de 
souveraineté. Il -'' accorda diverses grâces aux églises de son royaume, 8c ^ con- 

' Reginon, Chronicon, ad ann. 879. 3 Voyez tome IV, Note I, n. 11. 

' Annal. Berlin, p. 258 &seq. — Reginon, Chro- '^ Ihid. 

nicon, ad ann. 879. — Conciles, t. 9, p. 33 1 & ' Mabillon, ad ann. 879, n. 22. 

*"'^' ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. I. 



An 8 



19 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 17 

firma entre autres en faveur de Rostaing, archevêque d'Arles, les chartes par 
lesquelles l'empereur Lothaire 5c le roi Lothaire, son fils, ses prédécesseurs, 
avoient soumis à son église l'abbaye de Cruas, située auprès du Rhône, dans 
le comté de Viviers. On croit ' que les religieux de ce monastère, pour se sou- 
tenir contre les entreprises des évêques du pays, avoient demandé eux-mêmes h 
ces princes de leur donner les archevêques d'Arles pour protecteurs. Rostangou 
Rostaing fut promu à l'archevêché ^ de cette ville en 871. Il avoit été aupara- 
vant religieux &. ensuite abbé d'Aniane au diocèse de Maguelonne. Il con- 
serva néanmoins longtemps après cette abbaye, avec le prieuré de Goudargues 
au diocèse d'Uzès qui en dépendoit. Le pape Jean VIII l'établit son vicaire 
dans les Gaules Se le chargea de diverses commissions importantes j il mourut, /'li.'^p.^i"'. 
à ce qu'on prétend, en çiS. 

XIX. — Louis 6- Carloman partagent le royaume. — Le Languedoc échoit 

au dernier. 

Tous les princes françois, également irrités de l'usurpation de Boson, 
résolurent d'un commun accord de lui faire la guerre. Les deux frères Louis 
Se Carloman s'abouchèrent ^ d'abord sur la fin de l'année à Orbe, dans la 
Bourgogne Transjurane, avec Charles le Gros, roi d'Italie, qui leur céda alors, 
à ce qu'il paroîf^, ses droits sur le royaume de Lothaire, en échange des pré- 
tentions qu'ils avoient sur la Lombardie. Louis, roi de Germanie, appelé de An 880 
nouveau par les mécontens de France, s'avança de son côté au commencement 
de l'année suivante jusqu'à Ribemont, sur la rivière d'Oise, dans l'espérance 
de pouvoir envahir le royaume ; mais désespérant du succès de son entre- 
prise, il fit bientôt après sa paix avec les rois de France, ses cousins. Se con- 
vint avec eux d'avoir, le mois de juin suivant, au palais de Gondreville, une 
entrevue où Charles le Gros se trouveroit, tant pour traiter plus amplement 
des articles de la paix que pour se liguer contre leurs ennemis. 

Après la conclusion de cette paix, Louis Se Carloman s'appliquèrent à remé- 
dier aux désordres du royaume Se à réprimer les courses des Normands. Ils 
se rendirent à Amiens^ au mois de mars, Se là ils convinrent du partage de 
la monarchie par l'avis de leurs principaux vassaux. Tout ce qui dépendoit de 
l'ancien royaume d'Austrasie ou de France, en deçà de la Meuse, échut à 
Louis, avec le royaume de Neustrie Se ses Marches. Carloman eut pour sa part 
les royaumes de Bourgogne Se d'Aquitaine, avec les Marches qui dépendoient 
de ce dernier, savoir le marquisat de Toulouse, la Septimanie Se la Marche 
d'Espagne, Se enfin toute la partie du royaume de Lothaire dont le duc Boson 
s'étoit emparé Se dont ils résolurent de le déposséder. 

' Columbi, Vivarienses episcopl, p. 201. ^ Voyez tome IV, Note I, n. 11. 

' GalVia Chr'istiana, nov. éd. t. i, p. 647 & seq. ' Annal, Berlin, p. 259. — Chron'icon Flon^censc, 

— Voyez tome V, Chartes & Diplômes; n. XXVI. dans Duchesne, t. 3, p. 355. 
^ Annal. Bertin. p. 258 & seq. 

m. 2 



An 



i8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 

XX. — io«?V (S- Carloman déclarent la guerre à Boson. — Bernard II, ancien 
marquis de Gothie^ fait prisonnier à Mâcon. 

Les deux rois, ayant reçu, en conséquence de ce partage, le serment de fidé- 
lité des seigneurs qui étoient présens & qui devenoient par là leurs vassaux, 
se rendirent à Compiègne, oî:i ils célébrèrent la fête de Pâques j ils prirent 
ensuite la route de Reims 8c de Châlons-sur-Marne, & se rendirent à Gon- 
dreville pour la conférence dont ils étoient convenus avec le roi de Germanie. 
Ce dernier ne pouvant s'y trouver y envoya ses plénipotentiaires qui, de con- 
cert avec Charles le Gros qui y assista, convinrent sans doute des articles d'une 
paix durable : nous en ignorons les conditions. Un historien moderne ' en 
rapporte quelques-unes. Maison sait seulement qu'ils résolurent de ^ joindre 
leurs armes contre leurs ennemis communs, savoir contre Hugues, fils naturel 
du feu roi Lothaire, qui vouloit s'emparer sur le roi de Germanie de la partie 
supérieure du royaume de Lothaire , & contre Boson qui en avoit envahi 
l'inférieure sur Louis 5c Carloman. Charles le Gros ayant été obligé cepen- 
dant de partir pour l'Italie, il n'y eut que ces deux derniers princes qui se 
mirent à la tête de l'armée ^ du roi de Germanie qui étoit prête à marcher, 8c 
avec laquelle ils attaquèrent 8c défirent Hugues le Bâtard. Ayant ensuite 
assemblé leurs propres troupes, qu'ils joignirent à celles de Germanie, ils se 
rendirent à Troyes au mois de juillet &c y attendirent le retour de Charles le 
Gros, qui avoit promis de venir les trouver pour agir tous ensemble contre 
Boson. 

La première place qu'ils attaquèrent sur cet usurpateur fut celle de Mâcon, 
défendue par un seigneur nommé Bernard. Il paroît que ce dernier est le 
même que Bernard II, marquis de Gothie, qui, après avoir été chassé d'Autun 
l'année précédente, se joignit selon toutes les apparences avec Boson, favorisa 
sa révolte 8c obtint de lui le comté de Mâcon dépendant du nouveau royaume 
de Provence. Louis 8c Carloman, ayant enfin forcé cette ville à se rendre à com- 
position, y arrêtèrent prisonnier le comte Bernard 8c punirent sans doute sa 
révolte par le dernier supplice. Il n'est plus parlé, du moins depuis ce temps-là, 
de Bernard II, ancien marquis de Gothie. Ce prince^ laissa plusieurs fils, 
entre autres Rainulfe II , qui dans la suite fut duc d'Aquitaine 8c comte de 
Poitiers 5. Après la prise de Mâcon, les deux rois disposèrent du comté de cette 
ville en faveur d'un autre comte nomm.é Bernard 8c surnommé Plantevelue, 



' Daniel, Histoire de France, t. i, p. 829. comté de Mâcon; il dut périr à la prise de la 

* Annal. Berlin, p. 269. ville. Mais dom Valssete se trompe lorsqu'il dit 

' Ihid. p. 260. — Annal. Fuld. p. SyS. que Bernard II laissa des enfants & fut père de 

^ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 81 & Ranulfe II, comte de Poitiers. Bernard mourut 

îuiv. sans postérité, & Ranulfe II était fils de Ranulfe I. 

' C'était bien l'ancien marquis de Gothie qui, Voir la Note LXXXVII du tome II de cette édi- 

s'étant réconcilié avec Boson, en avait obtenu le tion. [E. M.j 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. lo 

^ An 880 

que quelques auteurs confondent mal à propos ' avec Bernard III, marquis de 
Gotliie Se comte d'Auvergne. 

XXI. — Siège de Vienne, 
Charles^ le Gros, fidèle à sa parole, arriva d'Italie 8c joignit les deux rois Éd. origin. 

t. 1 1 D 13 

ses cousins, dans le temps qu'ils venoient de soumettre la ville de Mâcon. Ils 
marchèrent ensuite tous trois ensemble contre Boson qui , ayant déjà passé le 
Rhône, faisoit mine de vouloir leur tenir tête ; mais à leur approche il repassa 
bientôt ce fleuve & alla se jeter dans Vienne. Ne se croyant pas encore en 
sûreté dans cette ville, dont les princes François menaçoient de faire le siège, 
il se retira dans les montagnes 8c abandonna la défense de la place à la prin- 
cesse Ermengarde, sa femme, avec la meilleure partie de ses troupes. Les princes 
François s'étant cependant approchés de Vienne en formèrent aussitôt le siège 
8c le continuèrent assez longtemps, jusqu'à ce que Charles le Gros, voyant 
qu'il traînoit en longueur, tant par la vigoureuse défense des assiégés que 
parce que la place étoit très-bien pourvue , en laissa la continuation aux deux 
frères 8c repassa en Italie , où il se fit couronner empereur par le pape 
Jean VIII, le jour de Noël de la même année. Avant son départ, il fit un 
traité avec Louis 8c Carloman dont nous ignorons les circonstances. On a lieu 
cependant de conjecturer qu'il leur céda de nouveau ses prétentions sur le 
royaume de Lothaire pour celles qu'ils avoient sur celui d'Italie j ce qu'on peut 
appuyer sur ce que ce prince demeura depuis paisible possesseur ^ de ce dernier 
royaume, du consentement des deux rois de France, 8c sur la promesse qu'il 
leur fit avec serment de leur rendre, après la mort du roi de Germanie, son 
frère, la partie supérieure du royaume de Lothaire que le roi Louis le Bègue 
avoit été obligé de lui céder. 

Louis 8c Carloman poursuivirent le siège de Vienne après le départ de 
Charles, pendant le reste de l'année, 8c travaillèrent en même temps à sou- ÂTssT" 
mettre les rebelles de Provence. Louis fut obligé de le quitter au commence- 
ment de l'année suivante pour aller repousser les Normands qui faisoient de 
nouvelles courses dans ses États. Carloman le continua pendant quelque 
temps j mais il fut obligé, à ce qu'il paroît, d'en laisser le soin à ses généraux 
pour aller en France au secours du roi, son frère, contre les Normands. On voit 
en effet, par divers diplômes"^, que ce prince n'étoit plus devant Vienne depuis 
le mois de mai jusques à celui d'août de la troisième année de son règne, ou 
de l'an 881. 



' Voyez tome II, Vote LXXXVII, n. 68 & suiv., ' Annal. Mettens. p. 3 18. — Voyez aussi dans 

& la note additionnelle où nous avons établi que le Recueil de Pertz, t. i, p. 5i3, les Annales Je 

Bernard III, marquis de Gothie, est bien Bernard Saint-Bertin. 

Plantevelue. [E. M.] " ^ Mabillon, ad ann. 880, n. 35; ad ann. 83i, 

' Annal. Bertin. & Fuld. p. 5-]Z, n. Sy. 

III. 2* 



-,o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 

An 881 

XXII. — Diplômes de Carloman en faveur de diverses églises de la province. 
Guistrimirej comte de Carcassonne. 

Par l'un de ces diplômes, ce prince, de l'avis de son conseil, confirma en 
faveur d'Attale, abbé de Saint-Polycarpe, dans le Razès 8c le diocèse de Nar- 
bonne',les privilèges accordés à cette abbaye par Charles le Chauve, avec 
toutes les donations que le comte Austrimire avoit faites à ce monastère, soit 
dans le Roussillon, soit dans le comté de Carcassonne. Ce comte est sans doute 
le même que celui qu'une autre charte^ appelle Guistrimire, ce qui nous porte 
à croire qu'il avoit été comte de Carcassonne ou dePvOussillon, mais nous igno- 
rons en quel temps. Carloman ordonna^ que les hommes libres qui demeu- 
roient dans les limites du monastère de Saint-Polycarpe, fixées auparavant par 
le comte Bernard 6<. un autre commissaire, & qui y possédoient des terres que 
le fisc leur avoit données à défricher, ne fussent sujets qu'aux services des 
hommes libres, de crainte, dit la charte, que leur liberté ou leur noblesse ne 
Jïit avilie. Il voulut de plus qu'il leur fut permis de disposer librement des 
biens qu'ils tenoient du fisc, soit en faveur de quelqu'un d'entre eux, soit en 
faveur du monastère de Saint-Polycarpe. Ce prince accorda enfin aux reli- 
gieux de cette maison la liberté d'élire leur abbé conformément à la règle de 
S. Benoît. La charte est datée de Pierrefitte, lieu'^ dont on met la situation 
aux environs de Paris, le 18 du mois de mai, la troisième année de son 
règne. 

Carloman étoit, le 4 du mois de juin suivant, à Pauliac^, qui est peut-être 
le même que le lieu de'^ Rouillé au diocèse d'Auxerre, ou celui de Pauliac dans 
le Berri j il y accorda, à la sollicitation de l'abbé Hugues, un autre diplôme en 
faveur de Sigebode, archevêque de Narbonne 6- de Rajès qui étoit à sa suite, 
Se confirma à cette église diverses grâces qu'elle avoit obtenues de Louis le 
Bègue. Elle étoit alors réduite à une extrême indigence, soit par les ravages 
'^'^["p'^i"' "l^^ Miron, comte de Roussillon, 8c Lindoin, vicomte de Narbonne, avoient 
causés dans le pays, soit par l'usurpation d'une grande partie de ses biens. 
Sigebode avoit eu recours à la protection du roi Louis le Bègue qui, pendant 
le concile tenu à Troyes, l'an 878, avoit donné quelques bénéfices ou fiefs à son 
église pour la relever. Carloman confirma cette donation 8c unit aux églises des 
SS. Just Se Pasteur 8c de Saint-Paul de Narbonne, également soumises à l'ar- 
chevêque, l'abbaye de Saint-Laurent, située sur la rivière de Nielle {Nigella)^ 
à condition que les archevêques de Narbonne y entretiendroient une com.mu- 
nauté de religieux 8c pourvoiroient à leurs besoins : ainsi ces^ sortes d'unions 
se faisoient alors par la seule autorité royale 8c ne donnoient proprement aux 

• Voye;j tome V, Chartes & Diplômes, n.II. s Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. II. 

•' Spiciîcgium, t. 8, p. 355. « Mabillon, ad ann. 88 1, n. 5?. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. II. ' Baluze , Not. in concil. provinc. Nari. p. 20 

■* Mabillon, ad ann. 881, n. Sy. £4 seq. 



t, I,p. i3. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 21 

évêques que radmiiiistiation des biens temporels des abbayes unies à leurs 
églises, en sorte que la communauté, gouvernée par un abbé, subsistoit tou- 
jours dans les monastères unis. Carloman donna aussi à l'église de Narbonne, 
ou plutôt il la coniîrnia dans la possession de la moitié des salines, delatélonie, 
des naufrages S<. autres droits domaniaux des comtés de Narbonne Si. de Razès, 
à quoi il ajouta plusieurs villages, entre autres celui de Limoux,qui est devenu 
depuis la capitale du Pvazès &. une des plus considérables de la Province '. Enfin 
ce prince donna à l'église de Narbonne tout ce que le fisc avoit droit d'exiger 
des Espagnols réfugiés qui demeuroient dans les lieux de la dépendance de 
cette église, 8<. confirma à celle de Saint-Paul les biens qu'elle avoit eus autre- 
fois dans le comté de Béziers & dont le comte s'étoit emparé. 

XXin. — Raynardj vicomte de Bé-^îers. 

On apprend par quelques autres diplômes de Carloman qu'il étoit, le 18 du 
mois de juillet de la même année, à Choisi {Cauciacum)^ lieu qu'on ^ dit situé 
au voisinage de Compiègne , & le 29 du mois d'octobre suivant, dans un 
endroit appelé la Coste. Il fit expédier une charte dans ce dernier palais 3, à la 
recommandation de Vulfard, abbé de Flavigny, son chancelier, en faveur 
d'un de ses vassaux nommé Raynard, qui servoit alors dans ses armées, &. à 
qui il donna en propriété les villages d'Aspiran 8c d'Alignan, dans le diocèse 
de Béziers, avec plusieurs autres domaines, en récompense de ses services. Ce 
Raynard descendoit sans doute d'Ildéric 8c de ces autres Espagnols réfugiés 
dans la Septimanie, à qui Charles le Chauve "^ avoit confirmé la propriété des 
mêmes terres que Charlemagne avoit données à défricher 5 a leurs ancêtres. 
Nous trouvons, en 897, un vicomte de Béziers appelé Raynard <^, 8c nous ne 
doutons pas qu'il ne soit le même que celui dont il est parlé dans la charte de 
Carloman. 

Le lieu de la Coste, d'où elle est datée, est peut-être un village de ce nom 
au diocèse de Vienne 8c en deçà du Rhône, ce qui pourroit faire croire que le 
roi Carloman ne fit pas le voyage de France, qu'il ne s'éloigna pas beaucoup 
de cette ville 8<: qu'il se contenta de parcourir les provinces voisines, soit pour 
soumettre les pays que Boson avoit usurpés, soit pour régler les affaires de la 
Septimanie 8c de la Marche d'Espagne. Nous trouvons, en effet, dans ces pro- 
vinces les lieux de Pierrefitte, Caussi, Pauliac, 8cc. , qui sont peut-être les 
mêmes d'où il a daté les diplômes dont nous venons de parler. 

' Lorsque le castrum Rfiedus, chef-lieu du Razès, " Mabillon, ad ann. 880, n. 35. 

eut été détruit au septième siècle, la ville de Li- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. IV. 

moux, construite à ses portes, hérita de son Impor- •* Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplô- 

tanceSi finit par en occuper l'emplacement. C'est ce mes, n. LXV. 

qui explique comment on a trouvé des antiquités ^ Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplo- 

romaines dans un des faubourgs de Limoux. Cesont mes, n. XVI. 

les restes de l'ancienne capitale du Razès. [E. M.] " Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XVII. 



An 



2 2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 882 

XXIV. — Suite du siège de Vienne. — Carloman succède au roi Louis III j 

son frère. 

Quoi qu'il en soit, il est certain que ce prince avoit déjà repris le siège de 
Vienne dès le mois d'août de l'an 882 & qu'il le poussoit vivement, lorsqu'il 
reçut la nouvelle de la mort du roi Louis III, son frère, qui, après avoir rem- 
porté dans le Vimeu une insigne victoire sur les Normands 8c signalé sa valeur ' 
dans cette occasion , mourut le 4 d'août de la même année d'une rupture 
causée par les efforts extraordinaires qu'il avoit faits durant l'action. Sa mort 
avoit été précédée, au commencement de l'année, de celle de Louis, roi de 
Germanie, son cousin, ce qui auroit pu lui faciliter la conquête de toute la 
partie du royaume de Lothaire qu'il lui avoit cédée pour un temps, & comme 
en espèce d'engagement {ad locariuni)^ s'il avoit voulu l'entreprendre, car les 
peuples du pays s'offroient alors de le reconnoître pour leur souverain. Mais 
comme par le traité que lui Se Carloman, son frère, avoient conclu devant la 
ville de Vienne avec Charles le Gros, ce dernier s'étoit solennellement engagé 
de leur remettre, après la mort du roi de Germanie, son frère, cette partie du 
x.iCç.^H. royaume de Lothaire, Louis n'avoit pas cru devoir acquiescer à la demande 
des Lorrains sans la participation de Charles, dans l'espérance que ce prince 
exécuteroit ses promesses. Ainsi il se contenta de donner sa protection à ces 
peuples contre les incursions des Normands. 

XXV. —Prise de Vienne. 

Carloman n'eut pas plus tôt appris la mort^ du roi Louis, son frère, qu'il 
partit de Vienne pour aller recueillir sa succession 8c se mettre en état de tenir 
tête à ces pirates qui continuoient leurs courses. Il chargea le duc Richard, frère 
de Boson, du soin de continuer le siège, 8c étant arrivé en France, il se fit 
couronner 3 de nouveau, à Kiersi, le 5 de septembre. Il marcha ensuite contre 
les Normands"^, 8c il étoit actuellement occupé à les repousser, lorsqu'il apprit 
que la ville de Vienne, après une défense opiniâtre de près de deux ans, 
s'étoit enfin rendue dans le même mois de septembre au duc Richard. Ce 
dernier emmena prisonnières, dans son comté d'Autun, la princesse Ermen- 
garde, sa belle-sœur, qui avoit défendu la place avec une valeur au-dessus de 
son sexe, 8c une fille qu'elle avoit eue de Boson. 

Carloman fut obligé d'interrompre ses conquêtes contre cet usurpateur, soit 
parla guerre qu'il avoit à soutenir contre les Normands, soit de crainte que 
l'empereur^ Charles le Gros ne formât quelque entreprise sur ses États. Il y 

• Hariulf. 1. 3, c. 20. — Mabillon, ad ann. 88i, ^ Mabillon, ad ann. 882, n. 6i . 

n. 41. — Annal. Berlin, p. 420. ■* Ils ravageaient alors les bords de la Loire, 

* Annal. Berlin, p. 420. s Annal. Berlin, p. 420. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 23 

eut en effet du refroidissement entre ces deux princes, & le dernier ayant 
repassé les monts pour se mettre en possession de la succession du roi de Ger- 
manie, son frère, tint une diète à Worms le i" de novembre, durant la- 
quelle Hugues l'abbé, suivi de plusieurs autres seigneurs, vint le sommer de 
la part de Carloman de lui rendre, conformément à ses promesses, la partie 
du royaume de Lothaire qui avoit été cédée au feu roi de Germanie, son frère j 
mais Charles, qui n'étoit nullement disposé à faire cette restitution, évita de 
donner une réponse positive aux ambassadeurs françois. Il paroît même qu'il 
exerçoit alors quelque autorité dans le royaume : il est du moins certain qu'en 
ce temps-là on y datoit quelquefois les actes par les années de son règne, 
comme nous le verrons bientôt, ou seulement' depuis la mort de Louis 
le Bègue j ce qui pourroit donner lieu de douter si Carloman fut géné- 
ralement reconnu. Il est cependant plus vraisemblable qu'on ne datoit ainsi en 
France les chartes du règne de l'empereur Charles le Gros, qu'à cause de sa 
qualité de premier prince de la famille royale, 8c parce qu'on le regardoit 
comme tuteur^ ou protecteur du jeune roi Carloman. Parmi ces chartes, on 
en voit une^ de Bernard, comte par la grâce de Dieu, 5c d'Ermengarde, sa 
femme, datée de la septième année de Charles y roi des François 6* des Lom- 
hards i ainsi elle doit être de l'an 883. Bernard 8c Ermengarde donnent par 
cet acte à l'abbaye de Conques, située sur les frontières du Rouergue 8c de 
l'Auvergne, le village de Bautone, dépendant de la viguerie de Sévérac, en 
Rouergue, qu'il tenoit héréditairement de ses ancêtres. Ce comte est sans 
doute le même que Bernard III, marquis de Gothie 8c comte d'Auvergne, qui 
vivoit alors, 8c dont la femme s'appeloit Ermengarde"^. Nous savons d'ailleurs 
que S. Guillaume, fondateur de Gellone , son aïeul, 8c Bernard, duc de 
Septimanie, son père, possédoient diverses terres en propriété dans l'Aquitaine 
8c la Septimanie. 

XXVI. — Plaid tenu à Carcassonne. — Willerandj évêque, 6 Sicfred^ vicomte 

de cette ville. 

Eniin nous avons ^ un plaid tenu à Carcassonne au mois de février, la 
troisième année de Vempire de Charles, c'est-à-dire en 883, en présence de 
Willerand, évêque de cette ville, du comte Acfred , du vicomte Sicfred , de 
deux abbés 8c de plusieurs autres juges. On y cassa, du consentement des 
parties, un échange qui avoit été fait quelque temps auparavant , entre Cas- 
telan , abbé de Saint-Hilaire 8c ses religieux, d'un côté, 8c un seigneur du 
pays appelé Ermenards , de l'autre. Recamond étoit alors abbé de Saint- 
Hilaire. On doit mettre Sicfred au nombre des vicomtes de Carcassonne, 8c 



• Capitula'ireSft, 2, p. i5i3. vergne, marquis de Gothie & comte deMâcon, fils de 
' Hincmar, Epist. dans Diichesne, t. 3, p. 464. Bernard I,comted'Auvergne,&deLuitgarde. Voir la 
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. VI. NoteLXXXVU du tome II de cette édition. [E. M.] 

* C'est-à-dire Bernard Plantevelue, comte d'Au- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. V. 



An88j 



An 883 



24 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 883 ^ 

il devoit avoir succédé dans cette vicomte à Frédarius qui la possédoit vers 
l'an 873'. 

XXVIL — Acfrcd 6' Benc'ion, comtes de Carcassonne 6 de Ra-^ès. 

Quant à Acfred, nous savons qu'il étoit comte de Carcassonne & frère 
d'Oliba II, avec lequel il possédoit par indivis^ ce comté de même que celui 
de Razès, Se, à ce qu'il paroît, dès l'an 8/3. On croit ^ qu'il descendoit de 
Wifred ou Acfred, comte de Bourges"^, qui vivoit sous l'empire de Louis le 
Éd-jOrigin. Débonnaire. On peut^ aussi conjecturer qu'il étoit de la même famille que 
S. Guillaume, duc de Toulouse 8c fondateur de l'abbaye de Gellone<5, 8c 
qu'il étoit par conséquent parent, quoique dans un degré éloigné, de Ber- 
nard III, marquis de Gothie 8c comte d'Auvergne, dont il épousa une fille 
nommée Adelinde. On ajoute qu'il fut comte de Bourges "7, 8c quelques 
modernes ont cru qu'il fut comte d'Auvergne 8c même duc d'Aquitaine; mais 
tout cela est avancé sans aucun fondement. Il étoit sans doute puîné d'Oliba, 
son frère, puisqu'il n'est plus fait mention de ce dernier après l'an 877 8c que 
nous savons qu'Acfred vécut jusque vers l'an 906. Il paroît qu'Oliba^ laissa 
deux fils dont l'aîné, appelé Bencion, lui succéda dans sa portion des comtés de 
Carcassonne 8c de Razès. Nous en parlerons ailleurs, de même que des enfans 
d'Acfred. Comme ces deux comtés dépendoient du marquisat de Toulouse, 
Acfred devoit être soumis à la suzeraineté d'Eudes ou Odon, alors comte de 
Toulouse. 

XXVIII. — Donation de Berthei-;^, mère dŒudeSj comte de Toulouse^ en faveur 
de Vahhaye de Vabres. — Garsinde, épouse de ce comte. 

Il est fait mention de ce dernier dans une donation ^ que fit à l'abbaye de Va- 
bres en Rouergue la comtesse Berthe ou Bertheiz, sa mère, veuve de Raimond, 
comte de Toulouse, fondateur de ce monastère, au mois d'avril de Van 883, 
la première année de la monarchie de Carlomanj qu'on doit compter depuis la 
mort du roi Louis III, son frère. Bertheiz donne à l'abbaye de Vabres plusieurs 
biens situés dans les vicairies de Camarès 8c de Brusque, en Rouergue, 8c il 
paroît par là qu'elle en étoit originaire. Elle fit cette donation pour le repos de 

• Voyez tome I, livre X, n.cx. reliques de S. Genou. Voir la Note LXXXVII du 

» Voyez tome lï,Note LXXXVII, n. ici & suiv. tome II de cette édition. [E. M.] 

î Baluze, Histoire de la. maison. d'Auvergne, t. i, s Voyez tomell, Note LXXXVII, n. loi & suiv. 

p. 14 & SUIV. 6 La famille de Guillaume de Gellone est absolu- 

^ Acfred, comte de Razès, frère d'Oliba II, ment étrangère aux personnages dont parle ici dom 

comte de Carcassonne, était fils d'Oliba I, comte Vaissete. fE. M.l 

de Carcassonne. C'est tout ce qu'on peut dire de 7 Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, t. i, 

son origine. Nous avons déjà dit que Wifred ou p. i3 & seq. 

Acfred, comte de Bourges, était un personnage apo- « Voyez tome II, Note LXXXVII, n. loi & suiv. 

cryphe, inventé par l'auteur de la translation des » Ibid. aux Preuves, Chartes & Diplômes, n. CXI. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 20 

Rémi, son père, St d'Arsinde, sa mère, de Raimond, son époux, Se de Bernard, 
son fils, qui étoîcnt alors décédés, 5t pour diminuer les péchés d'Odon C* de Be- 
noît, ses autres fils. Elle en avoit un ' quatrième nommé Fulguald,S(. c'est peut- 
être le même que Fulguald qu'on trouve souscrit au bas de cette charte avec 
plusieurs personnes de considération,entrcautresBernon, évoque de Toulouse, 
qui ne paroît pas différent de Bernard, cveque de la même ville, dont nous 
parlerons bientôt. Airbert ou Arbert, qui avoit été nommé Benoît,^ dont on 
voit aussi la souscription, étoit fils de Raimond &. de Bertheiz 5 il avoit pris 
sans doute ce dernier nom quand son père l'offrit, encore fort jeune, à l'abbaye 
de Vabres pour y être religieux. 

Il est encore fait mention du même Arbert dans une donation que Frotaire^, 
archevêque de Bourges, fit vers l'an 876 à l'abbaye de Beaulieu, dans le bas 
L/imousin, du lieud'Orbessac dans le même pays, qu^ il avoit acquis du comte 
Odon ou Eudes. Ce prélat fait cette donation pour Vâme de Raimond 6* de 
ses fils Bernard, Eudes 6* Airbert, dont il y a lieu de croire qu'il étoit parent, 
8c qui ne sont pas ^ différens de R.aimond, comte de Toulouse, 8c de ses fils 
Bernard 8(. Eudes, lesquels possédèrent successivement le comté de Toulouse 
avec celui "^ de Querci, 8c étendirent par là leur domination jusque dans le 
bas Limousin, où l'abbaye de Beaulieu est située. Au reste, le même Eudes 
prend le titre de comte, par la grâce de Dieu, dans l'acte de vente qu'il ^ avoit 
faite peu de temps auparavant du même lieu d'Orbessac, conjointement avec sa 
femme Garsinde, 8c avec le consentement de son frère Arihert, à l'archevêque 
Frotaire. L'acte est souscrit par deux comtes, Garsias 8c Guillaume, qui étoient 
peut-être parens de cette comtesse. 

XXIX. — Union du comté de Ra-:^ès à celui de Carcassonne. 

On vient de dire qu'Acfred, comte de Carcassonne, l'étoit^^ aussi du Razès j 
c'est ce qui paroît entre autres par une charte du roi Carloman datée de Com- 
piègne, au commencement de l'an 884 '7, suivant laquelle ce prince, <ff ZW/V 
6- en présence du comte Acfred, donne à Sigebode, archevêque de Narbonne, 8c 
à son église, quelques fiefs du comté de Razès, en particulier le lieu de Trapes, 
que le roi Charles le Chauve avoit donné autrefois à un de ses vassaux , nommé 
Hilderic, sur lequel ils avoient été confisqués dans la suite 8c unis au domaine. 
Charles le Chauve avoit disposé en faveur de ce dernier, en 848 s, de divers 
domaines du Minervois. Nous ignorons la raison pour laquelle il en fut dépos- 
sédé, à moins qu'il n'ait été engagé dans la révolte de Bernard II, marquis de 
Gothie. 



' Voyez tome II, Preuves, Chartes, n. LXXXVII. ^ Ih'id. n. XCIX. — Voyez notre Note rectifîca- 

" Ibid. n. cm. tlve à la Note LXXXVII du tome II. [E. M.] 
' Ibid. Notes XCIX & C. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. VII. 

* Ibid. Notes XCIX & C. ■ 8 Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplô- 

^ Ibid. Pre«ye5_, Chartes & Diplômes, n. CII. mes, n. LVIII. 



An 883 



An 884 



An 884 



An 



•6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 

XXX. — Carloman jàit un voyage à Narhonne. — Mort de ce prince.^ 



Ce fut peut-être pour punir ceux qui avoient pris part à cette révolte que 

Carloman fit un voyage à Narbonnej mais l'ancienne chronique' qui fait 

mention de cet événement n'en dit ni l'époque ni les circonstances. Tout ce 

l'd. origin. (me nous savons, c'est que les continuelles entreprises des Normands l'obli- 

t. Il, p. lÔ. 1 . Al 

gèrent de passer les dernières années de son règne du coté de France, & qu'il 
fut enfin contraint d'acheter la paix de ces pirates à prix d'argent. Sans cet 
obstacle, ce prince, qui ne manquoit ni de capacité ni de talent, auroit achevé 
sans doute de reprendre le royaume de Provence sur Boson; mais à peine eut-il 
fait la paix avec les Normands, qu'ayant été dangereusement blessé à la chasse 
en poursuivant un sanglier, il mourut de sa blessure^, le 6 du mois de décembre 
de l'an 884, sans laisser aucune postérité. Charles, son frère, né du second lit Se 
qui n'avoit pas encore quatre ans accomplis, devoit naturellement lui succéder. 
Mais le besoin extrême où étoit alors le royaume d'un prince capable de s'op- 
poser aux entreprises continuelles des Normands, 5c qui pût gouverner par 
lui-même, le fit exclure du trône pour un temps. Les grands jetèrent la vue sur 
l'empereur Charles le Gros, comme étant le seul de la maison royale qui fût 
d'un âge avancé. Se ils le pressèrent tant de venir prendre la couronne de 
France qu'il accepta leurs offres Se fut reconnu dans toute la monarchie. 
Par là, sa domination se trouva presque aussi étendue que l'avoit été celle de 
Charlemagne. Il paroît cependant qu'il ne fut pas d'abord reconnu dans la 
Gothie, Se on voit une charte de l'abbaye d'Arles, en Roussillon, datée de la 
manière suivante : Cette vente a"^ été faite le 22 de maiy la seconde année 
depuis la mort du roi Carlomanj J.-C. régnant 6» dans l'attente d'un roi. 

XXXI. — S. Théodard ^ archevêque de Narbonne. — Èvêques 

de la province. 



L'élection de ce prince n'empêcha pas les Normands d'entreprendre de 
nouvelles courses. Se les Sarrasins, qui jusqu'alors avoient été à ce qu'il 
paroît assez tranquilles, résolurent d'attaquer de leur côté les frontières du 
royaume du côté d'Espagne. Il est fait mention du dessein de ces infidèles 
dans la vie de S. Théodard, archevêque de Narbonne, élu après la mort de 
Sigebode, son prédécesseur, au mois d'août de l'an 885^. Il est vrai que l'au- 
teur de sa vie paroît assez moderne 5, Se qu'il a inséré dans sa narration 
plusieurs faits apocryphes ou du moins très-douteux : il devoit avoir vu cepen- 
dant une ancienne vie de ce prélat, car il rapporte quelques traits conformes 

'Voyez tome V, Chroniques, n. V. ^ Vha S. Theodardi. — Cattl, Mémoires de l'his- 

' Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 884, n. 84 to'ire de Languedoc, p, ySo & suiv. — Bollandistes, 

'■'"'î* l'ornai, p. 141 & suiv. — Marco. Hispanica, p. 864 

' Capitulaires, t. 2, p. i53i, 5 Voyez tome IV, Note II. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 27 "" , ,„. " 

/ An 880 

aux monuniens du temps ; ainsi nous le suivrons, à l'exemple des plus habiles 
critiques qui ont parlé de S. Théodard, en tout ce qui ' n'a rien de con- 
traire à la vérité. 

Théodard , qu'on nomme Audard dans le langage du pays , naquit vers le 
milieu du neuvième siècle, dans l'ancien diocèse de Toulouse, qui étoit alors 
compris dans l'Aquitaine. Ses parens, distingués par leur noblesse, faisoient 
leur demeure dans une terre située vers les frontières du Querci, dans l'endroit 
où l'on a bâti depuis la ville de Montauban. Il répondit parfaitement par la 
pureté de ses mœurs au soin qu'ils prirent de son éducation. L'auteur de sa 
vie rapporte que les juifs s'étant présentés au roi Carloman, pour le supplier 
de les mettre à l'abri de quelques avanies que leur faisoit tous les ans l'évêque 
de Toulouse, nommé Bernard, avec le clergé & le peuple de cette ville, ce 
prince ordonna à Sigebode, archevêque de Narbonne, d'assembler sur ce sujet 
un concile à Toulouse pour y écouter leurs plaintes 8c leur rendre justice. 11 
ajoute que Théodard, s'étant présenté à l'assemblée, justifia pleinement les 
Toulousains & confondit les juifs sur tous leurs prétendus griefs. Mais cette 
histoire, qui est rapportée plus au long par le même auteur,paroît^ faite à plaisir; 
elle est du moins fabuleuse dans la plupart des circonstances. L'auteur ajoute 
que Sigebode, retournant dans son diocèse après le concile, amena avec lui 
TJiéodard, qui s'attira l'amitié du prélat Se l'estime des habitans de Nar- 
bonne par la sainteté de sa vie & la sagesse de sa conduite; en sorte qu'après 
avoir reçu le diaconat Sv. la prêtrise, on songeoit à l'élever sur le premier siège 
épiscopal qui viendroit à vaquer dans la province, lorsqu'il fut élu archevêque 
de Narbonne de la manière qui suit : 

Sigebode étant mort, Willerand, évêque de Carcassonne, 8c Agilbert, évêque 
de Béziers, qui faisoit en même temps les fonctions de commissaire du roi, se 
rendirent à Narbonne comme les plus voisins, soit pour prendre soin de cette 
église vacante, soit pour présider à l'élection du nouvel archevêque. Etant Éd-jOrisin. 
arrivés dans la cathédrale pour cette cérémonie. Théodard fut aussitôt élu par 
le suffrage unanime du clergé 8c du peuple, qui se réunirent à lui donner 
cette marque de leur estime. Les évêques de Carcassonne 8c de Béziers con- 
sentirent en même temps à ce choix, tant en leur nom qu'en celui du clergé 8c 
du peuple de leurs diocèses. Ils souscrivirent à l'acte qui en fut dressé 8c qui 
fut aussi souscrit par quatre archidiacres 8c cinq abbés. Les deux évêques 
écrivirent ensuite à leurs comprovinciaux pour leur faire part de l'élection de^ 
Théodard 8c les inviter à la cérémonie de son sacre. Tous les évêques de la 
province applaudirent au choix qu'on venoit de faire ; mais il n'y eut que le 
seul Ausinde d'Elne,qui, s'étant rendu à Narbonne, sacra le nouvel archevêque 
avec Willerand de Carcassonne 8c Agilbert de Béziers, ce qui fut fait un 
dimanche i5 du mois d'août de Van 885 ou de Vère 928, indiction III. 

' BoUandistes, i"mai,p. 368 &suiv.— Baliize, ' Bollandistes, i" mai, p. 368. 

MarcaHispanica, p. 364. — Balllet, Fie des Saints, ' Vita S. Theodardi, n. zi & 24. — Bollandistes, 

i" mai, p. 29. i*"'' mai, p. 148. 



An 885 



28 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

Macaire de Lodève, Asaëld'Uzès, Ingobert d'Urgel Se Théotarius de Gironc 
s'excusèrent de se trouver à cette cérémonie parce qu'ils étoient actuellement 
malades j Frodoin de Barcelone ne voulut pas abandonner sa ville épiscopale, 
à cause que les Sarrasins se disposoient alors à faire une irruption dans le 
pays; Boson d'Agde ne put d'un autre côté se rendre à Narbonne, parce que 
divers brigands ou mauvais garnemens couroient son diocèse, 8c Bernard de 
Toulouse étoit absent de son église. Enfin celle de Nimes vaquoit alors^ si 
nous en croyons l'auteur de la vie de S. Théodard; mais il paroit qu'il se 
trompe, car nous ' voyons que Gilbert en étoit évêque avant &c après l'an 885, 
à moins qu'il n'y ait eu deux évêques de Nimes de ce nom à la fin du neuvième 
siècle, de quoi il n'y a aucune preuve. Le même auteur ne dit rien de l'évêquc 
de Maguelonne, ce qui fait présumera quelques critiques^ que cette église 
étoit alors vacante; mais outre qu'il manque quelque chose dans cet endroit de 
la Vie de S. Théodard, nous apprenons d'ailleurs ^ qu'Abbon, évêque de 
Maguelonne, siégeoit en 878 Scen^ 887. On peut voir, par ce que nous ve- 
nons de rapporter, que la province ecclésiastique de Narbonne étoit alors com- 
posée de douze villes épiscopales outre la métropole, &: que de ce nombre, il 
y en avoit trois dans la Marche d'Espagne, savoir celles de Barcelone, de 
Girone Si d'Urgel ; les autres appartenoient à la Septimanie ou marquisat de 
Gothie. 

XXXII. — Rétahlissement de Vévêché d'Ausone dans la Marche d^Espagne. 

Il y avoit un quatrième diocèse dans la Marche d'Espagne ; c'étoit celui 
d'Ausone, qui, ayant été ravagé par les Sarrasins lorsqu'ils s'emparèrent de 
l'Espagne au commencement du huitième siècle^, étoit demeuré depuis sans 
évêque 8<. soumis à l'autorité immédiate des archevêques de Narbonne. Les 
infidèles ayant été chassés de la Marche d'Espagne par les armes de Pépin Se 
de Charlemagne, on fit une tentative pour rétablir cet évêché vers la fin du 
même siècle; mais les circonstances n'étant pas favorables Se les Sarrasins ayant 
envahi de nouveau le diocèse d'Ausone dans le temps de la révolte d'Aïson, 
ce pays demeura toujours sans évêque Se sous la domination des infidèles, 
jusqu'à ce que Wifred le Velu, comte de Barcelone Se marquis ou gouver- 
neur général de la Marche d'Espagne, Se ses frères Miron, comte deRoussillon, 
Se Rodulphe ou Raoul, comte de Conflans, les en chassèrent entièrement. Le 
premier, de qui le diocèse ou comté d'Ausone dépendoit pour le temporel, le 
repeupla alors de chrétiens Se songea à rétablir le siège épiscopal. En atten- 
dant qu'il pût exécuter ce dessein, il pria Sigebode, archevêque de Narbonne, 
de continuer de gouverner ce diocèse conjointement avec les évêques voisins. 
Enfin ce comte, après avoir pourvu à la sûreté de la frontière Se mis la Marche 

• Voyez tome IV, Note XVIII, n. i 8<. suiv. "^ Baluze, Concil. Narb. p. 4. — TomelV, 2Vofe II. 

' BoUandistes, i*"'' mai, p. 148. ^ jyjarca Hispanica , p. Syo & seq. — Baluze, 

î Voyez ci-dessus, n. vui. Miscellanea, t. 7, p. 5i & seq. 



An 



An 886 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 29 

d'Espagne à couvert des entreprises des infidèles qui méditoient d'v faire une 
nouvelle irruption dans le temps de l'élection de l'archevêque Théodard, 
s'adressa l'année suivante à ce prélat 5c le pria, du consentement du clergé 6c 
du peuple d'Ausone, de leur donner un évêque. Ce dernier lui accorda 
volontiers sa demande ; il sacra Godemar pour nouvel évêque d'Ausone, Se le 
chargea cependant Se ses successeurs, pour marque de l'ancienne dépendance 
de son église de celle de Narbonne, de payer tous les ans à celle-ci une livre 
d'argent de redevance. 

XXXIII. — Mort de Bernard III, marquis de Gothie 6* comte d'Auvergne. — 

Guillaume le Pieux, son fils, lui succède. 

Les courses continuelles des Normands ne permirent pas à l'empereur fii°'''S'8 
Charles le Gros de marcher en personne contre Boson, roi de Provence, pour 
tâcher de le dépouiller des provinces de la monarchie qu'il avoit usurpées j 
mais il paroît qu'il donna cette commission à Bernard III, marquis de Gothie 
Se comte d'Auvergne, qui mourut en effet en faisant la guerre à ce prince, au 
nom 8c par les ordres de Charles. C'est ce que nous inférons des paroles sui- 
vantes d'une charte' de ce dernier, datée du palais d'Attigni, le 18 du mois 
d'août de l'an 886. Charles dit dans cette charte, que faisant attention aux 
marques de valeur de fidélité que feu Bernard, comte 6 marquis, avoit don- 
nées à son service en s'opposant aux ennemis de VÊtat, 6* en particulier au 
tyran Boson 6* à ses partisans, 6 en exposant sa vie dans un combat contre ces 
rehvlles oïl il avoit été tué, il accorde, à la recommandation de Guillaume, 
comte 6* marquis , fils du même Bernard, qui étoit alors à sa cour, que l'abbaye 
de Saint-Pierre d'Iseure, dans le comté d'Autun, Scie prieuré de Saint-Révé- 
rien, dans celui de Nevers, fussent à l'avenir sous la dépendance de l'évêque 
de Nevers Se de ses successeurs. 

On voit par là : i» que Charles le Gros continua la guerre que Carloman 
avoit entreprise contre Boson , Se on a lieu de croire^ qu'il reprit sur lui une 
partie du royaume de Provence, car nous voyons^ qu'il régna à Lyon Se dans 
les pays situés le long du Rhône, en qualité de successeur du roi Louis le 
Bègue au royaume de Lothairej 2° que Guillaume, surnommé le Pieux, suc- 
céda immédiatement à Bernard, son père, dans le comté d'Auvergne Se le mar- 
quisat de Gothie, car il est qualifié comte & marquis"^ comme lui dans la charte 
de Charles le Gros, 8c il est certain qu'ils possédèrent l'un 8c l'autre ce mar- 
quisat j 3° enfin, que Bernard III, marquis de Gothie, étoit déjà mort au mois 
d'août de l'an 886. Il paroît qu'il vivoit encore au mois de mai de l'année 
précédente, car nous ne doutons pas qu'il ne soit le même que le très-illustre 

' Mabillon, Je Re Diplomatïca, p. 554 , & ad '' Voyez tome IV, Note I, n. i3 & suiv. 

ann.886,n. 7 & seq. — Baluze, H/5fo;Ve Je Za OTai- ' Voyez tome II, Note LXXXVII , n. 66 Ce 

son d'Auvergne, t. 2 , p. 4. — Besly, Histoire des suiv. 

comtes de Poitou, p. 196 & suiv. ■• Baluze, Miscellanea, t. 2, p. i5o. 



An 886 



3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

marquis Bernard^ à la prière duquel Charles le Gros confirma ' alors les privî 
léges de l'église de Lyon, Se on vient de voir, en effet, qu'il faisoit la guerre à 
Boson , du côté du Rhône, vers le même temps. Bernard III, marquis de Gothie, 
mourut donc âgé de quarante-cinq ans, étant né à Uzès vers la fin de l'an 840, 
comme on l'a remarqué ailleurs. On assure^ qu'il avoit épousé Liudgarde en 
premières noces, & qu'Ermengarde ne fut que sa seconde femme 5 mais^ on le 
confond avec un autre Bernard, comte d'Auvergne, mari de la première '^. On 
ajoute^ que la même Ermengarde étoit fille de Warin ou Guarin, comte 
d'Auvergne. Il paroît'^ plus vraisemblable qu'elle n'étoit que sa sœur. Il eut plu- 
sieurs fils de cette comtesse, qui fonda l'abbaye de Blesle '^, en Auvergne, entre 
autres Warin ou Guarin, qu'on prétend avoir été comte d'Auvergne, du 
vivant ou après la mort de son père; mais il est certain qu'on l'a confondu 
avec le comte Warin dont on vient de parler. 

Bernard III eut à la vérité un fils de ce nom qui mourut fort jeune long- 
temps avant lui, mais qui ne posséda jamais le comté d'Auvergne. Il paroît ^ 
qu'il eut un second fils, appelé Guillaume, qui mourut aussi dans sa jeunesse; 
il en eut enfin un troisième, nommé Guillaume, Se surnommé le Pieux. Ce 
dernier lui succéda dans le marquisat de Gothie & le comté d'Auvergne, mais 
non pas dans les comtés de Bourges Se de Mâcon Se le marquisat de Nevers, 
comme on l'a avancé, car il n'y a ^ aucune preuve que ni l'un ni l'autre aient 
jamais possédé ces dignités. Enfin Bernard III, marquis de Gothie, eut deux 
filles, dont l'une, nommée Ave '^, fut abbesse après avoir été mariée; Se c'est la 
même qui donna à Guillaume le Pieux, son frère, le lieu de Cluny, où il fonda 
dans la suite la célèbre abbaye de ce nom; l'autre, qui s'appeloit Adeliude, 
épousa Acfred, comte de Carcassonne. 

XXXIV. — Translation du siège épiscopal de Vêlai dans la ville du Puy. 
Origine des vicomtes de Polignac. 

On donne quelques autres frères à Guillaume le Pieux, entre autres Nor- 
bert évêque de Vêlai, qui fut élu, dit-on ••, vers l'an 880, mais on n'apporte 
aucune preuve de l'extraction de ce prélat. Il paroît du moins certain qu'il 

' Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, t. i, au tome II de cette édition l'addition à la 

P- 4 & suiv. i^ote LXXXVII. [E. M.] 

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 6i. ■» Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, t. i, 

^ Nous avons déjà dit que Bernard III n'était pas p. 4 & suiv. 

le fils de Dodane, mais qu'il était fils de Bernard I, s Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 61 &suiv. 

comte d'Auvergne. Ce n'est pas lui qui épousa ^ Mah'iUon, Annal. Bened. aà ann. çio, n. 61. 

Liutgarde, puisque celle-ci était sa mère. Sa femme ^ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 64. 

s'appelait Ermengarde, comme la seconde femme de » Ihid. 

son père. Il eut pour enfants Guillaume le Pieux; » Ibid. n. 68 & suiv. ; n. 70 & suiv. 

Warin, mort jeune & avant son père , & peut-être x- Mabillon, Acta Sanctorum ordinis sancti Bene- 

un autre fils nommé Guillaume, aussi mort jeune ; dicti. saec. 4, part, i p. 78. 

Adelinde, femme d'Acfred, comte de Razès, & non ■■ Ihid. p.' 769. — Gallia Christiana, nov. éd. 

pas de CarcasSonne, & Ave, qui fut abbesse. Voyez t. 2, p. 6o3. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 3: 



An 8î!6 



t. Il, p. 19. 



transféra au Piiy ou à Anis ' le siège épiscopal de Vêlai , qui avoit été jusqu'alors 
dans la ville de Saint-Paulhan, la même que l'ancien Ruessium ou Civitas 
Vetula, capitale du pays. Voici le sujet de cette translation. Après la mort^ de 
Gui I, évoque de Vêlai, le clergé de cette église se partagea sur le choix de son Kdori-in. 
successeur; une partie donna son suffrage à Norbert, Se l'autre à Vital, abbé 
& frère du vicomte de Polignac. Chacun des contendans fit valoir son droit; 
mais comme le dernier étoit soutenu de l'autorité que le vicomte, son frère, avoit 
dans le pays, l'autre, quoique mieux fondé, prit le parti d'en venir à un ac- 
commodement. Norbert céda donc au vicomte la ville épiscopale appelée alors 
Vetula & depuis Saint-Paulhan, Se étant par là demeuré paisible possesseur de 
l'évêché, il transféra sa résidence à la ville d'Anis ou du Puy, où le siège épisco- 
pal du Vêlai a toujours été depuis. Se qui devint ainsi la capitale du pays^. 
Norbert y transféra aussi les reliques de S. Georges, premier évêque de Vêlai, Se 
celles de S. Marcellin, ses prédécesseurs. Quant à la ville de Saint-Paulhan, 
les vicomtes de Polignac l'unirent dès lors à leur domaine. 

Ce que nous venons de rapporter est fondé sur d'anciens "^ monumens ; 
ainsi il ne faut pas chercher avant le neuvième siècle la fondation de l'église 
cathédrale du Puy, devenue si célèbre dans les siècles suivans. Cela prouve 
aussi que les vicomtes de Vêlai se qualifioient dans ce temps-là vicomtes de 
Polignac, à cause que ce château étoit le chef-lieu de leur domaine Se qu'ils 
V faisoient leur résidence ordinaire. On voit ^ cependant que les successeurs du 
frère de Vital, ou les vicomtes de Vêlai, ne prirent que le simple titre de vi- 
comtes, comme ceux des autres provinces, jusque vers la fin du onzième siècle, 
que la plupart d'entre eux fixèrent leur dénomination par celle du chef-lieu de 
leur domaine. 

Au reste, le vicomte de Polignac dont nous venons de parler. Se dont nous 
ignorons le nom, paroît être le même qu'Armand, vicomte dans le Vêlai, qui, 
suivant une ancienne chronique*^, eut un fils de même nom, lequel donna dif- 
férens biens, vers l'an 900, à l'abbaye de Tournus, en Bourgogne, entre autres 
Véglise de Saint-Georges de la cité vieille {Vetulae civitatis)^ ou de Saint- 
Paulhan, ce qui confirme la cession dont nous venons de parler, laquelle donna 
lieu à la translation du siège épiscopal au Puy. Etienne, successeur des deux 
vicomtes Armand I Se Armand II, SeBelesinde, sa femme, confirmèrent '^ cette 
donation vers l'an çSo. Et comme les vicomtes de Polignac, qui vivoient dans 
le onzième siècle, portoient les noms d'Armand Se d'Etienne, c'est une preuve, 
ce semble, de leur descendance commune. Cette vicomte subsiste encore aujour- 

' Voyez tome II, Note LXXX. résidence. Voyez tome II la Note rectificative de 

' Acta Sanctorum ordlnis sancti Benedicti. — Gai- Dom Vaissete & notre addition à la Note LXXX, 

lia Christiana, nov. éd. t. 2, p. 6ç3. P- 172 à 181. [E. M.] 

' Les Bénédictins sont revenus d'eux-mêmes sur "• Voyez tome II, Note LXXX. 

l'opinion qu'ils émettent ici au sujet de l'époque ^ Voyez tome IV, Note X. 

où le siège de l'église de Vêlai fut transféré au Puy. " Falco, Chronicon Tornodorcnse, p. 20. — Voyez 

C'est au septième siècle, sous l'épiscopât d'Evodius, tome IV, Note X. 

& non au neuvième, qu'eut lieu ce changement de " Falco, Chronicon Tornodorcnse, p. 25. 



. „,, 32 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 

An 006 

d'hui dans la province ', 8c c'est un des plus anciens fiefs de dignité qui s'y soit 
conservé. Celui qui en est revêtu tient le second rang parmi les barons qui as- 
sistent aux états généraux de la province de Languedoc. 

XXXV. — Selva usurpe le siège épîscopal d'Urgel ^ Vautorité métropolitaine 
dans la Marche d'Espagne sur l'archevêque de Narbonne. 

Théodard, archevêque de Narbonne^, étant allé à Rome peu de temps après 
son sacre pour y recevoir le pallium des mains du pape Etienne VI, le bruit 
se répandit pendant son absence, qu'Ingobert, évêque d'Urgel, son sufiragant, 
qui devoitêtre aussi absent du pays & qui l'avoit peut-être accompagné, étoit 
mort. Ces circonstances parurent favorables à l'ambition d'un clerc appelé 
Selva, descendant de ces Espagnols qui, sous le règne de Charlemagne, s'étoient 
établis dans la Septimanie Se la Marche d'Espagne. Cet ecclésiastique, soutenu 
du crédit Se de l'autorité de Suniarius, comte d'UrgeP, forma le dessein de s'em- 
parer de ce siège, de s'ériger en métropolitain de toute la Marche d'Espagne, qui 
depuis l'entrée des Sarrasins dépendoit de la métropole de Narbonne, & de faire 
revivre en sa personne les anciens droits de Téglisede Tarragone. Désespérant 
toutefois de trouver dans la province des évêques qui voulussent entrer dans 
ses vues, il partit en diligence pour la Novempopulanie ou Gascogne, Se s'y 
fit sacrer évêque d'Urgel par deux évêques de cette province. Il apprit peu de 
temps après qu'Ingobert vivoit encore j cette nouvelle le surprit, mais elle ne 
le rebuta pas. Se résolu de soutenir sa démarche, il le chassa de son église avec 
le secours du comte Suniarius, Se après s'être intrus dans son siège, il prétendit 
exercer les fonctions de métropolitain de la Marche d'Espagne. 

La mort de Théotarius '^, évêque de Girone, arrivée après le premier de no- 
vembre de l'an 886, Se vers le commencement de l'année suivante, lui en four- 
nit l'occasion. Le clergé Se le peuple ayant élu canoniquement Servus-Dei, qui 
fut sacré par Théodard, archevêque de Narbonne Se métropolitain de la Marche 
tfii°p.^2o. d'Espagne, Selva entreprit de son côté de donner, de sa propre autorité, 
un autre évêque à Girone. Il trouva moyen de gagner Frodoin, évêque de 
Barcelone Se Godemar, nouvel évêque d'Ausone ou de Vie, Se sacra avec eux 
un certain^ Hermenmire. Théodard, justement offensé d'une pareille entre- 
prise, en porta ses plaintes au pape Etienne, Se le supplia de vouloir l'aider à 
la réprimer. 

' Voyez, dans les Cartula'ircs de Saint-Julien de Velu & frère de Wifred II, comte de Barcelone. Il 

Brioudc & de SauxiUangcs, plusieurs chartes relati- ne doit pas être confondu avec Suniaire II, comte 

ves à l'évêque Etienne & à sa famille. Elles peuvent de Roussillon, qui vivait à peu près à la même épo- 

servir à compléter les renseignements que donne que. [E. M.] 
dom Vaissete sur les vicomtes de Polignac. [E.M.] '' FitaS. Tlieodardi, Bollandistes, i" mai, p. i5i 

' Vita. S. Theodardi, Bolland. i""'' mai. — Marca & seq. — Marca Hispanica, p. 366 & seq. — Voyez 

Hispanica, p. 265 & seq. tome IV, Note II. 

^ Suniaire, comte d'Urgel, était fils de Vv'ifrcd le = Marca Hispanica, p. SS^. 



An 887 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 33 



XXXVI. — Premier concile de Port, dans la Septlmanle. 

Quoique la réponse que nous avons de ce pape ' soit généralement reconnue 
pour une pièce supposée, il parok cependant qu'elle a été fabriquée sur une 
lettre véritable ; Se on a lieu de présumer, par ce que nous savons de la suite de 
cette affaire, qu'Etienne manda à Théodard d'assembler le concile des évêques 
de sa province 8c des autres les plus voisines, pour déposer les deux intrus 8c 
punir les évêques de Barcelone 8c de Girone qui avoient ordonné Hermen- 
mire. Quoi qu'il en soit de la réponse du pape, il paroît du moins que Théo- 
dard assembla un concile le 17 de novembre de l'an 887^, à Port, lieu situé 
sur les frontières des diocèses de Maguelone 8c de Nimes. Il est vrai que les 
actes de ce concile rapportés dans la Vie de S. Théodard ^ passent également 
pour supposés, mais ils nous paroissent vrais pour le fonds, 8c seulement inter- 
polés dans quelques circonstances j en effet, l'auteur marque les noms de tous 
les évêques qui assistèrent à ce Concile de Port, 8c qui siégeoient véritable- 
ment alors, ce qu'il n'auroit pu deviner. Ces prélats étoient Théodard, arche- 
vêque de Narbonne, 8c onze évêques de sa province, savoir : Gilbert de Nimes, 
Willeran de Carcassonne, Amélius d'Uzès, Abbon de Maguelone, Boson 
d'Agde, Agilbert de Béziers, Riculphe d'Elne, Bernard de Toulouse 8c Ma- 
caire de Lodève, dans la Septimanie, Ingobert d'Urgel dont Selva avoit usurpé 
le siège, 8c Servus-Dei, nouvel évêque de Girone dans la Marche d'Espagne. 
Godemar d'Ausone, l'un des consécrateurs d'Hermenmire, s'y trouva aussi 
avec plusieurs autres évêques des provinces voisines, entre autres les archevê- 
ques d'Arles, d'Aix, 8c d'Embrun, 8c Éloi évêque d'Albi, de la province de 
Bourges ou première Aquitaine. 

Les mêmes actes ajoutent que Selva, Hermenmire 8c Frodoin de Barcelone 
furent cités au concile, mais qu'ils refusèrent de comparoître, 8c qu'après ce 
refus Ingobert d'Urgel 8c Servus-Dei de Girone portèrent leurs plaintes contre 
les deux premiers pour avoir usurpé leurs sièges, que Godemar d'Ausone 
avoua publiquement la faute qu'il avoit faite de consacrer Hermenmire, qu'il en 
demanda pardon au concile, 8c qu'il s'excusa sur ce que Suniarius, comte 
d'Urgel, l'avoit forcé de la commettre 5 que le concile lui pardonna, à condition 
qu'il ne communiqueroit plus avec les intrus , 8c qu'on déclara ceux-ci excom- 
muniés, s'ils ne rentroient dans leur devoir avant le carême suivant, 8c s'ils 
ne faisoient avant ce temps-là une satisfaction convenable à l'archevêque Théo- 
dard. Enfin il est dit dans ces actes que ce dernier, par ménagement pour le 
comte Suniarius, ne voulut pas permettre qu'il fût compris dans la sentence 
d'excommunication, comme il le méritoit, 8c qu'on se contenta de lui envoyer 

• Vita S. Theoiard'i, — Bollandlstes, i" mai, * Voyez tome IV, iJote II. 

p. 102. — Conciles, t. 9, p. 874 & seq. — Labbe, ' Vita. S. TheoJardi,— Bollandistes , i" mai, 

Bihliotheca nova manusc. p. 802 & seq." — Marco. p. 141, i5i & i52. — Voyez aussi Marca Hlspanica, 

Hispanica, p. 369, 8 i 3 8c seq. p. 36p. 

III. 3 



An 887 



An 887 



34 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

Godemar, évêque d'Ausone, pour Tinformer des égards qu'avoit eus pour 
lui le concile, dans l'espérance qu'il rentreroit en lui-même, qu'il répareroit le 
scandale qu'il avoit causé, 5c qu'il reconnoîtroit l'autorité de l'église métropoli- 
taine de Narbonne. 

Suniarius répondit très-bien à la condescendance &. aux égards que le con- 
cile eut pour lui, & ayant consulté les seigneurs 8c les peuples de son comté, 
il reconnut sa faute 8c demanda une conférence à Théodard. Ce prélat, accom- 
pagné de plusieurs autres évêques, se rendit à Urgel. Aussitôt après leur arri- 
vée, le comte obligea les deux intrus, Selva 8c Hermenmire, 8c Frodoin de 
Barcelone de comparoître devant les prélats, qui, s'étant assemblés dans l'église 
de Notre-Dame d'Urgel, firent apporter, en présence des plus notables du pays, 
les canons 8c les décrets des conciles qui ordonnoient la déposition des évêques 
qui recevoient l'ordination sans le consentement de leurs métropolitains 5 on 
en fit la lecture, 8c on déchira ensuite les habits pontificaux dont Selva 8c 
Hermenmire étoient revêtus ; on cassa leurs crosses sur leurs têtes, 8c on leur 
arracha l'anneau pastoral des doigts, conformément à l'usage de l'Eglise ro- 
É.i. origin. maine ', 8c enfin on les priva ignominieusement de la cléricature. Quant à 
Frodoin de Barcelone, il demanda pardon de sa faute à genoux, en chemise 
8c nu-pieds, ce qui fit qu'on le lui accorda. 

Tels furent les deux conciles de Port 8c d'Urgel, qui durent se tenir à peu 
de distance^ l'un de l'autre 8c dont les actes paroissent à la vérité supposés, 
mais pris cependant sur d'autres plus anciens, au sentiment d'un habile ^ cri- 
tique qui en rapporte le précis à peu près de la même manière : nous avons 
seulement redressé quelques faits, tant sur des monumens plus authentiques 8c 
plus certains, que sur ce qui nous a paru de plus vraisemblable. Au reste le lieu 
de Port, où l'on tint le premier, étoit alors, à ce qu'on prétend"^, une ville 
considérable du diocèse de Nimes, composée de deux paroisses dépendantes 
de l'abbaye dePsalmodi, l'une sous l'invocation de la Vierge, Si. l'autre sous celle 
de saint Pierre. Ce lieu étoit situé sur la côte de l'étang de Mauguiooude Mel- 
gueil, vers l'embouchure du Vidourle dans cet étang, qui communique avec la 
mer ; il tiroit son nom d'un port qu'on y avoit pratiqué. Il n'en reste aujour- 
d'hui d'autre vestige que l'église de Notre-Dame d'Aspor, située dans le même 
endroit sur les frontières des diocèses de Montpellier 8c de Nimes, 8c à deux 
milles au midi de Lunel vers la mer, 8c dans le territoire de cette ville. L'église 
de Saint-Pierre est comprise à présent dans le territoire de Massillargues, au 
diocèse de Nimes. 

XXXVII. — Évêques d'Albu 

Si Ton en croit les actes de la translation des reliques de S. Antonin, martyr, 
clans une nouvelle église de l'abbaye de Frédelas ou Pamiers, Théodard, arche- 

• Marca Hhpanica, p. Siy & seq. 3 Baluze, Marco. H'ispamca, p. 867. 

• Voyez tome IV, Note II. 4 GalUa Christiana, t. 3, p. 776. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 35 

vêque de Narbonne, Se plusieurs évêques de sa province se trouvèrent à cette 
cérémonie, qui se fit, ditron, au mois de juin de Tan 887 ; mais comme ces 
actes paroissent ' entièrement fabuleux, nous ne nous y arrêterons pas davan- 
tage. Nous nous contenterons de remarquer qu'on met au nombre des évêques 
qui se trouvèrent à cette translation Folcrad d'Albi , ce qui ne peut être, 
puisqu'on vient de voir qu'Éloi occupoit cet évêché dans le même temps. D'au- 
tres^ mettent alors sur ce siège Adolenus qui souscrivit, dit-on, en 887 à une 
charte^ de Frotaire, archevêque de Bourges, en faveur de l'abbaye de Beau- 
lieu en Limousin. Cette charte"^ est de l'an 876, d'où il s'ensuit seulement 
qu'Adolenus étoit évêque d'Albi cette dernière année j on doit le distinguer ^ 
par conséquent d'un autre évêque d'Albi de même nom qui vivoit en 891^. Ce 
dernier eut pour successeur Godolric, qui reçut en 920'^ une donation considé- 
rable en faveur de sa cathédrale. 

XXXVIII. — Mort de Boson, roi de Provence. 

Boson, roi de Provence, profitant cependant des troubles que les Normands 
causoient dans le royaume, reprit enfin la ville de Vienne & la partie de ses 
Etats que Carloman lui avoit enlevée. Il jouissoit actuellement de tous les 
pays qu'il avoit usurpés, lorsqu'il mourut au commencement de l'an 887 s, à 
Vienne, où il fut inhumé. Ermengarde, sa femme, l'avoit rejoint alors, soit 
qu'elle se fût échappée des mains de Richard, duc de Bourgogne, qui l'avoit 
emmenée prisonnière après la prise de Vienne, soit que ce duc l'eût remise de 
lui-même à Boson, son frère. Quelques modernes^ ont avancé sans preuve que 
Charles le Gros le reconnut de son vivant pour roi de Provence, Se reçut de 
lui l'hommage de ce royaume j mais il paroît, au contraire, par le témoignage 
d'un historien contemporain '°, « que non-seulement Louis Se Carloman firent 
« la guerre à Boson, pendant toute leur vie, Se qu'ils employèrent contre lui 
« leurs meilleurs généraux, entre autres l'abbé Hugues, l'un des capitaines de 
« son siècle le plus expérimentés, mais encore que leurs successeurs sur le trône 
(( de France le regardèrent toujours comme un usurpateur, Se le poursuivirent 
« comme tel pendant tout le temps qu'il vécut, » ce qui doit s'entendre princi- 
palement de l'empereur Charles le Gros. D'ailleurs, suivant l'épitaphe de 
Boson, qu'on voit, dit-on ' ' , dans l'église cathédrale de Saint-Maurice de Vienne, 
où il fut inhumé, il fit la guerre pendant toute sa vie contre plusieurs rois : 
enfin l'historien que nous venons de citer ajoute que Boson étoit si habile Se 

' Voyez tome IV, Note III. tort que dom Vaissete prétend qu'il y a eu deux 

" Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 887, n. 21. évêques d'Albi du nom d'Adolenus : l'un qui vi- 

— Gallia Chrïst'iana, nov. éd. t. i , p. 7. vait en 876, & l'autre en 891. [E. M.] 

' Voyez tome I de cette édition, livrelll, n. Lxiii. ^ Voyez tome IV, Note IX. 

* Voyez tome II, Note C ; tome IV, Note IX. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLIV. 

^ La Charte de Frotaire n'a pas été donnée, * Voyez tome IV, Notel, n. i5 & suiv. 

comme l'a cru dom Vaissete, en l'année 876, mais ^ Voyez tome IV, Note I, n. i3 & suiv. 

en l'an 887. (Voir l'Introduction du Cartulaire de '° Reginon, Chronicon, ann. 879, p. 58. 

Beaulieu, par M. Deloche, p. 236.) C'est donc à " Castracci, Histoire d'Ayignon, t. 2,1. i, p. lO. 



An 887 



— 36 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. xr. 

An 887 

si rusé que les princes, ses ennemis, tentèrent toujours inutilement ou de se 
saisir de sa personne, ou de le faire tomber dans quelque piège 5 Se que les 
seigneurs qui l'avoient suivi dans sa révolte lui furent toujours si constamment 
attachés, que malgré leur proscription 5c la confiscation de leurs biens dont ils 
furent punis, ils n'abandonnèrent jamais son parti, non plus que ses soldats. 

XXXIX. — Louis , fils de Boson, ohtlent le duché de Provence, 
Mort de Charles le Gros. 

Éd. origin. Boson cn mourant laissa d'Ermengarde, sa seconde femme, fille de l'empereur 

t. II, p. 22. D ' ' ^1 

Louis II, un fils nommé Louis, 8c une fille appelée Ingelberge qui épousa • 
dans la suite Guillaume, surnommé le Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de 
Gotliie 8c comte d'Auvergne. Quelques auteurs^ prétendent que cette princesse 
est la même que la fille de Boson, qui fut accordée en mariage en 878 au roi 
Carloman 5 que ce mariage n'eut pas son effet à cause de la révolte de Boson, 
8c qu'elle n'épousa qu'après l'an 886 Guillaume le Pieux. Ainsi Ingelberge 
auroit été fille de la première femme de Boson, que ce prince fit mourir pour 
épouser Ermengarde en 876 j mais il paroît, au contraire, qu'elle étoit fille 
de cette dernière, car outre qu'il n'y a aucune preuve qu'elle soit la même 
que la fille de Boson qui ne fut pas simplement promise en mariage à Carloman 
en 878, mais qui l'épousa-^ véritablement alors , nous savons que la mère d'Er- 
mengarde s'appeloit Ingelberge"^, nom qui aura passé à sa petite-fille, femme 
de Guillaume le Pieux. 

Louis, qui par sa mère descendoit de l'empereur Charlemagne , 8c qui par 
conséquent étoit parent de Charles le Gros, alla, après la mort de Boson , son 
père, trouver ce dernier prince au palais de Kircheim sur le Rhin, en Alsace, 
où il étoit alors, dans l'espérance d'en être reçu favorablement 8c d'obtenir sa 
protection. Son attente ne fut pas tout à fait vaine. Charles^lui fit un accueil 
gracieux 8c alla même à sa rencontre; il le reconnut ensuite pour son fils 
adoptif 8c pour son vassal^ c'est-à-dire qu'il l'investit sans doute ^ du duché de 
Provence, pour le tenir sous l'hommage de la couronne 8c l'obéissance légi- 
time, ainsi que Boson, son père, l'avoit possédé avant son usurpation. Louis 
ne fut, en effet, élu roi de Provence que trois ans après, 8c Charles le Gros se 
regarda tout le temps de sa vie comme le véritable souverain de ce royaume, 
dont les pays d'Uzès 8c du Vivarais faisoient partie. C'est ce qui paroît, entre 
autres, par un diplôme de ce prince daté du même palais de Kircheim, 8c donné 
vers le même temps pour l'union du monastère de Don-^ère'^ dépendant de son 
domaine 6» situé sur le Rhône dans le royaume de Provence 6" le comté de 

' Mahûlon, Acta Sanctorum ordinis sancti Bene- '^ Annal. Fui J. -p. 677. — Herman le Contracta 

dicti. t. 5, p. 78 & seq. Chronkon, ad ann. 887. 

' Baluze, H'tst. de la maison d'Auvergne, t. i , p. i 2. « Voyez tome IV, Hôte I, n. 1 9 & suiv. 

' Annal. Berlin, p. 256. ' Chifflet, Histoire de l'abbaye de Tournas, preu- 

* Le P. Ange, Histoire généalogique de la maison ves, p. zSp. 
de France, t. 1 , p. Go, 



An 887 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 3/ 

Saint-Paul-Trois-Châteaux, à Vahhaye de Tournas, au diocèse de Mâcon. 
Depuis ce temps-là ' le monastère de Donzère, qui avoit été uni auparavant à 
l'église de Viviers, de/int un simple prieuré soumis à l'abbaye de Tournus. Il 
subsista dans cet état jusqu'en 1374 qu'il fut réuni ^ à l'évêché de Viviers. Au 
reste, il est faux que le lieu de Donzère ait jamais dépendu pour le spirituel 
de ce dernier diocèse, comme un moderne ^ paroît l'avoir cru. 

La plupart des seigneurs 8c des peuples de Germanie, mécontens du gou- 
vernement de Charles le Gros, 8<. de sa nonchalance à repousser les courses 
des Normands, cabalèrent secrètement contre lui. Enfin, dans le temps que 
ce prince tenoit une diète au palais de Tribur, au delà du Rhin, le jour de 
S. Martin, 11 de novembre de l'an 887, Arnoul, son neveu 8c fils naturel de 
Carloman, roi de Bavière, se mit à la tête des conjurés 8c agit avec tant de 
bonheur qu'il se fit élire roi de Germanie h sa place. Charles le Gros se 
donna quelques mouvemens pour se maintenir sur le trône, mais il se vit 
bientôt après généralement abandonné de tous ses sujets, 8c il survécut peu de 
temps à son malheur. C'est ainsi que finit le règne de ce prince, qui avoit réuni 
en sa personne toute la monarchie françoise. Nos historiens modernes n'ont pas 
daigné le compter parmi nos rois du nom de Charles, quoiqu'il ait été vérita- 
blement roi de France. 

XL. — Eudes élu roi par une partie des François. 

Dans le temps que les peuples de Germanie, mécontens de la conduite de 
Charles le Gros, élurent un nouveau roi à sa place , les François qui ne 
l'étoient pas moins songèrent à s'en donner un plus capable de les gouverner. 
Ils se confirmèrent dans cette résolution lorsqu'ils eurent appris la mort de ce 
prince, qui arriva au commencement de janvier de l'année suivante. Ils au- 
roient du naturellement jeter les yeux sur Charles, fils posthume 8c seul des- 
cendant de Louis le Bègue ; mais la foiblesse de son âge, d'un côté, 8c de l'autre 
le besoin' extrême où étoit alors la France d'un capitaine qui fût en état de 
la défendre contre l'invasion des Normands qui y faisoient tous les jours de 
nouveaux progrès, déterminèrent les principaux seigneurs 8c les peuples des 
trois royaumes de France ou d'Austrasie, de Neustrie, 8c de Bourgogne à pren- éj. orisîn. 
dre un étranger, 8c leur firent oublier en cette occasion ce qu'ils dévoient au 
sang de Charlemagne. Ils s'assemblèrent donc 8c ils élurent pour leur roi, à 
l'exclusion'^ du jeune Charles, Eudes, comte de Paris, fils du fameux Pvobcrt 
le Fort, qui avoit signalé depuis peu sa valeur à la défense de cette ville contre 
les Normands. Quelques historiens ajoutent que ce prince n'accepta que malgré 
lui la couronne de France; ce qu'il y a de vrai, c'est qu'on ignore également le 
jour précis Se le lieu de son élection, quoiqu'on prétende qu'elle fut faite à 

' Chifflet , Histoire de Vabbaye de Tournus , ' Annal. Fuld. p. 55j. — Herman le Contract, 

p. 106. ' Chronicon,. dià ann. 887. 

' Ihid. ■^. io5. •♦ Pagi, ad ann. 888, n. 3 & seq. 

III. ^* 



An 883 



An 888 



38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

Compiègne, & qu'il y fut couronné par Wautier , archevêque de Sens. 
Suivant d'autres historiens, dont les plus anciens' sont du onzième siècle, 
Eudes ne fut élu pour régner en France qu'au nom du jeune Charles, à qui, 
dit-on, Louis le Bègue l'avoit donné pour tuteur ; mais le règne de Louis St 
de Carloman qui succédèrent immédiatement au même Louis le Bègue , leur 
père, & ensuite celui de Charles le Gros, à l'exclusion de Charles le Simple, 
enfin le silence des historiens contemporains ^^ sur une circonstance aussi remar- 
quable, prouvent assez que Eudes fut élu pour régner par lui-même & non ^ 
comme tuteur de ce dernier j ce que la suite confirme d'une manière à ne souf- 
frir aucune difficulté. 

XLI. — Rainulfe II, comte de Poitiers, élu roi d'Aquitaine. 

Tous les François ne réunirent pas cependant leurs suffrages en faveur 
d'Eudes; plusieurs d'entre eux se déclarèrent pour d'autres seigneurs qui de- 
vinrent ses concurrens & se mirent en état de lui disputer la couronne"^. Un 
des principaux fut Gui, duc de Spolète, qui descendoit par les femmes de 
l'empereur Charlemagne, Se qui se fit couronner roi de France, à Rome, dès 
qu'il eut appris la mort de Charles le Gros. Ce prince avoit un puissant parti 
dans le royaume, à la tête duquel étoit Foulques, archevêque de Reims. D'un 
autre côté Rodolphe ou Raoul, fils de Conrard, comte de Paris, s'empara de la 
Bourgogne Transjurane, 8c s'en fit couronner roi par quelques évêques qu'il 
assembla à Saint-Maurice en Valais. Enfin, Eudes eut un troisième compé- 
titeur en la personne de R^ainulfe II, comte de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, 
qui étoit, à ce qu'il paroît^, de la race de Charlemagne, 8c fils de Bernard II, 
marquis de Gothie. Ce duc^ voyant qu'Eudes n'avoit été élu roi que par les 
peuples d'une partie de la monarchie, 8c qu'il n'étendoit encore sa domination 
que jusques à la Loire, résolut d'envahir l'autre partie située entre ce fleuve 8c 
les Pyrénées, c'est-à-dire toute l'Aquitaine, la Septimanie 8c la Marche d'Es- 
pagne; 8c il se fit proclamer, en effet, roi d'Aquitaine'^. 

' Hugo Flaviniac. — Bihl'wth. nova mss. p. isS- taine, le fait n'est rapporté que par Herman le 

— Chronicon, apud Duchesne, t. 2, p. 336, 35o, 8cc. Contract, historien qui ne mérite pas toujours une 

' Abbon, de Bello Paris. 1. 2, p., '520. — Reginon, confiance absolue. Il est certain, du reste, que Ra- 

ad ann. 888, p. 64. — Annal. Mettons, p. 324. — nulfe II ne voulut pas reconnaître Eudes pour roi 

Annal. Fuli. p. SyS. — Frodoard, Hist. Rem. 1. 4. légitime. Faute d'avoir suffisamment débrouillé 

^ Pagi, ad ann. 888, n. 3 & seq. l'origine & la filiation des comtes à cette époque, 

* Luitprand, 1. 1 , c. 6. — Herman le Contract, les Bénédictins n'ont rien compris au rôle joué par 
dansCanisius, édit. in-fol. t. 3. — Reginon, C/:ro«ic. ces personnages pendant le règne des derniers Car- 

5 Voyez tome II, Note LXXXVII , n. 81 & seq, lovingiens. Adhémar, fils d'Emenon, était leur en- 

* Herman le Contract, Chronicon , ad ann. 887. nemi, & loin de faire de l'opposition au roi Eudes, 
' Ranulfe II était fils de Ranulfe I & non de comme le prétend dom Vaissete dans le chapitre 

Bernard II. Il descendait du duc Gérard, un des suivant, il avait tout d'abord embrassé son parti, 

fidèles de Louis le Débonnaire, & aucun chroni- C'est avec l'aide de ce prince qu'il s'empara du 

queurne dit qu'il fût parent de ce prince ou qu'il comté de Poitiers, en 893, sur le jeune Eble, fils 

appartînt à la famille de Charlemagne. Quant à la de Ranulfe II. Voyez tome II de cette édition, l'ad- 

proclamation de Ranulfe II comme roi d'Aqui- dition à la iVo£e LXXXVII. [E. M.] 



HTSTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 3n , „„„ 

/ An 000 

XLIL — Eudes fait la guerre à Raînulfe. 

Eudes n'en fut pas plus tôt informé qu'il vint dans le paj'S, 5c s'élant as- 
sure de la ' ville de Poitiers, il en donna le comté à Robert, son frère. Adhé- 
mar^ ou Aymar, fils d'Emenon, autrefois comte de Poitiers, qui en avoit 
été dépouillé par l'empereur Louis le Débonnaire, disputa alors ce comté à 
Robert j prétendant, sans doute , qu'Eudes devoit l'avoir préféré pour cette 
dignité, tant à cause qu'il étoit son allié, que parce qu'il étoit de la race de 
Rainulfe^, Si qu'enfin "^ son père l'avoit possédé. Résolu de soutenir ses droits, 
il se mit en campagne j Scs'étant approché pendant la nuit de l'armée d'Eudes , 
il l'attaqua 8c la mit en désordre j mais celui-ci eut le lendemain sa revanche. 
Il paroît cependant qu'Eudes fut obligé de laisser Adhémar paisible posses- 
seur^ du comté de Poitiers, 8c qu'après avoir soumis seulement une partie de 
l'Aquitaine, il repassa bientôt la Loire pour retourner en France où ses affaires 
l'appeloient. 

XLIIL — La Septïmanîe 6 la Marche d'Espagne refusent de reconnaître 

Eudes pour roi. 

Aux approches de ce prince, Rainulfe s'étoit retiré sans doute en Auvergne, 
auprès de Guillaume le Pieux, comte de ce pays 8c marquis de Gothie, son pro- 
che parent, qui, à ce qu'il paroît, favorisa ses démarches ambitieuses. Eudes 
ne fut pas, en effet, sitôt reconnu dans cette partie de l'Aquitaine, non plus 
que dans la Gothie ou Septimanie 8c la Marche d'Espagne. C'est ce qui paroît, 
à l'égard de cette dernière province, dans une donation «^ que Wifred le Velu, 
comte ou marquis de Barcelone, 8c les comtes Sunifred, Rodulfe 8c Miron, 
firent à Sunifred, abbé, 8c au monastère de la Grasse du lieu de Prades dans 
le comté de Conflans, pour Vâme de leur père Sunifred, 6» de leur mère 
Ermesinde au mois de mai. Vannée de la mort de V empereur Charles, dans V at- 
tente d'un nouveau roi {rege expectante). Eudes n'étoit donc pas encore re- 
connu alors dans la Marche d'Espagne. Au reste, cette charte sert beaucoup 7 f^j,°"sj"- 
à éclaircir l'origine des comtes héréditaires de Barcelone j car elle nous apprend 
que Rodulfe ou Raoul 8c Miron, l'un comte de Conflans 8c l'autre de Rous- 
sillon, étoient frères de Wifred le Velu, comte de Barcelone, 8c fils tous les 
trois de Sunifred. 

On pourroit cependant rapporter la date dont on vient de parler au mois 
de mai de l'an 878, dans le temps de la révolte de Bernard II , marquis de 

' Abbon, de Bello Paris. 1. z, p. 52o & 622. * Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 91. 

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 86 & suiv. ^ Abbon, de Bello Paris, 1. 2, p. 620 & 522. 

3 Adhémar, fils d'Emenon, comte de Poitiers, « Voyez tome II, au-x. Preuves, Chartes & Diplô- 

n'était point de la race de Raniilfel Voyez au mes, n. CXII. 

tome II, l'addition à la Note LXXXVII. [E. M.] ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 44 &suit. 



An 888 



40 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

Gothie' ; car outre que nous apprenons^ d'ailleurs que Louis le Bègue 
n'étoit pas encore alors reconnu dans cette province, il semble que Wifred le 
Velu, comte de Barcelone, étoit déjà soumis à l'autorité d'Eudes au mois 
d'avril de l'an 888, puisque l'acte de fondation qu'il fit alors de concert avec 
Gudinilde, sa femme, de l'abbaye de Sainte-Marie de Pvipoll, dans le diocèse 
d'Ausone 5, est daté de la première année du règne du roi Eudes. Quoi qu'il en 
soit, nous ne pouvons pas douter par d'autres monumens, que du moins une 
partie des seigneurs 8c des peuples de la Marche d'Espagne & de la Septimanie 
n'aient d'abord fait difficulté de se soumettre à ce prince. C'est ce qu'on voit 
entre autres dans l'acte de vente que fit Servus-Dei^, évêque de Girone, d'un 
village du diocèse d'Agde, qu'il tenoit héréditairement d'Agilbert, son père, &. 
d'Adeltrude, sa mère,à Agilbert, évêque de Béziers, le i5 décembre de Van 888, 
sous le règne de J.-C, 6" en attendant que par sa grâce il donne un roi. On 
peut ajouter à cela l'acte ^ de la dédicace de l'église du monastère de Saint- 
Étienne de Bagnols, dans le comté de Besalu, dont le même évêque de Gi- 
rone fit la cérémonie, Se qui est daté du premier de mars de la seconde année 
après la mort de Vem.pereur Charles, Notre-Seigneur J.-C. régnant, en atten- 
dant un roi de sa main libérale. Il paroît donc que Guillaume, comte d'Au- 
vergne Se marquis de Gothie ou de Septimanie, refusa d'abord de reconnoître 
le roi Eudes pour roi, 8c qu'il s'attacha au parti de Rainulfe II, duc d'Aqui- 
taine, son parent, 8c compétiteur de ce prince. Nous verrons dans la suite 
qu'Eudes fut obligé quelque temps après de marcher contre Guillaume 8<. de 
lui faire la guerre. 

XLIV. — Charte du roi Eudes en faveur de Véglise de Narbonne 6* de 

Vabbaye de Montolieu. 

Nous apprenons toutefois que les diocèses de Carcassonne 8c de Narbonne 
étoient déjà soumis à Eudes, dès le mois de juin de l'an 888. Car 1° ce prince*^ 
étant dans l'abbaye de Saint-Maximin ou Mesmin de Micy dans l'Orléanois, 
au commencement de ce mois, y confirma alors les privilèges du monastère de 
Montolieu dans le diocèse de Carcassonne, en faveur d'Ugobert qui en étoit 
alors abbéj 2° Théodard, archevêque de Narbonne, étant à Orléans le 24 de 
juin de la même année à la cour d'Eudes, ce prince confirma '', à sa prière, 
le rétablissement de l'évêché d'Ausone ou de Vie, dans la Marche d'Espagne 
soumise à sa métropole, avec la donation que le comte du pays avoit faite 
à cet évêché des droits royaux de la ville de Manrèse. Eudes fixa en même 
temps les limites du nouveau diocèse d'Ausone, 8c donna à Godemar, qui en 
étoit évêque, 8c à ses successeurs, la troisième partie des droits de son domaine 

' C'est cette dernière date qui doit être adoptée ^ Marco. Hispanica, p. 817, n. i. 

pour l'acte dont parle dom Vaissete, car Wilfred le ^ IbU. p. 377 &. 820. 

Velu reconnut tout de suite l'autorité du roi Eu- ^ Ihïd. p. 822. 

des. [E. M.J 6 Capitulaires, t. 2, Append. n. 122, p. iSiy. 

* Voyez tome IV, Note XVIII & suiy. ' Marca Hispanica, p. 8 1 9 &. seq. 



An 888 



t. 11, p. -3. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 41 

clans l'étendue de cet évêché j ce qu'il fit sans doute à l'exemple de Pépin &c 
de Charlemagne, qui ayant délivré les églises de laSeptimanie 5c de la Marche 
d'Espagne de la tyrannie des Sarrasins leur donnèrent, pour les rétablir, le 
tiers des droits domaniaux des comtés où elles étoient situées, 8c la moitié à la 
métropolitaine; enfin le roi Eudes étoit reconnu dans le domaine d'Eudes, 
comte de Toulouse, dès le mois de mai de la première année de son règne, 
comme on voit par une donation ' faite alors à l'abbaye de Vabres en Rouergue. 
Nous remarquerons ici, par occasion, que les deux chartes du roi Eudes dont 
nous venons de parler, & quelques autres semblables^, sont datées de la se- 
conde année de son règne, quoiqu'il paroisse qu'elles sont certainement de 
l'an 888, ce qui pourroit donner lieu de croire qu'il avoit déjà été élu au com- 
mencement de l'année précédente, quelques mois après que Charles le Gros 
ayant fait un traité honteux à la nation, avec les Normands, pour les obliger à 
lever le siège de Paris, s'en alla du côté du Rhin pour ne revenir plus en France. 
Eudes aura daté d'abord ses chartes de cette époque, jusqu'à ce qu'ayant été 
enfin reconnu par Arnoul, roi de Germanie, il aura compté les années de son kJ- "n?in 
règne depuis la mort de Charles le Gros ^. On pourroit appuyer cette conjecture 
sur l'autorité d'un ancien auteur, qui prétend qu'Eudes se fit reconnoître pour 
roi en Aquitaine Se couronner à Limoges plus d'un an avant la mort de Charles 
le Gros, 8c son élection parles François; qu'il fit frapper alors dans cette ville 
de la monnoie à son coin, après avoir fait eftacer l'empreinte de Charles, 8c que 
dans le même temps , il partagea le Limousin en plusieurs vicomtes. Enfin, on 
pourroit ajouter qu'Eudes dut être couronné en France l'an 887, car il est mar- 
qué dans une chronique"^ du temps, que Wautier, archevêque de Sens, le sacra 
la même année qu'il fut élu. Or, l'élection de ce prélat tombe au mois^ d'avril 
de l'an 887. Il est vrai que l'on prétend^ que les diplômes dont on vient de 
parler sont de l'an 889, 8c qu'il y a erreur 8c dans Tindiction 8c dans l'année de 
l'Incarnation ; mais on ne sauroit dire que la charte qu'Eudes donna à Orléans 
le 24 juin soit de l'an 889, puisqu'il est constant^ qu'il étoit le même jour de 
cette année à Montfaucon, où il défit les Normands. 

XLV. — Eudes reconnu par Arnoul roi de Germanie. — Charte de ce prince 
en faveur de Vahhaye de Saint-Polycarpe. 

Quoi qu'il en soit, Eudes fut obligé d'interrompre son expédition en Aqui- 
taine, soit pour marcher contre ces peuples qui faisoient le siège de Meaux 
dont ils se rendirent enfin les maîtres, soit pour se mettre en état de résister à 
Gui,ducS de Spolète, qui, ayant passé les Alpes, s'avança jusques à Metz, après 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. VIII. ' MahWlon, Annal. Bened. ad ann. 887, n. 2. 

' Capltulaires , t. 2, Append. n. i 21 , p. 1 5i 5 & ^ Ihid. ad ann. 889, n. Sp. 

seq. — Mabillon, de Re diplomatica, p. 556. ' L'Abbé des Thuilleries, Dissertation sur la moa^ 

5 Adhémar de Chabanais, p. i63. yance de Bretagne, p. 27. 

"• Duchesne, t. 2, p. ôSy. — Spïcïlegium , t. 2, * Luitprand, 1. 1 , c. 6. 

p. 733. 



. „«. 42 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 883 " 

avoir envahi une grande partie de l'ancien royaume de Lothaire. Ce duc étoit 
sur le point d'entrer dans ce qu'on appeloit alors France romaine, dans le des- 
sein de s'emparer du trône, mais ayant aliéné les cœurs des François par sa 
mauvaise conduite, 8c voyant d'ailleurs en la personne d'Eudes un dangereux: 
concurrent, il prit le parti d'abandonner les Gaules Se de retourner en Italie, 
dont il disputa la couronne à Béranger, duc de Frioul. 

Eudes eut un adversaire plus • redoutable en la personne d'Arnoul, roi de 
Germanie, qui, quoique bâtard, avoit sur lui l'avantage de descendre par mâles 
de Charlemagne. Ce prince ayant été informé du choix que les François 
avoient fait du comte Eudes pour leur roi, partit de Ratisbonne & s'avança 
jusque sur la frontière du royaume, dans la résolution d'y entrer Se de le sou- 
mettre. Il s'arrêta quelque temps à Worms, où il tint une diète à laquelle il 
fit citer Eudes qui s'y rendit en effet. Se qui fit tant par ses soumissions que 
ce prince consentit enfin à le laisser paisible possesseur du royaume de France. 
Arnoul Se Eudes s'étant séparés bons amis^ le premier marcha vers l'Alsace 
contre Pvodolphe, roi de la Bourgogne Transjurane, qui se soumit Se le recon- 
nut pour son souverain à l'exemple d'Eudes. Celui-ci, de son côté, étant de re- 
tour en France, alla se camper pendant l'automne sous les murs de Paris, pour 
empêcher les Normands de tenter de nouveau le siège de cette ville comme ils 
menaçoient de le faire. 

Eudes se rendit ensuite dans le Chartrain Se l'Orléanois pour les mettre à 
couvert^ des incursions de ces pirates. Il étoit encore dans ce dernier pays au mois 
de juin de l'année suivante, quand l'évêque Hermenmire Se le comte Suniarius 
le prièrent ^ de prendre sous sa protection l'abbaye de Saint-Polycarpe dans 
le Pvazès, dont Arnulphe étoit abbé. Ce prince leur accorda leur demande Se 
mit sous sa sauvegarde les biens qui dépendoient de ce monastère, tant dans 
les comtés de Razès, de Carcassonne Se d'Elne, Se le pays de Pierrepertuse en 
deçà des Pyrénées, que dans le comté d'Empurias, Se le pays de Pierrelate au 
delà de ces montagnes, avec les domaines que cette abbaye tenoit de la libé- 
ralité du comte Gastrimire. L'évêque Hermenmire Se le comte Suniarius qui 
sollicitèrent ce diplôme paroissent les mêmes, l'un que le faux évêque qui avoit 
usurpé le siège épiscopal d'Ausone ou de Vie, Se l'autre que Suniarius, comte 
d'Urgel, protecteur de Selva, prétendu évêque de cette dernière ville, qui avoit 
ordonné Hermenmire. 

XLVI. — Eudes bat les Normands avec le secours des Aquitains, 

Les Normands, malgré toutes les précautions d'Eudes, entreprirent de nou- 
veau le siège de Paris, ce qui engagea ce prince à rassembler toutes ses forces 
pour aller les combattre Se les obligera se retirer. Dans ce dessein, ayant 

' Annal. Fuld. p. 578. — Herman le Contract, " Mabillon, ad ann. 889, n, Sp. — Annal. Met- 

t. 3. — Chronicon Normannorum. — Duchesne , fe«5. & Reginon, ad ann. 889. 
\. 2, p. 52p. 3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. V, 



An 8»9 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 43 . ,„ 

' An 889 

été joint par les milices de France', de Bourgogne 8c d'Aquitaine, il attaqua 
ces brigands 8c les défit entièrement à Montfaucon le jour de S. Jean-Bap- 
tiste de l'an 880^. Dix-neuf mille d'entre eux restèrent sur la place à cette Éd^oriRin. 

• > A 1 • 1 t. II, p. 26. 

journée, ce qui n empêclia pas leurs compatriotes de se répandre encore dans 
le royaume. Il paroît qu'ils firent vers ce temps-là une nouvelle irruption dans 
l'Aquitaine, 8c qu'Eudes, pour se mettre en état de leur résister, appela à son 
secours Rodolphe, roi de la Bourgogne Transjurane, qui, suivant un ancien ^ 
historien, les battit dans le Limousin. Malgré tant de pertes, les Normands 
s'établirent'^ alors dans une partie de la Neustrie, où ils fixèrent leur princi- 
pale demeure, 8c qui prit ensuite leur nom. 

XLVn. — Plaid tenu à Nîmes. — Raîmond, comte, 6- Allîdulfe, vicomte de 
cette ville. — Nouveaux diplômes d'Eudes en faveur des églises de la 
Septimanie. 

Les évêques 8c les seigneurs de la province ne se contentèrent pas de se sou- 7 '0 
mettre à Eudes j plusieurs d'entre eux s'empressèrent de lui aller faire leur 
cour, 8c eurent recours à son autorité dans leurs affaires particulières. C'est ce 
que fit, entre autres, Gilbert, évêque ^ de Nimes, qui alla trouver ce prince 
l'année suivante, lorsqu'il étoità la chasse dans la forêt de Cuisse, 8c lui porta 
ses plaintes contre un seigneur appelé Génésius, qui, sans aucune forme de 
procès, s'étoit emparé du domaine de son église. Le roi écouta le prélat, 8c se 
tournant vers Raimond, comte de Nimes, qui étoit présent, il lui demanda, de- 
vant plusieurs évêques 8c seigneurs, pourquoi il avoit souffert cette usurpation. 
« Génésius m'a remis vos ordres, répondit le comte, pour lui donner l'investi- 
« ture de cette terre ; » mais les courtisans firent difficulté de l'en croire, ce 
qui porta le roi à ordonner par un diplôme à Raimond de se rendre incessam- 
ment à Nimes pour s'informer de la vérité du fait, 8c rendre justice à qui il 
appartiendroit. Le comte obéit, 8c à son arrivée dans le pays, l'évêque lui 
ayant remis ses titres de propriété, il fit citer Génésius devant son tribunal ; 
8c sur le refus que ce dernier, sous divers prétextes, fit de comparoître, il 
commanda à Allidulfe, son vicomte, de se transporter sur les lieux 8c d'y ren- 
dre justice à l'évêque conformément aux ordres du roi. Allidulfe se rendit 
aussitôt dans la Vaunage, où étoit le domaine usurpé sur l'église de Nimes ; 8c 
là, ayant convoqué les principaux du pays, tant ecclésiastiques que séculiers, 
au nombre de plus de deux cents, il les somma de lui dire ce qu'ils savoient 
sur cette affaire. Les plus nobles furent interrogés les premiers, 8c ensuite les 
autres, 8c tous portèrent témoignage en faveur de l'église de Nimes. Qua- 
torze d'entre eux ayant été nommés ensuite pour se rendre dans la cathédrale 

' Abbon.p. 521. — Annal. Mettent, p. 824. — ' Adhémar de Chabanais, p. i63. — BaluZtf, 

Duchesne, Chron'icon Normann. t. 2, p.. 529. Histor. Tutelîens, p. 23. 

" L'abbé des Thuillerles, Dissertation sur la mou- '* Adhémar de Chabanais, p. i63,& Chron. Norm. 

vance de Bretagne, p. 27. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XII. 



^7~T 44 riISTOIPvE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 890 f^ 

de cette ville, y furent interrogés de nouveau par le vicomte; 8c sur leur 
déposition uniforme, qu'ils confirmèrent par serment, il remit l'évêque Gil- 
bert en possession du domaine qu'on avoit usurpé sur son église. L'acte qui 
en fut dressé est daté d'un jeudi du mois d'avril, de la troisième année du règne 
du roi Eudes. 

Nous sommes entrés d'autant plus volontiers dans le détail de cet acte, qu'il 
nous apprend quelle étoit alors la forme de procéder, & avec quelle simplicité 
on agissoit dans les affaires. Au reste La Vaunage {Vallis Anagiae) dont il est 
fait mention dans le même monument, compose un petit pays du diocèse de 
Nimes, 8c comprend une assez longue vallée arrosée par le ruisseau de Rhoni, 
qui se jette dans le Vistre'. Quant àRaimond, comte de Nimes, nous le croyons 
le même que Raimond II, fils d'Eudes, comte de Toulouse ; il est vrai qu'il ne 
succéda que longtemps après à son père dans ce dernier comté, mais rien n'em- 
pêche qu'il n'ait joui de celui de Nimes, de son vivant, 8c qu'il ne l'ait acquis 
ou de la libéralité du roi Eudes ou par succession. Nous voyons d'ailleurs dix- 
huit ans ^ après un Raimond, comte de Nimes, 8c que ce comté étoit dans 
la maison des comtes de Toulouse, avant le milieu du dixièm.e siècle. Enfin 
Allidulfe, vicomte de Nimes, avoit succédé à Bertrand qui occupoit cette vicomte 
en 876. 

Le roi Eudes fit expédier la même année trois autres diplômes en faveur des 
églises delà province; il accorde par le premier^ du 3o janvier, à Sunifred, 
abbé de la Grasse, la confirmation des privilèges de son abbaye qu'il met sous 
sa protection 5 par le second "^ daté d'Orléans le 26 de juin suivant, il confirme 
à la sollicita:tion d'Askericus, évêque de Paris, à Théodard, archevêque de la 
première Narhonnoise ^ de l^ église de Ra-^ès, qui se trouvoit alors à sa cour, une 
charte du roi Carloman donnée en faveur de cette église, 8c en particulier le 
droit de jouir de la moitié des droits domaniaux dans les comtés de Narbonne 
t.'ii°p!^27. ^ ^^ Razès j enfin le troisième est daté ^ de Senlis, le 21 novembre. Eudes 
maintient par ce dernier Andegarius, abbé de Joncels, au diocèse de Béziers, 
dans la jouissance des privilèges de son abbaye, 8c confirme les religieux dans 
la liberté d'élire leurs abbés. 

XLVIII. — Louis, fils de Boson, élu roi de Provence. 

Les courses que les Normands portoient quelquefois jusque dans les extré- 
mités de la France, servirent de prétexte aux évêques 8c aux seigneurs du 
royaume de Provence pour se donner un nouveau roi. On a déjà vu qu'après 
la mort de Boson, roi de Provence, Louis son fils étoit allé trouver l'empereur 
Charles le Gros, qui l'avoit adopté pour son fils 8c reconnu pour son vassal, 

'Voir ce qui a été dit, sur cette vallée, au ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 
tome VII de cette édition, dans notre Description méro XI. 
géographique du Languedoc. [E. M.] -i Ibid. n. XIII, 

'Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, nu- ^Baluze, Capitulaires, t. 2, append. n. 124, 

méro XXXVII, p. ,5,^ &. suiv. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 45 

en lui donnant, à ce qu'il paroît, l'investiture du duché de Provence '.La reine 
Ermengarde, mère de Louis, qui gouvernoit sous son nom à cause de sa jeu- 
nesse, peu contente de cette dignité, résolut de le mettre sur le trône : dans ce 
dessein elle envoya Bernoin, archevêque de Vienne, à Rome, pour s'assurer de 
la protection du pape Etienne, tandis qu'au mois de mai de l'an 890 elle fit 
un voyage à la cour d'Arnoul, roi de Germanie, à qui elle fit des présens ma- 
gnifiques, pour l'engager à consentir à l'exécution de ses projets. Ce prince n'v 
fut pas insensible , 5c après avoir fait un très-bon accueil à Ermengarde, il fit 
accompagner cette princesse à son retour par un évêque 8c un comte, qu'il 
nomma sans doute pour autoriser en son nom l'élection de Louis. 

Elle se fit peu de temps après dans une assemblée qui fut composée des évê- 
ques Se des principaux seigneurs, 8c qu'on tint à Valence sur le Pvhône, en 
890, avant^ le mois de juillet. Aurélien, archevêque de Lyon, qui avoit été pré- 
cepteur ^ du jeune prince, y présida; 8c les métropolitains d'Arles, d'Embrun 
8c de Vienne y assistèrent. Ce dernier y fit le rapport de son ambassade à 
Rome : il dit qu'il avoit représenté au pape Etienne les maux que souffroit la 
Provence, qui étoit sans roi 8c sans prince depuis la mort de Charles le Gros, 
8c où il n'y avoit personne en état d'apaiser les divisions 8c les troubles qui s'y 
élevoient tous les jours, 8c de protéger les peuples contre les incursions, soit des 
Normands qui menaçoient le pays d'une irruption, soit des Sarrasins qui y 
étoient déjà entrés 8c qui le ravageoient ; que le pontife, touché de la triste si- 
tuation de la province, avoit écrit à tous les évêques pour les exhorter à élire 
unanimement pour leur roi le jeune Louis, fils de Boson 8c petit-fils par sa 
mère de l'empereur Louis II. Après le rapport de l'archevêque de Vienne, les 
prélats de l'assemblée, gagnés sans doute par les intrigues de la reine Ermen- 
garde, consentirent tous à l'élection de Louis 8<. ne firent aucune attention à 
sa jeunesse, qui ne permettoit pas d'attendre de lui les services dont ils seflat- 
toient ; ils tâchèrent de s'excuser sur cet article en déclarant qu'ils se dé- 
terminoient à l'élever sur le trône, tant par les espérances que son éducation 8c 
son bon naturel leur faisoient concevoir de son gouvernement, que parce qu'ils 
comptoient que les principaux seigneurs du pays, mais surtout le duc Richard, 
son oncle ^ 8c son tuteur, 8c la reine Ermengarde sa mère, l'aideroient de leurs 
conseils. C'est ainsi que ce jeune prince fut élu à Valence 8c couronné roi de 
Provence. 

Comme nous n'avons plus les souscriptions des évêques qui assistèrent à cette 
assemblée, nous ignorons si ceux de Viviers 8c d'Uzès, dont les diocèses fai- 
soient partie du royaume de Provence dans le temps que Boson s'en empara, 
souscrivirent à l'élection de Louis. Il paroît au moins que ce prince régnoit 
quelques années après sur les pays situés des deux côtés 5 du Rhône; mais il 

' ConclUum Valentln. dans le Recueil des Concll. ' Baluze, Miscellanea, Tp. i56 & seq. 

t. 9, p. 424 & seq. — Annal. Fuld. p. 579. — ' IhiJ. p. i5z. 

Baluze, Miscellanea, t. 2, p. i52. — ' Acta Sancto- ^ Hugo Flaviniac. Chronicon^ p. 122. 

ramordinls sancù Benedkti, saec. 5, p. 71. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéros 



An 890 



--—; 46 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 8po ^ 

n'est pas bien certain si toute la partie de ce royaume, située à la droite de ce 
fleuve dans le Languedoc, lui fut d'abord entièrement soumise, car suivant 
une donation ' faite deux ans après à Rostaing, évêque de Viviers, 8c à son 
église, le roi Eudes étoit alors reconnu dans ce diocèse : ce qu'on peut confir- 
mer par d'autres monumens ^, 8c en particulier par l'autorité de Godefroi de 
Viterbe^, qui rapporte que le roi Eudes, aussitôt après son élection, déclara la 
guerre à Boson, qui lui céda le Vivarais 8c le Lyonnois. Il est vrai que ce der- 
nier prince étoit déjà mort avant l'élection de l'autre, mais l'historien peut s'être 
trompé, 8c avoir pris Boson pour Louis, son fils. On pourroit donc croire 
Éd. origin. . qu'Eudcs étendit d'abord sa domination sur le Vivarais 8c les autres pays du 
royaume de Provence situés à la droite du Rhône, 8c que Louis les soumit 
depuis à son empire à la faveur des troubles qui s'élevèrent après le couronne- 
ment de Charles le Simple. Quoi qu'il en soit, nous savons que Louis, à 
l'exemple du roi Boson son père, établit à Vienne"* le siège de son royaume, 8c 
qu'il étoit maître ^ du Vivarais 8c du diocèse d'Uzès lorsqu'il reçut la couronne 
impériale en 901. 

XLIX. — Excursions des Normands sur les côtes de la Méditerranée. 

^^ g La crainte qu'avoient les Provençaux d'une irruption de la part des Nor- 

mands n'étoit pas tout à fait sans fondement, car on assure<5 qu'ils étendirent 
leurs courses, Tannée suivante, jusque sur les côtés de la Méditerranée'^, 8c re- 
montèrent le long du Rhône, ce qui exposa la Septimanie à de nouveaux rava- 
ges de la part de ces pirates : ils avoient déjà fait une autre irruption dans 
cette province, en SSç, durant laquelle ils avoient pillé ^ les villes d'Arles 8c 
de Nimes. Eudes, touché de tous ces désordres, également préjudiciables au 
royaume 8c à la discipline ecclésiastique, ordonna 9, pour le rétablissement de 
la dernière, la tenue d'un concile à Meung-sur-Loire, où se trouvèrent Théo- 
dard, archevêque de Narbonne, avec Agilbert de Béziers 8c Servus-Dei de 
Girone, ses comprovinciaux, 8c Adolenus, évêque d'Albi, de la province ecclé- 
siastique de Bourges. 

^^ g^^ Eudes n'étoit pas encore alors si affermi sur le trône, qu'il n'eût beaucoup à 

craindre de la part de divers seigneurs, ou mécontens de son gouvernement, ou 
attachés à la race de Charlemagne. Il se forma entre autres, en 892, une conju- 
ration qui donna occasion au jeune Charles, fils de Louis le Bègue, de recou- 

XVI & XXVII. — Voyez aussi au tome I, 1. IX, « Hugo Flaviniac. Chron'icon, p. iiS. 

n.cii, la Note rectificative placée par ilom Vaissete ^ Il n'est rien moins que certain que ce soient les 

à la page 672 de l'édition originale. Normands qui aient ravagé les côtes de la Provence 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XIX. en 892. Il est plus probable que ce furent des pira- 

' Columbi, Vivarienses Episcopi, p. 206. tes maures, avec lesquels les chroniqueurs les ont 

' Godefroi de Viterbe, c. 19, t. 3. — Pistor. souvent confondus. [E. M.] 

P- 533. 8 Voyez tome V, Chroniques, n. V. 

* MnbiUon, ad ann. 890, n. 47. ^ Chronicon S. Pétri Vivi. — Spicilegium, t. 2. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. xvi. p. 634. — Conciles, t. 9. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 47 

vrerdu moins une portion du patrimoine de ses ancêtres. Comme Guillaume 
le Pieux, marquis de Gothie, eut avec sa famille beaucoup de part à cette révo- 
lution, nous entrerons là-dessus dans quelque détail. 

L. — Eudes porte la guerre en. Aquitaine contre Guillaume le Pieux^ comte 
d'Auvergne 6- marquis de Gothie , i^ quelques autres seigneurs. 

Rainulfe, duc d'Aquitaine, se voyant dépouillé du comté de Poitiers par le 
roi Eudes, qui en avoit laissé la possession à Aymar ou Adhémar, résolut' de 
s'en emparer par la force & d'en déposséder ce dernier. Il se ligua pour cela 
avec Guillaume le Pieux, son parent 8c son protecteur, & implora le secours 
des Normands. On prétend ^ que pour l'obtenir plus sûrement il épousa une 
fille de Rollon, l'un de leurs principaux capitaines. Adhémar, pour se maintenir 
dans la possession du comté de Poitiers, s'unit de son côté avec les comtes d'An- 
goulême Se de Périgueux. Il avoit un frère appelé Adalelme, qui s'étoit distin- 
gué ^ avec lui à la défense de Paris contre les Normands, 8c qui avoit un fils 
nommé Waltharius, qualifié alors du titre de comte. Celui-ci, soit qu'il eût 
été gagné par Rainulfe 11'^, soit qu'il se fût lié avec plusieurs prélats 8c sei- 
gneurs, qui,mécontensdu gouvernement du roi Eudes, avoient déjà secrètement 
formé un parti contre ce prince en faveur du jeune Charles, se révolta le pre- 
mier au mois de juillet de l'an 892 8c se saisit de la ville de Laon. Eudes n'en 
fut pas plus tôt informé, qu'il marcha vers cette ville, la remit sous son obéis- 
sance, 8c fit trancher la tête à Waltharius, qui étoit son petit ^ neveu ou du 
moins son proche parent, mais la révolte avoit déjà passé en Aquitaine, où les 
principaux seigneurs s'étoient mis en armes. 

Le duc Rainulfe, Gauzbert son frère 8c l'abbé Ebles étoient à la tête des 
rebellesde cette province. Le dernier étoit^, à ce qu'il paroît, oncle paternel des 
deux autres, 8c s'étoit signalé aussi à la défense de Paris contre les Normands. 
Comme c'étoit un seigneur également recommandable par sa naissance 8c par 
son propre mérite, le roi Eudes, à son avènement à la couronne, fit tout son pos- 
sible pour se l'attacher. Il le maintint dans la possession des abbayes de Saint- 
Hilaire de Poitiers, de Saint-Denis 8c de Saint-Germain-des-Prés, Se le nomma 
chancelier de France 7j niais les intérêts de sa propre famille l'emportèrent 

'Adhémar de Chabanais, p. 164. — Chronlcon dernier était abbé de Saint-Hilaire de Poitiers; 

Malleac. mais il n'est pas le même qu'Eble, abbé de Saint- 

' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 119. Germain-des-Prés & de Saint-Denis, qui vivait à 

3 Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 91. la même époque. Les frères Adhémar & Adelelme, 

^ Mabillon, ad ann. 892, n. 68. qui, selon Abbon, prirent part à la défense de Pa- 

' Voyez tome II, A^ofe LXXXVII, n. 91. ris contre les Normands, ne sont pas les mêmes 

« lèid. 82 & suiv. qu'Adhémar, fils d'Emenon, & son frère Adalelme, 

' Il y a plusieurs inexactitudes dans ce que qui périt dans une attaque contre le château d'Au- 

rapportent ici les Bénédictins. Ranulfe II ne put rillac. Enfin, ce ne fut pasRanulfe II, mais Ebles, 

prendre part à la levée de boucliers de ses frères son fils, qui épousa une fille de Rollon, duc des 

en 892, puisqu'il était mort en 890. Gauzbert & Normands. Voyez, tome II de cette édition, l'addi- 

Ebles, ses frères, se révoltèrent seuls en 892. Le tlon à la A'ofe LXXXVII. [E. IV1.; 



An i<)z 



An 892 



t. Il, p. 2g. 



48 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

sans doute auprès de lui, sur la fidélité qu'il avoit promise à ce prince. Abbon', 
auteur contemporain, met encore au nombre des seigneurs aquitains qui, 
dans cette occasion, se soulevèrent contre Eudes, Guillaume, comte d'Auvergne 
Se marquis de Gothie, qui fut suivi sans doute de plusieurs autres, puisque 
selon le même historien, il paroît que presque toute l'Aquitaine se révolta 
alors. 

Eudes avoit déjà repris la ville de Laon sur le comte Waltharius lorsqu'il 
Éd. origin. apprit cette révolution. Il partit incontinent. Se s'étant avancé ^ vers le Poitou, 
il se joignit k Adhémar, comte de ce pays & ennemi de Rainulfe. Il fit d'abord 
le dégât dans les terres des rebelles sans vouloir entreprendre le siège d'aucune 
place forte. Il passa de là dans le Limousin, &. ensuite en Auvergne, où il se 
campa auprès des conjurés, à la tête desquels étoit Guillaume, comte d'Auver- 
p-ne Se marquis de Gothie. Les deux armées, qui n'étoient séparées que par une 
rivière, demeurèrent en présence. Se Eudes n'osa tenter le passage. Il se con- 
tenta de déclarer criminel de lèse majesté le comte Guillaume Se de le dépouil- 
ler de ses dignités, entre autres du comté d'Auvergne, dont il disposa en faveur 
d'Hupues, qui avoit été auparavant comte de Bourges ^. 

Celui-ci "^ voulant se mettre en possession de l'Auvergne, s'avança dans le 
pays accompagné de deux vaillans capitaines, le comte Roger, son neveu. 
Se Etienne. Guillaume, de son côté, connoissant son dessein, marcha à sa ren- 
contre. Se leurs troupes en vinrent bientôt aux mains. Le combat fut d'abord 
très-vif. Roger Se Etienne jetoient la terreur dans le camp de Guillaume 
qui avoit déjà perdu cent de ses meilleurs soldats, lorsque ce prince ayant 
rencontré Hugues, qui avoit fait à peu près une égale perte, ils en vinrent 
tous les deux à un combat singulier. Guillaume porta un si rude coup de lance 
à l'autre qu'il le désarçonna Se le fit tomber à terre. Hugues, se voyant sans 
ressource, eut recours à la clémence de son vainqueur. Guillaume, se laissant 
emporter à l'ardeur du combat, écouta moins alors son inclination naturelle 
que son ressentiment particulier. Il répondit à Hugues que c'étoit trop tard 
qu'il demandoit quartier, lui enfonça en même temps la lance dans la poitrine Se 
le laissa mort sur la place. Cette action fit plier aussitôt le reste des ennemis de 
Guillaume Se lui assura la victoire, dont le principal fruit fut la paisible pos- 
session de ses dignités. Mais revenu depuis à lui-même. Se honteux d'avoir 
porté trop loin son ressentiment contre Hugues, il témoigna du regret de n'a- 
voir pas accordé la vie à ce seigneur, quoique son ennemi. 

LI. — Charles le Simple reconnu roi de France. — Eudes quitte l'Aquitaine 

6* marche contre lui. 

Eudes étoit occupé de cette guerre Se faisoit tous ses efforts pour remettre ^ 

' Abbon, de Bcîlo Paris. 1. 2, p. 522. ^ Abbon, de Bello Paris. 1. 2, p. 622. 

' ^*"^- ' Abbon, rfe Bello Paris. 1. 2, p. 522. — Reginon, 

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 73. Chronicon. —Annal. Mettens. p. 328. 



An 892 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 49 

l'Aquitaine sous son obéissance , quand il apprit la conjuration de plusieurs 
seigneurs françois. Foulques, archevêque de Reims, qui étoit à leur tête', en- 
tretenoit des liaisons très-étroites avec les fils de Gosfred, l'un des principaux 
rebelles aquitains, & avec le comte Egfrid ou Acfred, qui paroîtle même que 
le comte de Carcassonne de ce nom, beau-frère de Guillaume le Pieux. Le 
dessein des conjurés étoit de détrôner Eudes 5c de mettre à sa place le jeune 
Charles, qui étant alors âgé d'environ quatorze ans, se trouvoit en état de 
gouverner par lui-même avec le conseil des grands du royaume j en sorte que 
par là tomboit entièrement le spécieux prétexte dont Eudes s'étoit servi pour 
exclure ce prince de la succession à la couronne. 

Ces mouvemens donnèrent de l'inquiétude au premier, qui s'alarma bien Ân~n~ 
plus quand il fut informé que l'archevêque Foulques avoit couronné l'autre 
à Reims, sur la fin de janvier^ de l'an 898. Eudes résolut aussitôt de passer 
en France, Se se pressa d'apaiser les troubles d'Aquitaine, soit par la voie des 
armes, soit par celle de la négociation. Il écrivit en même temps à Arnoul, 
roi de Germanie, qu'il avoit eu la précaution de mettre dans ses intérêts, 
pour se plaindre de la conduite de l'archevêque de Reims 8c des autres con- 
jurés de France, qui, à son préjudice, venoient d'élever le jeune Charles sur 
le trône. Cette lettre eut l'effet qu'il en attendoit. Arnoul écrivit aussitôt à 
ce prélat pour lui témoigner le mécontentement qu'il avoit de sa démarche. 
Foulques répondit ^ à ce prince 8c fit son apologie. Il insiste principalement 
sur l'abus qu'Eudes faisoit de son autorité 5c sur l'injustice qu'on avoit faite à 
Charles de l'exclure de la couronne de France dont il devoit hériter par sa 
naissance, comme Arnoul avoit hérité lui-même par un droit semblable de 
celle de Germanie. Il l'exhorte ensuite vivement à prendre la défense de ce 
jeune prince, son parent, s'il vouloit assurer la succession de son royaume à 
ses enfans 5c ôter à des étrangers le prétexte de l'envahir. 

Eudes, après avoir engagé Arnoul à se déclarer en sa faveur, se hâta de 
terminer les affaires d'Aquitaine. Il se rendit à Poitiers"^ où il fit, à ce 
qu'il paroît, un traité avec Rainulfe II, l'abbé Ebles 5c le comte Guillaume. fti^pî^jSl 
On voit du moins, par la suite, que Rainulfe fut rétabli dans le comté de 
Poitiers, Ebles dans ses dignités, 5c que Guillaume demeura paisible posses- 
seur du marquisat de Gothie 5c du comté d'Auvergne. Eudes ^ accompagné du 
comte Robert, son frère, prit ensuite la route de France 5c marcha à la ren- 
contre du roi Charles, qui s'étoit mis en armes à la tête de son parti ; mais ce 
jeune prince, se voyant trop foible pour résister à son compétiteur, se retira 
dans la Germanie auprès du roi Arnoul, son cousin, qu'il alla trouver à 
Worms^ où ce dernier tenoit une diète au mois de juillet. Charles implora 
son secours 5c sa protection contre Eudes, 5c il fit tant, soit par ses présens , 

' Frodoard, Historia Remens. 1. 4, c. 2, 3, -• Adhéiiiar de Chabanais, p. 1 63. — CAro«. MaZ- 

4 & 5. leac. p. 20. 

' Mabillon, ad ann. 862, n. 38 ; 894, iV. yS. ^ Reginon, Chronicon. — Annal. Mettcns. p. 328. 

' Frodoard, Historia Remens. 1. 4, c. .5. — Abbon, de Bello Paris. 1. 2, p. 522. 

III. 4 



An 89.3 



■ 5o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

soit par sa soumission, qu'enfin Arnoul lui promit l'un & l'autre, 8c ordonna 
aux évêques &. aux comtes des pays situés le long de la Meuse de se mettre 
en armes Se de s'assembler en corps d'armée. Il en donna le commandement 
à Zuentibold, son fils naturel, avec ordre de marcher contre Eudes. Ces trou- 
pes se mirent aussitôt en mouvement Se s'avancèrent jusques à la rivière d'Aisne ; 
mais sur la nouvelle de l'approche d'Eudes, elles se débandèrent Se aban- 
donnèrent le roi Charles à la merci de son concurrent; ce qui obligea ce jeune 
prince, pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis, à chercher son 
salut dans la fuite. Il se retira en Bourgogne 8c il n'y fut longtemps sans 
reprendre les armes. Il rentra en France Se fit la guerre aux partisans du 
roi Eudes, qui se tenoit du côté de Paris pour mettre cette ville à couvert des 
entreprises des Normands. Ainsi le royaume étoit alors également désolé Se par 
les courses de ces pirates Se par la guerre civile. 

LU. — Nouveaux troubles en Aquitaine. — Soumission de ce royaume 
6" de la Septimanie au roi Eudes. 

II paroît que cette guerre continuoit toujours dans l'Aquitaine 8e que tous les 
rebelles du pays n'avoient pas encore mis bas les armes. L'abbé Ebles qui as- 
siégeoit entre autres un château, qu'on prétend ' être celui de Brillac, en Poi- 
tou, y fut tué d'un coup de pierre^ le dixième jour d'octobre de l'an 898. Nous 
ignorons si cet abbé, meilleur soldat que bon ecclésiastique , avoit entrepris 
ce siège ou pour ou contre le reste des rebelles d'Aquitaine. Il paroît cependant 
assez vraisemblable qu'il avoit pris les armes pour remettre le duc Rainulfe II, 
son neveu ^, dans la possession du comté de Poitou dans lequel Eudes l'avoit réta- 
bli Se que le comte Adhémar faisoit difficulté de lui remettre. Quoiqu'il en soit, 
le même Rainulfe ne survécut pas longtemps à son oncle. Le roi Eudes, lors- 
qu'il eut fait sa paix avec lui, avant son départ d'Aquitaine, doutant appa- 
remment de la sincérité de sa réconciliation. Se voulant s'assurer de sa per- 
sonne, lui persuada de le suivre Se le fit empoisonner quelque temps après '^. 
Rainulfe, avant que d'expirer, fit appeler le comte Géraud, son parent Se son 
ami , qui se trouvoit alors à la cour Se lui recommanda le jeune Ebles, son fils, 
qu'il avoit eu d'une concubine. Sa mort arriva en ^ 898, après le i5 du mois 
d'octobre <5, 



' Labbe, Tahl. gênéal. p. 386. tome II, notre addition à la Note LXXXVII. [E. M.] 

' Reg'inon, Chronlcon.— Annal. Mettens.-p. ^28. ''Adhémar de Chabanais, p. i63. — Chron'icon 

— Mabillon, ad ann. 892, n. 69. Malleac. p. 201 .— Besly, //;U. des comtes de Poitou, 

' Ebles l'abbé était frère de Ranulfe II & non son p. 2o3. 
oncle. Il ne put travailler en 893 à rétablir Ra- 5 Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 85. 
nulfe dans son comté, puisque Ranulfe était alors « La mort de Ranulfe II, telle qu'elle est racon- 
mort depuis deux ans. Quant à ce que dom Vaissete tée ici, paraît être une fable. Voyez notre addition 
rapporte au sujet de la mort de ce comte arrivée à à la Note LXXXVII, où nous avons établi que Râ- 
la cour du roi Eudes & de la jeunesse d'Ebles, c'est nulfe II mourut en 890 ou 891 au plus tard, & non 
le récit d^Adhémar de Chabanais qu'il emprunte ; en 893, comme le veulent tous les auteurs, dnprès 
mais ce récit est dénué de vraisemblance. Voyez au Adhémar de Chabanais. [E. M.] 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 5i , ^ , 

An 8i;i 

Eudes, après s'être défait de ce duc, fit venir Adhémar & lui donna le comté 
de Poitiers. D'un autre côté, le comte Géraud, fidèle à sa promesse, emmena 
secrètement le jeune Ebles en Aquitaine, auprès de Guillaume, comte d'Auver- 
gne 8c marquis de Gothie, leur parent commun, qui prit soin de son éducation. 
Il paroît qu'Eudes disposa quelque temps après en faveur du même Guillaume 
du duché d'Aquitaine, dont Rainulfe avoit été revêtu, soit pour le gagner à 
son parti, soit pour l'empêcher de tirer vengeance de la mort de ce dernier. On 
pourroit croire aussi que Guillaume, qui étoit de la même race que Rainulfe, 
s'empara de ce duché après sa mort comme d'un bien héréditaire, 8c qu'Eudes 
n'osant blâmer son entreprise lui en confirma la possession : car, i° c'est seule- 
ment depuis ce temps-là que Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, prit le titre 
de duc d'Aquitaine ; 2° il fut, depuis, en bonne intelligence avec le roi Eudes, 
qu'il appelle ' son seigneur ^ longtemps après la mort de ce prince, 8c du vivant 
de Charles le Simple ; 3° enfin nous voyons que le roi Eudes régna toujours 
depuis paisiblement sur toute l'Aquitaine, la Septimanie 8c la Marche d'Espa- 
gne 8c que ce ne fut qu'après sa mort que Charles le Simple fut reconnu dans 
ces provinces. Nous inférons de tout cela qu'Eudes confirma le comte Guil- 
laume dans la possession de ses dignités. 

LUI. — Mort de S. Théodard f archevêque de Narhonne. — Fondation de 
Vahhaye de Montaurlol, aujourd'hui Montauhan, 

Au milieu des troubles que causoit dans le royaume la guerre civile, la Sep- Éd ori^n. 
timanie eut le malheur de perdre l'un de ses principaux ornemens en la per- 
sonne de Théodard, archevêque de Narhonne. L'amour que ce saint prélat^ 
avoit pour l'église 8c pour son troupeau le rendit également attentif à pro- 
curer l'avantage de l'un 8c de l'autre. Son zèle pour la beauté de la maison 
du Seigneur parut surtout par le soin qu'il prit d'élever dans sa cathédrale 
un autel de marbre blanc, soutenu de colonnes de la même matière, à la place 
d'un autre que les Sarrasins avoient détruit dans le temps qu'ils s'étoient 
rendus maîtres de Narhonne. Après y avoir fait travailler depuis son éléva- 
tion à répiscopat,il en fit la dédicace le 3 du mois d'octobre de Van 890, la cin- 
quième année de son épiscopat 6^ la troisième du règne d'Eudes, indiction vill. 
Il fit élever auprès un trône épiscopal de marbre. 

Théodard ne se rendit pas moins recommandable par sa charité , dont il 
donna des marques éclatantes en deux occasions : la première, lorsque les 
Sarrasins d'Espagne, qui faisoient de fréquentes incursions sur les côtes de la 
Septimanie, eurent emmené en captivité un grand nombre de ses diocésains; 
8c l'autre dans le temps que le pays souffroit d'une cruelle famine depuis trois 
ans. Après avoir employé d'abord tous les revenus de son évêché 8c les biens 
de son propre patrimoine, il vendit jusques aux vases sacrés de son église, tant 

' Baluze, Histoire génial, de la. maison d'Auvergne, ' Vita S. Theod. dans les Bollandistes , i"" mal, 

t. 2, p. M & siiiv. p. i5o & seq. 



An 893 



52 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

pour racheter les captifs que pour soulager une infinité de misérables qui 
mouroient de faim. Il dédommagea dans la suite son église, à laquelle il fit 
divers présens 8c qu'il enrichit de précieux reliquaires. 

Ce saint ' prélat fut attaqué, au milieu de ses travaux apostoliques, d'une 
fièvre qui le mina insensiblement pendant les trois dernières années de sa vie, 
jusqu'à ce qu'enfin voulant éprouver si l'air natal ne pourroit pas contribuer à 
rétablir sa santé, il se fit transporter à Montauriol, où ses ancêtres avoient fait 
bâtir un monastère sous l'invocation de S. Martin, évêque de Tours. Il fut à 
peine arrivé dans ce lieu, situé sur les frontières du Toulousain & du Querci, 
à l'endroit où le ruisseau de Tescou qui sépare ces deux pays se jette dans le 
Tarn, que sentant son mal augmenter, &c qu'il approchoit de son terme, il 
se fit administrer les derniers sacremens par l'abbé & les religieux, 8c mourut 
enfin au milieu d'eux le premier de mai de l'an 898. Il fut inhumé dans le 
même lieu, 8c le concours extraordinaire de peuple qui accourut au bruit de 
sa mort, pour assister à ses funérailles, fut une marque bien sensible de la 
réputation de sainteté qu'il s'étoit acquise. Son corps fut d'abord déposé dans 
un cercueil de pierre près de l'autel d'où il fut tiré dans la suite ^ pour être mis 
dans une châsse d'argent 8c exposé à la vénération des fidèles. Les miracles 
continuels que Dieu opéra à son tombeau ne contribuèrent pas peu à accé- 
lérer sa canonisation, 8c il étoit déjà reconnu pour saint au milieu ^ du 
dixième siècle. Le monastère de Saint-Martin où il étoit inhumé avoit déjà 
pris alors son nom, ou celui de Saint-Audard, qui est le même. Il prit dans la 
suite celui de Montauban, après qu'Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, eût 
fondé cette ville en 1144, auprès de laquelle il étoit situé. Le pape Jean XXII 
l'érigea en cathédrale au commencement du quatorzième siècle 8c il fut détruit 
au seizième par les calvinistes qui pillèrent la châsse du saint 8c dispersèrent 
ses ossemens. On prétend "^ qu'un pieux ecclésiastique trouva moyen d'en 
recueillir une partie, qu'on conserve encore dans l'église de Montauban. Celle 
de Narbonne en possède une petite portion. 

Au reste, l'historien de l'église ^ de Montauban se trompe visiblement, lors- 
qu'il avance que l'abbaye de Saint-Martin ou de Saint-Théodard fut fondée au 
huitième siècle, sous le règne de Pépin le Bref, par des religieux de celle de 
la Chaise-Dieu, en Auvergne, puisque cette dernière ne commença que vers 
la fin du onzième. Nous n'avons donc rien de certain touchant l'origine de l'ab- 
baye de Montauban que quelques traditions fabuleuses rapportées par le même 
auteur, 8c qui ne méritent aucune créance. Ce qu'il y a de vrai, c'est que cette 
abbaye subsistoit déjà à la fin du neuvième siècle, 8c qu'elle fut soumise dans 
la suite à celle de la Chaise-Dieu qui la réforma. Cette dépendance a duré 
jusques à l'érection en cathédrale du monastère de Montauban, qui fut enfin 
sécularisé en iSjô. 

' Bollandistes, i" mai, p. i55 & seq. 3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCVII. 

'Le Bret. Histoire de Montauban, p. 42 & ^ Le Bret, Histoire de Montauèan , p. ^z &. sniy. 

=^"'^- ' Uid. p. 37 & suiv. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 53 



LIV. — Translation des reliques de S. Majan à l'abbaye de Villemagne. 



An 89.3 



On assure que vers la fin de l'épiscopat de S. Théodard, 8c sous celui Éd.origin. 
d'Agilbert, évêque de Béziers, deux religieux de l'abbaye de Villemagne dans 
ce dernier diocèse allèrent, sous prétexte de dévotion', dans un lieu de l'an- 
cien Toulousain, situé près de la ville de Lombez, à la gauche de la Garonne, 
où l'on conservoit les reliques de S. Majan, confesseur 5 qu'après avoir fait 
quelque séjour en ce lieu ils enlevèrent secrètement ces reliques 8c les trans- 
portèrent dans leur abbaye, qui, à ce qu'ajoute l'historien de cette translation ^, 
changea alors son nom de Cogne en celui de Villemagne , qu'il fait dériver 
de Villa-Maiani i mais cet auteur se trompe en cela, puisqu'il est certain que 
ce monastère subsistoit déjà sous le nom de Villemagne dès le commence- 
ment du neuvième siècle, comme on peut voir par le catalogue des monas- 
tères dressé au concile d'Aix-la-Chapelle, l'an 817. Il est vrai cependant que 
l'abbaye de Villemagne s'appeloit^ anciennement Cogne. On la nomma WW- 
lemagneVArgentière, parce qu'il y avoit autrefois des mines d'argent dans les 
montagnes du voisinage. S. Majan fut son principal patron depuis^ cette trans- 
lation. 

LV. — Paix entre Eudes 6* Charles le Simple. — Partage du royaume entre 
ces deux princes. — Sort de la Province. 



Charles, à qui la postérité a donné le surnom de Simple^ à cause de son 
peu de capacité pour le gouvernement, continuoit cependant de disputer la 
couronne de France à Eudes j mais ne se sentant pas assez fort pour l'empor- 
ter sur ce dangereux concurrent, il étoit enfin résolu d'appeler les Normands à 
son secours 8c de se liguer avec eux, quand Foulques, archevêque de Reims , 
son principal partisan, averti de ce dessein^, fit tousses efforts pour l'en dé- 
tourner. Charles étoit réduit à cette extrémité parce qu'il ne pouvoit plus 
compter sur Arnoul , roi de Germanie, qu'Eudes avoit trouvé moyen de re- 
mettre dans ses intérêts. Ce dernier ayant été obligé d'aller en Aquitaine pour 
achever de pacifier le pays, l'archevêque de Reims négocia si heureusement 
pendant son absence auprès de Zuentibold, roi de Lorraine 8c fils naturel 
d'Arnoul, qu'il le gagna au parti de Charles 8c l'engagea de s'armer en faveur 
de ce prince. Zuentibold entreprit le siège de Laon. Eudes n'en fut pas plus tôt 
informé, qu'ayant repassé la Loire, il vint au secours de la place 8c obligea le 
roi de Lorraine à se retirer. A la faveur de ces troubles, les Normands cou- 
rurent toute l'Aquitaine <5 8c la mirent au pillage. 

• Voyez tome V, Chroniques, n. II. — Mabillon, ' Ibii. n. II. 

Acta Sanctorum ordlnis sancti Benedicti, saec. 4, ^ Baluze, Not. in Capital, t. 2, p. 1099. 

part. 2, p. 590 & seq. ' Frodoard, Historia. Remens. 1. 4, p. 608. 

' Voyez tome V, Chroniques, n. II. * Duchesne, t. 4, p. 53. 



An 895 



An 895 



An 896 



54 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI, 

Il n'y avoit que la paix entre les deux prétendans au trône qui pût faire 
espérer la fin de ces malheurs. Charles & Eudes s'accordèrent' enfin par l'en- 
tremise de l'archevêque de Reims Se firent un traité suivant lequel ils parta- 
gèrent entre eux la monarchie. Les pays situés entre la Seine, l'Océan, les 
Pyrénées, l'Espagne 8c la Méditerranée, échurent au dernier, qui en étoit 
déjà le maître Se qui en demeura par là paisible possesseur, à condition néan- 
moins de tenir de Charles cette portion du royaume Se de le reconnoître 
pour son seigneur. Celui-ci eut pour sa part les pays situés entre la Seine Se 
le Rhin, ce qui fait voir qu'il prétendoit que le royaume de Lothaire de- 
voit lui appartenir, quoique Zuentibold l'occupât alors. Cette paix entre les 
deux rois fut conclue vers le milieu de l'an 896^. Eudes continua ainsi de 
régner sur l'Aquitaine, la Septimanie Se la Marche d'Espagne jusques à sa 
mort. On a, en effet, une médaille ^ que la ville de Toulouse fit frapper en son 
honneur. 

LVI. — Abbaye de Montredon dans la Septimanie. 

Ce prince exécuta fidèlement l'article de ce traité, suivant lequel il devoit 
reconnoître Charles le Simple pour son seigneur ; c'est ce qui paroît entre 
autres par un de ses diplômes"^ suivant lequel il maintint pour le bien de son 
âme , 6- au nom du roi Charles son seigneur {In eleemosynam domni (S' senioris 
nostri Caroli) le monastère de Montredon dans la Septimanie, dans la posses- 
sion de ses biens situés dans les pays de Girone, de Razès Se de Carcassonne, 
8e confirma les chartes que les rois, ses prédécesseurs, avoient accordées en 
sa faveur. Ce diplôme qui est sans date est donc postérieur à la paix conclue 
entre les deux rois. Téneric étoit alors abbé de Montredon, Se il avoit fait 
un voyage exprès à la cour pour représenter à Eudes la pauvreté Se le mau- 
vais état de ce monastère, dont on ignore la véritable situation; il étoit vrai- 
semblablement dans le diocèse de Narbonne où l'on voit un lieu de ce nom. 

LVII. — Diplôme de Louis ^ roi de Provence, en faveur de V église d'U-^ès. 

Durant la division qui régna entre Eudes Se Charles le Simple, Louis , roi 
de Provence, étendit sa domination sur la partie de ce royaume située à la 
t^ii°p.*^j3*. droite du Rhône, si tant est qu'il ne l'eût déjà fait aussitôt après son couron- 
nement. Il est du moins certain qu'il étoit maître de ce pays à la fin de l'an 896, 
puisqu'Amelius, évêque d'Uzès, le regardoit alors comme son souverain. Ce 
prélat-^ fut le trouver, en effet, à Orange, pour le prier de faire restituer à son 
église plusieurs biens qu'on avoit usurpés Se de la confirmer dans la possession 

' Frodoard, Hlstor'ia Remens, 1. 4, c. 4, p. 595 & ^ Daniel, Histoire de France, p. 862. 

seq. — Duchesne, t. 3, p. 356. — Marca Hispanica, "* Mabillon, Annal. Bened. t. 3j p. 3oi, nu- 

p. 374. méro 694. 

^ Voyez tome IV, Note IV. s Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n XVI. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 55 

de ceux dont elle jouissoit actuellement. Louis lui accorda toutes ses deman- 
des 8c lui donna de plus, en considération de sa fidélité 6- de ses services de 
même qu'à ses successeurs & à sa cathédrale de Saint-Théodorite, martyr 
l'église de Saint-Bausile située au voisinage d'Uzès, vers le septentrion, que. 
S. Firmin, évêque de cette ville, avoit fait construire & dans laquelle il avoit 
été inhumé ; celle des SS. Julien, martyr, André, apôtre, 8c Basilisse, vierge, 
bâtie au milieu de la ville par les soins du même prélat j celle des apôtres 
S. Pierre 8c S. Paul que S. Féréol, aussi évêque d'Uzès, avoit fait édifier 
près de cette ville, du côté du septentrion, 8c dans laquelle il avoit son tom- 
beau j 8c quelques autres églises ou domaines. Il paroît, par un diplôme' du 
roi Louis le Jeune, que ces trois églises appartenoient à autant de monastères; 
ainsi celui que S. Féréol avoit fait bâtir à Uzès au milieu du sixième siècle sub- 
sistoit encore au milieu du douzième. 



An iç)i 



LVin. — Arnustey archevêque de Narhonne. — Comté de Minervois. 

Arnuste, archevêque de Narbonne, obtint de son côté, en 896, une bulle 
du pape Etienne, successeur de Formose, pour la confirmation des privilèges 
de son église. Ce prélat avoit succédé immédiatement, à ce qu'il paroît^, à 
S. Théodard, quoique les preuves les plus anciennes que nous ayons de son 
épiscopat ne soient que de cette année; car il est faux^ qu'il ait tenu un 
concile à Jonquières en 894, dans le diocèse de Maguelonne, comme l'ont cru 
quelques auteurs. La bulle du pape Etienne dont on vient de parler 8c qu'on 
peut voir en différentes collections"^, est datée de Rome, le 20 du mois d'août, 
indiction XIV, la première année après le couronnement d'Arnoul, empereur , 
ce qui revient à l'an 896. Le pape confirme en faveur d'Arnuste, qu'il qualifie 
archevêque du premier siège de la sainte église de Narbonne, les privilép^es de 
cette église, de celle de Saint-Paul de la même ville, 8c du monastère de 
Saint-Laurent qui dépendoit de la première, 8c leur accorde la possession des 
biens qu'elles tenoient de la libéralité des empereurs 8c des rois , dans les 
comtés de Narbonne, de Razès, de Minervois, d'Ausone, de Béziers 8c de 
Nimes. Le pape ajoute que lorsque le siège de Narbonne viendroit à vaquer, 
les successeurs d'Arnuste seroient tirés du clergé de cette église, s'il s'y trou- 
voit quelqu'un digne d'être élu, 8c que dans la vacance des autres églises de 
la province, l'archevêque de Narbonne, qui présideroit à l'élection des nou- 
veaux évêques , pourroit proposer quelqu'un de son clergé , en cas que dans 
celle qui vaqueroit il ne se trouvât aucun sujet capable de remplir le siège 
épiscopal. 

Nous trouvons ici le titre de comté donné au Minervois, pays compris alors 
dans le diocèse de Narbonne, 8c aujourd'hui , pour la plus grande partie, dans 



' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CIII. 

' Voyez tome II, Note XCII. 

' Baluze, Not. in concil. Narb. p- 4 & seq. 



■* Catel, Mém. pour l'histoire du Languedoc, p. 772. 
— GalliaChristiana, t. i, p. 371. — Labbe, J/'i/. nova 
mss. t. 1, p. 804. — Conciles, t. 9, p. 476 & suiY. 



56 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 8<;6 

celui de Saint- Pons. On pourroit conclure de là que ce même pays étoit gou- 
verné au neuvième siècle par un comte particulier, 5c qu'il avoit été détaché 
de lancien comté de Narbonne, en même temps que ceux de Razès 8c de 
Fenouillèdes, qui faisoient partie du diocèse de cette ville. Nous ne connois- 
sons cependant aucun comte de Minervois, mais seulement des vicomtes de ce 
pays, dont nous parlerons dans la suite'. 

LIX. — Second concile de Port. 

L'année suivante, le 19 d'avril, Arnuste, archevêque de Narbonne, convoqua 

^'' un concile à Port^, sur les frontières des diocèses de Nimes 8c de Maguelonne. 

Sept évêques de sa province y assistèrent, savoir : Willeran de Carcassonne, 
Agilbert de Béziers, Amélius d'Uzès, Boson d'Agde, Agelard de Nimes, Servus- 
Dei de Girone 8c Abbon de Maguelonne, avec deux abbés, Froïa de Saint- 
Laurent de Vernosoubre 8c Wittard de Saint-Julien, 8c l'envoyé de Durand, 
abbé de Sainte-Marie. Ce dernier monastère n'est pas différent ^ de l'abbaye 
de Notre-Dame de la Grasse. Le premier, qu'on confond"^ mal à propos avec 
celui de Saint-Laurent sur la rivière de Niesle au diocèse de Narbonne, 
étoit situé au voisinage'^ de celui de Saint-Chinian, avec lequel il fut uni 
peu de temps après j enfin le second paroît le même que celui de Saint-Julien 
d'Uzès dont on a déjà parlé. 
Éd. origin Outrc CCS prélats, un grand nombre d'ecclésiastiques du second ordre 8c 

plusieurs seigneurs de la province se trouvèrent au concile de Port; en sorte 
qu'on peut le regarder comme une assemblée mixte, composée des principaux 
membres des deux ordres, pour traiter également des matières ecclésiastiques 8c 
politiques. Ce concile adjugea à un prêtre nommé Adelbert l'église de Saint- 
Jean-Baptiste de Cocone, au diocèse de Maguelonne, dont Abbon, son évêque, 
l'avoit dépouillé. Il est fait mention dans ce jugement d'un évêque nommé 
Maldomar qui , selon toutes les apparences, étoit le prédécesseur d'Abbon. 
Celui-ci souscrivit le premier à cette décision, à laquelle il consentit 8c, après 
lui, Arnuste de Narbonne, Servus-Dei de Girone, Tructarius de Béziers, 8cc. 
La souscription de ce dernier fait naître une<5 difficulté, sur ce que, suivant 
les actes du concile, Agilbert, évêque de Béziers, y assista en personne ; mais 
comme il est constant d'ailleurs que Tructarius occupoit déjà le siège épiscopal 
de cette ville dès le mois de juillet de la même année, il faut qu'Agilbert, son 



' La conclusion de dom Vaissete n'est pas exacte ; ^ Baluze, Conc'd. Gall. Narh. p. i & seq. — Con~ 

beaucoup de pays portent dans les textes la quali- ciles, t. 9, p. 478 & suiv. 

fication de comté, sans pour cela avoir été adminis- ' Mabillon, ad ann. 897, n. i5, & Baluze, Con- 
trés par un comte. Cette désignation venait sou- cil. Galliae Narh. not. p. 3. 
vent de ce qu'on prenait la partie pour le tout, & ^ Baluze, Concil. Gall. Narh. not. p. 3. 
de ce qu'on donnait à cette partie une qualification s Voyez tome II, Note LXXXIX. 
qui en réalité appartenait à une circonscription « Labbe, Not. in Concil. t. 9, p. 480. — Baluze, 
plus étendue. [E. M.J Concil. Galliae Narh. not. p. 3. 



t. II, p. '34. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 07 

prédécesseur, soit mort &l qu'il lui ait succédé, ou du moins qu'il ait été élu 
durant la tenue du concile. 

LX. — Union des vicomtes de Béyers 6- d'Agde. 

Tructarius, que d'autres appellent Fructuarius, évêque de Béziers, fit en 
effet un échange ' avec Rainard ou Réginald, vicomte du comté de Béliers, 8t 
Dide, sa femme, le samedi 16 juillet de Van 897, indiction XV. Ce Rainard 
n'est pas différent du seigneur de ce nom qui servit au siège de Vienne, 
l'an 881^, sous le roi Carloman, Se à qui ce prince confirma alors la possession 
des terres d'Aspiran 8c d'Alignan, dans le diocèse de Béziers, qu'il tenoit des 
Espagnols réfugiés dans la Septimanie, ses ancêtres. Comme ces terres étoient 
à la bienséance de l'église de Béziers, le vicomte Rainard 8c Dide, sa femme, 
les donnèrent en échange à l'évêque Tructarius, à l'exception d'une partie 
dont ils avoient déjà disposé en faveur d'un certain Walcheron, 8c qui fut 
nommée pour cela la terre de Walcheron. On prétend ^ que c'est aujourd'hui 
le lieu de Villenouvelle. L'évêque de Béziers donna à Rainard, en contre- 
échange, du consentement de ses chanoines 8c au nom de son église, le village 
de Tavels, en deçà du Rhône, avec la somme de deux cents sols. 

Cet acte est souscrit, après le vicomte 8c Dide, son épouse, par Arsinde Se 
par Boson. Ce dernier se qualifie vicomte de Bé-^iers 6* d'Agde, dans un titre"* 
postérieur de six mois, ce qui fait voir que Rainard décéda dans l'intervalle 
de ces deux actes. Il paroît^ qu'il n'eut qu'une fille nommée Adélaïde, qui 
hérita de lui de la vicomte de Béziers ; qu'elle épousa le même Boson, vicomte 
d'Agde, qui unit par là ces deux vicomtes à son domaine, 8c qu'enfin celui-ci 
étoit fils d'Arsinde, qui souscrivit avant lui à l'échange dont on vient de 
parler. L'acte où Boson *^ est qualifié vicomte de Béziers 8c d'Agde est une 
enquête qui fut faite le 14 décembre de l'an 897, au sujet d'un différend que 
l'évêque Tructarius Se un certain Amalric avoient à l'occasion de cet échange. 
Boson possédoit'7 la vicomte de Béziers les années dix, onze 8c douze du règne 
de Charles 'le Simple depuis la mort d'Eudes, c'est-à-dire qu'il en jouit du 
moins jusqu'en 920. Quant à Tructarius, il mourut sans doute peu de temps 
après son échange ; car Matfred ^ lui avoit déjà succédé au mois d'octobre de 
l'année suivante. Il est à remarquer que cet acte, quoique daté du 16 de juillet 
de l'an 897, n'est cependant que de la neuvième année du règne du roi Eudes, 
ce qui confirme ce que nous avons dit ailleurs, que ce prince ne fut pas géné- 
ralement reconnu dans la Septimanie aussitôt après son élection; car on 
auroit dû compter alors la dixième année de son règne, qui fut la dernière de 
sa vie. 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XVII. ' Voyez tome IV, Note XX. 

' Voyez ci-dessus, n. xxiii. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XVIII, 

3 Gallia Christ'iana, nov. edit. t. 2, p. 410. ' Archives de l'église de Béziers. 

"• Voyez tome V, Chartes 5t Diplômés, n. XVIII. « Andotiue, Histoire de Béliers, p. 48. 
— Andoque, Histoire de Béziers^ p. ^3. 



An 89- 



-— TT" 58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 898 

LXI. — Mort du roi Eudes. — Charles le Simple lui succède dans une portion 

du royaume. 

Ce prince ' mourut en effet au commencement du mois de janvier de 
l'an 898. Si l'on en croit un auteur^ qui a écrit dans le commencement du 
onzième siècle, il laissa un fils nommé Arnoul, qui lui succéda dans la partie 
de la France que Charles lui avoit cédée, 8c qui mourut peu de temps après. 
On^ donne aussi à Eudes une fille appelée Oda, laquelle épousa Zuentibold, 
roi de Lorraine, 5c dont les généalogistes de la maison de France ont omis de 
faire mention. Au reste, un célèbre critique"^ se trompe, lorsqu'il dit qu'Hugues 
le Grand, père d'Hugues Capet,étoit fils du roi Eudes. Hugues le Grand étoit 
certainement fils de Robert, frère du roi Eudes. 
Éd. oiigin. Après la mort de ce dernier, les principaux seigneurs du royaume s'étant 
assemblés à Reims, reconnurent de nouveau Charles le Simple pour leur roi, 
6c Foulques, archevêque de cette ville , l'y couronna pour la seconde fois. Cet 
événement, qui rendit ce prince maître de près des deux tiers du royaume, 
c'est-à-dire de toutes les provinces situées à la gauche de la Loire où il n'avoit 
pas encore régné, fut si mémorable pour lui, qu'il en data la plupart des 
chartes qu'il donna dans la suite. C'est aussi à la^ même époque, ou à la mort 
d'Eudes, qu'il faut rapporter la date de tous les actes de l'Aquitaine, de la 
Septimanie 8c de la Marche d'Espagne, dans lesquels le règne de Charles le 
Simple est marqué. 

LXII. — Guillaume le Pieux, marquis de Gothie, reconnaît Charles le Simple^ 

Ce prince ne fut pas même généralement reconnu dans ces provinces 
d'abord après la mort d'Eudes ; car nous avons un titre *^ de l'abbaye de Mon- 
tolieu au diocèse de Carcassonne, daté du 22 de février, la première année après 
la mort du roi Eudes, J.-C. régnant, 6* dans ï attente d'un roi, 8c Guillaume le 
Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de Gothie 8c comte d'Auvergne, date 7 une 
de ses chartes du mois de mai de Vannée de la mort d'Eudes, roi des François 
6* des Aquitains. 

Guillaume prend dans cet acte les titres de duc, de comte & de marquis, ce 
qui prouve qu'il possédoit alors le duché d'Aquitaine, dont il étoit par con- 
séquent redevable au roi Eudes, qu'il appelle aussi son seigneur dans plusieurs 
autres.^ chartes postérieures. Il étoit en même temps abbé^ séculier de Saint- 

• Annal. Mettens.-ç. 329. 1 Baluze. Histoire généal. de la maison d'Auver- 

" Adhémar de Chabanais, p, 164. gne, t. 2, p. 10. 
3 MabiUon, ad ann. 897, n. i3. s 7^;^^ p. 9 & suiv. 

■• Pagi, ad ann. 888, n. i. jj,ij^ p. , , & suiv. — Voyez aussi le Cartulalra 

' Marca Hispanica, p. 874 & seq. —Voyez au imprimé de Saint-Julien de Brioude, & notre addi- 

tome IV, Note XVIII, n. 5. tion à la Note LXXXVII du tome II. 
<* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XIX. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. ~u, 

/ An 898 

Julien de Brioude, comme il paroît par divers monumens , abus alors assez 
commun qui s'étoit introduit sous le règne de Charles le Chauve & qui con- 
tinua dans le siècle suivant, où les abbayes les plus considérables du royaume 
turent occupées par des seigneurs séculiers, ce qui affoiblit extrêmement la • • 
discipline régulière. Nous apprenons cependant par une charte' de Guil- 
laume le Pieux, datée du mois d'août, la première année du règne de Charles, 
roi des François 6* des Aquitains, qu'il reconnut bientôt après ce prince, 
8c nous savons d'ailleurs que s'étant rendu l'année suivante à sa cour, Charles 
accorda alors, à sa recommandation^, un diplôme en faveur de l'abbave 
d'Aurillac. 

LXIIL — Ahhaye de Saint-Martin de Le-{ dans le pays de Fenouillèdes, 

Si Charles ne fut pas sitôt reconnu dans une partie de la Septimanie, le reste 
se soumit du moins à son autorité dès la mort du roi Eudes. C'est ce qui paroît, 
entre autres, par une donation ^ faite au mois de mars, la première année du 
règne du premier, c'est-à-dire deux mois après la mort de l'autre, au monas- 
tère de Saint-Martin, dans le pays de Fenouillèdes, Se' à Basile, son abbé. 
C'est le plus ancien monument que nous connoissions de cette abbaye, qu'on 
appeloit Saint-Martin de Lez [de Lenis) &. qui subsistoit sans doute long- 
temps auparavant : elle étoit située"^ dans la partie de l'ancien diocèse de 
Narbonne, qui compose aujourd'hui celui d'Alet, près de la rivière d'Aude, 
dans un vallon nommé Valcarne, à une demi-lieue de Quillan. Elle fut 
florissante pendant le neuvième siècle & dans les suivansj mais enfin, les 
seigneurs séculiers ayant envahi ses biens, elle tomba peu à peu par là dans le 
relâchement. Bernard, comte de BesaluScde Fenouillèdes, la donna^ en 1070 à 
celle de Saint-Pons de Tomières pour la réformer, & elle n'eut plus depuis que 
le titre de prieuré conventuel : on y voyoit encore des religieux au seizième 
siècle, avantles guerres des religionnaires, qui la ruinèrent de fond en comble. 
Les anciens*^ monumens mettent au nombre de ses abbés : Arnaud, qui avoit 
succédé à Basile la trentième année du règne de Charles le Simple} Séguier 
qui la gouvernoit la quatrième du roi Lothaire, & Raoul qui vivoitla huitième 
du règne de ce dernier prince. 

LXIV. — Chartes de Charles le Simple en faveur des églises de la Province. 

Charles le Simple, après son nouveau couronnement à Reims, résolut de 
conquérir "^ le royaume de Lothaire, dont ses deux frères Louis &. Carloman 

' Baluze, Histoire gé ne al. de la maison d'Auver- '♦Voyez tome V, Chartes Se Diplômes, n. XX & 

gne, t. 2, p. 10. n. LXXXIII. 

" Mabillon, Annales Bened. ad ann. 899, nu- ^ Ibid. n. CCXLVI, 

méro 24. ^ Archives de l'archevêché de Narbonne. 

3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XX. ' Reginon, Chronicon.— Annal. Mcttens. p. 33o. 



An 898 



60 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



t. JI,p. 36. 



avoient été injustement dépouillés. Dans ce dessein, il déclara la guerre à 
Zuentibold qui le possédoit 5c qui se mit en état de défense. Les deux armées 
étant en présence n'attendoient plus que le signal pour en venir aux mains, 
quand enfin les deux rois convinrent d'un traité de paix dont nous ignorons les 
articles. 

On auroit sujet de croire que Charles tourna ensuite ses armes contre Louis, 
Éd. origîn. l'oi de Provence, s'il étoit constant que deux diplômes ' qui nous restent 
du premier, & qui sont datés de Vienne, le i^'' de novembre de l'an 8g8, 
eussent été donnés à Vienne en Dauphiné, plutôt que dans quelque palais 
royal ou maison de campagne de même nom ^. Par l'un de ces diplômes ^^ 
Charles confirme en faveur d'Arnuste, archevêque de Narbonne, l'église de 
cette ville dans la jouissance de ses privilèges 8c des domaines qu'elle avoit reçus 
des rois ses prédécesseurs 5 il lui donne l'abbaye de Cubières dans le comté 
de Razès, le fief de Juvignac dans le comté de Suhstancion, 8c un village situé 
dans le territoire du château de Sauve, dans le comté de Nimes, pour en em- 
ployer les revenus à la réparation de l'église cathédrale 8c des autres églises de 
Narbonne qui tomboient en ruine. Cette charte nous donne lieu de remarquer : 
1° que le comté de Maguelonne avoit pris alors le nom de Substancion, lieu 
où les évêques 8c les comtes du pays avoient établi leur demeure depuis la ruine 
de la ville de Maguelonne. Les premiers conservèrent cependant toujours leurs 
anciens titres, les autres se qualifièrent indifféremment comtes de Substancion 
8c de Melgueil ou Mauguio ; ils prirent ce dernier nom d'un château qui étoit 
le chef-lieu de leur domaine j 2° que c'est ici le plus ancien monument de notre 
connoissance où il soit fait mention de la petite ville de Sauve dans les Céven- 
nes, autrefois de l'ancien diocèse de Nimes 8c aujourd'hui de celui d'Alais. Au 
reste, il paroît qu'il y a quelque chose à corriger dans la date de ce diplôme, 
qui est du premier de novembre indiction l, la sixième année du règne de 
Charles, (S' la deuxième depuis qu^il avoit succédé à Eudes ; car l'indiction 8c 
l'année du règne prouvent qu'il appartient à l'an 898. Or, Charles n'étoit alors 
que dans la première année de son règne depuis la mort d'Eudes. 

L'autre charte datée de Vienne regarde "^ l'église d'Elne ou de Roussillon 
8c Riculfe son évêque, à qui Charles donna, à la prière de la reine Adélaïde sa 
mère, pour la réparation de la cathédrale de cette ville 8c des autres églises du 
diocèse, quelques bénéfices ecclésiastiques 8c la moitié des droits domaniaux du 
comté de Roussillon. Ces deux diplômes sont datés de l'indiction première, 
ce qui prouve que nos rois n'employoient pas toujours l'indiction grecque au 
neuvième siècle^. 

Ces actes prouvent aussi que Charles le Simple régnoit alor« sur la Septima- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XX.— t Marca Hispanica, p. 83o & seq. 

Marca Hispanica, p. 83o & seq. s Voyez dans les Mémoires de la Société des Anti- 

' Adnen de Valois, Notitia GalUarum, p. 608 faarVcs c/e France, i 855, un travail de M. Aug. Ber- 

"^" nard, sur les indictions & sur les différentes maniè- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XX. res dont on les comptait. [E, M.] 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 6i , ^ ^ 

An 893 

nie 8c la Marche d'Espagne 5 ce qu'on voit encore par une donation ' faite à 
l'abbaye de Cuxa, dans le diocèse d'Elne, la première année du règne de ce 
prince, de plusieurs terres &c églises situées dans la vallée de Conflans, par la 
comtesse Ermessinde, les comtes Rodulfe 8c Miron, Se la comtesse Quixilo, qui 
y souscrivirent avec le comte Wifred ^. Ce dernier est^ le même que Wifred 
le Velu, comte de Barcelone, frère de Rodulfe, comte de Conflans, 8c de Miron, 
comte de Roussillon. Ils étoient tous trois fils d'Ermessinde, qui est peut-être la 
même qui fit cette donation. Quant à la comtesse Quixilo, elle étoit femme 
sans doute de l'un de ces deux derniers. 

LXV. — Différend du vicomte Aton avec Vahhaye de Montolieu. 

On voit enfin que le roi Charles le Simple étoit reconnu dans le Languedoc 
au mois de décembre de l'an 898, par un plaid ^ qui fut tenu alors à Alzonnc 
dans le diocèse de Carcassonne, sur les frontières de l'ancien Toulousain, Se 
qui est daté de la première année du règne de ce prince. Rainulfe, abbé du châ- 
teau de Mallast ou de Montolieu, se plaignit devant l'assemblée de ce que Aton, 
viguier ou vicomte d'Eudes, comte 6" marquis de Toulouse, avoit envahi sur son 
monastère les terres d'un village appelle Magnanac. Aton qui prétendoit que 
ces terres dépendoient d'un lieu voisin nommé Ramesinde, qui étoit de son 
domaine, convint d'envoyer Oliba, son viguier, sur les lieux, pour faire des in- 
formations, après lesquelles l'abbé ayant prouvé, en présence de plus de vingt 
juges assemblés sur ce sujet, que les mêmes terres appartenoient à son monas- 
tère, suivant les chartes des rois Pépin Se Charles, un jugement rendu par le 
comte Frédelon, Se une enquête faite auparavant devant Rodegille, viguier, 
l'abbaye de Montolieu fut maintenue dans la possession de ce domaine. Un 
célèbre 5 auteur qui fait mention de ce jugement le rapporte aux premières 
années de Charles le Chauve; mais il s'est trompé, car il est constant qu'Eu- 
des, comte de Toulouse, qui vivoit alors, ne posséda ce comté que longtemps tl^n"^";, 
après le commencement du règne de ce prince. Il paroît qu'Aton, vicaire du 
comte Eudes, étoit fils d'un autre seigneur de même nom <^, vicomte dans le 
Toulousain en 867 ; que ce dernier, outre Aton II, dont nous venons de par- 
ler, lequel fut probablement la tige des comtes héréditaires de Toulouse, de 
Millau en Rouergue Se de Gévaudan, eut un autre fils nommé Bernard, qui 
a donné l'origine aux vicomtes d'Albi, de Nimes Se de Lautrec. 

' Marca Hispanlca, p. Syô&SSi. Charles le Gros. Néanmoins, d'autres documents 

' C'est à tort que Baluze & dom Vaissete rappor- viennent à l'appui de ce qu'avance ici dom Vais- 

tent cette donation à l'année 8985 elle doit être sete, que Charles le Simple était reconnu en Septi- 

attribuée à l'année 885, parce que Miron, comte de manie dès l'année 898. [E. M]. 

Roussillon, dont Ermessinde se dit veuve, mourut ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 47 & suiv. 

avant le 12 mars 895. Il résulte de là que cette & l'addition à cette Note. 

charte ne peut être citée pour établir l'époque du '' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXI. 

règne de Charles le Simple sur la Septima'nie, puis- ^ Mabillon, ad ann. 840, n. 26. 

qu'elle se rapporte, non pas à ce dernier, mais à * \'o;-ez tome IV, Notes XXI & XXXIII. 



An 899 



62 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

LXVL — Nouveaux diplômes de Charles le Simple en faveur des églises 
ou de divers seigneurs de Septimanie. 

Charles le Simple & le roi Zuentibold confirmèrent ' l'année suivante le 
traité qu'ils avoient déjà conclu. Charles étoit alors aux environs de Reims 
dans le palais de Turnus ou Torn, que quelques-uns ont pris pour Turin en 
Piémont, mais dont la véritable situation étoit sur la rivière d'Aisne^, à l'en- 
droit qu'on appelle aujourd'hui la Tour, ou du moins sur la Sare^. Ce prince 
donna, dans ce palais, divers diplômes en faveur des églises & des particuliers 
de la Septimanie Se de la Marche d'Espagne, depuis le 29 de mai jusqu'au 
14 juin. Indiction II, la septième année de son règne, 6* la deuxième depuis sa 
succession aux Etats du roi Eudes ; ce qui convient parfaitement à l'an 899. 

Servus-Dei '^, évêque de Girone, y obtint la confirmation des privilèges de 
son église, 8c Durand 5, abbé de Notre-Dame d'Orbieu ou de la Grasse, qui se 
trouvoit alors à la cour, celle de tous les domaines que son abbaye possédoit 
dans les pays de Carcassonne, Narbonne, ConflansSc Razès, Se dans les autres 
provinces. Il est fait mention, entre ces domaines, de l'église de Saint-Pierre Se 
Saint-Paul, dans l'île de Lac, au territoire de Narbonne, que le comte Wifred 
avoit échangée avec Frédol, archevêque de cette ville. Se de deux autres églises 
situées dans le Razès Se le pays de Pierrepertuse, que le comte Oliha, de bonne 
mémoire, avoit données à la même abbaye. 

Arnuste, archevêque de Narbonne 6» de Raiçès, qui se trouvoit alors à la cour 
de Charles le Simple, obtint de ce prince deux diplômes*^ datés du même 
palais le 6 de juin. L'un qui est adressé à tous les marquis, comtes, ducs, vi- 
guiers, juges. Sec, regarde les immunités des ecclésiastiques de la province de 
Narbonne, sur lesquels ces officiers faisoient diverses exactions. Se qu'ils con- 
traignoient de servir de caution, de comparoître aux tribunaux séculiers, d'as- 
sister aux plaids, Sec. Le roi défend de vexer ces ecclésiastiques Se ordonne que 
désormais leurs affaires seroient jugées par les évêques, conformément aux 
canons. L'autre charte ^ est particulière à l'église de Narbonne, que Charles, 
sur les représentations du même Arnuste Se à la prière de la reine Adélaïde 
sa mère, confirma dans ses anciens domaines Se dans ceux que l'archevêque 
Sigebode avoit obtenus des rois Louis, son père. Se Carloman, son frère, ses 
prédécesseurs. Ces derniers domaines consistoient entre autres dans l'abbaye de 
Saint-Laurent, sur la rivière de Niesle, que Carloman ^ avoit unie à l'église de 
Narbonne. Charles confirma ^ cette union, à la charge que l'archevêque entre- 
tiendroit une communauté de religieux dans ce monastère Se fourniroit à leur 

' ^nnal. Mettent 5 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXL 

* Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 899, n. 24, « Ih'id. n. XXIII & suiv. 
ann. 897, n. i5. 7 ^^ ^_ ^XIV & suiv. 

» Marco. Hispanica, p, 375. 8 j^-^ „ III. 

* /Ai'i. p. 828 & seq. 9 ii,i^^ „_ XXIV & suiv. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



63 



An 899 



subsistance. Il unit aussi k la même église l'abbaye de Cubières dans le comté 
de Razès 6c celle de Bagnols dans celui de Besalu, & lui donna « toutes les 
« terres, maisons, vignes Se autres biens fonds que les Juifs possédoient dans 
« le comté de Narbonne, 8c dont on avoit accoutumé de payer la dîme, de 
« quelque manière qu'ils en eussent fait l'acquisition. » Ce qui nous donne 
lieu de remarquer que les Juifs de la Septimanie ne jouissoient plus alors, 
comme sous le règne de Louis le Débonnaire, du privilège de pouvoir possé- 
der des immeubles. Au reste, on voit par ce diplôme que l'église de Narbonne 
étoit toujours réduite à une grande pauvreté, que la catbédrale Se les autres 
églises de la ville menaçoient une prochaine ruine. Se que le comte de Béziers 
possédoit les biens qu'il avoit usurpés sur l'église de Saint-Paul, de même que 
sous le règne de Louis le Bègue 8c de Carloman qui en avoient ordonné la 
restitution Se uni divers bénéfices à l'église de Narbonne, pour la réparation de la 
cathédrale Se des autres églises, preuve de la foiblesse du gouvernement Se que 
nonobstant tous les bienfaits que les églises recevoient alors de nos rois, elles 
n'en étoient pas plus riches; ce qui provenoit sans doute de l'autorité que les 
grands vassaux, qui avoient usurpé les biens ecclésiastiques, s'étoient arrogée. 

Charles accorda le même jour un troisième diplôme, à ' la recommandation kj. orîpin. 
d'Arnuste, archevêque de Narbonne, en faveur de l'église de Roussillon {Ros- '*' 
silionensis) dédiée sous l'invocation deS*« Eulalie. Ce prince permet à Riculfe, 
son évêque,de faire des acquisitions dans tout sonroyaume de Gothie ou d'Es- 
pagne^ Se donne la moitié des droits domaniaux dans toute l'étendue des pays 
de Roussillon Se de Conflans qui formoient le diocèse de ce prélat. Se enfin 
tout ce que le fisc étoit en droit d'exiger des Espagnols réfugiés, appelés Hos~ 
tolenses^, qui habitoient sur les terres de cette église. On voit par là que la Sep- 
timanie ou Gothie portoit encore alors le titre de royaume. Se que la ville 
d'Elne s'appelloit Roussillon comme le pays dont elle étoit capitale. Il est fait 
mention dans cette charte des terres que le comte Miron avoit données à la 
même église. 

Charles en donna une quatrième, le 6 de juin^, dans le même palais de 
Torn^ pour confirmer dans ses privilèges l'abbaye de Saint-Agnan confesseur Sv 
de Saint-Laurent martyr, située dans le lieu d'OZocmn, au diocèse de Narbonne, 
Se dont Béra étoit abbé. Cette abbaye n'est pas différente de celle de Saint- 
Chinian,qui appartient aujourd''hui au diocèse de Saint-Pons Se à laquelle on 
avoit uni depuis peu celle de Saint-Laurent de Vernosoubre, située dans le 
voisinage. 

Enfin, Charles étoit encore au palais de Torn le 14 de juin. Il y donna alors 
un diplôme "^ par l'entremise de la reine Adélaïde, sa mère. Se à la demande • 
d'Arnuste, archevêque de Narbonne, pour confirmer un de ses vassaux nommé 
Etienne, Se Anne, sa femme, dans la possession d'un grand nombre de terres 



' Marca Hispan'ica, p. 83i & seq. 
' Ihid. ibid. 



3 Sp'tc'ileg'ium, t. i3, p. 265 & seq. — Mabilloi: 
Annal. Benei. ad ann. 897, n. i5. 

"• Martène, Thésaurus anecd. t. i, p. 58. 



64 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 899 ^-t 1 -r» -1 

Se de plusieurs églises situées dans les pays & comtés de Narbonne, de Roussil- 
lon,d'Empurias& de Minervois, avec le privilège de les posséder héréditaire- 
ment en alleu & en toute liberté. Etienne descendoit sans doute de quelquun 
de ces Espagnols réfugiés dans la Septimanie, en faveur desquels Charlemagne 
Se Louis le Débonnaire accordèrent en hérédité diverses terres incultes du do- 
maine de cette province. 

LXVII. — Guillaume le Pieux, marquis de Gothie, fait un voyage à la cour. 

Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, marquis de Gothie & duc d'Aqui- 
taine, sollicita ' en même temps auprès de Charles un diplôme en faveur^ de 
l'abbaye d'Aurillac, fondée quelques années auparavant par S. Géraud, qui, à 
ce qu'il paroît^ étoit son parent &: avec lequel il avoit du moins des liaisons 
très-étroites. Géraud étoit d'une 3 naissance très-illustre &. avoit été élevé dans 
sa jeunesse sous les yeux de Bernard, comte d'Auvergne, qui dans le temps de 
sa mort lui recommanda le même Guillaume, son fils, alors encore jeune. 
Géraud vécut toujours dans une grande union avec ce dernier, qu'il regardoit 
comme son fils; il y eut cependant une occasion où ils faillirent se brouiller, 

la voici : 

Suivant l'usage établi à la fin du neuvième siècle 4, les ducs & les comtes qui, 
à la faveur des troubles du royaume, s'étoient érigés en souverains des pays 
dont auparavant ils n'étoient que simples gouverneurs, tâchoient par toutes 
sortes de moyens de s'assujettir les vassaux immédiats du roi, 8c les obligeoient 
à se soumettre à leur propre suzeraineté. Guillaume, se conformant à cet usage, 
n'omit rien pour engager Géraud, qui étoit seigneur ou comte d'Aurillac, à se 
déclarer son vassal j mais celui-ci, quelque dévoué qu'il fût à ce duc, n'y voulut 
jamais consentir, ce qui causa quelque refroidissement entre eux. Tout ce que 
Guillaume put obtenir fut que Géraud consentît que Rainald, son neveu, & 
un grand nombre de gentilshommes qui relevoient de lui reconnussent ce 
prince pour leur seigneur. Rainald étoit fils d'Avigerne, sœur de Géraud^, 8c 
frère de Benoît, vicomte de Toulouse, dont nous parlerons ailleurs. 

S. Géraud 8c le duc Guillaume vécurent depuis en très-bonne intelli- 
gence, 8c le premier servit sous les enseignes de l'autre, qui, pour marque de la 
considération qu'il faisoit de sa personne, lui offrit ^ sa sœur en mariage. 
Ermengarde, mère de Guillaume, souhaitoit extrêmement cette alliance ; mais 
l'amour que Géraud avoit pour le célibat la lui fit refuser, 8c il s'adonna entiè- 
rement aux œuvres de piété. L'attachement qu'il avoit pour les intérêts de Guil- 
u l'i^p^^S laume le Pieux, 8c du jeune Ebles fils de Rainulfe II, comte de Poitiers, l'obli- 
gea cependant de prendre les armes contre Adhémar, à qui le roi Eudes avoit 

' Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 899, & ./4cf(t ■♦ S. OJon, Vita S. GeraU'i, 1. 1, c. 32, p. 81 & 

Sanctorum ordinii sancti Benedict't, t. 5, p. 8. seq. — Voyez les notes de Duchesne. 

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 93 & suiv. = S. Odon, Vita S. Geraldï, 1. 2, p. 100. 

' S. Odon, Vita S. Geraldi, p. 67 & seq. ^ Ihid. — Adhémar de Chabanais, p. i63 & suiv. 



I 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 65 

donné ce comté ' Se qui soutenu d'Adalelme, son frère, lui déclara la guerre. 
Géraud la soutint avec succès par une protection toute visible du ciel ; mais 
il se vit à peine délivré de ses ennemis, que son unique soin fut de s'exer- 
cer dans la pratique des vertus 8t d'affermir la fondation du monastère 
d'Aurillac qu'il avoit bâti dans son propre fonds. Il y mit des religieux tirés 
de l'abbaye de Vabres, en Rouergue, 8<. Guillaume le Pieux obtint en sa 
faveur, du roi Charles le Simple, le diplôme qui a donné lieu à cette digres- 
sion. 

LXVIII. — Irruption des Sarrasins. — Louis, roi de Provence , passe en Italie 

oîi il est couronné empereur. 

Ce duc alla peut-être à la cour pour solliciter du secours contre les Sarrasins, 
qui, au rapport d'un ancien historien^, firent en 899 une irruption dans les 
Gaules 8c qui durent par conséquent pénétrer dans la Gothie, dont Guil- 
laume possédoit le marquisat j à moins que cet auteur ait voulu parler seule- 
ment de quelques courses des infidèles qui s'étoient cantonnés dans les mon- 
tagnes de Provence 8c qui, pendant l'absence de Louis, roi de ^ Provence, 
peuvent avoir fait de nouvelles entreprises entre le Rhône 8c les Alpes. Ce 
prince passa en effet en Italie, vers le printemps"^ de l'an 899, après la mort 
de l'empereur Lambert, qui disputoit le royaume de Lombardie à Béranger. 
Il y fut appelé par les ennemis du dernier dont le principal étoit Adelbert, 
marquis d'Yvrée, son propre gendre. Louis accepta d'autant plus volontiers 
l'offre qu'on lui fit de la couronne de Lombardie, qu'il prétendoit y avoir 
droit par sa mère, fille de l'empereur Louis II j mais il eut à peine passé 
les Alpes, que Béranger ayant marché à sa rencontre à la tête d'une armée 
supérieure à la sienne, il n'osa l'attaquer, 8c s'estima heureux d'obtenir, par 
un traité qu'ils conclurent ensemble, la liberté de retourner en Provence, 
après s'être engagé par serment à ne plus remettre le pied dans l'Italie 8c avoir 
renoncé pour toujours au trône de Lombardie. 

Cet événement ne rendit pas les ennemis de Béranger plus soumis. Ils songè- 
rent alors à offrir le royaume de Lombardie à Arnoul, empereur 8c roi de 
Germanie j mais celui-ci étant mort^ à la fin de l'an 899, 8c Louis, son fils 
8c son successeur, âgé seulement de sept ans, se trouvant hors d'état de les 
soutenir, ils "^ appelèrent de nouveau Louis, roi de Provence. Adelbert, mar- 
quis de Toscane, l'un des plus puissans princes d'Italie, étoit alors mécontent 
de Béranger, ce qui fit qu'il promit à Louis de l'aider de toutes ses forces 7. 



' Vita S, Geraldij p. 83 & seq. — Voyez notes de ■* Voyez tome IV, Note V. 

Duchesne, p. 33. ' Annal. Mettens. p. 33o. — Annal. Fuld. 

' Hugo Flavin. Chronicon. — Labbe , Bibliot, p. 684. 

nova. mss. t. i , p. 124. ® Luitprand, 1. 2, c. 10, 1 1 & suiv. — Reginon, 

' Luitprand, 1. 2, c. io8i suiv. — Chronicon Chronicon. 

Farfen. c. iSy. — Reginon, Chronicon, ' Ihid. 

III. 5 



An 8p9 



An 899 



66 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



An 901 



An 902 



Éd. origin. 
t. II, p. 40. 



Sur cette promesse, ce dernier, malgré son serment, repassa les monts au prin- 
temps' de l'an 900, suivi d'une armée bien plus nombreuse que celle qu'il avoit 
amenée dans sa première expédition. Ses armes furent aussi plus heureuses. 
D'abord, il se rendit maître d une partie de la Lombardie & força enfin Bé- 
ranger à abandonner Pavie qui en étoit la capitale. Il fit ensuite un voyage à 
Rome, où il fut couronné empereur au mois de février de l'année ^ suivante 
par le pape Benoît IV. 

Louis, après son couronnement, retourna à Pavie 8c continua la guerre contre 
Béranger qu'il obligea à se retirer en Bavière vers la fin de l'automne de 
l'an 901. L'année suivante, au mois de juillet, ce dernier ayant appris que 
l'autre étoit alors brouillé avec Adelbert, marquis de Toscane, repassa les 
Alpes, s'avança secrètement à la faveur de la nuit vers la ville de Vérone où 
Louis étoit alors, 8c ayant gagné les sentinelles il se saisit de sa personne. 
Il lui accorda cependant la vie avec la liberté, mais il lui fit crever les yeux 
8c le renvoya ensuite en Provence. Louis, forcé d'abandonner la Lombardie 
après un règne de trois ans 8c d'en laisser la couronne à son concurrent, 
vint établir sa résidence à Vienne sur le Rhône. 11 conserva le titre d'empereur, 
avec le royaume de Provence, le reste de sa vie, qui fut beaucoup plus lon- 
gue-^ que divers modernes ne l'ont cru. Il paroît même qu'il fut reconnu empe- 
reur dans Rome jusques en 916 que Béranger trouva moyen de s'y faire donner 
la couronne impériale par le pape. Louis, de retour de ses États en deçà des Al- 
pes, gouverna par ses ministres le royaume de Provence, qui comprenoit, comme 
on l'a déjà remarqué, la partie orientale du Languedoc, c'est-à-dire les diocèses 
de Viviers"^ 8c d'Uzès, avec la partie de ceux de Vienne, de Valence, d'Avignon 
8c d'Arles, située en deçà du Rhône. Les entreprises continuelles des Normands 
dans les provinces situées au nord du royaume ne permirent pas sans doute à 
Charles le Simple de faire valoir ses droits sur cette ancienne partie de la mo- 
narchie, ni d'inquiéter Louis. 



LXIX. — Concile (VA-^illanf au diocèse de Narhonne. 

Quoique la Provence 8c la Septimanie fussent sous la domination de diffé- 
rens princes, ces provinces ne laissoient pas néanmoins de communiquer 
entre elles. C'est ce qu'on voit en particulier dans le concile qui fut tenu dans-^ 
l'église de Saint-Etienne d'Attilian, au diocèse de Narbonne, le i3 de juin 
de l'an 902, la quatrième année du règne de Charles après la mort d'Eudes^ 
8c auquel Pvostaing, archevêque d'Arles 8c les autres évêques de Provence assis- 
tèrent. Le lieu d'Attilian , où ce concile fut tenu , n'est pas sans doute 
différent de la petite ville d'Azille ou Azillan, située sur les frontières des 
diocèses de Narbonne 8c de Saint-Pons. Arnuste, archevêque de Narbonne, 



' Voyez tome IV, Note V. 
' Ib\d. 

' nid. 



^ Voyez tome IV, Note V. 

' Voyez tome V, Preuves, Chartes & Diplômes, 

n. xxvm. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 67 ~ 

' An 902 

présida au concile, auquel les évêques de Gothie 6- d'Espagne , ses comprovin- 
ciaux, se trouvèrent; ce qui confirme ce que nous avons remarqué ailleurs, 
savoir que depuis la séparation de la Septimanie d'avec la Marche d'Espagne, le 
nom de Gothie, commun à ces deux provinces lorsqu'elles ne formoient qu'un 
môme gouvernement, fut restreint à la première. 

Le concile d'Attilian jugea un différend qui étoit entre Tetbaldus, prêtre titré, 
c'est-à-dire curé de Sainte-Marie de Vie, autrement de (Quarante, au diocèse de 
Narbonne,&L un diacre appelé Théodoric qui vouloit assujettir cette église, pour 
les dîmes, les prémices 8c les oblations, à celle de Sainte-Eulalie de Cruzi. Tet- 
baldus, pour prouver l'indépendance de l'église de Quarante, envoya un homme 
à la cathédrale de Narbonne pour y subir en son nom ce qu'on appeloit alors 
V examen du jugement {examen judiciï)^ qui se faisoit par l'épreuve du feu ou de 
l'eau froide. Arnuste, archevêque de Narbonne, à qui, suivant les actes, appar- 
tenoit l'inspection sur les églises de son diocèse 6* qui avoit la principale 
autorité dans le concile, y ayant rendu témoignage que cet homme étoit sorti 
sain 8c sauf de cette épreuve, les évêques décidèrent en faveur de Tetbaldus 8c 
déclarèrent l'église de Notre-Dame de Quarante indépendante de celle de 
Cruzi. Celle-ci est aujourd'hui du diocèse de Saint-Pons. L'autre, qui appar- 
tient à celui de Narbonne, fut érigée depuis en abbaye 8c habitée par des cha- 
noines réguliers. 

De tous les évêques qui assistèrent au concile d'Attilian, nous n'avons que 
les souscriptions d'Arnuste, archevêque de Narbonne 8c de quatre évêques qui 
ne marquent pas leur siège; savoir, Servus-Dei, Riculfe, Nantigise 8c Agam- 
bert ; mais excepté l'évêché de ce dernieV, les trois autres nous sont connus 
d'ailleurs. Nantigise étoit évêque d'Urgel, Servus-Dei de Girone, 8c Riculfe 
d'Elne ou de Roussillon. Ce dernier avoit fait un voyage à Rome ' au mois 
d'octobre de l'an 897 8c avoit obtenu de Romain, qui siégeoit alors sur la chaire 
de saint Pierre, la confirmation des donations faites à son église, entre autres 
par Miron, comte de Roussillon, 

LXX. — Comtes de Roussillon. 

Ce comte vivoit encore au mois de juillet de la quatrième année de Charles 
le Simple ou de l'an 901, 8c rendit^ alors un jugement en faveur de l'abbaye 
de Cuxa. Comme il n'est plus parlé de lui dans la suite, il y a lieu de croire 
qu'il mourut peu de temps après '^. Quoiqu'il paroisse que les comtes de Rous- 

^ Marca Hispanica , p. 833 & seq. — Voyez seulement comte de Conflans j Olibn, son fils, mou- 
tome IV, Note IV. rut avant lui. Le successeur de Miron au comte ii 
' Marco. Hispanica^ p. 835. Roussillon fut Suniairell, qui était comte d'Am- 
' Les auteurs de l'Histoire de Languedoc ont com- purlas depuis 880 au moins. Celui-ci est l'auteur 
mis plusieurs erreurs dans ce qu'ils rapportent ici delà famille des comtes de Roussillon. Il eut quatre 
sur les comtes de Roussillon. D'abord Miron, frère fils : Bencion & Gauzbert, comtes d'Ampurias & de 
de Wifred le Velu & comte de Roussillon, mou- Roussillon après lui ; Elmerade &Wadalde, qui fu- 
rut en 89^ & non après l'année 901. Raoul fut rent successivement évêques d'Elne. Quant à décider 



An 9: 



68 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



sillon, ses successeurs, fussent de sa famille, qui étoit la même que celle des 
comtes de Barcelone, nous ne connoissons pas bien cependant leur descen- 
dance. Nous trouvons d'abord un comte nommé Radulfe ou Raoul , qui , 
de' concert avec Ralinde, son épouse, donna la sixième année du règne de 
Charles le Simple, ou l'an 904, à l'abbaye de la Grasse , le lieu de Padillan 
dans le Roussillon. Nous ne doutons pas qu'il ne fût comte de ce pays, 8c peut- 
être est-il le même que Raoul, comte de Conflans, qui aura succédé à son 
frère Miron dans le comté de Roussillon. On voit par la même donation du 
comte Raoul, qu'il avoit alors un fils nommé Oliba. Nous ignorons si celui-ci 
lui succéda dans ses dignités. On trouve^ ensuite Bencion 5c Gauzfred, frères 
d'Almérade, évêque d'Elne, qui possédoient le Roussillon par indivis en 916. 
Le premier mourut vers le même temps Se, à ce qu'il paroît, sans postérité} car 
uii^pf^"'. Gauzfred, son frère, qui lui survécut longtemps, jouit du comté de Roussil- 
lon en entier. On^ conjecture qu'ils étoient fils du comte Suniarius Se d'Er- 
mengarde, dont le même Gausbert fait mention dans une charte'^ de l'an 980. 
On peut encore conjecturer qu'ils étoient proches parens des comtes de Car- 
cassonne 5c de Razès qui vivoient alors, 5c parmi lesquels on trouve les noms 
d'Oliba 5c de Bencion. 

LXXI. — Alliance de Vempereur Louis V Aveugle avec Guillaume le Pieux. 

L'alliance que Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de Gothie 
Se comte d'Auvergne, avoit contractée avec l'empereur Louis l'Aveugle, dont 
il avoit épousé la sœur, nommée Ingèlberge^, contribua sans doute beaucoup 
à affermir le dernier sur le trône de Provence Se à maintenir l'autre dans l'au- 
torité qu'il s'étoit acquise, par ses dignités, sur une grande partie du royaume. 
L'union qui étoit entre eux paroît en particulier par un diplôme que Louis 
étant*^ à Vienne sur le Rhône, au mois de novembre de l'an 902, peu de 
temps après son retour d'Italie, accorda à la prière de Guillaume , duc 6* marquis, 
en faveur de Bernard Se Teutbert, ses vassaux, à qui il donna l'abbaye d'Am- 
bierle dans le Forez, à la droite du Rhône. Le royaume de Provence s'éten- 
doit donc alors jusque dans ce pays. Quant à l'époque du mariage de Guil- 
laume le Pieux avec Ingelberge, sœur de Louis, on'^ convient qu'il ne se fit 
qu'après l'an 886 5c sans doute même plusieurs années après, puisqu'il paroît 
certain 8 que cette princesse étoit fille d'Ermengarde, seconde femme de Boson , 
roi de Provence, que ce prince n'épousa qu'en 876. Aussi n'avons-nous 

SI Suniaire II était parent des comtesdeBarcelone, ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

c'estce qu'on ne peut faire sans témérité. On ne méro LXXXVII, n. 109 8c suiv. 

peut pas savoir davantage s'il était parent des ^ Voyez au tome II de cette édition, l'addition à 

comtes de Carcassonne & de Razès. Cela est peu pro- la Note LXXXVII , où est rapportée la généalogie 

table. [E. M.] des comtes de Roussillon. [E. M.] 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- " Mabillon, J«rtaZ. 5e«ec£. ad ann. 902, n. i3. 

méro XXVIII. 7 Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- 

' Marca Hispanica, p. 889 & seq. gne, t. i, p. 12. 

Ibid. p. 383. « Voyez ci-dessus, n. xxxix- 



An 



90^ 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 69 

aucun monument qui prouve que Guillaume le Pieux & Ingelberge aient été 
mariés avant l'an 898 '. 

Louis, frère de cette princesse, fit un voyage à^ Lyon au mois de septembre ' j^^ ^^3 
de l'an 908 & y donna, à la recommandation du comte Teutbert dont on 
vient de parler, à Amélius, évêque d'Uzès, son vassal^ le lieu de Frétas 8c 
l'église de Saint-Remi dans le comté d'Avignon : nouvelle preuve que Louis 
l'Aveugle étendoit sa domination à la droite du Rhône; il paroît, d'ailleurs 3, 
que ce prince étoit maître du Vivarais. On voit par là que ce pays & celui 
d'Uzès étoient alors frontières du royaume de Septimanie. 

LXXII — Royaume de Septimanie. 



Il est fait mention de ce dernier royaume dans une charte du roi Charles ^ 
le Simple du 28 de juin de l'an 904, par laquelle ce prince, à la recomman- 
dation de Robert, frère du roi Eudes, donne en propriété à un de ses vassaux 
nommé Théodose, tant pour lui que pour sa postérité, plusieurs terres qui 
appartenoient au fisc dans le pays de Narbonne & dans les comtés de Rous- 
sillon & de Besalu, avec la liberté de faire des acquisitions dans tout son 
royaume de Gothie ou de Septimanie, sans être assujetti à aucun service. 
Charles soumet en même temps tous ceux qui faisoient leur demeure dans 
ces terres, aux mêmes corvées 5c obligations, à l'égard de Théodose 8c de ses 
successeurs, auxquelles les Espagnols réfugiés ou autres vassaux étoient assu- 
jettis envers les comtes du pays. Un privilège si singulier^ prouve que ce 
seigneur, dont on ne connoît pas l'origine, étoit un personnage de considé- 
ration. 

Cette charte prouve aussi que le royaume de Gothie ou de Septimanie "^ dont 
il est parlé dans divers autres monumens''' du dixième siècle, s'étendoit en deçà 
5c en delà des Pyrénées 5c qu'il comprenoit non-seulement la Septimanie pro- 
pre, ou partie du Languedoc avec le Roussillon, mais encore la Marche d'Es- 
pagne ou Catalogne, contre le sentiment d'un moderne ^ qui paroît soutenir 
que le seul diocèse d'Urgel dans la Marche d'Espagne étoit compris dans ce 
royaume. Au reste, la charte dont on vient de parler est datée de Vienne, ce 
qui pourroit peut-être faire croire que Charles le Simple s'étoit avancé, alors, 
du côté du Rhône pour faire la guerre à Louis, roi de Provence. Mais outre 
que nous trouvons en Champagne un^ palais appelé Vienne, où Charles aura 
été plus vraisemblablement, les entreprises continuelles que les Normands fai- 

' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- ait jamais fait un royaume particulier. II n'y a 

gne, t. 2, p. 10. jamais eu de rois de Gothie ou de Septimanie. Ce 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXIX. pays est appelé royaume par Charles le Simple, 

3 Ibid. parce qu'il faisait partie de ses Etats. [E. M.J 

■• Capltulalres, t. 2, p. i525 & suiv. . ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXVI 

' Marca Hispanica, p. 877. & XLIII. 

* De ce que la Septimanie est qualifiée royaume » Baluze, Net. in concil. Narb. p. 6 &seq. 

dans plusieurs documents, il ne s'ensuit pas qu'elle " Adrien de Valois, Notitia Galliarum. 



An c/o^ 



70 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 904 ' 

soient en ce temps-là dans l'intérieur du royaume ne permettoient guère à ce 
prince de s'engager dans une pareille expédition. 

LXXIII. — Rétablissement de Vahhaye de Sorè-^e. 

On croit que ces pirates détruisirent vers le même temps le monastère de 
Sainte-Marie de Sorèze, dans le Toulousain. On sait', du moins, que l'église 
de ce monastère ayantété consumée par le feu, Walefride, qui en étoit abbé & 
ses religieux vendirent pour la réparer, la cinquième année du règne de Charles 
t^VK". ^^ Simple en Aquitaine, ou vers l'an go3, le lieu & prieuré de Saramon {Cella 
Medulfi) sur la Gimone, au diocèse d'Auch, avec ses dépendances, situées tant 
dans le même diocèse que dans le pays de Savez, portion de l'ancien Tou- 
lousain. Ils aliénèrent ce prieuré qui avoit été soumis à leur abbaye sous le 
règne de l'empereur Louis le Débonnaire, pour le prix de mille sols, en faveur 
de Garcias, comte 8c marquis de Gascogne, à qui ils en cédèrent seulement 
la jouissance pendant sa vie, à condition qu'après sa mort il leur reviendroit. 
^^ 5 Ils s'y déterminèrent d'autant plus volontiers qu'ils étoient troublés dans la 
possession de ce monastère & de son domaine par les seigneurs du voisinage 
qui avoient envahi ses biens & qui en maltraitoient les religieux. Cet acte de 
vente est souscrit par Armand, évêque, le même sans doute que l'évêque de 
Toulouse de ce nom qui vivoit alors 8c dans le diocèse duquel étoit située 
l'abbaye de Sorèze. 

Les successeurs du comte Garcias se mirent peu en peine de restituer à 
l'abbaye de Sorèze le lieu de Saramon, comme ils y étoient obligés ; ils le 
gardèrent jusque vers le commencement du neuvième siècle, qu'Odon, fils 
& successeur d'Arnaud comte d'Astarac 8c de la comtesse Atalase, y fonda un 
monastère sous l'invocation de saint Pierre. Raimond, abbé de Sorèze 8c ses 
religieux renouvelèrent alors leurs plaintes au sujet de cette usurpation, ce qui 
engagea enfin Sanche, comte d'Astarac, sa femme, 8c leurs fils Guillaume 8c Ar- 
naud, à le leur restituer. Depuis ce temps-là, le monastère de Saramon fut sou- 
mis à celui de Sorèze, dont l'abbé fut tiré indifféremment de l'un ou de l'autre. 

LXXIV. — Mort d'Acfredy comte de Carcassonne 6- de Ra-:^ès. — Ses succes- 
seurs dans ces comtés. 

Acfred I, comte de Carcassonne 8c de Razès 8c beau-frère de Guillaume le 

Pieux, comte d'Auvergne, marquis de Gothie 8c duc d'Aquitaine, mourut 

An 906 ^'^^^ h Un de l'an çoS ou au commencement de l'année suivante. C'est ce qui 
paroît^ par la délivrance que firent, le 19 février de l'an 906, Adelinde sa 
veuve 8c sœur du même Guillaume, Aldebrand, abbé 8c les autres exécuteurs 

■ MabiUon, Annal. Bencd. ad ann. 840, n. 65, ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXI, 

& 904, n. 26.— Gallia Chrlsùana, nov. éd. t. i , & tome II, Note additionnelle à la Note LXXXVII, 
p. I 016 & seq. & mstrum. p. i 70 & seq. § VU. 



An 906 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 71 

testamentaires de ce comte à Rainulfe, abbé, du château de Mallast ou de 
Montolieu au diocèse de Carcassonne, du lieu 8c de Téglise de Saint-Martin 
situés près de la montagne de Bassera dans le comté de Razès, 8c de quelques 
autres domaines qu'Acfred avoit légués à ce monastère, par sa dernière dis- 
position. 

L'acte est souscrit par Acfred, fils de ce comte, qui avoit deux autres fils 
d'Adelinde sa femme, Bernard 8(. Guillaume. Il paroît ' qu'aucun d'eux ne lui 
succéda dans les comtés de Carcassonne 8c de Razès, qu'ils les abandonnèrent 
entièrement aux fils d'Oliba II, leur oncle paternel, qui avoit possédé autre- 
fois ces deux comtés par indivis avec Acfred, leur père, 8c qu'ils se retirèrent au- 
près de Guillaume le Pieux, leur oncle maternel. Guillaume 8c Acfred succé- 
dèrent l'un après l'autre dans la suite à ce dernier j d'où l'on doit inférer que 
Bernard, leur frère, qui est d'ailleurs nommé le premier des trois dans les an- 
ciens monumens^, étoit l'aîné 8c qu'il mourut avant Acfred son père, ou du 
moins avant Guillaume le Pieux, son oncle ; car ses deux frères succédèrent 
immédiatement l'un après l'autre à celui-ci, sans qu'il soit fait aucune men- 
tion de lui. Les comtés de Carcassonne 8c de Razès demeurèrent donc entière- 
ment après la mort d'Acfred I, mari d'Adelinde, à ses neveux Bencion Se 
Acfred, qui avoient déjà succédé^ dans une portion de ces deux comtés à 
Oliba II, leur père, frère du même Acfred I. Ce dernier laissa'^ aussi par son 
testament à l'abbaye de la Grasse, différens biens situés dans le Razès. 

LXXV. — Conciles de Barcelone & de Saint-Tibéri. 

Rainulfe, abbé de Montolieu, ou Boson^ son successeur immédiat, se trou- 
vèrent sans doute au concile de la province de Narbonne*^ qui fut tenu 
en go6, dans l'église cathédrale de Sainte-Croix de Barcelone, puisque, suivant 
les actes, les abbés de la Province assistèrent à ce concile, auquel Arnuste, 
métropolitain de la Septimanie 8c de la Marche d'Espagne, présida. Les évo- 
ques qui s'y trouvèrent avec lui furent Servus-Dei, de Girone, Nantigise, 
cï'Urgel, Idalcharius, d'Ausone 8c Theudericus ou Thierri, de Barcelone, 
dans le marquisat d'Espagne, Raimond, de Cavaillon dans la Viennoise 8c 
Aquin dont on ignore le siège. Un grand nombre d'ecclésiastiques du second 
ordre tant séculiers que réguliers s'y rendirent, avec les laïques les plus qua- 
lifiés du pays, entre autres Wifred II, comte de Barcelone 8c marquis d'Espa- éd. origin. 
gne'7, que les actes qualifient de prince 8c qui avoit succédé depuis peu à 
Wifred I, son père, dit le Velu. 

Ce concile fut tenu principalement pour régler la discipline ecclésiastique. 

• Voyez tome II, 7/ote LXXXVII, n. 108. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

* Labbe, Miscellanea, p. 5 10. — Baluze, Histoire méro XXXIV. 
généal. de la maison d'Auvergne, t. 2, p. 21. ' Ibid. n. XXXIII. 

J Voyez au tome II, Note LXXXVII, n. io5 & « lètd. n. XXXII & sulv. 

suiv. ' Voyez tome II, Note LXXXVII. 




An i)o6 



An 907 



j2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 

Idalcharius, évêque d'Ausone, dont révêché avoit été rétabli depuis quelques 
années par l'archevêque Théodard, à la charge de payer tous les ans une livre 
d'argent à l'église de Narbonne, s'en plaignit, prétendant que cela étoit égale- 
ment contraire à l'esprit de l'Évangile & aux saints canons, qui n'exigent des 
évoques, à l'égard de leur métropolitain, qu'une simple soumission ou obéis- 
sance canonique, 8c demanda d'être déchargé de cette sujétion féodale. Les 
Pères du concile commençoient à délibérer sur la demande de ce prélat, quand 
Arnuste, son métropolitain, ayant pris la parole, convint de bonne foi qu'il 
avoit raison de se plaindre j il déclara, pour se justifier, qu'il n'avoit fait que 
suivre, mais imprudemment, ce que son prédécesseur avoit établi 5 il de- 
manda cependant qu'on différât la décision de cette affaire jusques au prochain 
concile plénier de la Province, où il y eût le nombre parfait de douY évêques, 
qui statueraient alors là-dessus ce qui seroit le plus convenable suivant Vinspi- 
ration divine ^ on lui accorda sa demande. 

Il ne nous reste plus rien autre chose de ce concile que la requête qu'Emme, 
abbesse de Saint-Jean-Baptiste au diocèse d'Ausone, fit présenter aux évêques 
par ses députés, pour demander la confirmation de son monastère dans la pos- 
session de ses biens. Si l'on peut ajouter foi à l'épi taphe ' de Servus-Dei, évêque 
de Girone, ce prélat mourut le 18 août de l'an 906. Ainsi ce concile auquel il 
assista dut se tenir quelques mois auparavant. 

En conséquence de ce qui avoit ^ été arrêté pour la décision de l'affaire 
d'Idalcharius, évêque d'Ausone, tous les évêques de la province de Narbonne, 
au nombre de quatorze, s'assemblèrent l'année suivante dans l'église du monas- 
tère de Saint-Tibéri, au diocèse d'Agde. Ils déchargèrent entièrement l'église 
d'Ausone de la redevance dont on a déjà parlé. Arnuste, leur métropolitain, 
qui présida à ce nouveau concile, y consentit & renonça publiquement, tant 
pour lui que pour ses successeurs, à ses prétentions sur cette église, à peine 
d'encourir l'anathème qui fut prononcé par les évêques^. Comme ce concile étoit 
plus nombreux 8c plus solennel que n'avoit été celui de Barcelone, Emme, 
abbesse de Saint-Jean au diocèse d'Ausone, y fit solliciter de nouveau la con- 
firmation qu'elle avoit demandée dans le précédent. Elle l'obtint par un acte 
authentique qui fut souscrit par les quatre évêques de la Marche d'Espagne. 

LXXVI. — Évêques de la Province. 

Nous apprenons par ces actes les noms de tous les évêques qui composoient 
alors la province ecclésiastique de Narbonne. Sept d'entre eux avoient leurs 
diocèses dans l'étendue du marquisat de Gothie ou de Septimanie, savoir : 
Arnuste, métropolitain de la Province, qualifié dans les actes évêque de la cité 
delà première Narbonnoise ,- Aglard ou Agélard de Nimes, qui avoit succédé^, 
du moins depuis l'an 897, à Gilbert 5 Riculfe d'Elne, Rainai ou Réginald de 

' Marca Hispanlca, p. SyS. 3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXI. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXI. ^ Voyez tome IV, Note XVIII, n. 3. 



An 908 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 73 "" 

' An 907 

Béziers, Gontarius de Maguelonne, Autgarius de Lodève Se Gérard d'Agde. Il 
y en avoit un huitième, qui dépendoit pour le temporel du royaume de Pro- 
vence : cetoit Amélius d'Uzès, alors le plus ancien de la province, 8c deux, 
autres, Armand de Toulouse & Gimera de Carcassonne, dont les diocèses for- 
moient, avec le comté de Razès, le marquisat de Toulouse '. Gimera, dont un 
auteur moderne a fait quatre évêques de Carcassonne, avoit succédé, depuis 
l'an 902, à Willeran, son prédécesseur. Enfin Theudéricus de Barcelone, 
Nantigise d'Urgel , Idalcharius d'Ausone Se Servus-Dei ou bien Guigues de 
Girone, avoient leurs diocèses au delà des Pyrénées, dans la Marche d'Espa- 
gne, province soumise à la domination Françoise. 

Guigues, évêque de Girone, dont on voit la souscription à la fin des actes 
de ce concile, ne la donna, à ce qu'il paroît, que quelque temps après} car, 
outre qu'il est fait mention de Servus-Dei dans les actes mêmes, il ne fut intro- 
nisé^ que le 20 de novembre de l'an go8. Arnuste, archevêque de Narbonne, 
son métropolitain, assisté des évêques de Barcelone 8c d'Urgel, fit cette céré- 
monie en présence de Wifred, qui est qualifié très-grand prince dans l'acte de 
l'élection de ce prélat, à laquelle il eut beaucoup de part : preuve que Wifred Éd- origin. 
jouissoit alors des droits régaliens. Aussi voit-on qu'il donna, trois ans^ après, 
par son testament, à l'église d'Ausone la troisième partie de la monnaie qu'il 
déclare pourtant tenir de la libéralité du roi. 

LXXVII. — Comtes de Carcassonne 6» de Ra-{ès, 

Il est marqué dans le même acte que les évêques de la Gothie avoient élu 
Guigues/?^/- ordre du roi Charles le Simple, qui continua d'accorder sa protec- 
tion aux églises de la province. Ce prince donna en effet une charte '^, le 
3 de novembre de l'an 908, en faveur de l'abbaye de la Grasse Se de Witiza, son 
abbé, qui se trouvoit alors à la cour. Charles confirma ce monastère dans toutes 
ses anciennes possessions 8e dans les nouvelles acquisitions faites depuis un 
autre diplôme qu'il avoit donné en sa faveur neuf ans auparavant. Entre ces 
domaines, il est fait mention de l'église de Saint-Etienne dans le Val de 
Dagne {In voile Aquitaniae)^ au pays de Carcassonne, donnée à l'abbaye de 
la Grasse par le comte Bencion de bonne mémoire j pour en Jouir de la même 
manière que Vavoit possédée le comte Oliha^ d'où il s'ensuit : i° que Bencion 
avoit succédé dans le comté de Carcassonne à Oliba II, dont nous supposons, 
avec beaucoup de vraisemblance, qu'il étoit fils ^ 8e à qui le roi Charles le 
Chauve avoit donné*^, en 870, la même église de Saint-Etienne ; 2° que 
Bencion étoit déjà décédé en 908. Acfred II, qui étoit "^ certainement fils 

' Voyez tome IV, Note XIII. * Voyez tome II, Note LXXXVII, n. io5 & suiv. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXV. « Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplô- 

' Marca Hispanica, p. SSp. mes, n. XCIV. 

■* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Voyez tome II, Note additionnelle à la Note 

méro XXXIV & suiv. LXXXVII. 



" r~ 74 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

An 908 ' " 

d'Oliba, succéda au même Bencion dans les comtés de Carcassonne 5c de 
Razès, comme nous le verrons ailleurs '. 

LXXVIIL — Concile de Jonquières. 

La plupart des évêques de la province se trouvèrent, le 3 de mai de l'année 
j^^ suivante, à un nouveau concile qu'Arnuste, archevêque de Narbonne, leur 

métropolitain, assembla dans l'église de Saint-Vincent de Jonquières, située 
dans le diocèse de Maguelonne 6^ le royaume de Septimanie , h. c'est sans 
doute le même concile que quelques auteurs ^ prétendent, sans fondement , 
avoir été assemblé la même année à Béziers. Huit^ évêques de la province s'y 
trouvèrent avec leur métropolitain, savoir : Amélius d'Uzès, Gimera de Car- 
cassonne, Réginald de Béziers, Autgarius de Lodève, Gérard d'Agde, Gon- 
tarius de Maguelonne, Cunibert de Nimes 8c Nantigise d'Urgel. Benoît de 
Fréjus Se Réginald de Cavaillon s'y trouvèrent aussi. Se comme nous voyons 
qu'ils assistèrent à divers autres conciles tenus dans la Septimanie, nous infé- 
rons de là qu'ils étoient originaires de cette province. Il est assez vraisemblable 
que le dernier étoit parent de Réginald ou Rainald, vicomte de Béziers, qui 
possédoit des terres du côté d'Avignon. Quant à Cunibert de Nimes, il 
n'est pas différent"^ d'Hugbert, qui fut évêque de cette ville depuis l'an 909 
jusques en 927. 

Le concile de Jonquières leva l'excommunication ^ que le comte Sunîarius, 
les autres comtes, ses fils, leurs femmes ^ leurs vassaux avoient encourue. Nous 
ignorons également le sujet de cette censure Se celui de cette absolution j 
il paroît seulement que Suniarius Se ses fils avoient été excommuniés depuis 
quelque temps par les évêques de la province de Narbonne. On conjecture*^ 
que Suniarius est le comte d'Urgel de ce nom qui, plus de vingt ans aupara- 
vant, avoit favorisé l'intrusion de Selva dans le siège épiscopal de cette ville ; 
mais bien loin que le comte d'Urgel ait été alors excommunié, nous voyons 
que le concile de Port, qui fut assemblé à l'occasion de cette intrusion , le 
ménagea extrêmement 8c que les évêques, ne voulant pas l'excommunier, l'en- 
gagèrent par des voies de douceur à abandonnera parti de l'intrus. On ajoute '^ 
que le comte Suniarius, qui fut absous par le concile de Jonquières, étoit fils 
de Wifred le Velu, comte de Barcelone, Se qu'il fut le premier comte hérédi- 
taire d'Urgel j ce qui prouve encore qu'il n'est pas le même qu'on prétend 
avoir été excommunié au concile de Port tenu vers l'an 887, puisque Sunia- 
rius, fils de Wifred le Velu, ne fut^ comte d'Urgel qu'après la mort de son 
père, arrivée après l'an 901. Il n'y a donc aucune preuve que le comte Sunia- 

' Voyei, tome II, la suite des comtes de Carcas- 5 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXVI. 

sonne & celle des comtes de Razès dans la Note ad- ^ Baluze, Not. in Concil. Narb. p. 4 & seq. — 

dtttonnelle à la Note LXXXVII. [E. M.] Cossart, Not. in Conciliorum t. 9, p. 619 & seq. 

'■■ Gallia Chnstiana, nov. edit. t. 1, p. Syi. ' Baluze, Not. in Concil. Narb. p. 8. 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXVI. * Gesta. comitum Barcinon, — Marca Hispanicci, 

^ Voyez tome IV^ Note XVIII, n. j^. p. 040. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 7.5 

' An (jofj 

rius, dont il est parlé clans le concile de Jonquières, ait été comte d'Urgel, 8<. 
il pourroit bien être le même que Suniarius, comte de Roussillon, dont on a 
déjà parlé 8c à qui ses deux fils' Bencion 5c Gauzbert avoient déjà succédé 
dans ce comté dès l'an çiS. 

LXXIX. — Nouvelles courses des Sarrasins. — Dijjèrends entre Raimondy fils 
d'Eudes, comte de Toulouse j 6» Benoît, vicomte de cette ville. 

Il est fait mention d'un comte Raimond dans une charte que le roi Charles 
le Simple accorda à sa recommandation, le 5 de juin de l'an qoq, en^ faveur de Éd origin. 
Ragembald, abbé de Psalmodi, au diocèse de Nimes 8c de son monastère, que 
ce prince confirma dans ses privilèges, entre autres dans la possession de 
l'abbaye de Joncels, au diocèse de Béziers, qui en dépendoit alors. Il paroit 
parce diplôme que les Sarrasins avoient fait depuis peu une descente sur les 
côtes de la Province, qu'ils avoient détruit l'abbaye de Psalmodi 8c que les 
religieux, s'étant réfugiés au lieu de Corneillan, y avoient bâti des chapelles 
8c quelques cellules que ces infidèles avoient ruinées dans une seconde des- 
cente. C'est là, ce semble, le véritable sens de ce monument qu'un célèbre 
auteur 3 a interprété différemment, supposant que ce fut le monastère de 
Joncels qui avoit été détruit par les Sarrasins. Quant au comte Raimond, à la 
recommandation duquel le roi Charles le Simple accorda ce diplôme, nous 
avons observé ailleurs qu'il paroît le même que le comte Raimond, fils d'Eudes, 
comte de Toulouse, dont il est parlé dans la Vie de S. Géraud, comte d'Auril- 
lac, fondateur de l'abbaye de ce nom ; voici à quelle occasion. 

Le comte Raimond ayant eu quelque différend dont on ne marque pas le 
sujet avec Benoît"^, vicomte de Toulouse, neveu de S. Géraud par sa mère 
Avigerne, il le surprit par artifice (dolo), s'assura de sa personne 8c le retint 
en prison. Réginald ou Rainald, frère de Benoît, voulant le retirer des mains 
de ce prince, alla s'offrir à lui en otage 8c obtint enfin, au prix de sa propre 
liberté, celle de son frère. Le comte Géraud leur oncle, informé de la géné- 
rosité de Réginald, son neveu, n'omit rien auprès de Raimond pour obtenir 
sa délivrance 8c lui envoya l'abbé Rodulphe pour la négocier j mais la négo- 
ciation traînant en longueur, 8c Géraud voyant qu'après sept mois de délai le 
comte différoit sous divers prétextes de lui accorder sa demande 8c qu'il s'effor- 
çoit même de se saisir de nouveau de la personne de Benoît, ennuyé enfin de 
l'inutilité de ses démarches, il prit le parti, avec Avigerne, sa sœur, de recourir 
à Dieu qui écouta leur prière. Raimond crut une nuit le voir en songe lui 
annoncer divers malheurs s'il ne délivroit incessamment son neveu, 8c il fut 
tellement frappé de cette vision, qu'il envoya incontinent rappeler l'abbé 
Rodulphe qui s'étoit déjà mis en chemin pour s'en retourner, lui remit le pri- 
sonnier 8c le pria de lui obtenir le pardon 8c les bonnes grâces de Géraud. 

' Marca Hispanica, p. 383 & 385. * Mabillon, ad ann. 909, n. 58. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.XXXVII. '• Vita S. Geralii, 1. 2, c 28 & scq. 




An (jop 



76 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

S. Odon, abbé de Cluny, qui rapporte toutes ces circonstances dans la vie de 
ce dernier, ne dit pas le nom du comté possédé par Raimond 5 mais il le fait 
assez entendre en disant que ce comte étoit fils d'Eudes, car celui-ci n'est pas 
différent du comte de Toulouse de ce nom qui vivoit alors. D'ailleurs S. Odon 
marque expressément que Benoît, que le comte Pvaimond fit prisonnier, étoit 
vicomte de la même ville, Se il ajoute ' enfin que S. Géraud, après sa récon- 
ciliation avec le comte Raimond, étant convenu d'une entrevue avec lui, passa 
dans ce dessein la rivière d'Aveyron, qui sépare le Rouergue de l'Albigeois. 
Leur conférence se tint donc dans ces pays, ou dans quelque autre du domaine 
d'Eudes, comte de Toulouse, 8c Raimond, dont nous venons de parler, étoit 
fils par conséquent de ce dernier. Cet événement nous donne lieu de faire 
encore ici quelques autres observations : 1° le différend du comte Raimond 
avec Benoît, vicomte de Toulouse, dont S. Odon ne marque pas l'époque, doit 
être postérieur à l'an 894 & antérieur à l'an 909, par la raison que le monas- 
tère d'Aurillac qui subsistoit alors, ne fut fondé qu'en 894, Se que S. Géraud 
décéda le i3 d'octobre de l'an 9095 2° comme il est certain qu'Eudes, comte de 
Toulouse, vivoit encore^ en 918, Raimond, son fils, étant qualifié comte avant 
l'an 909, devoit par conséquent être pourvu de quelque comté particulier, long- 
temps avant sa mort. Ainsi le même Raimond, qui pouvoit être né vers l'an 860, 
ne doit pas être différent de Raimond, comte d'Albi en 878, h. de Raimond, 
comte de Nimes en 890 & 909 , puisque ces deux comtés étoient certainement 
dans sa maison avant le milieu du dixième siècle 5 3° Benoît est le premier 
vicomte de Toulouse dont nous ayons une connoissance certaine. Il est vrai 
qu'on trouve auparavant quelques vicomtes qui paroissent avoir exercé la 
même fonction dans le comté de Toulouse , mais nous ne voyons pas cepen- 
dant qu'ils se soient qualifiés vicomtes de cette ville ; 4° nous ne connoissons 
Éd.^origin. pas bien l'origine Se la postérité de Benoît, Se nous n'avons que des conjectu- 
res^ à donner là-dessus. Tout ce qu'on sait^ c'est qu'il devoit être d'une fa- 
mille distinguée, puisque sa mère étoit sœur de S. Géraud, dont la naissance 
étoit des plus illustres. Nous parlerons, en son lieu, des autres vicomtes de 
Toulouse, ses successeurs ; 5° enfin ce vicomte étoit sans doute décédé en 909, 
car S. Géraud, son oncle, n'en fait aucune mention dans son testament"^ daté 
du mois de septembre, la dix-septième année de Vempire de Charles, Se il ne 
parle que de Rainald, son autre neveu, qu'il fait son héritier, conjointement 
avec le monastère d'Aurillac. 

LXXX. — Guillaume le Pieux fijnde Valhaye de Cluny, 

Il y a lieu de croire qu'Eudes, comte de Toulouse, qui vivoit en 909, est le 
même que le comte de ce nom qui souscrivit 5 à la charte de fondation de l'ab- 

' Vita S. Geraldi, 1. 2, c. 28, p. 100. ■• Duchesne, Not. in vit. S. Geraldi, p. 84 & seq. 

» Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLII. = Acta. Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 5, 

» Voyez tome IV, Notes XXI & XXIII. p. 80. - Baluze, Histoire généal. de la maison 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 77 

baye de Cluny faite par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine 5c marquis de 
Gothie, le 3 de septembre de l'an 910. Nous prouverons' en effet, dans la 
suite, qu'il devoit y avoir une grande liaison entre ces deux princes. 

Le duc Guillaume fonda ce célèbre monastère, de concert avec sa femme 
Engelberge, dans une terre qu'il avoit acquise d'Ave, sa sœur. Il partit pour Rome 
peu de temps après, le mit sous l'autorité immédiate du Saint-Siège, offrit pour 
cela douze écus d'or au pape 8c ordonna que l'abbaye de Cluny payeroit une 
redevance annuelle de la même somme à l'Église romaine. Il voulut enfin que 
les religieux qui dévoient habiter ce monastère fussent soumis à la discipline 
de l'abbé Bernon, qui gouvernoit alors celui de Baume au diocèse de Besançon 
8c qu'ils suivissent sa réforme. C'étoit la même^ que S. Benoît d'Aniane avoit 
introduite autrefois dans cette dernière abbaye j ce qui prouve que celle de 
Cluny fut redevable de son observance régulière, qui lui acquit une si grande 
réputation 8c qui s'étendit dans toute l'Europe, à ce saint abbé 8c au monas- 
tère d'Aniane. Guillaume se qualifie dans cet acte de fondation comte 6* duc 
par la grâce de Dieu, 8c dans d'autres, comte ^, consul palatin 6» marquis. 

LXXXI. — Mdieul, vicomte de Narhonne. — Albéric, son fils, comte de 

Mâcon. 

On prétend que"^ Raculfe, comte de Mâcon, contemporain de Guillaume 
le Pieux, étoit son frère 5 mais cela n'est fondé que sur une fausse ^ supposi- 
tion, savoir que Bernard Plantevelue, comte de cette ville, est le même que 
Bernard, comte d'Auvergne, père de Guillaume"^. Ce qu'il y a de vrai, c'est 
que Raculfe n'eut qu'une fille '^ nommée Écolane ou Attalane, qui hérita 
du comté de Mâcon 8c qui épousa Albéric, fils de Maïeul, vicomte de Nar- 
bonne. 

Il est fait mention de ce dernier dans une donation qu'Arnuste, archevêque 
de Narbonne, fit^ le i5 de juin de l'an 911, à l'église de Saint-Paul, yé^z^/é^ 
dans le lieu appelé Albolas, proche de la ville 6» au delà du pont, de deux 
églises situées à Bisan, qu'il avoit acquises de Walcharius 6 du vicomte Albé- 
ric, son frère, fils du vicomte Maïeul 6* de Raimonde, sa femme. Nous inférons 
de là : 1° que Maïeul, vicomte de Narbonne, étoit alors déjà décédé; il avoit 

d'Auvergne, t. 2, p. 11 & suiv. — Adhémar de point seulement. L'erreur qui consiste à croire que 

Cliabanais, p. i63 & suiv. — Orderic Vital, 1. 12, Raculfe était frère de Guillaume le Pieux provient, 

p. 862. d'une notice insérée dans le Cartulalre de Saint- 

' Voyez tome IV, Note VII. Vincent de Màcon^ laquelle notice a été composée 

' Voyez tome I, livre IX, n. xcvn. — Mabillon, en partie avec des récits légendaires. [E. M.] 
Annal. Bened. ad ann. 909, n. 52. ^ Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- 

3 Acta Sanctorum ord. sancti Bened., ibid. p. 32. gne, t. i, p. 4 & suiv. 

'' Bernard Plantevelue, comte de Mâcon, est bien ^ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 68. 

le même personnage que Bernard, comte d'Auver- ' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- 

gne, père de Guillaume le Pieux; miais Raculfe, ^ne, t. 2, p. 4 & suiv. 

comte de Mâcon, n'était point le frère de ce der- « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

nier. Dom Vaissete a donc raison , mais en ce méro XXXVIII. 



An 910 



An 91 1 



An Qi I 



78 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

sans doute succédé immédiatement dans cette vicomte à Lindoin, qui vivoit 
en 878; 2° qu'il eut du moins deux fils de sa femme Pvaimonde ; 3° que 
Walcharius étoit l'aîné : il paroît que c'est de celui-ci que descendent les 
vicomtes de Narbonne dont nous parlerons ailleurs; 4° qu'Albéric partagea 
alors cette vicomte avec son frère, mais qu'il renonça à sa portion après son 
mariage avec la comtesse de Mâcon, puisqu'il s'établit alors dans cette ville Se 
que nous ne voyons pas que lui ou sa postérité aient rien possédé dans la suite 
dans le Narbonnois; 5° que ce mariage est postérieur à l'an 911, qu'Albéric 
étoit encore à Narbonne. Il dut cependant épouser Ecolane bientôt après, car 
on voit dans un acte' de l'an 980, où il se qualifie comte de Mâcon, qu'il 
avoit alors deux fils, Léotald 8c Humbert, dont le premier prenoit aussi la 
qualité de comte; 6° enfin que les vicomtes étoient déjà héréditaires au com- 
mencement du dixième siècle. Albéric, comte de Mâcon, vivoit encore^ en 987. 
Léotald, son fils, qui lui avoit déjà succédé dans ce comté dès l'an 942, avoit 
alors épousé Berthe en secondes noces après la mort d'Ermengarde, sa pre- 
mière femme, Se il eut un fils nommé Albéric. Celui-ci prenoit le titre de 
vicomte en 961, du vivant de Léotald, son père. Se d'Humbert, son oncle, Se il 
mourut sans doute avant eux. Nous savons, du moins, qu'après la mort du 
premier, le comté de Mâcon passa dans une autre famille. C'est ainsi que 
finit cette branche des vicomtes de Narbonne. 

Au reste, la charte d'Arnuste, archevêque de cette ville, est datée de Van 911 
t.ii,°p.^47. ^ <i^ i^ dou-{ième année du règne de Charles le Simple, ce qui confirme ce que 
nous avons^ déjà dit, que ce prince ne fut pas d'abord généralement reconnu 
dans l'Aquitaine Se la Septimanie après la mort du roi Eudes, puisqu'on n'y 
comptoit souvent les années de son règne que depuis l'an 900, ce qu'on peut 
prouver"^ par d'autres exemples. 

LXXXII. — Concile de Fontcouverte. 

Arnuste assembla la même année le concile de sa province dans l'église de 
Saint-Julien de Fontcouverte 5, lieu de son diocèse situé à quatre lieues au 
couchant de Narbonne, entre les rivières d'Aude Se d'Orbieu, à deux lieues de 
cette dernière. Huit évêques, ses suffragans, s'y trouvèrent, savoir : ceux 
d'Urgel, de Carcassonne, de Toulouse, de Barcelone, de Girone Se d'Agde, les 
mêmes qui, quatre ans auparavant, avoient assisté au concile de Saint-Tibéry, 
Se de plus Théodoric de Lodève qui, dans l'intervalle des deux conciles, avoit 
succédé à Autgarius, Se Adulfe ou Agilulfe de Pailhas. Benoît, évêque de Fré- 
jus, s'y trouva aussi avec Aikard, envoyé d'Idalcharius, évêque d'Ausone ou 
de Vie, Se Savaric, abbé de Saint-Paul de Narbonne. Le principal sujet de 
cette assemblée fut un différend qui s'étoit élevé entre l'évêque d'Urgel Se 

' Baluze, Histoire généal. delà maison d'Auver- ^ Voyez ci-dessus, n. lxi. 

gne, t. 2, p. 4 & suiv. t Tome IV, Note VI. — Pagi,acl ann. 912, n. 9 

* ioid. 5 Marca Hispanicaj p. 879 & seq. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 79 

celui de Pailhas. Ce dernier s'étoit fait ordonner, depuis vingt-trois ans, cvê- 
que pour tout le comté de Pailhas, dépendant auparavant du diocèse d'Urgel. 
Nantigise, évêque de cette dernière ville, demanda au concile de rentrer dans 
la possession de cette portion de son diocèse, 8c l'assemblée lui accorda sa 
demande, à condition cependant que cette réunion n'auroit lieu qu'après la 
mort ou la démission volontaire d'Adulfe, à qui on permit par grâce de jouir 
pendant sa vie de l'évêché de Pailhas. 

L'époque de l'épiscopat de ce dernier, marquée dans les actes, nous fait con- 
jecturer que le siège épiscopal de Pailhas avoit été érigé par Selva , ce faux 
évêque d'Urgel qui , se prétendant métropolitain de la Taragonoise vers 
l'an 886, aura entrepris, pour multiplier ses suffragans,de rétablir les anciens 
sièges de cette province qui avoient été détruits par les Sarrasins ou d'en ériger 
de nouveaux. Se aura ainsi démembré une partie de son diocèse. Il paroît 
cependant que l'évêché de Pailhas ne fut pas supprimé après la mort d'Adulfe, 
car il subsistoit encore au milieu du dixième siècle. Savaric, abbé de Saint- 
Paul de Narbonne, souscrivit au concile de Fontcouverte au nom d'Armand, 
évêque de Toulouse, qui étoit présent, ce qui donne lieu de croire ' que ce 
dernier étoit ou aveugle ou malade, dans le temps de la clôture du concile. 
On y voit aussi la souscription de Bernard, évêque de Béziers; mais elle doit 
être postérieure. 

LXXXIII. — Assassinat dfArnuste, archevêque de Narhonne. — Troubles an 
sujet de Vélection d'Agio, son successeur. 

Arnuste, archevêque de Narbonne, ayant entrepris quelque temps après un 
voyage au delà des Pyrénées, fut cruellement assassiné en chemin; ce qui 
arriva^ avant le mois de juin de l'année suivante. Nous apprenons les circons- 
tances de cet assassinat par une lettre que les évêques de la province de Nar- 
bonne écrivirent^ au pape Anastase III, tant pour lui en porter leurs plain- 
tes, que pour lui donner avis de l'élection du successeur d'Arnuste. Suivant 
cette lettre, ce prélat étoit en route pour se rendre au concile de sa province, 
qui devoit se tenir dans la Marche d'Espagne 5c apparemment à Barcelone, 
quand ses ennemis qui le guettoient, l'ayant rencontré, se jetèrent sur lui, 
lui crevèrent les yeux, lui arrachèrent la langue 8c ce que la pudeur défend 
de nommer, 8c l'assommèrent enfin à coups de bâton. Réginald, évêque de 
Béziers, 8c Nantigise d'Urgel, qui passèrent ensuite au même endroit pour aller 
au concile, l'ayant trouvé dans cette triste situation, tâchèrent inutilement de 
lui donner du secours. Arnuste mourut entre leurs mains. 

Le clergé 8c le peuple de Narbonne, avertis de la mort tragique de ce prélat, 
s'assemblèrent aussitôt pour poursuivre la punition des coupables 8c procéder 

' Marca H'npan'ica, p. 879 & seq. ' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc , 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- p. 774 & suiv. 
méro XXXVIII/& tome IV, Note VI. 



A n y I I 



An 912 




An 91 



80 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 



à l'élection d'un nouvel archevêque. Ils y invitèrent par une lettre circulaire 
lesévêques de la province, avec Rostaing, archevêque d'Arles, 6c ses suffragans, 
suivant un ancien usage' qu'une étroite liaison avoit établi entre les évêques 
ÉdjOrigin. ^gg deux provinccs, lesquels s'appeloient mutuellement, & surtout les métro- 
politains, dans toutes les affaires importantes. Rostaing se mit en chemin pour 
se rendre à Narbonne; mais étant arrivé à Agde, il s'y arrêta avec Amélius, 
évêque d'Uzès, l'un &. l'autre sujets de Louis l'Aveugle, roi de Provence, & là, 
ces deux prélats, sans vouloir passer outre ni se joindre aux évêques de la 
province, nommèrent, de leur autorité, Gérard, neveu du dernier, pour ar- 
chevêque de Narbonne. Les autres évêques, vivement offensés d'une entre- 
prise si peu conforme aux canons, s'assemblèrent de leur côté à Narbonne &c 
élurent, dans toutes les formes canoniques, Agius ou Agio, abbé de Vabres en 
Rouergue, religieux d'un mérite distingué Se d'une probité reconnue. Gérard 
n'omit rien pour soutenir son élection, quoique nulle de plein droit, 8c comme 
il avoit du crédit, il fit tous ses efforts pour s'emparer du siège de Narbonne 5c 
s'assurer du temporel. Les évêques de la province s'opposèrent avec force de 
leur côté à son usurpation Se eurent recours à l'autorité du pape Anastase III. 
Ils le prient par leur lettre de casser l'élection de Fintrus 8c d'envoyer le pal- 
lîum à Agio qui avoit été canoniquement élu 8c qui ne pouvoit aller à Rome 
pour le recevoir lui-même, à cause des dangers des chemins 8c des courses or- 
dinaires des Normands Se des Sarrasins. 

Ces prélats envoyèrent leur lettre par des députés qui, sur l'avis qu'ils 
eurent de la mort d'Anastase, arrivée vers la mi-octobre de l'an 918, retournèrent 
sur leurs pas pour attendre l'élection d'un nouveau pape. Jean X ayant été 
élu vers la fin du mois d'avril de l'an 914, Gérard^, dans le dessein de le pré- 
venir en sa faveur, se rendit à Rome au commencement de son pontificat, lui 
exposa, comme il jugea à propos, les circonstances de son élection 8c lui 
demanda \t pallium. Ce pontife n'eut garde de le lui accorder, quoiqu'il igno- 
rât son intrusion, 8c lui dit d'attendre jusqu'à ce qu'il fût pleinement instruit 
de ce qui s'étoit passé. Gérard, croyant avec raison que cet examen ne lui 
seroit pas favorable, prit le parti de retourner dans sa province Se, voulant 
persuader le public que son élection avoit été confirmée à Rome , il fabriqua 
de fausses lettres apostoliques Se s'empara, sous ce prétexte, à main armée, du 
sîége épiscopal de Narbonne. Agio, archevêque légitime, obligé de céder aux vio- 
lences de cet intrus, se mit alors en chemin pour aller à Rome 8c y faire con- 
noître au pape la canonicité de son élection. Gérard n'en fut pas plus tôt averti 
qu'il fit courir après lui, le fit arrêter Se le renferma dans une étroite prison. 
Les évêques de la province, indignés d'un tel procédé, en portèrent aussitôt 
leurs plaintes à Jean X, par^ une lettre commune écrite au nom de onze 
d'entre eux, savoir : de Réginald deBéziers, Armand de Toulouse, Riculfe 
d'Elne, Gimerade Carcassonne, Gérard d'Agde,Teudéric de Lodève 8c Hubert 

' Marca, Concord. 1. '>, c. lo, n. 4. 3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XL. 

Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XL. 



An 914 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 8i 



An 



de Nimes, dans la Septimanie, de Gui de Girone, Teudéric de Barcelone, 
George d'Ausone Se Rodolphe d'Urgel, dans la Marche d'Espagne. Il n'est fait 
aucune mention dans cette lettre ni d'Amélius d'Uzès, ni de Gontarius de 
Maguelonne : le premier avoit pris le parti de Gérard Se l'autre s'étoit peut-être 
déclaré aussi en sa faveur ou étoit déjà mort. Jean X, ayant reçu la lettre de 
ces prélats, leur répondit par un archevêque nommé Eiminus, qui leur remit 
en même temps des lettres apostoliques par lesquelles le pape reconnoît Gérard 
pour un faussaire Se un intrus, déclare son élection nulle, approuve celle 
d'Agio Se accorde à ce dernier \q pallium que le même Eiminus lui apporta de 
sa part. Agio demeura ainsi paisible possesseur de l'archevêché de Narbonne 
Se l'occupa pendant plusieurs années, quoi qu'en dise un moderne ' qui, sans 
aucun fondement, ne le fait siéger que trois mois. Il assista en effet, en 91 5, au 
concile de Châlons-sur-Saône^, avec Eiminus, archevêque de Besançon, qui est 
sans doute le même que le pape Jean X chargea de sa réponse auxévêques de la 
Province. Nous savons ^ d'ailleurs qu'Agio fut archevêque de Narbonne jus- "^ 7" 
que vers l'an 927, qu'il mourut j du reste, nous apprenons d'une'* autre lettre 
que Jean X écrivit à ce prélat, à Austérius, archevêque de Lyon, 6* aux évêques, 
leurs sujfragans de la Septimanie y de VEspagne 6* de la Bourgogne y que ce 
pape excommunia Gérard qui , malgré l'anathème, continua de se dire arche- 
vêque de Narbonne. 

LXXXIV. — Courses des Sarrasins 6* des Normands sur les frontières de la 
Province. — Paix de Charles le Simple avec les derniers. 

C'est avec raison que les évêques de la province se plaignent, dans leur lettre ^\\°çf^^, 
au pape Anastase III, des incursions des Sarrasins Se des Normands, mais 
surtout des premiers^, qui s'étoient cantonnés dans les montagnes de Provence 
Se qui faisoient tous les jours de grands ravages dans les pays voisins. Les 
autres, ayant pris de nouvelles forces depuis la mort du roi Eudes, continuoient 
de porter la terreur dans presque tout le royaume sous la conduite d'un de leurs 
chefs appelé Rollon. Ils remontèrent dans le même temps par l'embouchure 
des principales rivières, Se en particulier de la Seine, de la Loire, de la 
Garonne, de la Dordogne dont ils désolèrent les environs. Ceux qui entrèrent 
par la Garonne s'avancèrent jusqu'à Casseneuil^, ancien palais de nos rois, 
situé sur les frontières de l'Agenois, du Querci Se du Toulousain, Se le ruinè- 
rent entièrement. Ils passèrent ensuite en Auvergne, où ils pillèrent la ville de 
Clermont. Ils étendirent sans doute leurs courses jusque vers la Septimanie 
Se la Provence, puisque les évêques de ces provinces n'osoient pas se mettre en 
chemin de crainte de tomber entre leurs mains. Enfin ces pirates causèrent 

' Andoque, Histoire de Béliers, p. 49. * Voyez tome IV, "Note VII, n. 5. 

' Conciles, t. 9, p. 679. ' Duchesne, t. 3, p, 336 & suiv. p. 4.^0. 

' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 83 & " Le palais de Casseuil fut ruiné longtemps avant 

suiv. l'époque fixée ici. [E. M.j 

III. 6 



An pi 5 



■ 82 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

une si grande désolation dans toute la France, que le roi Charles le Simple se 
vit obligé, pour faire cesser leurs incursions, de céder en fief, en 911, au 
même Rollon, une partie de la Neustrie, qui prit depuis le nom de Nor- 
mandie, de celui de ces peuples. Rollon ayant embrassé l'année suivante la 
religion chrétienne, les Normands devinrent depuis plus paisibles, & les dif- 
férentes côtes du royaume ne furent plus si exposées à leurs excursions 8c à 
leurs ravages. 

Cette paix donna à Charles le temps de respirer Se de se mettre en état de 
faire valoir ses droits sur l'ancien royaume de Lothaire, qui lui étoit d'ailleurs 
dévolu par la mort du jeune Louis, roi de Germanie, le dernier de la race de 
Charlemagne au delà du Rhin, décédé sans postérité l'an 911. Charles devoit 
lui succéder par droit de sang dans tous ses Etats j mais les peuples de Ger- 
manie appelèrent un étranger Se reconnurent pour leur roi Conrad, duc de 
Franconie. Les Lorrains, plus équitables, se soumirent à Charles j ce qui lui 
donna occasion de prendre possession de cette ancienne partie de la monarchie 
françoise 8c de dater ses chartes de cet événement. 

LXXXV. — Louis V Aveugle j paisible possesseur du royaume de Provence. — 
Hugues , duc de Provence. — Union des abhayes d'Aniane, de Cruas 6* de 
Goudargues à Véglise d'Arles. 

Le royaume de Provence, comme membre de l'ancien royaume de Lothaire, 
devoit aussi naturellement appartenir à Charles, Se ce prince auroit sans doute 
fait valoir ses droits sur ce pays, sans les nouvelles brouilleries qui s'élevèrent 
dans le royaume, à la faveur desquelles Louis l'Aveugle se maintint dans la 
paisible possession des deux côtés du Rhône, depuis Lyon jusques à l'embou- 
chure de ce fleuve dans la mer. On voit, en effet, par une charte' de ce der- 
nier, donnée en 912 en faveur de Fulchérius, évêque d'Avignon, qu'il régnoit 
alors sur la partie du diocèse de cette ville qui dépend du Languedoc. Louis 
donna cette charte à la prière d'Hugues, duc b comte, de Boson, son frère Se 
de Manassés, archevêque j ce qui prouve que le premier exerçoit alors l'au- 
torité ducale dans le royaume de Provence, c'est-à-dire qu'il en avoit le gou- 
vernement général sous Louis , qui le qualifie ailleurs^ son parent, son duc 6» 
son marquis. 

Hugues étoit fils de Thibaud^, qu'on prétend avoir été comte d'Arles, Se de 
Berthe, fille naturelle du roi Lothaire j ainsi il étoit parent de Louis l'Aveugle, 
petit-neveu de ce dernier par sa mère Ermengarde. Il eut toute la confiance 
de Louis, qui se reposa entièrement sur lui du gouvernement de Provence, 
dont on prétend^ qu'il lui donna le duché lorsqu'il passa en Italie j mais ce fait 

' GallU Chnsùana, nov. edit. t. i, instrum. Le ?. kn^t. Histoire génial, de la maison de France, 

p. i38. — Voyez tome IV, Note V, n. n. t. i , p. 41 & suiv. 

'Co\xxrnh\, Èyéques de Valence, ^p. 2^1. "Bouche, Histoire de Provence, t.' i , p. 792, 

* Bouche, Histoire de Provence, t. i, p. 936. — p. 794 & suiv. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 83 

An pi5 

est avancé sans preuve, houis appelle son parent le comte Boson, frère d'Hu- 
gues, en diverses' chartes, de môme que Manassés, archevêque d'Arles, qui 
étoit leur neveu, non pas par un frère, comme quelques-uns^ l'ont cru, mais par 
une sœur^ nommée Teutberge ou Tiberge, ainsi que Luitprand"^, auteur con- 
temporain, le fait assez entendre. Manassés eut aussi beaucoup de part à la 
confiance de Louis l'Aveugle, qui lui donna ou confirma^ le port 8c la mon- 
noie d'Arles, les abbayes d'Aniane, de Sainte-Marie de Goudargues 6c de 
Cruas 5c divers autres domaines que le roi Boson, son père, avoit accordés à 
Rostaing, prédécesseur de ce prélat. Manassés 5c ses successeurs jouirent pen- 
dant longtemps des deux dernières abbayes, situées dans. les diocèses de Viviers td. origin. 
Scd'Uzès, qui dépendoient alors du royaume de Provence. Il n'en fut pas de 
même de celle d'Aniane, qui n'étoit point soumise à la domination de Louis, 
5c dont ce prince ne disposa*^, sans doute, en faveur de l'église d'Arles, que 
parce que Rostaing, prédécesseur de Manassés , l'avoit possédée auparavant 
avec son archevêché. La charte est datée de Vienne, le i^"" de février, la ving- 
tième année de Louis empereur ; ce qui peut également se rapporter à l'an 910 
5c à l'an 920, suivant la différente manière de compter le commencement du 
règne de ce prince, ou depuis l'an 890 qu'il fut élu roi de Provence, ou de 
l'an 901 qu'il fut couronné empereur} car Manassés siégeoit'7 à Arles dans ces 
deux années. 

On cite quelques monumens^ suivant lesquels Florent, évêque d'Avignon, 
obtint un diplôme du roi Charles le Simple en faveur de son église 6c eut 
recours, en 921, à la protection de ce prince contre les entreprises du comte 
d'U-^ès^ qui avoit construit une forteresse d'où il causoit des dommages con- 
sidérables au temporel de la même église ; ce qui prouveroit que Louis 
l'Aveugle reconnoissoit Charles pour son suzerain 5c que ce dernier exerça 
son autorité sur le royaume de Provence; mais il faut avouer que ces monu- 
mens sont très-suspects : il est faux, d'ailleurs, que Florent ^ ait occupé le siège 
épiscopal d'Avignon sous le règne de Charles le Simple. 

LXXXVL — Guillaume le Pieux fonde divers monastères. 

On voit l'union qui étoit entre Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine 6c 
marquis de Gothie, 6c Louis l'Aveugle, son beau-frère, dans l'acte '° de fonda- 
tion que fit le premier du prieuré de Mainsac en Auvergne, au mois de mai de 
l'an 918, pour le feu roi Eudes, son seigneur, l'empereur Louis 6- Engelherge, 
son épouse, sœur de ce dernier prince. GvàlldiVime fonda" aussi, avec Engelherge, 

' Pagi, ad ann. 900,11. i6; 91 1 , n. 6 ; 926, n. 2. ' Voyez tome IV, "Note V, n. 12. 

' Gallia Chr'ist'iana, nov. edit. t. i, p. 548. * Gallia Christiana, nov. edit. t. i , p. 806. 

' Le P. Ange, H'ist. généal. de la maison de France, * Voyez tome IV, Note V, n. 11. 

t. I, p. 41 8c. suiv. '" Àcta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 4, 

■* Luitprand, 1. 4, c. 3. part. 2, p. 264. — Mabillon, ad ann. 912, n. 77. 

^ Gallia Christiana, nov, ei'it. 1. 1 ,instrum. ■p. Çi{. " Wlah'illon, de Re diplomatica, n. 124, p. 559. 

•^ Voyez tome IV, Note V, n. i5, — Labbe, Miscellanea, p. 5o3. 



An 5)1 5 



84 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 

sa femme, au mois de novembre de la dix-neuvième année du règne de Charles, 
roi des François 6* des Aquitains, ou de l'an 916, le monastère de Sauxillanges 
en Auvergne, pour le repos de Bernard, son père , d'Ermengarde, sa mère, du 
roi Eudes, son seigneur, de ses frères, d'Adelinde, sa sœur &(. des enfans de 
celle-ci, qui sont sans doute les mêmes que Guillaume 5c Acfred qui souscri- 
virent à cette fondation. Guillaume le Pieux, dans tous ces actes, prend la 
qualité de comte, àç. prince, ou de marquis par la grâce de Dieu. 

C'est de lui qu'il est fait mention dans une charte' par laquelle le roi 

^^ jg Charles le Simple accorda^, vers l'an 916, à la recommandation de Roger, 
archevêque de Trêves, 6 de Guillaume, son grand marquis, à l'évêque Erifons, 
son vassal, habitant de Narbonne, 8c à quelques ecclésiastiques qui desservoient 
avec lui l'église de Saint-Quintin de cette ville, divers domaines qui aupara- 
vant avoient appartenu aux Juifs. Erifons, dont il est parlé dans cette charte, 
étoit^ évêque de Vindasque ou de Carpentras, dans la Viennoise, 8c non pas 
archevêque de Narbonne, comme quelques-uns l'ont cru. On ignore le motif 
qui l'avoit porté à quitter son siège pour s'établir dans cette ville, qui étoit 
vraisemblablement sa patrie. Il étoit encore dans le pays en 917 5c il assista 

^^ alors à la'^ dédicace de l'église cathédrale de Sainte-Eulalie d'Elne, avec les 

évêques Gimera de Carcassonne 8c Gui de Girone. 

LXXXVII. — Comtes de Roussillon. 

Almerade, évêque d'Elne, qui avoit invité ces prélats à cette cérémonie, avoit 
succédé, depuis le i^*" septembre ^ de l'an 916, à Riculfe, son prédécesseur, qui 
fit son testament*^ à la fin du mois de décembre de l'an 915. Almerade étoit 
frère de Bencion 8c de Gauzbert, comtes de Roussillon. Le premier fit une 
donation à l'église d'Elne, le 4 du mois de mars^ de l'an 916, 8c avoit épousé 
Godlane. Il ne survécut pas longtemps à cette donation, puisqu'il étoit déjà 
décédé dans le temps de la dédicace^ dont on vient de parler 8c dont l'acte est 
daté du i^"" de septembre, la dix-huitième année du règne du très-glorieux 
Charles, roi des François 6» des Goths. Cette date^ ne prend le commencement 
du règne de Charles le Simple, dans la Gothie ou Septimanie, que depuis 
l'an 900, nouvelle preuve que ce prince ne fut généralement reconnu dans la 
province que depuis cette époque. Gauzbert recueillit la succession de son frère 
8c transmit le comté de Roussillon à ses descendans'°. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLI. ? Marca Hlspanica, p. 841. 

' Voyez tome IV, Note VIII, n. 10. « IhU. p. 840. 

5 Marca Hlspanica, p. 840. 9 Voyez tome IV, Note VI. 

J^oid. 'o Voyez au tome II de cette çdition la généalo- 

5 Voyez tome IV, Note VI. gie des comtes de Roussillon, Note additionnelle à 

« Baluze, Append. — Reginon, p. 626 & suiv. la Note LXXXVII. [E. M.] 




HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 85 

An 918 

LXXXVIII. — Plaid tenu à Al-^onne. — Di/férens peuples de la province. — 

Leurs dijférentes lois. 

Nous avons déjà dit qu'Eudes, comte de Toulouse, vivoit encore en 918; 
c'est ce qui paroît par un plaid ' tenu le 16 de juin de cette année à Alzonne, 
dans le diocèse de Carcassonne, par Armand, évêque de Toulouse, assisté 
de vénérable homme Bernard, envoyé 6* avocat de Raimond, comte 6* marquis ''-J- origin. 
de la ville de Toulouse, du consentement du comte Eudes, son père, Se de plu- 
. sieurs abbés, prêtres, juges, échevins Se officiers (regimburgos), tant Goths que 
Romains, & Saliens ou François. Les noms de tous ces juges sont rapportés 
dans l'acte : il y en avoit huit Romains, dont trois étoient religieux, quatre 
Goths 8(. huit Saliens ou François, ce qui formoit en tout le nombre de vingt 
assesseurs, outre dix-sept autres notables appelés bons-hommes [boni homines), 
qui se trouvèrent à l'assemblée suivant l'usage, 8c enfin un sajon, terme usité 
chez les Visigoths pour signifier un appariteur ou huissier. Tous ces juges 
prirent séance un samedi au château d'Alzonne pour le mail public ou l'au- 
dience. Bernard, vicaire du comte de Toulouse, y demanda par son avocat que 
le lieu de Villefedose, autrement dit Alsau, situé dans le territoire d'Alzonne 
5c possédé par le monastère du château de Mallast ou de Montolieu, au diocèse 
de Carcassonne, fût déclaré un bénéfice sujet aux services que les Espagnols 
réfugiés 5c établis dans la Septimanie étoient tenus de rendre /70wr leurs apri- 
sions, 5c non pas, ainsi que le prétendoit Alphonse, abbé de ce monastère, un 
alleu exempt de toutes charges. Les parties ayant été ouïes, on ordonna que 
l'abbé qui, quoique présent, parloit par le ministère de son avocat, prouveroit 
que son monastère possédoit cette terre en toute liberté 5c sans être assujetti à 
aucun service ; ce qu'il fit quelques jours après. Il produisit l'acte d'acquisition 
avec le jugement rendu en conséquence à Carcassonne par le comte Oliba, le 
vicomte Frédarius 8c divers autres juges j deux chartes données par le roi Char- 
les en faveur^ des abbés Ugbert 5c Arnoul, ses prédécesseurs. Sur ces preuves, 
Bernard, viguier 5c député de Raimond, comte de Toulouse, fut débouté de 
sa demande par un jugement solennel, prononcé par Armand, évêque de 
Toulouse, président de cette assemblée, le même jour 16 de juin, la vingt 
h unième année du règne de Charles. 

Ce monument, très-important pour notre histoire, prouve : 1° qu'Eudes, 
comte de Toulouse, se démit de ce comté avant sa mort en faveur de Raimond, 
son fils, puisque ce dernier est qualifié de son vivant comte de Toulouse 6* mar- 
quis ^ 2° que les ducs 5c les comtes, non contensde regarder leurs dignités comme 
un bien héréditaire, avoient extrêmement étendu leur autorité sous le règne de 
Charles le Simple, jusques à s'attribuer le domaine du prince 5 car c'est au nom 
du même Raimond, comte de Toulouse, que Bernard, son vicaire, prétendoit 
que le lieu d'Alsau dépendoit du domaine de ce comte, parce qu'il avoit été 



'Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. XLII. " Capituïaires, t. z, p, 1J17 & suiv. 



An (ji8 



86 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 

un hénéfice royal j 3° que les comtes de Toulouse avoient la suzeraineté sur les 
comtés de Carcassonne & de Razès , comme mouvans du marquisat de 
Toulouse, ainsi que nous l'avons remarqué ' ailleurs. On voit ici, en effet, un 
évêque de Toulouse &c le vicaire du comte de cette ville présider à un plaid 
tenu dans le diocèse de Carcassonne par l'autorité du même comte, tandis que 
ce diocèse étoit gouverné par un comte particulier. Raimond II devoit être donc 
suzerain de ce dernier en qualité de marquis de Toulouse, titre qu'il se donne; 
car il n'hérita du marquisat de Gothie que par la mort de Guillaume le Pieux, 
qui vivoit encore alors ; 4° que sous le règne de Charles le Simple, la province 
étoit encore habitée par différens peuples distingués entre eux, savoir : les 
Romains, les Goths & les François ; que chacun d'eux avoit conservé ses lois 8c 
ses propres juges. Se que dans les assemblées générales les Romains tenoient le 
premier rang, sans doute parce que la loi romaine étoit la plus noble Se la 
plus ancienne dans le pays. Se à cause des anciens habitans qu'on appeloit 
Romains &L qui faisoient le plus grand nombre ; 5° enfin que la forme des plaids 
& la manière de rendre la justice établie en France depuis le commencement 
delà seconde race par l'autorité des Capitulaires, étoient encore régulièrement 
observées dans la Province en 918, malgré les troubles du royaume qui y 
avoient occasionné plusieurs changemens. 

LXXXIX. — Mort d'Eudes, comte de Toulouse. — Raimond 6* Ermengaud, 

ses fils y lui succèdent. 

Eudes, comte de Toulouse, devoit être alors fort âgé, puisqu'il avoit succédé 

à Bernard, son frère, dès l'an 8/5 8c que, dès ce temps-là, il étoit marié avec 

la comtesse^ Garsinde. Ce fut sans doute ce qui le porta à se démettre avant 

Éd origin. sa mort du comté de Toulouse en faveur de Raimond II, son fils. Aussi ne 

t. Il, p. 52. . , . ' 

paroît-il pas qu'il ait vécu après l'an 918. Il laissa deux^ fils, Raimond 8c 
Ermengaud, qui partagèrent sa succession 8c qui formèrent deux branches. Le 
premier lui succéda dans le comté de Toulouse 8c l'autre dans celui de Rouer- 
gue, 8c ils possédèrent par indivis le reste du domaine de leur maison, entre 
autres les comtés d'Albigeois 8c de Querci. Ils jouirent aussi en commun, 
après la mort de Guillaume le Pieux, du marquisat de Gothie; mais nous 
ignorons 4 s'ils lui succédèrent immédiatement dans ce marquisat 8c s'il n'échut 
pas auparavant à Eudes, leur père, qui peut avoir survécu à ce prince 8c lui 
avoir succédé par conséquent dans cette dignité. 

Guillaume vivoit encore au mois de septembre de l'an 917, comme il paroît 
par 5 sa souscription à la fondation de l'abbaye de Bourg-Dieu en Berri, 8c par 
une donation<5 qu'il fit à ce monastère. Comme Engelberge, sa femme, sous- 

• Voyez tome II, l^ote XCIV, n. 1 1 . 4 j^,-^, ^^^^ yil, n. 8. 

' Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & DlplÔ- ^ Mablllon, Annal. Bened. ad ann. 917, n. 12. 

^"' "• C"- « Labbe, MhcelUnea, p. 5i i & seq. 

' Voyez tome IV, Note VIII, n. 14 & suiv. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 87 

crivit aussi à cette donation, qui est sans date, il faut qu'elle soit antérieure à 
l'acte de fondation de l'abbaye de Bourg-Dieu, dont on pourroit avoir com- 
mencé la construction quelque temps auparavant; car il paroît que cette prin- 
cesse étoitdéjà décédée au mois de janvier 917, suivant un acte par lequel 
Guillaume le Pieux, son mari, le comte Roger Se ses autres exécuteurs testa- 
mentaires (Eleemosynariï) ' délivrèrent alors à l'abbaye de Cluny le lieu de 
Romans, dans le Lyonnois, qu'elle avoit donné auparavant à ce monastère 
pour le salut du comte Guillaume , son époux 6" de V empereur Louis y son frère. 

XC. — Mort de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine , marquis de Gothie 

«S* comte d'Auvergne, 

Guillaume le Pieux ne survécut pas longtemps à Engelberge, sa femme, & il 
mourut^ le 6 de juillet de l'an 918 ou, au plus tard, de l'année suivante. On 
lui donne un fils nommé Boson, décédé avant lui. Il est certain, du moins, que 
Guillaume mourut sans postérité 8c que sa succession passa, pour la plus 
grande partie, à ses deux neveux, Guillaume 8c Acfred, fils de sa sœur Ade- 
linde 8c d'Acfred, comte de Carcassonne. Le premier étoit, ce semble 3, alors 
comte de Vêlai, 8c l'autre, comte de Gévaudan. Guillaume fut surnommé le 
Jeune, pour le distinguer "^ de son oncle ; ce qui n'a pas empêché plusieurs mo- 
dernes de les confondre. Il prenoit^ la qualité de comte du vivant de Guil- 
laume le Pieux, à qui il succéda après sa mort dans le duché d'Aquitaine 8c le 
comté d'Auvergne , 8c à qui il avoit succédé*^ auparavant dans la dignité d'abbé 
séculier de Brioude. Il s'empara '7, peu de temps après, de Bourges; ce qui a 
sans doute donné lieu à quelques auteurs de croire qu'il succéda aussi à Guil- 
laume le Pieux dans le comté particulier de cette ville; mais il n'y a aucune 
preuve 8 certaine que ce dernier ait jamais été comte de Bourges, 8c qu'il ait 
eu dans le Berry d'autre autorité que celle que lui donnoit sa dignité de duc 
d'une partie de l'Aquitaine, suivant laquelle il étoit supérieur à tous les comtes 
du pays 9, qui le regardoient comme leur seigneur. Guillaume le Pieux exerça 
cette même autorité sur le Limousin; car il est sans doute le même que le 
comte Guillaume , à la prière duquel le roi Charles '° le Simple donna en 900 
à l'abbaye de Saint-Denis le lieu de Patri, situé non pas dans le pays de 
Limoux en Languedoc, comme le prétend un historien " moderne, mais dans 
celui de Limousin, ainsi qu'il est évident par la charte "^ même. Au reste, Guil- 



' Acta. Sanctorum ordin'is sanctl Bened'icti, saec, 5, * Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auver- 

p. 8i. — Mabillon, ad ann. 91 8, n. 28. gne^ t. 2, p. 17 & suiv, 

' Voyez tome IV, Note VII, n. 7. ' Annal. Masciac. — Lahhe, Bibl. nova, t. i,f. 7.33. 

5 Ibid. Notes XVIII & XXIV. 8 Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 73. 

^ Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec.5, ® Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 5, 

p. 77, 81,90. — Labbe, M/jccZZanea, p. 5i3, & aussi p. 84. — hnhhç, Miscellanea, -p. 5m. 

Bibliotheca nova manusc. ' "' Mabillon, ad ann. 906, p. 322. 

' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- " Ikid. 

gne, t. 2, p. 17 Si Soiv. " Voyez tome II, Note LXXXVI, n. 71, 



An y 18 



An 918 



88 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 



laume le Pieux fit pendant sa vie son séjour ordinaire en Auvergne', dont il 
étoit comte particulier, à cause de sa situation au milieu du duché d'Aquitaine 
& du marquisat de Gothie, provinces qui lui étoient également soumises. 

XCI. — Union du marquisat de Gothie au domaine des comtes de Toulouse. 

Quant à ce marquisat, dont Guillaume avoit hérité de Bernard, son père, il 
passa, après ^ sa mort, dans la maison des comtes de Toulouse, ainsi qu'on l'a 
déjà remarqué 5 mais nous ignorons si ce fut ou par droit de sang, car il est 
certain que les dignités étoient alors héréditaires, ou bien par la disposition de 
Charles le Simple, au parti duquel ces comtes demeurèrent toujours inviola- 
blement attachés. Ce qu'il y a de vrai, c'est que depuis le décès de Guillaume 
le Pieux, le marquisat de Gothie appartint à la maison des comtes de Tou- 
louse qui, par là, augmenta considérablement son autorité dans la Province} 
en sorte qu'à la fin du règne de Charles le Simple, il n'y avoit aucun des grands 
vassaux de la couronne qui ne lui cédât soit pour la dignité, soit pour l'étendue 
du domaine 3. 



' Acta Sanctorum ordinis sanct'i Bened'icti, saec. 5, 
p. 89. — CapitulalreSj Append. p. 1622, 1527. — 
Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auvergne, 
t. 2, p. 9 & suiv. 

' Voyez tome IV, Note VII. 

' Guillaume le Pieux mourut en effet le 6 juillet 
de l'année 918; Guillaume, son neveu, lui succéda 
immédiatement , comme il est établi par une 
Charte du Cartulaire de Saint-Julien de Brioude 
où nous lisons, à la date du 3o septembre 918 : 



« Guillelmus gratia Dei cornes, successor Guillelmi 
Majoris, super ipsam catervam rector praeesse vide- 
tur. )) Cette Charte semble prouver que Guillaume 
le Jeune succéda à son oncle dans toutes ses pos- 
sessions; mais il ne tarda pas à en abandonner 
une partie à son frère Acfred. Celui-ci était abbé 
de Saint-Julien de Brioude en mars 922 & en 
juillet 923. Ce qui fait supposer qu'il était alors 
devenu comte de Vêlai. [E. M.j 



LIVRE DOUZIÈME 



t. II. p. 53. 



I. — Etat de la Province au commencement du dixième siècle. — Domaine de 

la maison de Toulouse. 



LE marquisat de Gothie comprenoit, dans le temps qu'il passa dans la "^ T 
maison des comtes de Toulouse, la plus grande partie du diocèse de Éd. origin. 
Narbonne, ceux d'Elne, de Béziers, Agde, Lodève , Maguelone & 
Nimes. La partie du diocèse de Narbonne qui en dépendoit renfermoit deux 
comtés 8c deux vicomtes, savoir : le comté de Narbonne, attaché au marquisat 
de Gothie, Se celui de Fenouillèdes, possédé par la maison de Barcelone. Les 
deux vicomtes étoient celles de Narbonne 8c de Minerve. Le diocèse d'Elne 
étoit partagé entre les comtes de Roussillon, de Conflans 8c de Valespir, 8c 
quelques vicomtes, entre autres celui de Castelnau. Les autres cinq dio- 
cèses de la Gothie ne formoient chacun qu'un seul comté. Celui de Mague- 
lone avoit ses comtes, qui se qualifioient alors comtes de Substantion ou de 
Melgueil. Le comté de Nimes appartenoit à la maison de Toulouse dès le 
commencement du dixième siècle. Nous ignorons si les diocèses de Béziers, 
d'Agde 8c de Lodève avoient alors des comtes ; il paroît seulement que les Éd. origin. 
comtés de ce nom furent réunis bientôt après au marquisat de Gothie : chacun 
des trois avoit ses vicomtes particuliers. 

La ville de Toulouse avoit titre de comté 8c de marquisat : ses comtes, en 
qualité de marquis, avoient la suzeraineté sur les comtés de Carcassonne 8c 
de Razès, qui appartenoient alors à une même famille. Le premier compre- 
noit tout le diocèse de Carcassonne, 8c l'autre une partie de celui de Nar- 

k bonne. La ville de Toulouse avoit, outre cela, ses vicomtes, de même que celle 
I 



t. II, p. 54. 



An 91 8 



" 90 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

de Carcassonne &. le pays de Razès. Enfin les comtes de Toulouse possédoient 
en Aquitaine les comtés d'Albigeois, de Rouergue £<. de Querci, qui renfer- 
moient plusieurs vicomtes j TAlbigeois comprenoit celles d'Albi 8c de Lautrec. 

Il est aisé de conclure, par ce que nous venons de rapporter, que la maison 
de Toulouse dominoit au commencement du dixième siècle, ou médiatement 
ou immédiatement, sur tout le Languedoc, à la réserve du Vêlai, du Gévau- 
dan, du Vivarais 8v du diocèse d'Uzès, pays qu'elle acquit dans la suite. On 
a déjà dit qu'il paroît que le comté de Vêlai appartenoit alors à Guillaume II, 
duc d'Aquitaine 5c comte d'Auvergne, 6c celui de Gévaudan à Acfred , son 
frère'. Ces deux diocèses avoient chacun ses vicomtes. Ceux du Vêlai se qua- 
lifièrent vicomtes de Polignac : le château de Grèzes étoit le chef-lieu du 
domaine de ceux de Gévaudan. Quant au Vivarais 8c à l'Uzège, qui faisoient 
partie du royaume de Provence, ils étoient gouvernés, ce semble, par des 
comtes particuliers subordonnés à Hugues, duc ou gouverneur général de ce 
royaume. 

Telle étoit la grandeur de la maison de Toulouse, quand après la mort du 
comte Eudes, ses deux fils, Raimond II, comte de Toulouse, 8c Ermengaud, 
comte de Rouergue, se partagèrent son domaine, ou plutôt le possédèrent par 
indivis, si l'on en excepte ces deux comtés. Ils se qualifièrent en effet égale- 
ment l'un 8c l'autre princes ou marquis de Gothie, 8c leurs descendans conti- 
nuèrent^ de posséder ainsi ce marquisat 8c la plupart des autres domaines de 
leur maison jusque vers la fin du dixième siècle, que les deux branches con- 
vinrent, à ce qu'il paroît, d'un partage limité. 

II. — Les Sarrasins font une irruption jusques aux portes de Toulouse. 

L'éloignement où la province étoit de la cour, joint à la foiblesse du gou- 
vernement &c aux divers troubles qui s'élevèrent en France sous le règne de 
Charles le Simple, mit Raimond 8c Ermengaud dans une indépendance 
encore plus grande que ne l'affectoient alors les grands vassaux de la cou- 
ronne qui , ne mettant point de bornes à leur ambition , s'érigèrent presque 
en souverains 8c s'arrogèrent un pouvoir excessif au préjudice de l'autorité 
royale. Les entreprises de ces seigneurs furent la principale cause des chagrins 
que Charles le Simple eut à essuyer vers la fin de son règne, 8c le royaume, 
étant ainsi livré à la tyrannie des particuliers, continua d'être exposé aux 
courses des Normands 8c des Sarrasins d'Espagne. 

Ces derniers, non contens de s'être fortifiés dans les montagnes de Pro- 
vence, d'où ils commettoient une infinité de désordres 8c interrompoient le 
commerce avec l'Italie, entreprirent, en 920^, une nouvelle irruption en deçà des 
Pyrénées sous la conduite de leur roi^ Abdérame IV. Ce prince infidèle, après 
avoir défait Ordonius, roi de Léon, 8c Garcias, roi de Navarre, qui avoient 

■ Voyez tome II, Note LXXXVH. 3 Moret, Histoire de Navarre, p. 3oo. — Pagi, ;id 

' Voyez tome IV, Note VIII, ann. 920,11.6; ad ann. 929, n. 3. 



An 



922 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LTV. XII. 91 

An 920 

voulu s'opposer à ses courses, passa ces montagnes, ravagea toute la Gascogne 
8c s'avança jusques aux portes de Toulouse sans trouver la moindre résistance. 

III. — Raimond 6 Ermengaudy princes de Go thie, fidèles à Charles le Simple 
pendant les troubles du royaume. — Bernard, comte de Maguelone ou de 
Melgueil. 

Charles le Simple étoit alors occupé à dissiper une puissante conjuration 
qu'avoient formée à la droite de la Loire plusieurs des principaux du royaume 
pour le détrôner, sous prétexte ' de la trop grande confiance qu'il avoit donnée 
à Haganon, son ministre, qu'ils haïssoient souverainement. Ces seigneurs 
s'assemblèrent à Soissons, où ils résolurent de refuser d'obéir à Charles S'C 
même de le reconnoître pour leur roi. Hervé, archevêque de Reims, détourna 
leur conjuration; mais ce prélat s'étant laissé gagner dans la suite par Robert, 
duc de France, frère du feu roi Eudes, qui se fit élire roi en 922 par les fac- 
tieux, il le couronna enfin à Reims le 3o de juin de la même année. Rai- 
mond Se Ermengaud, marquis de Gothie, & la plupart des autres grands vas- 
saux des provinces méridionales demeurèrent attachés au roi Charles 8c ne 
prirent aucune part ni à la conjuration formée contre ce prince, ni à l'élec- 
tion de Robert. On en voit la preuve entre autres dans une donation^ faite à Éd. ongin 
Etienne, évêque d'Agde, 8c à son église , /f 19 du mois d'août, Vannée que ' '^' 
Robert régna frauduleusement. 

On peut rapporter à peu près au même temps le testament^ de Guille- 
mette, comtesse de Melgueil, daté du 26 janvier, sous le règne de Charles, Par 
cet acte, elle ordonne au comte Bernard, son fils, de distribuer, pour l'expia- 
tion de ses péchés, ses biens meubles 8c immeubles aux églises, aux prêtres 
8c aux pauvres. Elle choisit sa sépulture dans l'église de Saint-Pierre de Ma- 
guelone, à laquelle elle fait divers legs, 8c laisse le reste de ses domaines au 
même Bernard, son fils, qui est le premier des comtes héréditaires de Mague- 
lone que nous connoissons. Ils prirent indifféremment la qualité de comtes de 
Substantion ou de Melgueil, tant à cause de la translation du siège épiscopal 
dans le premier de ces deux endroits, depuis la destruction de l'ancienne ville 
de Maguelone, que parce qu'ils avoient établi leur résidence dans l'autre. On 
voit par ce testament que la cathédrale de Maguelone avoit été conservée, 8c 
qu'elle subsistoit au dixième siècle. Et en effet, l'évêque 8c les chanoines, s'étant 
retirés à Substantion après la ruine de Maguelone"^, laissèrent quelques ecclé- 
siastiques dans cette église pour la desservir, ce qui dura jusques au rétablisse- 
ment de la ville 8c du siège épiscopal de Maguelone au onzième siècle. 

Outre les seigneurs des royaumes d'Aquitaine 8c de Septimanie, qui demeu- 
rèrent fidèles à Charles, ce prince fut encore soutenu par les grands du royaume 

' Frodoard, Chronïcon, p. Spo, & Historla Re- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLVII. 

mens. 1. ^, c. i3. ■* Arnaud de Verdale, Chronicon de Episc. Maga- 

' Catel, Mémoires de l'hist. du Languedoc^ p. 967. Ion. p. 796. — Labbe, Bibl. nova, t. 1. 



An 922 



92 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

de Lothaire qui n'eurent aucune part à l'élection de Robert, Se chez lesquels 
il se retira après que ce compétiteur l'eut mis en fuite. S'il faut, cependant, 
ajouter foi à un auteur' du onzième siècle, Charles se rendit en Aquitaine aus- 
sitôt après cette élection, s'avança jusques à Limoges où il rassembla un corps 
considérable de troupes, marcha contre Robert, lui livra bataille 8c le tua 
dans l'action. Mais outre que ce récit est accompagné de diverses circonstances 
fabuleuses, il est d'ailleurs contraire au témoignage de Frodoard ^, auteur con- 
temporain, qui assure que ce prince demeura toujours dans le royaume de 
Lothaire depuis l'élection de Robert, jusques à ce que ayant livré bataille à ce 
dernier, il le défit Se le tua. Enfin, nous avons plusieurs chartes qui prouvent 
que Charles fit son séjour aux environs de la Sarre, pendant cet intervalle. 

IV. — Chartes de Charles le Simple en faveur des églises de Narbonne C' de 

Girone. 

Telle 3 est celle qu'il accorda le 7 juin de l'an 922, en faveur d'AgiOf arche- 
vêque de Narbonne 6» de Rai^èsj & de son église. Ce prélat, informé du crédit 
que Guigues , évêque de Girone, son suftragant, avoit sur l'esprit de ce roi 
à la cour duquel il avoit été élevé avant son élection à l'épiscopat, 8c qu'il 
avoit été joindre, le chargea de lui demander une charte pour le confirmer 
dans la possession des biens de son église. Le diplôme que Charles donne 
en conséquence est conforme à un autre qu'il avoit donné vingt-trois ans 
auparavant en faveur d'Arnuste, archevêque de Narbonne, 8c il est daté d'un 
palais appelé"^ Seticus, situé au voisinage de Torn 8c de la rivière de Sarre. Ce 
prince, par deux autres diplômes du même jour, donna ^ à l'évêque de Girone 
différens domaines en considération de sa grande fidélité, 8c confirma son 
église dans la possession du tiers des droits domaniaux des pays ou comtés 
de Girone, de Besalu, de Pierrelatte 8c d'Empurias, qui composoient son 
diocèse. 

V. — Fin de Raimondll, comte de Toulouse. — Raimond-Pons, son fils y lui 

succède. 

Il paroît par la charte qui fut expédiée en faveur d'Agio, archevêque de 
Narbonne, que son église étoit toujours réduite à une extrême pauvreté 6. 
Cela venoit sans doute de ce que les seigneurs séculiers détenoient ses biens. 
Nous trouvons en effet qu'un seigneur nommé Raimond, qui est sans doute 
le même que Raimond II, comte de Toulouse 8c marquis de Gothie, avoit 
envahi vers ce temps-là diverses terres sur les églises de la province de Nar- 
bonne. C'est ce que nous apprend une lettre du pape Jean X au même 

■ Adhémar de Chabanais, p. 164. -» Marca Hispanlca, p. SyS & 384. 

' Frodoard, Chronlcon, p. 690 & seq. 5 Uld. p. 842 & seq. 

» Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLV, « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLV. 



An 92Z 



t. II, p. 56. 



An 923 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 98 

Agio', k Austérius, archevêque de Lyon 8c à leurs sufFragans ^z^i sont en la 
Septimanie, VEspagne ^ la Bourgogne, dans laquelle il leur marque que, 
conformément à leurs prières, il écrit à Raimond pour l'engager à restituer à 
l'Église les biens dont il s'étoit saisi , avec menace de l'excommunier 5c tous 
ses semblables en cas de refus. Cette lettre, qui est sans date, doit être ^ 
postérieure à l'an çiS &c antérieure à l'an 921. Ainsi, ayant été écrite vers 
l'an 920, il n'y a pas lieu de douter qu'elle ne regarde Raimond II, comte de td. origin. 
Toulouse, qui possédoit alors le marquisat de Gothie 5c le comté particulier 
de Nimes depuis la fin du neuvième siècle. 

Raimond II signala-^ sa valeur contre les Normands, qui non contens de la 
cession que Charles le Simple leur avoit faite d'une grande partie de la Neus- 
trie, cherchoient encore à s'étendre dans les autres provinces du royaume, 
à la faveur de divers renforts qu'ils recevoient fréquemment de leurs compa- 
triotes du Nord. Ils firent une entreprise sur l'Aquitaine en 928, ôc après 
avoir ravagé une grande partie de cette province, ils pénétrèrent jusques en 
Auvergne. Guillaume II, duc d'Aquitaine 5c comte particulier de ce pays , 
ne se croyant pas assez fort pour leur résister, appela alors Raimond, comte 
de Toulouse, à son secours. Après leur jonction, ils attaquèrent ces peuples , 
les battirent 5c en laissèrent douze mille sur le champ de bataille. 

Raimond II mourut peu de temps après cette glorieuse expédition, ou peut- 
être dans l'action même. Il est certain du moins que Raimond Pons, son fils, 
lui avoit déjà succédé'^ dès l'année suivante. Raimond II avoit environ soixante- 
trois ans dans le temps de sa mort. Il avoit épousé, ce semble, une dame 
nommée Gudinilde, qui lui survécut. 

VI. — Raimond-Pons (S- Ermengaud demeurent fidèles à Charles le Simple 

après Vélection du roi Raoul. 

Raimond-Pons, son fils, lui succéda dans le comté de Toulouse, mais il 
posséda 5 comme lui, par indivis, le marquisat de Gothie 5c la plupart des 
autres domaines de sa maison avec Ermengaud, comte de Rouergue, son oncle. 
Il est parlé de ces deux princes de la maison de Toulouse dans une lettre^ 
qu'Agio, archevêque de Narbonne, écrivit à deux évêques de sa province, nom- 
més Agambert 5c Alphonse, qui dévoient partir pour la cour. « Nous avons ap- 
« pris, dit-il dans cette lettre, votre prochain départ, ce qui nous a engagea 
« aller trouver /loj comtes Ermengaud 6- Raimond, pour les prier devouschar- 
« ger de solliciter pour nous, auprès du roi, un diplôme, à quoi nous vous 
« supplions de vous employer. » Agio ne marque pas le siège de ces deux 



■ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 84. ■• Voyez tome IV, Note VII, n. 6. 

' Voyez tome IV, Note VII, n. 5. ' Ihid. n. 2 & suiv. 

' Frodoard, Chronicon, p. 592. — Catsl, Histoire ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.XLVI. — 

des comtes de Toulouse^ p. 82. — Baluze, Histoire II est probable que ce furent des Hongrois & non des 

généal. de la maison d'Auvergne, t. 1, p. 20. Normandsqui envahirent rAquitaineen923. [E.M.J 



T" Q4 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 923 >'" 

prélats j mais sa lettre, qui est postérieure ' à Tan 918 8c antérieure à l'an 927, 
prouve manifestement qu'Ermengaud, comte de Rouergue, 5c Raimond, 
comte de Toulouse, son neveu, possédèrent le marquisat de Gothie en com- 
mun. Nous en avons d'ailleurs d'autres preuves. 

Raimond-Pons étoit à la fleur de son âge, lorsqu'il succéda à Raimond, 
son père. A son exemple, il demeura toujours très-attaché au roi Charles le 
Simple, qu'il reconnut pour son souverain, même après que ce prince eut été 
détrôné, ce qui arriva de la manière suivante. Charles, forcé par Robert, son 
compétiteur, d'aller chercher un asile dans le royaume de Lothaire, y rassembla 
un corps d'armée 8c s'avança le i5 de juin de l'an 928 jusques à Soissons, où il 
rencontra son ennemi. Il l'attaqua aussitôt avec beaucoup de bravoure, £t 
main basse sur une partie de son armée , &c l'ayant joint, il lui porta un coup 
de lance dont il l'abattit, en sorte que Robert resta mort sur la place. Cet 
avantage devoit, ce semble, lui assurer la victoire, mais il en arriva tout au- 
trement. Hugues, fils de Robert, soutenu d'Herbert, comte de Vermandois , 
ranima le courage des soldats, à la vue de la mort de son père, 8c résolu de 
la venger, il poussa si vivement le roi Charles, qu'il l'obligea enfin à prendre la 
fuite après avoir perdu sept mille hommes. La perte des partisans de Robert 
fut néanmoins plus considérable, 8c ils eurent^ douze mille hommes de tués 
dans cette bataille. Ils délibérèrent aussitôt sur le choix d'un nouveau roi ; l'élec- 
tion tomba sur Raoul ou Rodolphe, duc de Bourgogne, gendre de Robert 8<. 
fils de Richard, aussi duc de Bourgogne. La cérémonie de son couronnement 
se fit à Saint-Médard de Soissons, le i3 du mois de juillet suivant. 

Charles, nonobstant le puissant parti dont ce nouveau compétiteur étoit 
appuyé, auroit sans doute rétabli ses affaires, tant avec le secours des sei- 
gneurs des provinces méridionales qui lui demeurèrent fidèles qu'avec celui 
des Normands qu'il manda, s'il n'avoit eu le malheur de se fier à un traître. 
Ce fut au comte de Vermandois, de même sang que lui, qui, au lieu de le 
soutenir sur le trône, le livra lâchement à son concurrent, ou qui plutôt, 
pour se rendre nécessaire, le retint prisonnier à Saint-Quentin, d'où il le fit 
t'ii^p.'^i;' transférer à Péronne, malgré la foi des promesses solennelles que ses ambassa- 
deurs lui avoient faites de sa part. Cet événement est une des principales épo- 
ques du pouvoir suprême que s'attribuèrent nos comtes de Toulouse, qui ne 
voulurent^ jamais reconnoître Raoul pour roi , du vivant de Charles le Simple, 
ni même longtemps après sa mort. Ainsi ce dernier, ayant vécu plusieurs 
années après la bataille de Soissons, 8c ayant été presque toujours renfermé 
dans une étroite prison, ces comtes durant cet intervalle gouvernèrent leur 
domaine avec une autorité souveraine j ils ne furentguère moins absolus après 
qu'ils eurent enfin reconnu Raoul, 8c sous le règne de ses successeurs"^. 

' Voyez tome IV, tJote VII, n. 2 & suiv. ' Voyez t. II, aux Preuves, Chroniques, n. II. 

' Mabillon, ad ann. 923, n. 54. ■♦ Ibid. 



An 924 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. q5 — I ~ 

y An 923 

VII. — Guillaume II j duc d'Aquitaine, se soumet à Raoul qui est reconnu 

dans le Vêlai. 

Les autres provinces, situées à la gauche de la Loire, refusèrent également 
de se soumettre à Raoul. Guillaume II, duc d'Aquitaine 5t comte d'Auvergne, 
se déclara, entre autres, contre lui. LvC premier', résolu de se faire recon- 
noître dans cette partie de la monarchie, s'avança vers la Loire au commence- 
ment de l'année suivante. Guillaume, averti de son dessein, se présenta à 
l'autre bord du fleuve, vers l'extrémité du diocèse d'Autun, pour lui en dis- 
puter le passage. Raoul, voyant la difficulté qu'il y avoit à le tenter, prit alors 
le parti de la négociation. Il envoya des ambassadeurs à ce duc, qui écouta ses 
propositions. Enfin, après avoir employé toute la journée à négocier, ils con- 
vinrent sur le soir d'avoir une conférence. Guillaume passa la Loire, entra 
dans le camp de Raoul 8<. descendit de cheval dès qu'il aperçut ce prince pour 
le saluer. Le roi, qui étoit aussi à cheval, l'embrassa, mais sans descendre, & 
après avoir renvoyé la conclusion de leur traité au lendemain, ils se séparèrent. 
Le duc se rendit au camp au temps marqué, 5c demanda huit jours pour déli- 
bérer sur le parti qu'il avoit à prendre, ce qui lui fut accordé^. Le délai étant 
expiré, il alla rejoindre le nouveau roi 8c se soumit à son obéissance. Nous 
ignorons les conditions de leur traité; nous savons seulement que Raoul rendit 
à Guillaume le comté de Berry, dont il s'étoit emparé sur lui avant son éléva- 
tion au trône. Raoul termina, à la soumission de ce duc, l'expédition qu'il 
méditoit de faire dans l'Aquitaine 8c la Septimanie pour les réduire entière- 
ment à son obéissance. Les entreprises des Normands , qui avoient pris les 
armes en faveur de Charles le Simple, l'obligèrent à décamper bientôt après 
des bords de la Loire 8c à revenir sur ses pas ; en sorte, qu'à la réserve de l'Au- 
vergne, du Berry, du Vêlai 8c de quelques autres pays qui étoient sous la 
domination de Guillaume, le reste de la partie méridionale de la monarchie 
refusa toujours de le reconnoître. 

VIII. — Mort de Louis l'Aveugle, roi de Provence. — Hugues s'empare de ses 

États, les gouverne sous le titre de duc, ^ reconnoît Raoul. 

Il paroît cependant que la Provence se soumit à Raoul, car Hugues de 
Vienne"^, qui avoit été joindre ce prince 8c qui l'avoit déjà reconnu sans doute 
pour son suzerain, se trouva à la conférence dont nous venons de parler^. Or, 
Hugues étoit alors maître de toute cette province, ce qu'il faut reprendre de 
plus haut. 

Louis IV, dit V Aveugle, empereur 8c roi de Provence, après avoir eu le 
malheur de perdre les yeux avec le royaume de Lombardie, s'étoit retiré dans 

' Frodoard, Chron'icon, p. 594. ' Frodoard, Chronlcon, p. 594. 

' Ihid. " Ihid. 



An 924 



96 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

ses États en deçà des Alpes, 5c ne pouvant agir par lui-même, il se déchargea 
de l'administration de toutes les affaires sur Hugues, à qui il donna toute sa 
confiance. Ce seigneur prit les rênes du gouvernement de Provence sous les 
titres de duc, de marquis Se de comte qu'il se donnoit indifféremment ou sépa- 
rément, ou conjointement, comme il paroît par diverses chartes ', entre autres 
par l'acte de fondation ou rétablissement qu'il fit^ du monastère de Saint- 
Pierre de Vienne. Avec une telle autorité, il lui fut aisé de gagner les peuples 
& de former un puissant parti pour les desseins ambitieux qu'il se proposoit 
d'exécuter après la mort de Louis. 

Nos modernes 3 ne sont pas d'accord sur l'époque de cette mort j mais il est 
certain que Louis vivoit encore en 928, 8c qu'il mourut ou dans la même 
année ou, au plus tard, au commencement de la suivante. Il laissa un fils 
nommé Charles Constantin, qui ne lui succéda pas dans le royaume de Pro- 
vence, &c qui ne posséda que longtemps après le duché ou comté de Vienne 
qui en faisoit partie. Hugues, aussitôt après la mort de Louis, s'empara de 
toute la partie de ce royaume située à la gauche du Rhône, sur laquelle il 
Ed.^origm. régna véritablement sans prendre cependanf^ le titre de roi. Il se ligua avec 
Raoul, qu'il reconnut^ pour souverain du royaume de Provence j ce qui fit, 
sans doute, qu'il s'abstint de ce titre. Le besoin qu'avoient ces deux usurpa- 
teurs l'un de l'autre fut, à ce qu'il paroît, le principal motif de leur ligue; car 
Raoul étant cousin germain de Charles Constantin, fils de Louis l'Aveugle, 
il devoit naturellement le préférer à Hugues 8c le favoriser dans ses préten- 
tions à la couronne de Provence. 

IX. — Ermengaud 6» Raimond Pons unissent le Viv avais 6* VU-:^ège à leur 

domaine. 

Hugues n'étendit sa domination qu'à la gauche du Rhône, ainsi qu'on l'a 
déjà remarqué. Tout ce qui dépendoit du royaume de Provence, à la droite de 
ce fleuve, passa en d'autres^ mains aussitôt après la mort de Louis l'Aveugle ; 
8c il paroît certain qu'Ermengaud 8c Raimond Pons, son neveu, marquis de 
Gothie, s'assurèrent alors du Vivarais 8c du diocèse d'Uzès, c'est-à-dire de la 
partie orientale du Languedoc qui dépendoit de ce même royaume ; ce qu'ils 
firent, ou au nom de Charles le Simple, qu'ils reconnoissoient toujours pour 
seul roi légitime, ou à cause que ces pays étant à leur bienséance, ils se crurent 
être autant "en droit que des étrangers de se les approprier 8c de les unir à leur 
domaine. C'est ainsi que l'Uzège fut réuni au marquisat de Gothie, dont il 
avoit toujours fait partie avant le démembrement qu'en firent les fils de Louis 
le Débonnaire pour l'unir au royaume de Lothaire, 8c que ces deux pays 

' Pagi, ad ann. 900, n. i6j 911, n. 6; 926, ^ Pagi, ad ann. 926, n. 4. ~ Ruffi, Dissertation 

îl- 2- sur les comtes de Forcalquier, p. 8. 
* Bouche, Histoire de Provence, t. 1, p. ySa. ' Voyez tome IV, Note^W, n. 2. 

' Voyez tome IV, Note V, n. i3 & suiv. « Ibid. Note XV, n. 3i. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 97 

furent séparés, après la mort de Louis l'Aveugle, du royaume de Provencedont 
ils ne dépendirent plus, Se dont le bord oriental du Rhône fit la séparation 
dans la suite. Il est vrai que lesévêques de Viviers reconnoissoient au douzième 
siècle les empereurs d'Allemagne pour leurs suzerains, en qualité de rois de 
Provence & de successeurs de Hugues; mais ce fut pour des raisons particulières 
que nous expliquerons ailleurs. Quant au diocèse d'Uzès, il fut gouverné par 
des comtes particuliers, dont nous parlerons dans la suite, jusque vers le 
milieu du dixième siècle. Il fut réuni ', bientôt après, au domaine de la maison 
de Toulouse, ce qui n'empêche pas que les princes de cette maison, en qualité 
de marquis de Gothie, n'aient dominé depuis la mort de Louis l'Aveugle sur 
ce diocèse, comme ils dominoient sur les autres pays de cette province qui 
avoient des comtes particuliers. 

X. — Diplôme de Raoul en faveur de l'église du Puy. — Monnaie de cette 

ville. 

Raoul 8c Guillaume II, duc d'Aquitaine, après leur entrevue, se rendirent^ 
à Autun, le i^"" de mars de l'an 924, 8c de là à Châlons-sur-Saône au commen- 
cement d'avril. C'est ce qui paroît par diverses chartes de Raoul qui, étant 
dans la dernière ville, donna « à Adalard^, évêque d'Anis ou de Vêlai, du 
«c consentement du même comte Guillaume, son vassal. Se pour le soulage- 
« ment de l'âme de Guillaume, oncle de ce dernier, 8c de tous ses parens, le 
« bourg contigu à l'église du Puy, avec tout ce qui, dans cet endroit, apparte- 
« noit au domaine du comte 8c dépendoit de son pouvoir, savoir les droits de 
« marché, dédouane (f^/c>/î^«m),.de monnoie, de ressort. Sec. » Cette charte, 
dont on a diverses copies, est datée du 8 d'avril de l'an 928, indiction x, la pre- 
mière année du règne de Raoul ; mais il y a faute 8c dans l'indiction 8c dans 
l'année de l'Incarnation. On doit lire l'an "^ 924, indiction xii ; correction qu'on 
peut justifier par d'autres^ chartes de Raoul données alors à Châlons-sur- 
Saône, comme celle dont nous parlons. 

Cette dernière nous donne lieu de remarquer : 1° que Guillaume deuxième 
ou troisième <5 du nom, duc d'Aquitaine 8c neveu de Guillaume le Pieux, pos- 
sédoit le comté particulier de Vêlai 8c qu'il avoit le domaine de la ville du Puy, 
puisqu'il consentit à la donation de Raoul; 2° que c'est le titre primordial des 
évêques pour leur seigneurie sur cette ville 8c sur le pays de Vêlai; 3° que le 
Puy n'étoit alors qu'un bourg. Aussi le siège épiscopaF n'y avoit-il été transféré ^ 

' Voyez tome IV, NoteXV, n. 3i. tome II la Note additionelle à la Note LXXXVII. 

' Mabillon, ad ann. 924, n. 67. [E. M.J 

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Voyez tome II, ^o te LXXX. 

méro XLVIII. * Les Bénédictins sont revenus d'eux-mêmes sur 

■• Labbe, Miscellanea, p. 5 17. ce qu'ils disent au sujet de l'église du Puy. Voyez 

^ Mabillon, ad ann. 924, n. 67. au tome II de cette histoire la Note LXXX, & son 

* Guillaume dit le Jeune, neveu de Guillaume le addition. Il est démontré que dès le septième 
Pieux, est le troisième comte d'Auvergne de ce nom, siècle l'église de Vêlai était transportée au Puy. 
Guillaume le Pieux étant le second. Voyez au [E. M.J 

m 7 



An 924 




An 



924 



98 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

de Saint-Paulhan, ancienne capitale du pays, qua la fin du siècle précédent; 
40 que c'est le plus ancien monument où il soit parlé de la célèbre église de 
Notre-Dame du Puy qui, par conséquent, étoit déjà bâtie dans ce temps-là 5 
5° que par le droit de monnoie que Raoul accorda à Adalard, évêque de Vêlai, 
il lui donna sans doute celui d'en faire battre à son profit : or, comme ce 
prince déclare en même temps que ce droit appartenait auparavant au domaine 
du comte & qu il étoit en son pouvoir, c'est une preuve que les comtes étoient 
i':d. origin. alors en usage de faire battre monnoie, privilège qu'ils avoient usurpé, ou que 
nos rois leur avoient accordé depuis la mort de Charles le Chauve ; car, encore 
sur la fin du règne de ce prince', la monnoie étoit un droit royal, &. il n'y 
avoit que le roi seul qui pût en faire fabriquer dans tout le royaume. On 
appela podienses les sols ou la monnoie que les évêques du Puy firent battre 
dans la suite, 8c dont les vicomtes de Polignac partagèrent le droit; 6° enfin 
que Guillaume II, duc d'Aquitaine, avoit succédé vraisemblablement à Guil- 
laume le Pieux, son oncle, dans le comté particulier de Vêlai, puisque la 
donation dont nous venons de parler fut faite pour le soulagement de l'âme 
de ce dernier. On prétend^ qu'Hector, petit-fils de Berlion, vicomte d'Arles, 
succéda^ immédiatement à Adalard, évêque du Puy. 

Il s'ensuit de ce que nous venons de rapporter, que Raoul étoit reconnu 
dans le Vêlai en 924, ce qui paroît encore par une autre charte de ce prince 
datée de Châlons-sur-Saône, le 9 d'avril de la même année, pour"^ confirmer 
l'abbaye de Tournus dans la possession de tous ses biens, entre autres, du 
prieuré de Godet en Vêlai. Ce tut le seul des pays qui composent aujourd'hui 
le Languedoc qui se soumit alors à ce nouveau roi. 

XL — Irruption des Hongrois dans la Province. — Leur défaite par Raimond 

Pons. 

Cette province se vit inondée, vers le même temps, d'une multitude de 
barbares qui y portèrent la désolation. Béranger^, empereur 8c roi de Lom- 
hardie, ayant fait, par sa mauvaise conduite, un grand nombre de mécontens, 
les principaux seigneurs de ses États, résolus de le détrôner, offrirent sa cou- 
ronne à Rodolphe II, roi de la Bourgogne Transjurane, qu'ils appelèrent à 
leur secours. Ce prince, ayant accepté leurs offres, passa les Alpes en 928, livra 
bataille à Béranger, le défit entièrement, se fit couronnera Pavie & repassa les 
monts bientôt après. D'un autre côté, ce dernier, pour se soutenir sur le trône, 
se li<?;ua avec les Honp-rois. 

Ces peuples <'% originaires de la Scythie, s'étoient déjà rendus formidables 

■ Ccphulaires.in. 3i, c. 12. 5 Luitprand, 1. 2, c. i5 & suiv. — Frodoara, 

' Voyez tome IV, Note XVII. Chronicon, p. 594 & seq. 

' GalVia. Chnsùana, nov. edit. t. 2, p. 694. « Luitprand, I. i , c. 5; 1. 2, c. i & suiv. — 

■♦ Chifflet, Histoire de Tournus, p. 275. — Ma- Annal. Meitens. p. 824 & seq. 
billon, ad ann. 924, n. 67. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. on 

V^ An pii^ 

dans une partie de l'Europe. La férocité de leurs mœurs, la difformité de leurs 
visages Se leur manière de combattre inspiroient également la terreur. Les 
enfans étoient à peine sortis du sein de leurs mères, qu'elles leur déchique- ■ 
toient le visage pour les accoutumer de bonne heure à souffrir, ce qui les 
rendoit extrêmement hideux Se plus terribles à leurs ennemis. Ils coupoient 
leurs cheveux jusques au sommet de la tête, se nourrissoient ordinairement de 
chair crue Se buvoient le sang des animaux; ils étoient, en un mot, cruels, 
vains, perfides, sans foi Se sans religion. Les femmes, également féroces, fai- 
soient, comme leurs maris, leur principal métier de la guerre Se du brigan- 
dage. Ces barbares étoient moins propres à former des sièges qu'à courir Se à 
ravager les campagnes. Se cherchoient plutôt à se battre de loin que de près, 
parce qu'ils n'étoient pas si adroits à manier l'épée qu'à décocher des dards j ce 
qu'ils faisoient avec tant de justesse, qu'ils ne manquoient jamais leur coup, 
même en fuyant devant leurs ennemis. Ils combattoient toujours à cheval, 
qu'ils poussoient avec une extrême vitesse ; Se quand au premier choc ils trou- 
voient de la résistance, ils feignoient alors de prendre la fuite; mais faisant 
aussitôt volte-face, ils revenoient à la charge avec plus de fureur. 

Tel est le portrait que les anciens historiens nous ont laissé de ces peuples 
qui, sous l'empire de Charles le Gros, s'emparèrent de la Pannonie à laquelle 
ils donnèrent leur nom, après en avoir chassé les Huns leurs anciens compa- 
triotes. De là ils étendirent leurs courses dans les provinces voisines. Se après 
avoir ravagé la Germanie, ils passèrent dans l'Italie en 900 Se y établirent leur 
demeure. Béranger, qui régnoit alors dans la Lombardie, auroit pu traverser 
leur établissement dans ce royaume Se les chasser de ses Etats ; mais, dans le 
dessein ' de s'en servir, soit contre ceux qui lui disputoient la couronne, soit 
contre ses sujets, dont la fidélité lui étoit suspecte, il jugea à propos de les 
ménager. Se eut recours à leur protection pour se soutenir sur le trône. Il eut 
cependant le malheur de tomber enfin dans les embûches d'un traître qui 
l'assassina vers le commencement de mars de l'an 924, dans le temps qu'il 
alloit le matin faire ses prières à l'église^. 

Les Hongrois, qui avoient toujours été attachés à ce prince, résolurent de 
venger sa mort. Ils prirent les armes sous la conduite de Saler, leur roi, ou 
leur général, assiégèrent Pavie, capitale du royaume de Lombardie Se, s'en f^fi°"^^"' 
étant rendus maîtres, ils livrèrent cette ville au feu Se au pillage. Ils couru- 
rent ensuite toute l'Italie, S<: tournant du côté des Alpes 3, ils passèrent ces 
montagnes Se entrèrent dans les Gaules, dans le dessein, sans doute, d'attaquer 
les États de Rodolphe, ennemi Se concurrent de Béranger. Ce prince, averti de 
leur marche , courut en diligence au-devant d'eux pour s'opposer à leur pas- 
sage. Se s'étant joint à Hugues, comte de Vienne ou duc de Provence, aussi 
intéressé que lui à les repousser, ils les obligèrent enfin de s'en retourner sur 



' Luitprand, 1. 2,c. ii, i6 & suiv. ' Frodoard, Chronicon, p. 694 & seq. — Dii- 

" Ibii. ibid. chesne, t. 3, p. 340.— Tome V, Chroniques, n. 5. 



An 924 



100 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

leurs pas. Ces barbares, résolus cependant de pénétrer dans les Gaules, cher- 
chèrent alors un autre passage. Si ayant fait un détour, ils descendirent enfin 
dans les plaines de Provence & s'avancèrent vers le Rhône. Rodolphe & 
Hugues en ayant été informés, se mirent aussitôt en marche pour leur courir 
sus, mais ils arrivèrent trop tard : les barbares avoient déjà passé ce fleuve Se 
étoient entrés dans la Gothie où ces princes ne jugèrent pas à propos de les 
poursuivre. Ils se contentèrent de faire main basse sur ceux de leur arrière- 
garde qui étoient demeurés derrière. 

Les Hongrois eurent à peine passé le Rhône, qu'ils s'étendirent, à leur gré, 
dans toute la Gothie, y portèrent le fer Si le feu. Se s'avancèrent jusque dans 
le Toulousain. Leur irruption jeta l'alarme dans tous les esprits. Se ceux qui 
furent assez heureux pour éviter leur glaive, prirent le parti de la fuite, ce qui 
rendit la Province presque déserte. Par bonheur, une maladie épidémique se 
mit quelque temps après parmi les barbares, dont elle fit périr un grand 
nombre. Elle consistoit dans une enflure extraordinaire de la tête, jointe à la 
dyssenterie. Raimond-Pons, comte de Toulouse Se marquis de Gothie, profita 
de ce moment favorable pour achever d'exterminer le reste des Hongrois, ou 
du moins pour les expulser de ses États. Il ramassa tout ce qu'il put de troupes. 
Se s'étant mis à leur poursuite, il fit passer les uns par le fil de l'épée Se obligea 
les autres à sortir du pays. 

Il est fait mention de ce célèbre événement dans une lettre ' que les évêques 
de la province de Narbonne écrivirent quelque temps après au pape Jean X. 
Ils lui marquent que le pays avoit été si cruellement ravagé par les Hongrois, 
que quoique très-fertile Se très-abondant par lui-même, il se trouvoit réduit 
à la dernière misère. Se que ces barbares avoient fait périr la plupart de ses ha- 
bitans j en sorte que la Province, où l'on voyoit auparavant un grand nombre 
d'illustres personnages, surtout dans l'ordre ecclésiastique, en étoit alors entiè- 
rement dépourvue. Ils ajoutent qu'enfin par la grâce de Dieu ^ le secours du 
jeune prince le marquis Pons ^ ces barbares avoient été entièrement chassés 
du pays. Il est aisé de juger par cette lettre jusqu'à quel excès les Hongrois 
portèrent leur fureur Se leur barbarie dans tout le Languedoc. Aussi peut-on 
dire que si leur irruption fut la dernière que cette province éprouva en diffé- 
rens temps de la part de divers peuples barbares , elle fut peut-être la plus 
funeste. Ces peuples renouvelèrent leurs courses en deçà des Alpes Se déso- 
lèrent l'Aquitaine les années suivantes} mais il paroît qu'ils ne mirent plus le 
pied dans la Gothie. Ce fut^ durant quelqu'une de ces irruptions qu'ils détrui- 
sirent la ville de Javoux, ancienne capitale du Gévaudan, dont la ruine donna 
occasion à la translation du siège épiscopal du pays dans la ville de Mende. 

Suivant un critique^ moderne, la lettre des évêques de la province de Nar- 
bonne au pape Jean X dont on vient de parler Se qui est sans date, doit être 
postérieure à l'an 982, par la raison que Pons ne fut pas comte de Toulouse Se 

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, =" Voyez tome II, Note XLII, n. 8. 

p. 56o & suiv.j 778 & saiv. ^ Pagi, ad ann, 932, n. 4. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. loi ""[ 

An 924 

marquis de Gothie avant cette année. Cet auteur suppose donc que cette lettre 
fut écrite au pape Jean XI, ce qui prouveroit que Raimond-Pons ne chassa les 
Hongrois de la Gothie ou Septimanie qu'après l'an 982, 8c qu'ainsi ces bar- 
bares, qui entrèrent certainement dans la Province en 924, y firent un long 
séjour. Mais outre que Frodoard, auteur contemporain, fait entendre assez 
clairement que les Hongrois périrent ou abandonnèrent tout à fait la Gothie 
en 924, rien ne nous oblige à renvoyer cette lettre jusques en 982, puisque 
Raimond Pons étoit véritablement marquis de Gothie dès l'an 924. 

XII. — Eudes succède à Francon, son père, dans la vicomte de Narbonne. 

Nous en avons la preuve dans un acte' par lequel « Odon ou Eudes, f.u°p.%1', 
« vicomte par la grâce de Dieu, &. Richilde, sa femme, donnent le 17 de dé- 
« cembre de la vingt-septième année de Charles le Simple en Aquitaine, ou 
« l'an 924, à l'abbaye de Montolieu Se à Alphonse qui en étoit abbé, un alleu 
c( aux environs de Sallèles , dans le comté de Narbonne, du consentement 
<( d'Aigon, archevêque, & du comte Pons, son seigneur, qui dans sa souscrip- 
« tion se qualifie comte 6* marquis. L/e vicomte Eudes déclare qu'il avoit 
« hérité de cet alleu de son père Francon, à qui Charles le Simple l'avoit 
ce donné, 8c d'Ersinde, sa mère, qui étoient alors décédés. Il fait cette dona- 
« tion, tant pour lui que pour le soulagement de ses frères. Il ajoute enfin 
«. que si quelqu'un venoit à s'emparer de ce domaine, l'usurpateur, après que 
(c le vicomte de Narbonne en auroit été averti une ou deux fois, seroit con- 
K damné, par le prince de Narbonne qui seroit alors , à une amende de vingt 
« livres d'or 8c à la restitution du double. » L'acte est daté de l'ère espagnole, 
8c souscrit par le vicomte, par le comte Pons, qui consentit à la donation 8c la 
confirma, par Érifons 8c Aigon, évêques 5 Aymeric, archevêque; Raynal, évê- 
que, 8cc., sur quoi on peut faire les réflexions suivantes : 

1° Le prince de Narbonne, dont il est parlé dans l'acte, ne peut être diffé- 
rent de Raimond-Pons, marquis de Gothie, qui le souscrivit. Les marquis de 
Gothie étoient donc alors comtes particuliers de Narbonne; 2° Eudes, qui fit 
cette donation, étoit^ certainement vicomte de la même ville, 8c comme nous 
savons d'ailleurs que Francon, son père, avoit été aussi vicomte, 8c que les 
dignités étoient alors héréditaires, ce dernier devoit avoir possédé cette vicomte. 
Il est vraisemblable que Francon descendoit d'un vidame ou vicomte de Nar- 
bonne de ce nom, qui vivoit en 85i, 8c qu'il avoit par conséquent une des- 
cendance commune avec Maïeul, vicomte de cette ville au commencement du 
dixième siècle. Richilde, femme d'Eudes, vicomte de Narbonne, se dit dans 
un acte 3 de l'an 936, fille du comte Borrel 8c delà comtesse Garsinde. Nous ne 
doutons pas que ce Borrel ne soit le même que Borrel, fils de Wifred le Velu, 
comte de Barcelone, qui eut sans doute en partage quelque comté de la Marche 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLIX. ^ Marca Hispanua, p. 847. — Voyez tome IV, 

" Voyez tome IV, Note XI, n. i & suiv. Note XI, n. 1 & suiv. 



An 526 



102 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 924 f . . 

d'Espagne ' 5 3° dans la donation du vicomte Eudes, l'évêque Erifons souscrit 
avant Aigon, archevêque de Narbonne, ce qui nous donne lieu de conjecturer 
qu'il étoit parent du vicomte Eudes 8c de la même famille : conjecture qu'on 
peut appuyer sur ce qu'Érifons, après s'être démis de l'évêché de Venasque 
ou de Carpentras, s'étoit retiré à Narbonne où il desservoit l'église^ de Saint- 
Quentin, ce qui semble supposer qu'il étoit natif de cette ville; 4° la sous- 
cription d' Aigon est suivie de celle d'Aymeric, archevêque de Narbonne, son 
successeur, d'où l'on pourroit conclure que celui-ci avoit dès lors été élu 
son coadjuteur; mais il est plus vraisemblable qu'Aymeric signa cette charte, 
pour la confirmer, quelque temps après sa date. Se depuis la mort d'Aigon, 
qui décéda vers la fin de l'année 926 ou au commencement de la suivante. 
On a plusieurs exemples^ de pareilles signatures. Enfin l'évêque Réginald ou 
Raynald, qui souscrivit aussi, étoit évêque de Béziers. 

XIII. — Ulveradej frère d' Eu de s j vicomte de Narbonne. 

Le vicomte Ulverade donna l'année suivante "^ à l'église de Saint-Paul de 
Narbonne 6* aux clercs qui la desservoient un alleu qu'il possédoit dans le 
comté de cette ville. On voit la souscription du même vicomte à une do- 
nation^ faite le 28 septembre de l'an 926 de plusieurs terres situées à Sigean, 
dans le diocèse de Narbonne, en faveur de la cathédrale de cette ville dont 
Agio étoit alors archevêque, suivant le même acte. Il est donc hors de doute 
que Ulverade étoit vicomte de Narbonne en 926 8c 926; mais comme il est 
constant*^ d'un autre côté qu'Eudes possédoit cette vicomte dans le même 
temps, nous conjecturons qu'ils étoient frères, 8c qu'il^Ma possédoientpar indivis 
ou en commun. On peut appuyer cette conjecture sur ce qu'il paroît'^ que 
Ulverade est le même que Wadalde élu évêque d'Elne ^ vers l'an 980, 
lequel conjointement avec Gauzbert, comte de Roussillon, fit une donation ^ 
en 981 à sa cathédrale « tant pour le repos de l'âme du comte Suniarius, 
« de sa femme Ermengarde, du comte Bencion 6» d'Almeradey évêque, que 
« pour celui de Francon, vicomte, de son épouse Arsinde ^ du vicomte Eudes. » 
Or, comme il est certain '° que Gauzbert, comte de Roussillon, étoit frère de 
Édj """'si^- fjencion, comte du même pays, 8c d'Almerade, évêque d'Elne, 8c qu'il est très- 
probable qu'ils étoient fils du comte Suniarius 8c d'Ermengarde , quoique 

' Borrel, père de Richilde, était comte d'Ausone ' Voyez tome IV, Note XI, n. i & suiv. 

& fils, en effet, de Wifred le Velu. Il avait épousé » Dom Vaissete commet ici une grave erreur : 

Garsinde, qui mourut avant l'année pSô. Quant à Wadalde, évêque d'Elne, n'était point frère d'Eu- 

lui, il mourut vers l'année 942. [E. M.] des, vicomte de Narbonne. Il était frère d'Elme- 

=■ Voyez ci-dessus, livre XI, n. Lxxxvi, & Marca rade, évêque d'Elne, de Bencion & de Gauzbert, 

Hispantca, p. 33, 38, 840. comtes de Roussillon, & fils de Suniaire II, aussi 

3 Mabillon, de Re dlplomaùca, 1. 2, c. 20. — comte de Roussillon. S'il y avait parenté entre lui 

Pagi, ad ann. 939, n. o. 8c la famille des vicomtes de Narbonne, ce ne pou- 

■* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. L. vait être que par les femmes. [E. M.] 

* J^f"i- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LU. 

« Voyez tome IV, Note XI, n. i & suiv. •» Marca Hispan'ica, p. 843 & suiv. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. io3 

cela ne soit pas marqué ' dans l'acte, on peut dire^ qu'il ne l'est oas moins que 
Wadalde, évoque d'Elne, étoit iils du vicomte Francon Se d'Arsinde, son épouse 
Se par conséquent frère d'Eudes, vicomte de Narbonne. 

XIV. — Mort d'Agio, archevêque de Narbonne. — Aymeric lui succède. 

La charte de l'an 926 est souscrite aussi par la comtesse Gudinilde 6c la 
vicomtesse Richilde. Celle-ci n'est pas différente de la femme du vicomte 
Eudes, dont on a déjà parlé. L'autre étoit peut-être veuve de Raimond II 
comte de Toulouse Si marquis de Gothie, Sî. mère de Raimond-Pons, son 
successeur, à moins qu'elle ne soit la même que Widinilde, veuve de Wifred 
le Velu, comte de Barcelone, 8c vraisemblablement aïeule de ^ Richilde 
vicomtesse de Narbonne"^. Quoi qu'il en soit, cette charte prouve qu'Agio, 
archevêque de cette ville, vivoit encore au mois de septembre de l'an 926 
Se que le prétendu Anno, qu'on ^ place sur le siège de cette métropole en 924, 
entre cet archevêque 5c Aymeric, n'est pas différent du premier, dont le nom 
a été altéré par les copistes. 

Agio mourut peu de temps après j Se en effet, outre qu'il n'est plus fait men- 
tion de lui dans aucun ancien monument, Aymeric, son successeur immédiat, 
écrivit '^ conjointement avec Hugues de Toulouse, Réginald de Béziers, Se 
les autres évêques, ses comprovinciaux, au pape Jean X qui étoit déjà déposé 
à la fin '7 de juin de l'an 928. Ils demandoient par leur lettre le pallium 
en faveur du même Aymeric, élu archevêque de Narbonne après la mort 
d'Agio , Se excusoient ce prélat de ce que, suivant l'ancienne coutume, il 
n'avoit pu aller le recevoir lui-même à Rome, ni y envoyer ses députés, 
soit parce que , pour satisfaire à son devoir, il n'avoit pu abandonner le 
pays, que les Hongrois avoient entièrement ravagé les années précédentes, 
soit parce que les chemins de Narbonne en Italie n'étoient pas encore libres, 
à cause que les Sarrasins occupoient toujours les passages des Alpes, Se qu'en- 
fin la route d''Allemagne l'auroit obligé à un trop grand détour. Le pape, 
dans sa réponse, après avoir témoigné à ces prélats la part qu'il prenoit 
aux maux qui affligeoient leur province, consent qu Aymeric use du pal- 
lium en certaines festivités de l'année, telles que Pâques, Noël, Saint-Jean- 
Baptiste, l'Assomption de la Vierge , la Dédicace de son église. Se à la consé- 
cration d'un évêque. Hugues, évêque de Toulouse, avoit succédé à Armand 
après l'an^ 922. 



' Marca Hispanica, p. 385. * Gallia Christiana, nov. edit. p. SyS. 

' Voyez tome IV, Note XI, n. 5, ^ Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc, 

^ Voyez tome IV, Note XI. p. 56o & suiv. 778 & suiv. — Histoire des comtes 

^ Richilde était fille de Borrel, comte d'Ausone, & de Toulouse, p. 88. — Voyez tome IV, Note VU, 

de Garsinde. morte avant 936. Elle était pe'tite-fiUc n. 3. 

de Wifred le Velu. — Voyez tome II, Note addi- ' Pagi, ad ann. 928, n. 1 & seq. 

tionnelle à la Note LXXXVII. [E. M.j * Mabillon, ad ann. 918, n. 24. 



An 926 



" 7~ 104 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An iji6 " 

XV. — Mort de Guillaume II y duc d'Aquitaine, 6- d'Acfredj sonjrere b son 

successeur. 

Il est remarquable que tous les actes de la Province, pendant la prison de 
Charles le Simple, sont datés des années du règne de ce prince : preuve cer- 
taine que les peuples de Languedoc lui demeurèrent fidèles après que Raoul 
se fut emparé de toute l'autorité. Les Aquitains étoient également portés en 
sa faveur j Se si Guillaume II, leur duc & comte d'Auvergne, se soumit à ce 
dernier, ce fut par force plutôt que par inclination. Aussi ne demeura-t-il que 
fort peu dans le parti de Raoul 5 8c il ne le vit pas plus tôt occupé en France, 
tant contre les Normands que contre les Lorrains, qui refusoient égale- 
ment de le reconnoître pour roi , qu'il secoua le joug de son obéissance & se 
mit en liberté. 

Raoul, dans le dessein de punir l'infidélité' de ce duc, assembla une puis- 
sante armée composée de François 8c de Bourguignons, 8c s'avança vers la 
Loire. Il commença par le siège de Nevers, où le frère de Guillaume s'étoit 
jeté, 8c l'ayant forcé à se rendre 8c à lui donner des otages , il passa en 
Aquitaine 8c marcha contre ce duc, qui, n'osant lui résister, prit la fuite. 
Heureusement pour Guillaume, les Hongrois, ayant fait cette même année 
une nouvelle irruption en deçà du Rhin, obligèrent Raoul de décamper 
y^n 027 pour aller s'opposer à leurs entreprises. Le duc d'Aquitaine, délivré par là des 
armes de ce prince, continua jusques à sa mort, qui arriva entre les mois 
d'avril 8c d'octobre ^ de l'année suivante, de soutenir le parti de Charles 
le Simple. Guillaume II, par son testament^, donna diverses terres à l'abbaye 
de Saint-Julien de Brioude dont il étoit abbé séculier. Godescalc, évêque du 
Puy, qui fut son principal exécuteur testamentaire, s'étant rendu quelque 
ui°pll33' temps après dans le château de Polignac avec ses autres collègues, ordonna la 
délivrance des legs faits par ce duc à la même abbaye, par un acte daté du 
règne de Raoul, ce qui prouve que ce prince étoit toujours reconnu dans le 
Vêlai. 

Guillaume deuxième ou troisième du nom'^, duc d'Aquitaine, mourut sans 
enfans. Acfred, son frère, lui succéda dans ce duché, 8c à ce qu'il paroît dans 
ses autres dignités, savoir 5 dans les comtés d'Auvergne 8c de Vêlai. Il prenoitla 
qualité de comte avant la mort de son frère, 8c nous avons lieu de croire qu'il 
étoit pourvu des comtés de Brioude 8c de Talandes, qui faisoient partie de l'Au- 
vergne, 8c du comté de Gévaudan^, Nous savons du moins qu'il possédoit^ de 

■ Frodoard, Chron'icon, p. 597. le premier étant Guillaume, frère du duc Gérard. 

' Ib'id. — Mabillon, ad ann. 927, n. 84. — Voyez [E. M.] 

tome II, Note LXXXVII, n. 108. s Voyez tome IV, Notes XVI & XVII. 

5 Baluze, Histoire génial, de la maison d'Auver- «Voyez tome II, Note LXXXVII, & tome IV, 

ij«e, t. 2, p. 18. ?/ofeXXVI, n. 7. 

^Guillaume le Jeune, neveu de Guillaume le ' Baluze, Hist. gènéal. de la maison d'Auvergne, 

Pieux, est le troisième du nom, comte d'Auvergne, t. 2, p. 20 & suiv. — Labbe, Miscellanea, p. 5o3. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. io5 

grands biens dans ce dernper pays '. Ce fut lui sans doute qui défendit Nevers 
contre Raoul, 8c en effet il ne voulut jamais le reconnoître pour roi, comme 
il paroît^ entre autres par la date de son testament 5c d'une donation qu'il 
fit à l'abbaye de Sauxillanges en Auvergne, car ces deux actes sont datés du 
1 1 d'octobre^ la cinquième année depuis que les François avaient dégradé (Inho- 
nestaverunt) leur roi Charles, 6- élu, contre le droit, Raoul pour leur roi, 
Acfred, qui dans ses chartes se qualifie duc d^ Aquitaine par la grâce de Dieu, 
se sert des mêmes termes ^ par rapport à Raoul, dans la date d'une autre 
charte qu'il donna lorsqu'il n'étoit que comte. On n'a aucune preuve qu'il 
fût encore en vie après l'an 927 ; ainsi il survécut peu de temps au duc Guil- 
laume, son frère. Comme il mourut sans postérité, il disposa par son testament"^ 
de la plupart de ses biens en faveur des églises, 8c donna entre autres l'alleu 
de Chamalières, en Vêlai, à celle de 'Notre-Dame d'Anis ou du Puy. Quant 
au duché d'Aquitaine 8c aux comtés d'Auvergne 8c de Vêlai, il^ paroît que 
Charles le Simple en disposa, après la mort d' Acfred, en faveur d'Ebles, comte 
de Poitiers '5. 

XVI. — Hugues, duc de Provence, élu roi de Lomhardie. — Il se ligue 

avec le roi Raoul. 

Herbert, comte de Vermandois, piqué du refus que Raoul lui avoit fait du 
comté de Laon pour son fils Eudes, avoit alors tiré Charles de sa prison pour 
le remettre sur'^ le trône j mais ne lui ayant rendu ce service important que 
dans la vue de se servir de lui pour l'exécution de ses desseins, 8c s'étant rac- 
commodé bientôt après avec Raoul, il s'assura de nouveau de la personne de ce 
prince, 8c le fit garder à vue comme auparavant. Raoul 8c Herbert, après leur 
réconciliation, prirent la route de Bourgogne pour aller conférer avec Hugues, 
roi d'Italie, qui passa exprès les Alpes poi.>: cette entrevue. 

Cet Hugues est le même que le duc de Provence de ce nom, dont on a 
déjà parlé. Les Italiens l'avoient^ appelé chez eux depuis deux ans pour le 
placer sur le trône, après en avoir fait descendre Rodolphe, roi de la Bour- 
gogne Transjurane, dont ils étoient mécontens. Hugues, dont les anciens au- 
teurs parlent avec éloge, flatté de l'espoir d'une couronne, avoit équipé une 
flotte, s'étoit embarqué en un port de Provence, 8c à son arrivée à Pise, il y 

' Acfred était abbé de Saint-Julien de Brioude en grands fiefs par leur seule autorité. Quelques chro- 

922 & en 923, & par conséquent comte de Vêlai niqueurs rapportent qu'Eble, comte de Poitiers, 

dès cette époque. [E. M.l fut le successeur d'Acfred au comté d'Auvergne; 

' Baluze, Hist. généal. de la maison d'Auvergne, mais n'est-ce pas plutôt à titre de parent qu'il hé- 

t. 2, p. 20 & suiv. rita de ce dernier, si réellement il a été comte 

3 Ibid. d'Auvergnei» [E. M.] 

^ Ibid. ' Frodoard, Chron'tcon, p. 597, & H'isî. Rem. 1. 4, 

=* Voyez tome IV, Note XVI, n. 3 & suiv, c. 22. 

® Les Bénédictins emploient ici une expression * Luitprand, 1. 3, c. 3 & suiv. — Frodoard, 

qui manque de justesse. Il est douteux qu'au Chronicon, p. 697. 
dixième siècle les rois pussent disposer ainsi des 



An 927 



An 928 



An 5)28 



106 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



Éd. oricin. 
t. II, p. 64. 



avoit trouvé le pape Jean X &. la principale noblesse d'Italie, qui l'avoient 
conduit à Pavie, où il avoit été couronné. La crainte d'un concurrent aussi 
puissant que Rodolphe l'engagea sans doute à venir en France conférer avec 
Raoulj pour s'assurer de son secours contre son compétiteur. Il paroît en effet 
qu'ils formèrent alors ensemble une ligue pour se soutenir mutuellement sur 
le trône, ce qu'on peut appuyer: 1° sur le témoignage de Luitprand ', suivant 
lequel Hugues n'eut pas plus tôt reçu la couronne des Lombards, qu'il cher- 
cha de tous côtés à se faire des alliés 8c à mettre les rois 8c les princes dans ses 
intérêts 5 2° sur ce que^, dans la même conférence, il se démit du comté de 
Vienne en faveur d'Eudes, fils du comte de Vermandois, qui avoit toute la con- 
fiance de Raoul 5 3° sur ce qu'il donna en mariage Berthe, sa nièce, à Boson, 
qualifié comte ^ d'Arles : ce seigneur, dont l'origine n'est pas bien connue, pour- 
roit bien être le même que Boson, frère du roi Raoul, qui mourut en çSS ; car 
nous savons que quelques années après la même Berthe étoit veuve ; ainsi 
Hugues, pour obtenir l'alliance 8c la protection de Raoul 8c du comte de Ver- 
mandois, leur aura cédé la Provence, qu'il possédoit auparavant en fief de la 
couronne, 8c ces deux princes l'auront partagée, en sorte que la partie méridio- 
nale, sous le titre de comté d'Arles, sera demeurée par ce traité à Boson, frèrfe 
du roi Raoul, 8c la septentrionale, sous celui de comté de Vienne, à Eudes, fils 
du comte "^ de Vermandois. Nous voyons enfin que le roi Raoul avoit deux 
frères du nom de Boson, dont l'un vivoit encore en 939; ainsi Boson, premier 
du nom, comte de Provence ou d'Arles, aura été vraisemblablement l'un des 
deux. Au reste, la conférence dont on vient de parler dut se tenir à la fin de 
l'an 928, car Hugues étoit ^ à Vienne au mois de novembre de la même année, 
8c nous savons d'ailleurs*^ qu'il repassa en Italie aussitôt après cette entrevue. 
Raoul se rendit de son côté à Reims, où, pour s'affermir sur le trône, il fit 
enfin avec Charles le Simple un traité dont nos historiens"^ ne rapportent que 
ce qui suit : Raoul fit la paix avec Charles, lui rendit le palais d'Attignij 6* 
lui fit divers présens. Il fut aisé au premier, qui étoit maître de la personne de 
l'autre, de lui imposer telles conditions qu'il voulut, 8c il l'obligea sans doute 
à lui céder la couronne. 



An 929 XVII. — Mort de Charles le Simple. — Interrègne dans la Province. 

Charles ne survécut pas longtemps à ce traité. Il mourut le 7 d'octobre de 
l'année suivante 8, dans la prison où le comte de Vermandois l'avoit détenu 
jusques alors. Il laissa de sa femme Odgive {aliàs Ogive) un fils nommé Louis, 
âgé de neuf ans, que cette princesse avoit emmené en Angleterre, auprès du 
roi Aldestan, son frère, où elle alla chercher un asile, après que Charles, son 



' Luitprand, 1. 3, c. 5. 

" Frodoard, Chronicon, p. Spy. 

' Luitprand, 1. 5, c. 14. 

* Mabillon^ ad ann. 989, n. 2. 



^ Spicilegium, t. 12, p. 147. 
^ Frodoard, Chronicon, p, 698. 
' Ibid. 
^ Chronicon S. Pétri Vivï. 



An f^Jo 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 107 ""[ 

' An 929 

mari, eut été détrôné. Quoique Raoul parût devoir régner sur tout le royaume 
par la mort de ce roi &. l'absence de son fils, les provinces méridionales, qui 
jusques alors lui avoient refusé l'obéissance, ne lui furent pas pour cela plus 
soumises, en sorte qu'elles demeurèrent depuis dans une espèce d'anarchie, 
& que, s'obstinantà ne vouloir pas le reconnoitre pour roi, on data communé- 
ment les chartes ' , en Aquitaine, dans la Gothie &. la Marche d'Espagne, depuis 
la mort de Charles dans V attente d'un roi. 

Il semble cependant par un^ acte passé en Rouergue le 22 du mois d'avril, 
la première année de la mort du roi Charles, lorsque Raoul commença à régner, 
que ce dernier étoit reconnu en ce pays en 9805 mais cela marque seulement 
qu'il régnoit en France depuis la mort de Charles. Nous verrons en effet 
plus bas qu Ermengaud, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, ne se soumit 
à ce prince que deux ans après. D'autres monumens^ du diocèse de Narbonne 
donnent Heu de croire qu'aussitôt après la mort de Charles le Simple, on y 
reconnut le jeune Louis, son fils, quoiqu'il fût absent du royaume. En un 
mot, chaque notaire se prescrivit sa formule de dater durant cette espèce d'in- 
terrègne, quoiqu'on se servît plus communément de la suivante : Régnant 
Notre-Seigneur, 6» en attendant un roi} mais toujours sans aucune marque de 
soumission pour Raoul c 

Ce prince, résolu de soumettre cette partie de la monarchie à sa domination, 
s'avança "^ vers la Loire au commencement de l'an 980, sous prétexte d'aller 
combattre les Normands qui ravageoient l'Aquitaine &. qui s'étoient étendus 
dans le Limousin» Il les rencontra dans ce pays 8c les défit entièrement. Cette 
victoire lui acquit beaucoup de gloire 8c de réputation, 8c disposa les Aquitains 
à se soumettre, ce qu'ils firent enfin. Raoul n'alla pas plus loin dans cette pro- 
vince; les nouveaux différends survenus entre Hugues le Grand, fils du feu 
roi Robert, 8c le comte de Vermandois, 8c les guerres que se faisoient entre eux 
divers seigneurs, le rappelèrent bientôt en France : ainsi la partie méridionale 
du royaume se maintint toujours dans l'indépendance. 

XVIII. — Hugues, roi d'Italie, cède la Provence à Rodolphe, roi de Bourgogne. 

Hugues, roi d'Italie, abandonna alors les intérêts de Raoul, son allié, pour 
s'accommoder avec Rodolphe, son compétiteur, dont le parti s'étoit ranimé en 
Italie 5 8c à qui il céda, par un traité, toiit ce qu'il possédoit en deçà des Alpes. 
Rodolphe céda de son côté à Hugues toutes ses prétentions sur le royaume de 
Lombardie, dont ce dernier demeura par là paisible possesseur'^. C'est tout ce 
que nous savons de ce traité, en conséquence duquel Rodolphe 8c les rois de la 
Bourgogne Transjurane, ses successeurs, étendirent leur domination jusques à 

' Baluze, Not. in Capital, t. z, p. i535. — Marca ^ Mabillon, ad ann. 922, n. 5o. 

Hispanica, p. 846. — Mabillon, ad ann. 922, n. 5o. '* Frodoard, Chronicon, p. 5o8. 

— Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LV. ^ Luitprand, 1. 3, c. i3. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV. «^ Ibid. 



An q3o 



io8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



la mer Méditerranée, & unirent à leurs États le royaume de Provence, que Boson 
avoit usurpé, à l'exception cependant du Vivarais & de l'Uzège, c'est-à-dire de 
presque toute la partie orientale du Languedoc qui en dépendoit auparavant, 
& qui demeura soumise à l'empire François. Comme ce traité fut conclu au 
t li^pli"' préjudice de nos rois ', légitimes souverains de la Provence, &. que Hugues n'a- 
voit aucun droit de transférer le royaume à Rodolphe, on doit regarder toutes 
les entreprises de celui-ci & de ses successeurs comme une véritable usurpation. 
Aussi Raoul ^- Se les rois de France qui régnèrent après lui exercèrent-ils leur 
autorité souveraine sur la Provence, 8c firent tout ce que la foiblesse où étoit 
alors le gouvernement leur permit pour réunir à la couronne cette ancienne 
partie de la monarchie. 

Quelques modernes rapportent diverses circonstances de ce traité. Ils pré- 
tendent entre autres que Hugues se réserva, sa vie durant, le comté d'Arles, qui 
s'étendoit depuis l'Isère jusques à la mer; mais tout cela est avancé sans preuve, 
& il paroît-^ au contraire, par divers monumens, que Rodolphe & Conrad le 
Pacifique, son successeur, régnèrent sur toute la Provence du vivant de Hugues. 
Ce dernier céda par conséquent à l'autre l'autorité qu'il avoit sur ce royaume ; 
il se réserva seulement quelques terres ou alleux du pays 8c des provinces 
voisines, dont il disposa dans la suite en faveur des églises ou de Berthe, 
sa nièce. 

Hugues, pour assurer à sa postérité le royaume d'Italie"*, s'associa alors 
Lothaire, son fils, 8c appela de Provence plusieurs de ses proches, qu'il combla 
de biens 8c d'honneurs. L'un des principaux fut Manassés, archevêque d'Arles, 
son neveu du côté de sa sœur, qui abandonna^ le soin de son église pour 
passer en Italie, 8c ne fit pas scrupule de garder cet archevêché avec plusieurs 
évêchés du royaume de Lombardie dont il se fit pourvoir. Hilduin, autre 
évêque, après avoir été chassé de son église, alla trouver aussi en Italie '^ le roi 
Hugues, son allié, 8c il obtint de ce prince l'évêché de Vérone, 8c ensuite 
l'archevêché de Milan. Quelques auteurs'' prétendent que ce prélat, lorsqu'il 
passa en Italie, avoit été expulsé du siège épiscopal de Lodève; mais ces auteurs 
se trompent, 8c ils ont pris ^ Lodève pour Liège. Il est certain, en effet, 
qu'Hilduin, qui alla joindre le roi Hugues, son allié, n'est pas différent 
d'Hilduin, qui, après avoir envahi l'évêché de Liège ou de Tongres, se 
voyant obligé de l'abandonner, emmena avec lui en Italie ^ Ratherius, moine 
de Lobbes, qui lui succéda dans l'évêché de Vérone. 

Hugues, après avoir cédé la Provence à Rodolphe, établit sa résidence au delà 
des Alpes 8c ne se mêla plus des affaires de France. Comme il avoit fait cette 



' Voyez tome IV, Note I. « Luitprand, 1. 3, c. n. 

' Voyez Notel, n. 22, & NoteXlI. ' Plantavit, Évêques de Lodève, p. 42 & siiiv. — 

5 Voyez NoteXlI. Gallia Chrlsùana, t. 2, p. 672. 

^ Luitprand, 1. 4, c. 1. — Voyez Pagi, ad ann. « Laudocensis pour Leodicensis^ dans Luitprand. 

93o, n. 5. 9 Voyez Luitprand, 1. 4, c. 3. — Mabillon, ad 

« Luitprand, 1. 4, c. 3. ann. 920, n. 28. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. loo 

/ An 93 1 

cession au préjudice de Raoul qu'il avoit reconnu pour son souverain, & qui, 
en qualité de roi de France, avoit un droit légitime sur la Provence, ce der- 
nier se mit en état de soumettre ce royaume à son obéissance & marcha dans 
ce dessein' vers le Rhône, au commencement de l'an 98 1. A son arrivée à 
Vienne, Charles-Constantin, fils de Louis l'Aveugle, alors maître de cette 
ville, lui en donna l'entrée 8t lui prêta serment de fidélité. 

Si l'on en croit les historiens provençaux, Hugues ayant envahi le royaume 
de Provence aussitôt après la mort de Louis, donna dans le même temps le 
comté de Vienne à Charles-Constantin pour le dédommager en quelque 
manière de la succession de son père, dont il le privoit; mais ce fait est démenti 
par Frodoard, auteur contemporain, qui donne à Hugues le titre de comte de 
Vienne en 924, peu de temps après la mort de Louis l'Aveugle. Il est d'ailleurs 
constant que Hugues céda le même comté en 928 à Eudes, fils du comte de 
Vermandois. Charles-Constantin ne le possédoit donc pas encore alors j Si. 
bien loin de croire que Hugues le lui ait cédé, il est au contraire très-vraisem- 
blable qu'il le dépouilla de toute la succession aux États de Provence. Il paroît 
que Charles-Constantin, profitant de l'absence de ce prince lorsqu'il passa en 
Italie en 928, ou peut-être seulement lorsqu'il eut traité avec Rodolphe en 
980, se sera emparé du comté de Vienne, 8c que, pour se maintenir dans la 
paisible possession de ce pays, il se sera ensuite soumis à Raoul, roi de France ; 
en effet, ce dernier, depuis la mort de Charles le Simple, ne ménagea plus tant 
le comte de Vermandois dont le fils avoit reçu de Hugues l'investiture du 
même comté, 8c qui se brouilla même vers le même temps avec lui. Ce qu'il 
y a de certain, c'est que Charles-Constantin posséda ce comté depuis l'an 981, 
sous l'autorité de nos rois. Raoul domina aussi sur le reste du royaume de 
Provence ou le comté d'Arles, s'il est vrai, comme nous le conjecturons, que p<J- ongjn. 
Boson, comte d'Arles 8c mari de Berthe, est le même que Boson, frère de 
ce roi^. 

On peut appuyer cette conjecture sur une charte de^ l'an 982, suivant 
laquelle un seigneur nommé Humbert donna, un mardi, premier jour d'août^ 
sous le règne de Raoul, au monastère de Notre-Dame de Caseneuve ou de 
Goudargues, dans le diocèse d'Uzès, une terre qu'il avoit dans celui de Die 5 
d'où il s'ensuit que Raoul étoit alors reconnu dans ces deux diocèses. Il est vrai 
qu'on peut également rapporter cette, date à Rodolphe ou Raoul, roi de Bour- 
gogne; mais comme nous savons d'ailleurs"^ que Raoul, roi de France, fut 
reconnu dans l'Uzège, cela prouve que c'est de son règne qu'on a voulu dater 
cette charte, 8c qu'ainsi il fut reconnu aussi dans la Provence. 

' Frodoard, Chronicon, p. Spp. peut consulter aussi le Cartulaire de l'ahhaye d'Aï- 

' Voyez, sur les rois de Provence & de la Bour- nay, publié dans la même collection par M. A. Ber- 

gogne transjurane, l'introduction du Cartulaire de nard. [E, M.] 

Saint-Victor de Marseille, publié dans la collection ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, 

des documents inédits relatifs à l'histoire de France quatrième charte citée sous ce numéro. 

& les chartes renfermées dans ce cartulaire. On "♦ Voyez tome IV, 2Vore XV, n. 2. 




: — iio HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 931 

XIX. — Suite de ^interrègne dans la Province. — Concile de Narhonne. — 

Êvêques de Carcassonne. 

Les différens troubles qui agitèrent les provinces septentrionales du 
royaume, les premières années du règne de ce prince depuis la mort de 
Charles le Simple, ne lui permirent pas d aller soumettre celles du midi, qui 
continuèrent toujours à lui refuser Tobéissance. C'est ce que prouvent mani- 
festement : 1° une donation ' faite par Wadalde, évêque, &. Gauzbert, comte de 
Roussillon, à la cathédrale de Sainte-Eulalie d'Elne le 10 d'avril de la seconde 
année après la mort de Charles, fils du roi Louis, J.-C. régnant, 6* en attendant 
un roi^ 2° une autre donation^ qu'un seigneur nommé Raimond fit à l'abbaye 
de Saint-Hilaire, au diocèse de Carcassonne, de divers alleux situés dans le 
comté de Razès, le 26 de juillet, la seconde année depuis la mort du roi Charles, 
fils de Louis. Enfin il n'est fait aucune mention du règne de Raoul dans la 
date d'un échange^ fait en çSi, entre Gimera, évêque de Carcassonne, <i« 
consentement des clercs de sa cathédrale, Se Alphonse, abbé, Si les religieux du 
château de Mallast ou de Montolieu, de diverses terres situées dans le royaume 
de Septimanie 6* le comté de Carcassonne. 

Il est marqué à la fin de cet acte que Gimera le fit ratifier dans un concile 
d'évèques qui fut tenu sans doute dans la Province, mais dont nous n'avons 
pas d'autre connoissance. Ce prélat avoit fait un autre échange"^ six ans aupa- 
ravant, savoir : le 18 de juin de la vingt-huitième année du règne de Charles 
depuis la mort du roi Eudes, avec le même Alphonse, abbé de Montolieu. Il 
avoit été élu vers l'an 902, Si il occupa le siège de Carcassonne jusque vers 
l'an 982 qu'Abbon lui succéda. On a fait^ de Gimera trois évêques de Car- 
cassonne de ce nom, Si deux autres de Gisande, qui succéda à Abbon entre le 
12 d'avril Si le 24 de mai de l'an 984. 

XX. — Ermengaud ^ Raimond-Pons, princes de Gothie, se soumettent à 
Raoul. — Ce roi dispose en leur faveur du duché d'Aquitaine 6* des comtés 
d'Auvergne, de Gévaudan 6 de Vêlai. 

^^ 3^ Raoul n'étoit donc pas encore reconnu dans le Languedoc en 981. Il vint en 

Aquitaine à la fin de cette année, pour concilier quelques seigneurs du<5 pays 
qui se faisoient la guerre 5 mais de semblables dissensions entre les seigneurs 
de France l'ayant obligé de repasser bientôt la Loire, il remit à l'année sui- 
vante l'exécution du projet qu'il avoit formé de réduire sous son obéissance 
le reste des provinces méridionales du royaume, qui refusoient de la lui ren- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, * Capitula'ires, t. 2, p. 1634. — Besse, Histoire de 

quatrième charte citée sous ce numéro. Narhonne, p. 446. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LU. ^ Voyez tome IV, Note XIII. 

' /i'^i. n. LUI. 6 Frodoard, Chronicon, p. 600. 



FIISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIL ni 



An 932 



dre. Dans ce dessein, il revint ' en Aquitaine en 932, Se s'étant avancé dans le 
pays, Raimond 6- Ermengaud, princes de Gothie, allèrent à sa rencontre, se 
soumirent enfin à son autorité, & lui prêtèrent serment de fidélité. Pvaoul éten- 
dit par là sa domination sur toute la Septimanie, le comté &. marquisat de Tou- 
louse 8c la partie de l'Aquitaine qui dépendoit du domaine de ces deux princes : 
car on a déjà remarqué que Raimond possédoit le comté de Toulouse, 8c 
Ermengaud, son oncle, celui de Rouergue, 8c qu'ils jouissoient par indivis 
tant du marquisat de Gothie que des comtés d'Albigeois 8c de Querci. Loup- 
Aznar, comte ou duc de Gascogne, se trouva à la même entrevue 8c se sou- 
mit aussi à Raoul. Frodoard remarque à cette occasion que ce dernier montoit 
un cheval qu'on prétendoit avoir plus de cent ans, 8c qui néanmoins étoit 
encore très-vigoureux. 

Cet historien ne nous apprend pas le lieu de cette entrevue 5 nous verrons 
bientôt qu'il paroît que ce fut dans la Septimanie, ou du moins sur les fron- 
tières de l'Aquitaine. Il ne marque pas non plus à quelles conditions Raimond 
8c Ermengaud se soumirent enfin à l'obéissance du roi Raoul; mais il n'y a pas 
lieu de douter^ que ce roi, à qui il importoit extrêmement de gagner les deux 
princes de Gothie, n'ait disposé alors en leur faveur du duché d'Aquitaine, tli.^p.^ô"'. 
qu'ils possédèrent depuis par indivis, 8c qu'il n'ait pourvu Ermengaud du 
comté de Gévaudan, 8c Raimond de ceux d'Auvergne 8c de Vêlai. Il paroît à 
la vérité que Charles le Simple, dans le temps de son élargissement, avoit déjà 
disposé de ces dignités, vacantes par la mort d'Acfred, duc d'Aquitaine, en 
faveur d'Ebles, comte de Poitiers, mais Raoul n'eut^ aucun égard à cette dis- 
position. 

Depuis l'entrevue dont on vient de parler, Raoul fut généralement reconnu 
pour roi dans tout le Languedoc 8c la Gascogne, provinces qui avoient tou- 
jours été fidèles au roi Charles le Simple jusques à sa mort, 8c même longtemps 
après, comme on vient de le voir. On y data dans la suite les actes des années 
du règne de Raoul, en ne les comptant"^ cependant que depuis la mort de 
Charles le Simple, 8c dans quelques-uns^ que depuis la soumission d'Ermen- 
gaud 8c de Raimond. C'est par là que finit cette espèce d'interrègne"^ qui dura 
neuf ans de suite dans la province, savoir depuis l'emprisonnement de Charles ''. 
Les comtes de Toulouse profitèrent de cette conjoncture pour augmenter leur 
autorité 8c leur indépendance. Aussi prenoient-ils alors la qualité de princes, 
comme l'on voit dans plusieurs chartes 8c dans les historiens ^ du temps, qui ne 
font pas difficulté de la leur donner, 8c même celle de princes très-puissans. 

Il ne restoit plus à Raoul que la Marche d'Espagne à soumettre pour être 
généralement reconnu dans toute la monarchie j mais la plupart des comtes de 



' Froàoar(l,CAro«ico«_,apu(iDuchesne,t. 3,p. 340. ^ Voyez A^ofe XIII, n. 5. 

' Voyez tome IV, 27otes XVI, XVII 8c XXVI. « Voyez tome II, aux Preuves, Chroniques, n. t. 

^ Ihid. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXII. 

^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. LVII, * Frodoard, dans Duchesne, t. 3, p. 340. 
LVIII. 



An 932 



An 933 



112 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

cette province continuèrent ' jusques à sa mort à lui refuser l'obéissance & à 
dater les actes depuis la mort de Charles le Simple. La situation de ce pays à 
l'extrémité du royaume 8c la nécessité où se trouva Raoul de retourner en 
France, où son autorité n'étoit pas encore bien affermie, ne lui permirent pas 
sans doute d'entreprendre cette expédition. 

XXL — Époque de la soumission du Languedoc à Raoul. — Charte de ce prince 
' en faveur de Vahhaye de Montolieu. 

Nous avons dit qu'il paroît que ce prince s'avança jusque dans la Gothie 
pour y recevoir les soumissions de Raimond 8c d'Ermengaud. C'est ce que 
nous inférons de la date d'une de ses chartes^ donnée au palais d'Anse, dans le 
Lyonnois, le 20 du mois de mai de l'an 982, en faveur d'Alphonse, abbé du 
château de Mallast ou de Montolieu, qu'il confirma à la prière de Dalmace, 
son vassal (miles)^ dans la possession de différens biens qui avoientété donnés 
à ce monastère dans les comtés de Carcassonne, de Razès 8c de Narbonne. 
Raoul vint donc vers le midi du royaume la même année qu'il fut reconnu par 
les deux princes de Gothie : or, comme leur soumission doit être antérieure à 
cette charte, puisque les comtes de Toulouse avoient la suzeraineté sur le 
comté de Carcassonne, où l'abbaye de Montolieu est située, c'est une preuve 
que la paix entre les princes Raimond 8c Ermengaud, 8c le roi Raoul, se fit vers 
le commencement de l'an 982 , 8c que ce dernier, qui à son retour prit la route 
de Lyon, s'étoit approché du pays. On peut fixer encore plus précisément l'épo- 
que de cette soumission par une autre charte^ suivant laquelle Frotard 
vicomte de Cahors, avec sa femme Adalberge 8c du conseil du comte Raimond 
leur seigneur, donna différentes terres dans le Querci à l'abbaye de Beaulieu 
située sur les frontières de ce pays 8c du bas Limousin, pour l'âme d'Odolric 
son père, 8c de Beletrude, sa mère, au mois de mars de Van 982, indiction v 
sous le règne de Raoul. Il est certain que le comte Raimond dont il est parlé 
dans cet acte est le même que Raimond-Pons, comte de Toulouse 8c marquis de 
Gothie, qui dominoit sur le Querci, comme nous l'apprenons d'ailleurs; d'où 
l'on doit conclure que ce prince étoit déjà soumis à Raoul dès le mois de mars 
de l'an 982 8c que leur entrevue se fit vers le commencement de la même 
année. 

XXIL — Prise de Vienne par Raoul. — Évêques £^ vicomtes de Bér^iers. 

Raoul parcourut la Bourgogne en 982 ; il s'avança l'année suivante jusques à 
Vienne, assiégea cette ville 8c la prit'^, ce qui nous donne lieu de croire que 

' Baluze, Not. In Capital, t. 2, p. i536. — Marca ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, 

Htspanica,p. 847. la y charte citée sous ce numéro. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, "• Frodoard, Chronicon, p. 600. 
la 3*^ charte citée sous ce numéro. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. ii3 



An 933 



Rodolphe, roi de Bourgogne, pour faire valoir la cession que Hugues lui avoit 
faite du royaume de Provence, s'étoit emparé de la même ville sur Charles- 
Constantin, vassal de Raoul, qui rétablit ainsi son autorité à la gauche du 
Rhône. 

Il affermit de plus en plus celle qu'il avoit établie l'année précédente à la 
droite de ce fleuve, ce qu'on voit en particulier par un acte passé au nom' des tn°p.^68! 
exécuteurs testamentaires de Réginald, évêque de Béziers, le i() de mars de 
la quatrième année du règne de Raoul depuis la mort de Charles. Entre ces 
exécuteurs étoient les vicomtes Teudon 8c Odon : le dernier est le même que 
le vicomte de Narbonne de ce nom dont on a déjà parlé, 8c qui, selon les appa- 
rences, étoit parent ou allié de Réginald, évêque de Béziers. Quant à Teudon, 
comme il étoit certainement vicomte de Béziers 8c d'Agde, il étoit fils, selon 
toutes les apparences, de Boson ^, vicomte de ces deux villes, mort vers 
l'an 922. 

Réginald, évêque de Béziers, descendoit vraisemblablement de Réginald 
ou Rainald, vicomte de cette ville à la fin du siècle précédent. Il légua ^ dif- 
férens biens à sa cathédrale, entre autres le lieu de Saint-Pierre d'ApouU. On 
prétend"^ qu'il vécut jusques en 987 8c qu'il reçut alors une donation de Pons, 
comte de Toulouse j mais, outre que la charte^ qu'on cite là-dessus ne fait 
point mention de lui, on voit par l'exécution de son testament, faite en 983, 
qu'il étoit alors déjà décédé. Rodoalde, qui lui avoit déjà succédé dès l'an 987, 
étoif^ auparavant abbé de Saint-Thibéry, dans le diocèse d'Agde, 8c possédoit 
cette abbaye la vingt-septième année du règne de Charles le Simple. 

XXin. — Plaid tenu à Narhonne. — Raimond-PonSj comte de cette ville. 

' Nous avons un plaid daté'^ aussi du mois de mars, la quatrième année du 
règne de Raoul depuis la mort de Charles. Ce plaid fut tenu à Narbonne, 8c 
Aymeri, archevêque de cette ville, 6» Pons, comte b marquis, y présidèrent. 
Dix-huit juges, tant Goths que Romains 6* Saliens, ou François, y assistèrent 
avec eux, savoir : trois juges 8c un sajon ou huissier de la nation 8c de la loi 
des Goths, onze de celle des Romains, 8c trois de la nation 8c de la loi salique 
ou françoise. Il y avoit plus de juges romains que des autres nations; sans 
doute parce que les anciens peuples de la Province qu'on appeloit Romains 
faisoient le plus grand nombre des habitans, 8c que la loi romaine y étoit par 
conséquent la plus suivie. Plusieurs personnes de considération du pays, dési- 
gnées dans l'acte sous le nom général de Bons hommes ou à' Auditeurs, se trou- 
vèrent aussi à cette assemblée. On y jugea un différend que Donadeus, abbé 
du château de Mallast ou de Montolieu, 8c son monastère avoient avec le 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 
méro LVII. méro LXIV. 

' Voyez tome IV, A^ofÉ- XX, n. i & 2. • ^ Estiennot , Antiquitates Bened, Occit. t. i, 

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LVII. p. 104 & seq. 

^ Gallia Christiana, t. 2, p. 41 1. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LVI, 



III 



8 



^^ 33 114 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

comte Pons , l'un des présidens de l'assemblée , dont les gens avoient exigé 
certains droits sur les alleux que cette abbaye possédoit dans le comté de Nar- 
honne. Le procureur du monastère, après avoir formé sa plainte , représenta 
les titres sur lesquels il fondoit l'exemption de ces alleux. Les juges 6 les audi- 
teurs demandèrent alors au comte quelle était sa loi. Pons, pour toute réponse, 
excusa sa conduite. Se ayant avoué franchement qu'il avoit ignoré que ces 
fonds fussent libres, l'assemblée lui ordonna d'en maintenir la liberté à l'ave- 
nir & l'obligea à donner caution, suivant ce qui est marqué dans la loi salique, 
ce qu'il fit volontiers. 

Ce monument, très-intéressant pour notre histoire, nous donne occasion 
d'ajouter ici quelques réflexions. Il nous apprend : ï° que Raimond-Pons , 
comte de Toulouse, le même que le comte Pons qui présida à cette assemblée, 
étoit dans ce temps-là non-seulement marquis de Gothie, mais aussi comte 
particulier de Narbonne, puisque ses gens levoient certains droits sur les terres 
de ce comté; 2° que ce prince, qui fut jugé suivant la loi salique, étoit par con- 
séquent d'origine françoise, 8c en effet, suivant cet acte 8c quelques autres sem- 
blables, les différens juges pris d'entre les trois peuples qui habitoient le pays 
n'assistoient aux plaids qui y étoient tenus que pour juger chaque partie con- 
formément à la loi de sa nation j 3° que ces trois peuples n'étoient pas encore 
confondus dans la Province vers le milieu du dixième siècle ; 4° que quoique 
les grands vassaux du royaume eussent déjà commencé à s'emparer alors des 
droits régaliens 8c qu'on voie ici que le comte de Narbonne levoit certaines 
redevances sur les terres que nos rois avoient exemptées de toutes charges, ils 
n'étoient pas encore parvenus cependant à ce point d'autorité 8c de pouvoir 
arbitraire dont ils usèrent dans la suite, puisqu'ils défendoient leur propre 
cause comme des particuliers dans les assemblées provinciales 8c se soumet- 
toient à leurs jugemens; 5° enfin on trouve ici un monument de la modéra- 
^lii""^"' tion 8c de l'équité de Raimond-Pons, comte de Toulouse} nous en rappor- 
terons bientôt de sa piété 8c de sa religion. 

XXIV. — Acfred Ily comte de Carcassonne &» de Ra^ès. 

Donadeus, abbé de Montolieu, défendit non-seulement les anciens droits de 
^j^ 3 son monastère, il en augmenta encore les domaines 8c reçut' l'année suivante 
la donation que fit à cette abbaye le comte Acfred, soit de plusieurs alleux si- 
tués dans le comté de Carcassonne, que le comte Oliba, son père, avoit possédés 
par la libéralité de nos rois, soit de quelques autres biens qui lui apparte- 
noient en propre. Acfred II étoit donc fils 8c successeur d'Oliba II, comte de 
Carcassonne } mais il paroît^ qu'il ne lui succéda pas immédiatement, du 
moins dans tout ce comté, 8c que l'ayant possédé d'abord par indivis, de même 
que celui de Razès, avec Bencion, son frère, il recueillit enfin la succession 
de ce dernier vers la fin du neuvième siècle. C'est par ce seul monument 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIX. =" Voyez tome II, Note LXXXVIÏ, n. io5 & suiv. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. ii5 ~~, T" 

An 934 

qu'Acfred II nous est connu. Il vi voit en 984, car sa donation à l'abbaye de 
Montolieu est datée du 24 de mai, la cinquième année du règne de Raoul. 
Or, on ne comptoit les années du règne de ce prince, dans la Septimanie,que , 
depuis l'an 929 ou la mort de Charles le Simple, ainsi qu'on l'a déjà vu. 
Nous n'avons aucune preuve qu'Acfred II ait laissé des enfans, Se il est fort 
vraisemblable qu'il fut le dernier comte de Carcassonne de sa race. Arnaud, 
qui paroi t ' d'une famille différente, lui avoit succédé dès l'an 944 dans ce 
comté 8c dans celui de Razès, 8c avoit épousé la comtesse Arsinde, qui étoit 
peut-être fille 8c héritière du même Acfred. 

XXV. — Mort d^Ermengaud, comte de Rouergue 6* marquis de Gothie, 
Raimond ly son fils, lui succède, 

Ermengaud, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, demeura jusques à 
sa mort fidèle à Raoul. Cela paroît par divers monumens, entre autres par 
l'échange^ qu'il fit au mois de janvier de la cinquième année du règne de ce 
prince, ou l'an 984, conjointement avec Raimond son fils, & Raimond, vicomte 
6* vicaire dans le Rouergue, de plusieurs biens situés dans ce pays, contre 
Frédelon, abbé de Vabres. Ermengaud prend dans cet acte la qualité de comte, 
de prince 8c de prince magnifique ^ ses fils Raimond 8c Hugues y souscrivirent 
après lui. L'année suivante, ce comte 8c la comtesse Adélaïde, sa femme, don- ÂJTôïs" 
nèrent ^ à la même abbaye l'alleu 8c l'église de Segonzac en Rouergue, dont 
ils se réservèrent l'usufruit. Ermengaud parle de ses fils, dont il ne dit pas le 
nom, dans cette donation, souscrite par le vicomte Bernard, duquel les vicom- 
tes "^ héréditaires de Millau 8c de Gévaudan tirent leur origine. Il est enfin ^ 
parlé du même comte dans une autre donation que fit à l'abbaye de Vabres une 
religieuse appelée Ide, tant pour le salut de son âme, 6* pour le comte Ermen- 
gaud, Adélaïde sa femme, 6* leurs enfans, que pour le comte Pons ^ d'où un de 
nos historiens ^ infère avec raison que les comtes Ermengaud 8c Pons, dont il 
est parlé ici, étoient proches parens 8c de la même maison, 8c qu'ainsi le pre- 
mier étoit prince de la maison de Toulouse. Cet acte ^ est daté de la septième 
année du règne de Raoul, qu'on doit compter depuis le 19 d'octobre de l'an 929, 
ou depuis la mort de Charles le Simple j or, comme d'un autre côté il est anté- 
rieur à celle de Raoul, arrivée le 18 de janvier de l'an 936, il doit appartenir 
par conséquent à la fin de l'année précédente, ce que nous avons cru devoir 
remarquer pour fixer l'époque de la vie du comte Ermengaud. 

Nous ne trouvons plus depuis aucun monument où il soit fait mention de ce 
comte, ce qui nous fait croire qu'il ne vécut pas longtemps après l'an 985. Il 
est du moins certain que Raimond, son fils aîné 8, lui avoit déjà succédé dès 

' Voyez tome IV, Note XXII, n. 2 & suiv. = Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 85. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n-. LVIII. <= Ibid. 

^ Ibid. — Voyez tome IV, Note VIII, n. 20. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LVIII. 

* Voyez tome IV, Note XXI. « Voyez tome IV, Note VIII, n. 22 & suiv. 



An cj3: 



ii6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



l'an 943. Celui-ci eut en partage le comté de Rouergue avec une partie du 
duché ou principauté d'Aquitaine, du marquisat de Gothie & des comtés par- 
ticuliers deNimes, Lodève, Albigeois, Querci, & des autres domaines de la 
maison de Toulouse, qu'il posséda par indivis, comme son père, avec Raimond- 
Pons, comte de Toulouse. Hugues, fils puîné d'Ermengaud, prit la qualité de 
comte, mais nous ignorons le nom du comté qui lui échut en partage. Il pa- 
roi t ' seulement qu'il posséda une partie du domaine du Querci, 8c que sa 
femme s'appeloit Gudinilde. Il en eut deux fils, Pvaimond & Hugues. Le pre- 
mier se qualifia comte &c lui succéda dans une portion du Querci. Nous ne 
connoissons pas sa postérité. Quant à Hugues, il donna vraisemblablement 
l'origine aux vicomtes de Comborn, dans le bas Limousin 8c le Querci. Il paroît 
enfin qu'Ermengaud, comte de Rouergue, laissa un troisième fils, nommé 
Éd. oripin. Etienne^, oui fut comte de Gévaudan 8c qui eut des enfans dont nous parle- 

t-lI,P-70. Ml \ 

rons ailleurs^. 

XXVI. — Nouvel interrègne en Languedoc^ après la mort du roi Raoul. — 
Louis d'Outremer généralement reconnu dans cette province. — Vicomtes 
de Narbonne. 

Après la mort du roi Raoul, qui arriva, ainsi que nous venons de le dire, 
le 14 de janvier de l'an 986, il y eut une espèce d'interrègne en France qui 
dura jusqu'à ce que les principaux seigneurs du royaume eurent rappelé d'An- 
gleterre Louis, fils de Charles le Simple, à qui son séjour dans ce pays, où il 
s'étoit réfugié avec la reine sa mère en 928, fit donner le surnom d'Outremer. 
Ce prince étant arrivé en France fut couronné à Laon le 19 de juin de la même 
année 986. 

Pendant cet intervalle, on data les actes en Languedoc depuis la mort de 
Raoul. On en a la preuve dans une donation "^ faite à Gisande ou Wisande, 
évêque de Carcassonne, le 4 de mars, la première année de la mort du roi Raoul, 
Jésus-Christ régnant, 6 dans V attente d'un roi. Il paroît même que Louis ne fut 
pas reconnu pour roi dans la province aussitôt après son couronnement, par un 
acte de vente^ que fit Richilde, vicomtesse de Narbonne, le 19 d'octobre, la pre- 
mière année de la mort du roi Raoul, Jésus-Christ régnant, 6* dans l'attente d'un 
roi. Cet acte est souscrit immédiatement après Richilde par Matfred 8c Fran- 
con, fils de<5 cette vicomtesse 8c d'Odon ou Eudes, vicomte de Narbonne, son 
mari, qui devoit être alors décédé. Le premier succéda à la même vicomte, mais 
comme il étoit alors fort jeune, Richilde, sa mère, en conserva longtemps après 
la principale administration. Cette dame "7 se dit, dans le même acte, fille du 

• Voyez tome IV, Note VIII, n. 23 & suiv. "• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXI. 

* Voyez tome IV, Note XXVI, n, 3 & suiv. = Marca Hispanica, p. 847, — Voyez tome IV, 
'Etienne, comte de Gévaudan, n'appartenait Note XI, n, 6. 

point à la famille des comtes de Toulouse, comme ^ Voyez tome IV, Note XI, n. 6. 

nous l'avons établi dans la Note additionnelle à la ' Marca Hispanica, p. 847. 

Note XXVI du tome IV. [E. M.] 



An f)36 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. IIV. Xll. 117 

comte Borrelt- de la comtesse Garsinde, Scies biens qu'elle vendit étoient situes 
clans le Roussillon, ce qui nous fait' conjecturer: 1° que le comte Borrel, père 
de R.ichilde, n'est pas diiïérent de Borrel, fils de WifVed le Velu, comte de Bar- 
celone j 2" que Garsinde, femme de Raimond-Pons, comte de Toulouse, étoit 
fille de la même Richilde 5c petite-fille de Garsinde, femme du comte Borrel, 
qui lui aura donné son nom. 

XXVIL — Raimond-Pons, comte de Toulouse, Jouit paisiblement du duché 
d'Aquitaine 6» du comté d'Auvergne. 

Raimond-Pons jouit paisiblement, après la mort du roi Raoul, du duché 
d'Aquitaine Se du comté particulier d'Auvergne, dont ce prince avoit disposé 
en sa faveur en 982 : c'est ce qui paroît par l'acte de ^ fondation du monas- 
tère de Chanteuge, daté du 28 d'août, la première année du règne de Louis 
d'Outremer. 

Ce monastère fut fondé en Auvergne, sur l'Allier, vers les frontières du 
Vêlai , ce qui a peut-être fait croire ^ à un auteur célèbre que le lieu de 
Chanteuge dépendoit alors de ce dernier pays. Se qu'il, étoit soumis à l'autorité 
spirituelle des évêquesdu Puy ; mais il s'est trompé en cela. Un seigneur nommé 
Claude'^ avoit légué ce lieu à Chunibert, son petit-fils, prévôt de l'abbaye de 
Brioude, Se après son décès, à cette abbaye. Chunibert Se les chanoines de 
Brioude ses confrères, voulant faire un saint usage de cette donation, établirent 
des moines à Chanteuge, du consentement de Raimond, prince des Aquitains, 
du vicomte Dalmace leur abbé Se d'Arnaud leur évêque, qui l'étoit par consé- 
quent de Clermont en Auvergne, Se non pas du Puy, Se des principaux 
seigneurs du pays. Ils déclarent qu'ils font cette fondation pour leur commu- 
nauté, pour le ro\, pour leurs seigneurs ou princes déjà nommés. Se enfin pour 
l'âme du duc Guillaume Se de ses deux neveux Guillaume Se Acfred. L'acte fut 
passé dans l'église de Saint-Julien de Brioude, devant Tautel de Saint-Etienne, 
Se souscrit après les fondateurs par Raimond, prince des Aquitains, qui, par la 
grâce de Dieu, porte aussi le nom de Pons,-^ ensuite par Gotescalc, évêque 
du Puy, le vicomte Dalmace Se plusieurs autres seigneurs du pays. 

Raimond-Pons, comte de Toulouse, étendoit donc alors sa domination sur 
l'Auvergne^ Se devoit avoir succédé par conséquent à Guillaume le Pieux 
Se à ses deux neveux, tant dans le comté particulier de ce pays que dans le 
duché d'Aquitaine 5 aussi le roi Louis d'Outremer lui donne-t-il la qualité de 
prince des Aquitains dans la charte ^ par laquelle il confirma cinq ans après 
la fondation du monastère de Chanteuge, qui n'est aujourd'hui''' qu'un prieuré 
conventuel du diocèse de Saint-Flour, dépendant de l'abbaye de la Chaise- 

' Voyez tome IV, f/ofe XI, n. 6. Histoire gènèal. de la. maison d'Auvergne, t. 2, 

' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. LXII. p. 26. 

^ Voyez tome IV, NoteX^l, n. 1 1 . ' Voyez tome IV, Noie XVI. 

^ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. LXII. " Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXX. 

— M^hiïion, Annal, t. 3, p. 707 & seq. — Baluze, ' Galiia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 437 & seq. 

III. 8* 



An (j3$ 



An 936 



118 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIL 



Dieu; enfin on ne sauroit douter que Raimond-Pons, comte de Toulouse, ne 

le fût aussi d'Auvergne, puisque Arnaud, évêque de Clermont, déclare ' vers 

l'an 987 qu'il avoit rétabli l'abbaye de Saint-Allire dans sa ville épiscopale, 

Éd origin. ^ i^ prière 6' avec le secours du comte Raimond. qui n'est pas différent de 
t. iii p. 71. ^ '11 

Raimond-Pons, comte de Toulouse. 

XXVin. — Fondation de Vahhaye de Saint-Pons de Thomières. 

Ce prince, non content d'avoir contribué à la fondation ou au rétablisse- 
ment de ces deux monastères situés dans le comté d'Auvergne, en fonda un 
autre en 986 dans celui de Narbonne. Il choisit pour cela dans son .patri- 
moine un lieu nommé Thomières , situé dans les montagnes de l'ancien 
diocèse de cette ville, vers les frontières de l'Albigeois. Sa dévotion envers 
S. Pons, martyr de Nice, qui l'avoit engagé, comme il le déclare^ lui-même, à 
ajouter son nom à celui de Raimond, le porta aussi à fonder cette nouvelle 
abbaye sous l'invocation de ce saint. Il la fit bâtir dans un vallon arrosé de la 
petite rivière du Jaur, &. pria Arnoul, abbé deSaint-Géraud d'Aurillac, monas- 
tère qui étoit alors dans une grande régularité, de lui donner de ses religieux 
pour y établir la règle de S. Benoît. Cet abbé, voulant seconder les pieuses 
intentions du duc, lui accorda sa demande & nomma pour premier abbé de 
Saint-Pons' de Thomières un de ses disciples nommé Oger, qui fut béni par 
plusieurs évêques de la Province assemblés à cette occasion. Raimond 8(. Gar- 
sinde, sa femme, dotèrent alors richement le nouveau monastère. L/Cur charte 
est^ datée du mois de novembre de Van 936, la première année du roi Louis, 
Le comte déclare qu'il fait cette fondation pour le salut de Raim.ond, son père, 
de sa mère, de ses parens Se de ses vassaux, 6<. donne en même temps à l'abbaye 
de Saint-Pons plusieurs terres St églises dont la plupart étoient situées dans 
le diocèse de Narbonne, Se quelques autres dans l'Albigeois, aux environs de 
Vielmur'*. 

XXIX. — Dédicace de l'église de Saint-Pons. — Concile d'Ausède dans la 

province de Narbonne. 



An rjSy 



Après que l'église de ce monastère eut été achevée, le duc pria l'année sui- 
vante Aymeri, archevêque de Narbonne 5, Se les évêques Wisande ou Gisande 
de Carcassonne, Rodoalde de Béziers, &. Thierri de Lodève, de la dédier, ce 
qu'ils firent le i5 du mois d'août*^. Ces prélats déclarèrent'^ alors excommuniés 
tous ceux qui oseroient attenter quelque chose contre le monastère de Saint- 
Pons, que Pvaimond-Pons soumit à l'Église romaine Seau pape Léon VII qui 

' Voyez tome IV, Vote XVI, n. 7. s Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, LXV. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXIII. ^ Chronologie des abbés & évoques de Saint-Pons, 



' Ibid. 



P- 



* Voyez tome V, Catalogue des Chartes de l'ab- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , n. LXV, 

baye de Saint-Pons de Thomières. [E. M.j & le catalogue des Chartes. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. un — : 

i An 937 

la gouvernoit alors, avec promesse que ce monastère leur payeroit tous les cinq 
ans une redevance de dix sols en signe de reconnoissance. Raimond déclare 
enfin par cet acte l'abbaye de Saint-Pons libre 8c exempte, « en sorte que 
« ni le roi, ni aucun prince, ni aucun évêque , ni aucun de sa parenté 
(i ne puisse exercer aucune domination tant sur elle que sur ses dépen- 
ti dances. » 

Les quatre évêques qui firent la dédicace de l'église de Saint-Pons tinrent ' 
peu de temps après un concile à Ausède {Ausidïnense)^ avec quatre de leurs 
comprovinciaux, savoir : P^ainald, Dagbert ou Dagobert, Pons 5c Wadalde 
dont les sièges ne sont pas marqués. Dans ce concile, dont on a omis de faire 
mention dans les différentes collections, ces prélats firent un décret par lequel, 
après avoir confirmé la fondation de l'abbaye de Saint-Pons, ils renouvelèrent 
l'anathème contre tous ceux qui violeroient ses privilèges. On croit ^ que le 
lieu d'Ausède, où ce concile fut assemblé, n'est pas différent d'un hameau 
du même nom, situé à une lieue environ de Saint-Pons, où l'on a découvert des 
vestiges d'un ancien château. Raimond-Pons fit dresser un acte^ de ce décret 
8c l'accompagna de diverses imprécations contre ceux qui ne s'y soumettroient 
pas. Il y souscrivit le premier avec la qualité de très-excellent. On voit 
ensuite les souscriptions de Garsinde, sa femme, d'Aymeri, archevêque de 
Narbonne, des évêques Rodoalde, Dagbert, Hugues, Pons, Rainald, Thierri, 
Wadalde 8c Wisande,8c des abbés Dorbert ou Darbert, Eudes, Arnoul, Sunia- 
rius, Robert 8c Gui. Il est marqué en général dans l'acte que les principaux 
du pays le confirmèrent, Se l'on assure ^ que les vicomtes y souscrivirent ; mais 
on ne rapporte pas leurs noms. Cela prouve du moins que le concile d'Ausède 
fut une assemblée mixte. 

On prétend^ que le comte Raimond-Pons, peu de temps après la fondation 
du monastère de Thomières, y fit apporter de Nice en Provence une partie 
considérable des ossemens de S. Pons, martyr, 8c en effet on y célèbre tous les 
ans cette translation, le i5 de juin. Ces reliques furent dissipées avec plu- 
sieurs autres qu'on conservoit dans l'église de Saint-Pons, lorsque en 1667 elle Éd. origin. 
fut pillée par les calvinistes. Telle est l'origine de ce célèbre monastère qui 
fut érigé en cathédrale au commencement du quatorzième siècle par le pape 
Jean XXII, 8c dont le chapitre demeura régulier jusques au commencement 
du dix-septième qu'il fut sécularisé. 

XXX. — Evêques de la Province, 

De neuf évêques qui assistèrent au concile d'Ausède, il n'y en a que 
quatre, savoir : Aymeri de Narbonne, Wisande de Carcassonne, Rodoalde de 
Béziers 8c Thierri de Lodève dont le siège est marqué dans les actes. Nous 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXV. '' Chronologie des abbéi & des évêques de Saint- 

' Chronologie des abbés de Saint-Pons^ p. i. Pons, p. 2. 

5 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXV, * Ibid. p. 12. 



An (.jZ-] 



■ I20 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

avons déjà parlé des trois premiers : on loue fort ' la piété du quatrième. 
Nous connoissons d'ailleurs le siège des cinq autres. Rainald^ étoit évêque de 
Nimes 8c avoit succédé à Hugbert depuis l'an 929. Le pape Jean XI lui 
donna l'église de^ Valfrancisque dans les Cévennes. Bernard I lui succéda'^ 
vers l'an 942, Se Begon à celui-ci en 944. Dagbert ou Dagobert étoit évêque^ 
d'Agde : il avoit succédé à Etienne qui occupoit ce siège en 922. Wabalde ou 
Wadalde^ occupoit celui d'Elne, &: c'est sans fondement qu'on prétend ^ qu'il 
étoit évêque de Maguelonne. Ce dernier siège étoit alors rempli par Pons qui 
assista au même concile d'Ausède, 8c dont il est fait mention dans un acte^ de 
l'an 947. Enfin Hugues étoit évêque de Toulouse^ depuis environ l'an 927 
ou à la fin du pontificat du pape Jean X. Il avoit succédé immédiatement à 
Arnaud, quoi qu'en disent quelques auteurs qui mettent entre eux un cer- 
tain Issolus ou Isîo. L'évêque d'Uzès fut donc le seul des évêques de la partie 
de la province de Narbonne située en deçà des Pyrénées, qui ne se trouva 
pas au concile d'Ausède : le siège épiscopal de cette ville étoit peut-être 
vacant. 

Les abbés qui assistèrent à ce même concile furent Dacbert '° de Sorèze, 
Arnoul d'Aurillac, Suniarius de la Grasse 8c Robert de Cannes. On ignore le 
nom des abbayes d'Eudes 8c de Gui. Il paroît cependant que le premier n'est 
pas différent de S. Eudes, abbé de Cluny; car l'observance de l'abbaye d'Au- 
rillac, qui fut introduite à Saint-Pons, étoit la même que celle de Cluny, 8c 
Arnoul, abbé de la première, qui se trouva à ce concile 8c qui avoit conduit à 
Saint-Pons une colonie de ses religieux, agit" toujours conjointement avec 
S. Eudes pour la propagation de leur réforme. 

La province ecclésiastique de Narbonne, outre les dix diocèses dont elle 
étoit composée en deçà des Pyrénées, en comprenoit encore quatre autres au 
delà de ces montagnes dans la Marche d'Espagne, savoir : ceux de Barcelone, 
de Girone, d'Urgel 8c d'Ausone^ sans compter celui de Pailhas ou de Riba- 
gorça, qui dépendoit en quelque manière de celui d'Urgel. Le premier de ces 
quatre sièges étoit alors "^ rempli par Willerand 5 le second, par Godemar j le 
troisième, par Wisade, 8c le quatrième, par Wadamir. Le pape Léon VII 
écrivit l'année suivante à ces quatre évêques, à Aymeri, archevêque de Nar- 
bonne, leur métropolitain, à l'évêque d'Elne 8c à plusieurs autres prélats des 
Gaules, pour les exhorter à introduire dans les monastères de leurs diocèses 
la réforme qui s'observoit dans celui de Ripoll au diocèse d'Ausone, 8c à 
réprimer les vexations des seigneurs qui usurpoient impunément les biens des 
églises. 

' Plantavit, Evêques de Loieve, p. 43 & suiv. =' Gariel, Séries praesulum Magal. p. 92, 2« éd. 

" Voyïz tome ÏV, Note XVI, n. 5 & suiv, n. i5. « Capitulaires, t. 2, p. 634. 

^ Gallia Christian,! , nov, edit. t. 3 , p. 776 ^ Voyez tome IV, 2/ore XIX, n. 2 8c suiv. 

2' seq. «o Mabillon, ad ann. 937, n. 77. 

" Voyez tome IV, Note XVI, n. 5 & suiv. n. i 5. " Uid. ad ann. 930, n. 17; ad ann. 937, n. 83. 

5 Capitulaires, t. 2, p. 634. " Marca Hispanica, p. 387, 85i. — Mabilion, 

« Marca Hispanica, p. 370, 383 & seq. p. 845. ad ann. 933, n. 91. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 121 "T T" 

An 937 

XXXL — Évêques d'Alhi. — Ahhayes de Saint-Salvi 6* de Saint-Eugène 

de Vieux. 

Les autres évêcliés de la Province étoient alors ceux d'Albi, du Puy, de 
Mende 8c de Viviers soumis à d'autres métropoles. Le premier étoit occupé par 
Angelvin', successeur de Paterne, lequel siégeoit en 921. Nous trouvons sous 
lepiscopat du premier un Déodat, abbé de Saint-Salvi, à qui Gauzbert avoit 
succédé du temps de Miron, évêque d'Albi, qui siégeoit la quatrième année du 
roi Louis d'Outre-mer. Ce sont là les plus anciens monumens que nous ayons 
de l'abbaye de Saint-Salvi d'Albi, qui fut peut-être fondée vers la fin du qua- 
trième siècle, après que son saint patron y eut été inhumé. Elle étoit desservie 
au milieu du dixième par des clercs qui vivoient en commun, Se elle fut gou- 
vernée depuis ce temps-là par des abbés, sous l'autorité des évêques d'Albi, 
jusque vers le commencement du onzième siècle qu'elle n'eut plus que des 
prévôts. Elle étoit occupée au commencement du douzième par des chanoines 
réguliers, dont le nombre fut réduit à quinze, en 1498, 8c qui furent sécula- 
risés en 1623. La châsse qui renferme les reliques de S. Salvi, 8c qu'on con- 
serve encore aujourd'hui avec soin dans cette église, est un monument de la 
piété d'un comte de Toulouse nommé Raimond j mais on ignore quel est le Ln,°p.°73.' 
comte de ce nom qui fit ce présent. 

L'ancien monastère de Saint-Eugène de Vieux, au diocèse d'Albi, étoit 
aussi habité par une communauté de clercs ou de chanoines au milieu du 
dixième siècle, sous l'autorité d'un abbé nommé Adalard, comme il paroît^ par 
un acte daté de la quatrième année du règne de Louis d'Outre-mer. Adalard 
étoit déjà abbé de Vieux la deuxième année du roi Raoul. Cette abbaye 
ayant été réunie en 986 à la cathédrale d'Albi, le titre abbatial fut supprimé 
depuis. 

XXXIL — Uahbaye de Saint-Chajj're en Vêlai se réforme. — Evêques du Puy 

6* de Mende. 

On voit par là que les moines de diverses abbayes s'étoient transformés en 
chanoines au milieu du dixième siècle. Une des principales causes de cette 
décadence de la discipline régulière fut l'usurpation des biens des monastères 
par les seigneurs séculiers. L'abbaye de Saint-Chaffre dans le Vêlai étoit 
tombée alors, par cette raison, dans un grand relâchement. Gotescalc^, évêque 
du Puy, qui avant que d'être élevé sur le siège épiscopal avoit été religieux 
de ce monastère que nos rois avoient dc.mé en bénéfice à ses prédécesseurs, 

' Gallïci Chr'istiana, nov. edit. t. i , p. 8, ^() & ^ \'oyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXVI. 

seq. irtsfram. p. 3. — Voyez tome V, Chartes Si Di- — Mabillon, ^«naZ. ordinis sancti Benedicti, ad 

plômes, n. LXXII. ann. 938, n. 93. — Gallia. Christiana, nov. edit. 

Gallia Christiana, nov. edit. t. 1, p. 47 & seq. t. 2, p. 694 & seq. & p. 764. 
instrum. p. 3. 



An 987 



122 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LÏV. XII. 

touché de son état, résolut de le réformer. Dans cette vue il pria Arnould, abbé 
de Saint-Géraud d'Aurillac, d'y rétablir Tobservance de la règle de S. Benoît, 
ce que celui-ci fit la deuxième année du règne de Louis d'Outre-mer ou 
l'an 987, Se il y mit pour abbé Dalmace, son disciple. Gotescalc en fit dresser 
un acte authentique, dans lequel il déclare qu'il avoit établi cette réforme du 
consentement du marquis Geilinf ^ de plusieurs évéques. Ce Geilin' étoit mar- 
quis ou comte de Valentinois, pays qui s'étend en deçà du Rhône jusque sur 
les frontières du Vêlai. Il avoit pris la protection de l'abbaye de Saint-Chaffre, 
à laquelle il fit beaucoup de bien, de même que les autres comtes de Valen- 
tinois, ses successeurs ^. 

Gotescalc ordonna par le même acte qu'à l'avenir le monastère seroit gou- 
verné par un abbé régulier, dont l'élection se feroit de son consentement, & 
pour engager par son exemple les usurpateurs à rendre les biens qu'ils avoient 
envahis, il commença lui-même par lui restituer ceux qu'il possédoit en qua- 
lité d'abbé bénéficiaire. L'abbaye de Saint-Chaffre rentra par là entre autres 
dans la possession du lieu de Chamalières dans le Vêlai, où l'on établit depuis 
un prieuré conventuel qui subsiste encore sous sa dépendance. Géronce, 
archevêque de Bourges, métropolitain de la province, Begon Si. Gui, successi- 
vement évêques du Puy, confirmèrent la réforme de cette abbaye, qui devint 
depuis très-florissante 8c à laquelle on fit diverses donations, tant aux environs 
du Rhône, dans le Valentinois 8c le Diois, que dans le Vêlai. On lui donna 
dans ce dernier pays le lieu de Vorey (VaUis regia), près de la Loire, où l'on 
fonda dans la suite un prieuré pour des religieuses, qui sont soumises aujour- 
d'hui à l'abbesse de Chasses, monastère situé dans le diocèse de Saint-Flour, 
sur les frontières du Vêlai 8c du Gévaudan. 

Au reste, Gotescalc qui étoit déjà évêque du Puy en çSô, se réserva la prin- 
cipale autorité sur l'abbaye de Saint-Chatfre, 8c il l'exerçoit encore en çSo, 
comme il paroît par une donation^ qui fut faite alors à ce monastère de divers 
biens situés dans la viguerie d'Issarles en Vivarais. Il entreprit en 960 '^ un 
pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, 8c passant à son retour par un monastère 
situé sur les frontières de la Navarre, il y trouva le traité de S. Ildefonse sur la 
virginité de la mère de Dieu 5 il en prit une copie qu'il apporta en France, 8c 
dont il fit présent à son église. 

XXXIII. — Donation de Raimond-P ons ^ comte de Toulouse, en faveur de la 
cathédrale de Bé-^iers, — Vicomtes de Bé-^iers 6' d'Agde. 

Nous n'avons aucun monument sur les évêques de Viviers depuis la fin du 
neuvième siècle jusques à la fin du suivant. Quant à ceux de Mende, nous 
trouvons un Etienne qui occupoit ce siège sous le règne de Louis d'Outre-mer. 

• Voyez tome IV, Note XVI, n. 12. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.LXXXVI. 

* Voyez tome IV, Note CXII, la suite chronolo- ■* Mabillon, ad ann. çSo, n. 41. — Gallia Chr'n- 
gique des abbés de Saint-ChafFre. [E. M.] tiana, nov. edit. t. 2, p. 694. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



12.3 



An 937 



On ' assure qu'il avoit succédé à Guillaume, qu'on prétend avoir été présent 
en 908 à la fondation du monastère de Saint-Pierre du Puyj mais outre que 
cette fondation est de l'an 9985 on ne voit pas qu'aucun évêque de Mende y 
ait souscrit. On doit donc rayer ce Guillaume du catalogue de ces évêques. 

On a déjà vu que Raimond-Pons , comte de Toulouse, reconnut Louis 
d'Outre-mer pour roi avant la fin de l'an 936. Nous avons cependant une dona- 
tion^ de ce comte à la cathédrale de Béziers du dix-sept janvier, la première 
année depuis la mort du roi Raoul. Or, comme ce roi mourut le 14 du même 
mois 3 de l'an 986, il n'est pas vraisemblable qu'on ait pu apprendre sa mort Éd. origm, 
en trois jours en Languedoc, d'où l'on pourroit inférer que la donation dont ''' ''^ 

on vient de parler est de l'an 987, &. que par conséquent, ou Raimond-Pons 
ne reconnoissoit pas encore le roi Louis d'Outre-mer, ou du moins il avoit 
cessé de le reconnoître. Quoi qu'il en soit, Pons, qui se qualifie comte 6 mar- 
quis dans cet acte, 8c Garsinde, sa femme, donnèrent les lieux de Boujan 5c 
Tamponian, dans le diocèse de Béziers, aux chanoines de la cathédrale de cette 
ville. La charte est souscrite par deux vicomtes, Jonus ou Jonas, 8c Aton. Le 
premier étoit"^ vraisemblablement vicomte de Béziers 8c d'Agde, 8c fils ou frère 
de Teudo, qui possédoit ces deux vicomtes en 926 8c 988. Nous trouvons ^ 
vers le même temps dans la Province deux vicomtes du nom d'Aton qui parois- 
sent avoir été de la même famille ; l'un étoit vicomte de Toulouse 8c l'autre 
d'Albi, 8c c'est sans doute l'un des deux qui souscrivit à la donation du comte 
Raimond-Pons. 

XXXIV. — Origine des vicomtes de Millau 6» de Gévaudan. 

Il paroît encore^ que le roi Louis d'Outre-mer n'étoit pas reconnu dans le 
Rouergue, pays du domaine de la maison de Toulouse, à la fin de l'an 98^, 
par un échange-' que firent le vicomte Bernard 8c ses fils, Béranger 8c Ber- 
nard, avec Rainulfe, abbé de Vabres, de plusieurs terres situées dans ce pays, 
un samedi du mois de décembre, la deuxième année après la mort de Raoul, 
Dieu régnant 6- dans l'attente d'un roi. On peut ajouter à cette date celle 
d'une donation^ faite à Tabbaye de Saint-Guillem du Désert, d'un alleu 
situé dans le comté décimes 6* la viguerie d'Hierle {Aricensi^^ , Dieu régnant 6» 
le roi Louis. 

Ces actes prouvent que Louis d'Outre-mer ne fut pas d'abord bien affermi 
sur le trône, &c qu'on eut quelque peine à se soumettre à son autorité dans 
les provinces méridionales du royaume. Au reste, il paroît que les deux fils du 
vîcomte'° Bernard dont nous venons de parler lui succédèrent, le premier 



' Gallia Chrisùana, nov. edit. t. i, p. 88. 

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXIV. 
' Mabillon, ad ann. 936, n. 65. 

^ Voyez tome IV, Note XX, n. 3 & 4. 

5 Ihid. Note XXI, n. 6 & suiv. — Note XXITI. 

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXVII. 



' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXVII. 

« lèid. n. LXXII. 

" Voyez tome VII, la Note sur la géographie du 
Languedoc. UAricensis ou Ar'f^atensis vicaria est la 
viguerie de l'Arre ou du Vigan. [E. M.] 

'" Voyez tome IV, Note XXVI, n. 9 & suiv, 



; — 124 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An ç5j ' 

dans la vicomte de Millau, qui comprenoit une partie du Rouergue, & l'autre 
dans celle de Gévaudan, 8<. qu'ils les transmirent à leurs descendans. 

,XXXV. — Louis d'Outre-mer confirme la fondation de tahbaye de Saint-Pons. 

~^ ~^ Louis d'Outre-mer fut généralement reconnu dans la suite en Languedoc 

&. dans les provinces voisines'. C'est ce qu'on voit par divers diplômes^ de ce 
prince, entre autres dans deux de l'an 988, l'un en faveur de l'abbaye de Cuxa 
en Roussillon , 8c l'autre, qui est daté d'auprès de Brissac sur le Rhin, pour 
celle de Ripoll dans le diocèse d'Ausone. On prétend'^ que le comte Senio- 
fred, qui envoya son frère Guifred en cour pour solliciter la première de ces 
deux chartes, étoit comte de Roussillon; mais il n'est pas différent de Senio- 
fred alors comte de Barcelone '^. Ce dernier avoit un ^ frère nommé Wifred ou 
Guifred, 5<. il fit des biens considérables à la même abbaye de Cuxa. Il lui 
donna entre autres la<^ terre d'xArian dans le Roussillon, d'où l'on fait sa fa- 
mille originaire. Louis d'Outre-mer, dans l'autre'' diplôme, marque les divers 
comtés où l'abbaye de Ripoll possédoit des terres, savoir ceux de Barcelone, 
d'Ampurias, de Pierrelate, Girone, Besalu, Ausone, Urgel, Cerdagne , 
Berga, Roussillon & Confiant; d'où l'on conclut^ que la Marche d'Espagne 
étoit alors divisée en tous ces comtés : il paroît que cette province en compre- 
noit un plus grand nombre; il n'est rien dit en effet de ceux de Manrèse Si de 
Pailhas. 

~^ "^ Le roi accorda l'année suivante un troisième diplôme^ pour confirmer la 

fondation de la nouvelle abbaye de Saint-Pons de Thomières, ce qu'il fit à la 
prière du comte Raimond-Pons qui l'avoit fondée, 8<. qui dans ce dessein, lui 
envoya des ambassadeurs avec quelques religieux du monastère. Louis accorda 
non-seulement la demande du comte & prit l'abbaye sous sa protection , mais 
il lui donna encore en la personne d'Eudes , ahhé , qui en avoit le gouverne- 
ment, une terre située dans le comté de Béziers ; preuve que les ducs Se les 
comtes n'avoient pas encore entièrement usurpé alors le domaine de nos rois 
dans les provinces '°. L'abbé Eudes, dont il est parlé dans ce diplôme, n'est pas 
différent de S. Eudes, abbé de Cluny, qui avoit une inspection générale sur 
tous les monastères de sa réforme établie à Saint-Pons, 8< nous voyons en effet 
qu'Augier, qui en fut fait abbé particulier en 986, l'étoit encore" en 940 & 
942, contre le sentiment d'un moderne'^ qui place sa mort en 940 & lui 

' Voyez, au sujet des différentes manières de ' Baluze, Marca Hispanica^ p. 835. 

compter les années du règne de Louis d'Outre-mer, " Ihid. p. 848. 

les Nouveaux Eléments de Paléographie, par M. N. ' Ibid. p. 85i, 

deWnilly, t. . , p. 333. [E. M.] « Uid. p. 387. 

^ Baluze, Marca //■/■.f^an/fj^ p. 848 & seq. "Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, nu- 

' Ibld. p. 336. r.iéro LXVIII & suiv. 

^ Voyez, sur Suniofred, comte de Barcelone, son '" Ihid. 

frère Wifred &sur les différents comtés dont se com- '^ Ihid. n. LXIX. 

posait la Marche d'Espagne, la Note additionnelle " Chronologie des abbés de Saint-Pons, p. 14 

n la Note LXXXVH du tome II. [E. M.] g; suiv. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 126 



An 989 



An 



'J¥ 



donne S. Eudes, abbé de Cluny, pour successeur. Louis d'Outre-mer date ce '-^- "'''«•"• 
diplôme de Lyon, le 2 d'août, la quatrième année de son règne , ce qui prou- 
veroit que ce prince s'avança vers le Rhône en 989 ; mais on prétend ' que la 
charte est datée de Laon 8c non pas de Lyon, dont le nom latin est le même, 
5c qu'il faut lire Laudanum ou Lugdunum Clavatum, au lieu de Lugdunum. 

XXXVI. — Concile de la province de Narbonne. 

A l'exemple du roi & du comte de Toulouse, divers prélats 8c seigneurs de la 
Province s'empressèrent à l'envi de faire du bien à l'abbaye de Saint-Pons. 
Aymeri , archevêque de Narbonne, de concert avec son chapitre, lui donna ^ 
plusieurs églises 8c chapelles de son diocèse, par un acte daté du mois d'août 
de Vannée DCCCCXL, la troisième du règne de Louis, ce qui semble supposer 
qu'on ne comptoit en Languedoc le commencement du règne de ce prince que 
depuis l'an 987 ; mais il paroît qu'il faut rectifier cette date par celle d'une 
autre donation^ que fit avec son chapitre Rodoalde, évêque de Béziers, à la 
même abbaye, au mois d'août de l'an dccccxl, la quatrième année du règne 
de Louis, car il ne faut pas douter que ces deux actes n'aient été faits en même 
temps, puisqu'ils sont d'ailleurs souscrits des mêmes témoins. 

De ce nombre sont presque tous les évêques de la Province avec six abbés. 
Nous inférons de là qu'Aymeri 8c Rodoalde firent ces donations dans un 
concile provincial tenu en 940, non pas à Fontcouverte, comme le prétend un 
historien espagnoH, car ce dernier fut assemblé longtemps auparavant, mais 
dans quelque autre endroit de la Septimanie. Les évêques qui souscrivirent à 
ces donations^, après Aymeri de Narbonne 8c Rodoalde de Béziers, sont Gisade 
de Carcassonne, Théodoricou Thierri de Lodève, Pons de Maguelonne, Rai- 
nald de Nimes, Dacbert d'Agde, Hugues de Toulouse, Wadalde d'Elne 8c 
Wisade d'Urgel. Les sièges des six derniers ne sont pas marqués dans les 
souscriptions, mais ils nous sont connus d'ailleurs. Quant aux abbés, ce sont 
les mêmes qui assistèrent au concile d'Ausède 8c dont on a déjà parlé. Les 
souscriptions des évêques 8c des abbés sont suivies de celles de Pons, comte de 
Toulouse 6* duc des Aquitains^ de Garsinde, sa femme, du comte Hugues, des 
vicomtes Arnaud 8c Sicard, 8c d'un seigneur nommé Aton, qui se trouvèrent 
sans doute à cette assemblée ou concile. Ce comte Hugues paroît être le 
même que le fils puîné d'Ermengaud, comte de Rouergue, 8c il étoit, par con- 
séquent ^, cousin germain de Raimond-Pons. Nous conjecturons qu'Arnaud 
étoit vicomte de Carcassonne, 8c Sicard, de Lautrec ou de la partie méridionale 
de l'Albigeois, 8c que le dernier étoit'^ frère d'Aton premier du nom, vicomte 
d'Albi ou d'Ambialet, dans le haut Albigeois. 

' Mabillon, ad ann. 940, n. 12. * Mariana,!. 8, c. 5. 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXIX. 

méro LXIX. ® Voyez tome IV, Note VIII. 

î Ibid. ' Ibid. Note XXI, n. 7. 



"~ 126 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 540 

XXXVn. — Fondation des abbayes de Léiçat 6» du Mas-Gamier. — Vicomtes 

de Toulouse. 

Aton, vicomte de Toulouse, qui avoit succédé alors à Benoît, son père, dans 
cette vicomte, étoit à ce qu'il paroît de la même famille qu'Aton , vicomte 
d'Albi. On lui attribue la fondation ' de l'abbaye de Lézat, 8c à Amélie, sa 
femme, celle du Mas-Garnier situées l'une Se l'autre dans l'ancien diocèse 
de Toulouse. La première dépend aujourd'hui de celui de Rieux. On prétend^ 
que Benoît, vicomte de Toulouse, ayant entrepris la guerre contre ses parens 
Se ses voisins qu'il vouloit assujettir à son autorité, fut tué dans un sanglant 
combat ; qu'Aton, son fils Se son successeur, ayant vaincu ses ennemis avec le 
secours du comte de Toulouse, devint par cette victoire paisible possesseur de 
son domaine j que ce seigneur Se sa femme Amélie, se voyant sans postérité, 
fondèrent les deux abbayes dont nous venons de parler, Se qu'enfin Aton céda 
le patronage de celle de Lézat au comte de Carcassonne, son oncle. On 
ajoute plusieurs autres circonstances^, qui, quoique tirées d'un monument peu 
authentique par lui-même, paroissent pourtant appuyées pour le fond sur des 
actes certains. Ainsi Aton, vicomte de Toulouse, aura rétabli l'abbaye de 
Lézat j car il paroît qu'elle avoit été déjà fondée, un siècle auparavant, par 
Antoine, vicomte de Béziers, ce qui a sans doute donné lieu de confondre ces 
deux seigneurs Se ces deux époques. Il est certain qu'elle subsistoit déjà dès la 
cinquième année du règne de Louis d'Outre-mer, ou l'an 940. Elle fut sou- 
mise à l'autorité de S. Eudes, abbé de Cluny,qui y établit sa réforme Se en 
donna l'administration à l'abbé Adasius, son collègue dans le gouvernement 
Éd.origin. (\q^ monastèrcs de sa congrégation. L'abbaye de Lézat avoit, outre cela, un 
abbé particulier qui la gouvernoit sous la dépendance de S. Eudes Se d'Adasius. 
Quant à celle du Mas-Garnier, la perte de ses anciens titres qui furent brûlés 
ou dissipés par les Calvinistes, lorsqu'ils la ruinèrent au seizième siècle, nous 
met hors d'état de connoître sa véritable origine. Se il n'en est fait mention 
dans les monumens qui nous restent, qu'à la fin du dixième. Elle a été rebâtie 
dans le dernier , sur une élévation à la gauche de la Garonne, au confluent 
d'un petit ruisseau appelé le Lambon. 

XXXVIII. — Voyage de Louis d^Outre-mer en Aquitaine. 

An „., Les funestes divisions qui côntinuoient de régner en France armèrent les 

principaux vassaux du roi Louis d'Outre-mer contre ce prince, qui après avoir 
été défait auprès de Laon en 941, se retira en Bourgogne dont les peuples lui 
demeurèrent fidèles. Il se rendit à Tournus^, sur la Saône, au mois de novem- 
bre, Se s'avança ensuite jusqu'à Vienne, où il fut reçu par Charles-Constan- 

• Voyez tome IV, l^ote XXIII. 3 Voyez tome IV, Note XXIII. 

' ^^'^- '' Mabillon, ad ann. 941, n. 26. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 127 

tin, son vassal, qui en possédoit le comté '. Les principaux seigneurs aquitains 
s'y rendirent ou y envoyèrent leurs députés, tant pour l'assurer de leur fidélité 
que pour lui offrir leurs secours. Nous ne doutons pas que Raimond-Pons, 
comte de Toulouse, ne fût du nombre, car Louis confirma^ alors à la prière 
de Henri, évêque de Langres, & de Gotescalc, évêque d'Anls o« du Puy, la 
fondation du monastère de Chanteuge, faite du consentement de Raimond, 
prince des Aquitains, qui est le même que Raimond-Pons, comte de Tou- 
louse. 

De Vienne le roi passa en Aquitaine 8c se rendit à Poitiers, où il confirma 3, 
le 5 du mois de janvier de l'année suivante, l'abbaye de Saint-Hilaire de cette 
ville, à la prière de Guillaume j comte 6- marquis, 8c d'Ebles, son frère, dans 
la possession de ses terres, dont quelques-unes étoient situées dans le Toulou- 
sain 8c le Carcasses. Louis, après s'être assuré "^ de la fidélité des Aquitains, 
reprit la route de France, où, par la soumission des chefs des rebelles, on vit 
enfin cesser les troubles qui agitoient depuis longtemps cette partie du royaume. 
Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de Poitiers, dont il s'agit dans la charte de 
Saint-Hilaire, n'avoit donc alors que la simple qualité de comte 8c de marquis, 
8c en effet, il n'obtint^ celle de duc d'Aquitaine qu'après la mort de Raimond- 
Pons, comte de Toulouse. 

XXXIX. — Origine des vicomtes d^'Alhi, de Nimes & de Lautrec. 

Ce dernier échangea^ vers le même temps le lieu de Saint-Sauveur de 
Brousse, situé dans le diocèse d'Albi 8c laviguerie de Lautrec, contre différens 
biens que le vicomte Aton possédoit dans la paroisse de Saint-Maurice en 
Rouergue, 8c dans la viguerie de Camarès. Aton, qui dans cet acte prend la 
qualité de vicomte par la grâce de Dieu 8c se dit fih de Bernard, donna à l'ab- 
baye de Saint-Pons de Thomières le même lieu de Brousse qu'il avoit reçu par 
cet échange, 8c un alleu qu'il avoit conservé dans la paroisse de Saint-Mau- 
rice en Rouergue. Sa donation est datée du mois d'avril de Van 942, la sep- 
tième année du règne de Louis, dont on ne compte ici, par conséquent, le com- 
mencement du règne que depuis la mort de Raoul. On voit dans cet acte les 
souscriptions de Frotaire, évêque, 6» de Hugues, com^^. Celui-ci, ainsi qu'on l'a 
déjà remarqué, étoit cousin germain du comte de Toulouse; l'autre étoit*^ 
vraisemblablement évêque d'Albi 8c frère d'Aton, vicomte de la même ville, 
qui fit la donation dont on vient de parler, 8c qui, selon les apparences, avoit 
succédé dans cette vicomte à Bernard, son père, que nous ne croyons pas dif- 
férent ^ de Bernard, vicaire ou vicomte d'Eudes, comte de Toulouse en 918. 



' Frodoard, Chronicon, p. 606 &seq. — Mabillon, '' Frodoard, Chronicon, p. 606 & seq. 

ad ann. 942, n. 84. ' Voyez tome IV, Note XVI. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n..LXX. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXI. 

' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 248 ' Voyez tome IV, Note XXI, n. 6. 

& suiv. ^ Ibid. n. I & suiv. 



An r;4I 



An 942 




An 942 



128 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



t. II, p. 77. 



C'est de ce même Aton que descendent les vicomtes héréditaires d'Albi, qui 
prenoient aussi la qualité de vicomtes d'Ambialet, château situé sur le Tarn à 
trois lieues au-dessus de la ville, parce que c'étoit le chef-lieu de leur domaine. 
Il y avoit donc dans l'Albigeois au milieu du dixième siècle deux vicomtes, 
savoir celle 4'Albi ou d'Ambialet, qui s'étendoit dans la partie septentrionale 
du diocèse, &. celle de Lautrec qui comprenoit la méridionale : ainsi Bernard, 
vicomte d'Albigeois au commencement du même siècle, aura eu vraisembla- 
blement deux fils, l'un appelé Aton qui eut en partage la vicomte d'Albi ou 
d'Ambialet, Se l'autre Sicard qui fut vicomte de Lautrec. 

Le premier épousa Diafronisse' qui fonda, ou du moins fit des biens consi- 
dérables à l'église ou monastère de Beaumont, en Rouergue ; & comme nous 
savons d'ailleurs qu'Aton, son mari, possédoit des terres dans ce pays, que le 
Éd. origin. père de ce vicomte s'appeloit Bernard, &. que ses descendans firent plusieurs 
donations à cette église, dont ils se regardoient comme les fondateurs, nous 
conjecturons de là qu'Aton I, vicomte d'Albi, étoit proche parent de Bernard, 
qui fut vers le même temps vicomte de la partie méridionale du Rouergue, 8c 
de qui descendent les vicomtes héréditaires de Millau & de Gévaudan. 
Aton I eut deux fils, Bernard &. Frotaire; celui-ci fut évêque de Cahors, 
l'autre succéda à son père dans la vicomte d'Albi 8c posséda celle de Nimes 
qu'il acquit sans doute par son mariage avec Gauze ou Gauciane. Il transmit 
ces deux vicomtes à ses descendans, qui prirent longtemps après le surnom de 
Trencavel 8c devinrent encore plus puissans vers la fin du onzième siècle, 
lorsqu'ils eurent succédé à tous les domaines de la branche aînée des comtes de 
Carcassonne 8c de Razès de la seconde race. 

XL. — Arnaud, comte de Carcassonne 6* de Ra-^ès. — Son origine. 

Ceux-ci tiroient^, ce semble, leur origine d'Asnarius , comte de Comminges 
8c de Conserans, qui vivoit au commencement du dixième siècle 8c qui eut 
deux fils, Arnaud 8c Roger, dont le premier lui succéda dans une partie du 
Comminges 8c l'autre dans le reste de ce comté. Arnaud augmenta considé- 
rablement son domaine par les comtés de Carcassonne 8c de Razès qu'il 
posséda certainement, 8c qui lui échurent, à ce que nous croyons, par son 
mariage avec Arsinde, probablement fille 8c héritière d'Acfred II, comte de 
Carcassonne 8c de Razès de la première race, lequel vivoit encore en 984. 
Arnaud posséda encore de grands domaines dans le Narbonnois 8c le Tou- 
lousain , entre autres toute la partie méridionale de ce dernier pays, vers les 
Pyrénées, sous l'autorité des comtes de Toulouse , que lui 8c ses successeurs 
reconnurent pour leurs suzerains. 

Arnaud, Arsinde, sa femme, leurs fils b leurs filles^ donnèrent au mois 
d'avril de l'an 944 , à l'abbaye de Lézat 8c à l'abbé Adasius , l'église 8c la 

' Voyez tome IV, Note XXI, n. i & suiv. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 

' Uid.Note XXII. méro LXXIII. 



An 944 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 129 

terre de Saint-Ybars clans le pays de Foix, d'où l'on doit conclure qu'Arnaud 
étoit alors, &l même quelques années auparavant, comte de Carcassonne 8(. 
de Razès, puisque le pays de Foix dépendoit alors de ces comtés. Un moderne ' 
ajoute qu'Arnaud étoit fils d'un prétendu comte de Carcassonne, appelé 
Roger j qu'en 942, il fit un voyage en Provence ou dans le royaume d'Arles 
pour y prêter serment de fidélité au roi Louis d'Outre-mer, conjointement 
avec les comtes de Toulouse 8c de Gascogne, 8c les envoyés du comte d'Au- 
vergne; mais tout cela^ est avancé sans preuves : nous ne connoissons aucun 
comte de Carcassonne du nom de Roger, avant la fin du dixième siècle, 8c il 
est certain que Louis d'Outre-mer n'alla point en Provence en 942 ^. 

XLI. — Mort d^Aton, vicomte de Toulouse. — Adhémar lui succède. 

Adasius gouvernoit encore l'abbaye de Lézat au mois de juillet de l'an 948, 
comme il paroît par une donation "^ faite alors à ce monastère, de l'église de 
Saint-Germier de Muret, au diocèse de Toulouse, ce qui donna lieu à la 
fondation d'un prieuré conventuel dans cet endroit, sous la dépendance de la 
même abbaye. Un seigneur nommé Radveus, qui donna cette église, l'avoit 
acquise d'un autre appelé Aton, qui paroît le même que le vicomte de Tou- 
louse de ce nom dont on a déjà parlé, 8c qui vraisemblablement étoit alors 
déjà décédé. Adhémar ^ lui succéda dans la vicomte de Toulouse, 8c il étoit 
sans doute de ses parens, puisque les dignités étoient alors héréditaires, mais 
non pas son fils, car le même Aton mourut sans enfans. 

L'abbé Adasius^ n'avoit que l'administration générale de l'abbaye de Lézat 
sous l'autorité de S. Eudes , abbé de Cluny, qui l'avoit choisi pour son coad- 
juteur dans le gouvernement des monastères de sa réforme, comme on l'a déjà 
remarqué. Nous trouvons, en effet, que Daniel étoit abbé particulier de Lézat, 
la neuvième année du règne de Louis d'Outre-mer, ou l'an 945. Une dame 
appelée Garsinde donna -^ alors à ce monastère l'alleu de Fustignac, dans le 
Toulousain 8c le territoire de Bouconne, 8c aujourd'hui dans le diocèse de 
Lombez, sur les frontières du Comminges. Cette dame est peut-être la même 
que Garsinde, femme de Raimond-Pons, comte de Toulouse. 

XLII. — Entrevue de Louis d'Outre-mer avec Raimond-Pons, comte de 

Toulouse. 

Ce dernier alla en 944 à la rencontre du roi Louis d'Outre-mer, qui vint 
en Aquitaine avec la reine Gerberge, son épouse ; c'est ce que nous apprend 
un historien ^ du temps, qui assure que Louis eut alors une conférence avec 

c. 

' De Vie, Comtes de Carcassonne, p. 55. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCVII. 

' Voyez tome IV, Note XXII. « Voyez tome IV, Note XXIII, n. 3. 

' IhU. . ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro LXXVI. 

raéro LXXVII. — Mabillon, ad ann. 940, n. i3. " Frodoard, Chronlcon, p. 608. 

m 9 



An 944 



An 944 



i3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



t. Il, p. 78. 



Raimond, prince des Goths, les autres seigneurs d'Aquitaine. Nous ignorons 
Éd. origin. le motif &. les circonstances de cette entrevue. Un historien moderne ' prétend 
que Louis entreprit ce voyage pour recevoir l'hommage de ces seigneurs ; 
mais il convient^ en même temps qu'alors les hommages des vassaux de la 
partie méridionale du royaume n'étoient qu'une pure cérémonie, à cause 
qu'ils s'étoient mis dans l'indépendance, dont nos rois les laissoient jouir tran- 
quillement. Louis avoit d'ailleurs reçu auparavant l'hommage du comte de 
Toulouse & des seigneurs aquitains. Il faut donc que son voyage ait eu 
quelque autre motif plus important : nous croyons que les entreprises conti- 
nuelles de Hugues le Grand 5c des autres principaux vassaux de France, jointes 
à un commencement de brouillerie^ prêt à éclater entre lui & Othon, roi de 
Germanie, l'engagèrent à passer la Loire, tant pour s'assurer du secours de 
Raimond-Pons Se des autres seigneurs du pays contre les rebelles de France, 
que pour faire diversion contre le roi de Germanie, qui avoit des liaisons"^ I 

très-étroites avec Conrad le Pacifique, roi de la Bourgogne Transjurane 8c k 
de Provence, dont les Etats confinoient avec la Gothie. Louis, après cette % 
conférence, retourna en France où la guerre que ses vassaux continuèrent 
contre lui faillit à le renverser du trône. Comme Raimond I, comte de 
Rouergue, partageoit alors le marquisat de Gothie avec Raimond-Pons, comte 
de Toulouse, son cousin, nous ignorons lequel des deux s'aboucha avec ce 
prince. Il paroît cependant que ce fut le dernier, qui, outre qu'il étoit chef 
de sa famille, possédoit le duché d'Aquitaine avec le comté particulier d'Au- 
vergne. 

XLIII. — Conrad le Pacifique succède à Rodolphe IIj son père, dans le 

royaume de Provence. 

Conrad le Pacifique avoit succédé en 987, étant encore fort jeune, au roi 
Rodolphe II, son père, dans les royaumes de la Bourgogne Transjurane 8c 
de Provence. Othon le Grand, roi de Germanie, son tuteur, l'appela alors 
à sa cour où il le retint plusieurs années, mais non pas autant que quelques 
modernes l'ont prétendu. Conrad étoit ^ en effet de retour en Provence en 948, 
8c il tint un plaid dans le Viennois, au mois de juin de la même année, la 
sixième de son règne. 

On voit par là que ce prince étoit alors maître du Viennois, 8c par d'au- 
tres monumens, qu'il l'étoit aussi du Valentinois à la gauche du Rhôpe, 8c 
même du Lyonnois 8c du Forez en deçà de ce fleuve : or, comme Charles 
Constantin, comte de Vienne, avoit reconnu «^ la souveraineté de Louis d'Ou- 
tremer, nous ne doutons pas que le principal motif du voyage que ce dernier 

' Daniel, Histoire de France, t. i, p. 948. ' Gxùchenon, Bihliotheca Sehasiana, p. 239,269. 

^ Ibid. p. 968. — Mabillon , Annal, ordinis sancti Benedicti, ad 

' Frodoard, Clironicon, p. 608. ann. 943, n. 67 & 59. 

■♦ Ibid. p. 610. 6 Frodoard, Chronicon, p. 606. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



i3: 



An 



entreprit en Aquitaine, en 944, n'ait été aussi pour engager Raimond-Pons, 
comte de Toulouse Se le comte de Rouergue, son cousin, tous les deux mar- 
quis de Gothie 5c dont les Etats coniî noient avec le royaume de Provence, 
à le secourir, pour remettre le Viennois 8c le reste de ce royaume sous son 
obéissance. Ce fut sans doute alors que les marquis de Gothie étendirent leur 
domaine jusques au Rhône Se qu'ils soumirent à leur autorité le Vivarais Se 
l'Uzège, qui faisoient anciennement partie du même royaume, s'ils ne l'avoient 
déjà fait aussitôt après la mort de l'empereur Louis l'Aveugle. 

Outre le royaume de Provence situé à la gauche du Rhône, que Conrad 
posséda en entier du vivant' même de Hugues, roi d'Italie, qui le lui avoit 
cédé, lui 5c ses successeurs régnèrent sur la Bourgogne Transjurane Se une 
partie de la Souabe, ce qui fit que pour marquer l'étendue de leur domination, 
ils se qualifioient ^ rois des Allemands ^ des Provences {Alemannorum seu Pro- 
vinciarum)y ou seulement rois des Provences. Les auteurs contemporains leur 
donnent aussi le titre de rois de la Gaule -^ Cisalpine. On doit remarquer 
cependant que par le terme des Provences dont Conrad se disoit roi, il ne 
faut pas entendre la seule Provence proprement dite, comme le prétend "^ un 
critique qui suppose que cette province étoit alors divisée en comté de For- 
calquier, à la droite de la Durance, Se en comté de Provence depuis cette 
rivière jusques à la mer , car cette division est fort postérieure ^ au dixième 
siècle, mais plutôt l'ancien royaume de Provence , possédé d'abord par Boson 
6c ensuite par Louis l'Aveugle, son fils, divisé en deux duchés ou gouvernemens 
généraux, l'un du Lyonnois Se du Viennois, au nord de l'Isère, Se l'autre de 
Provence, entre cette dernière rivière Se la mer. 

XLIV. — Comtes 6* vicomtes d'U-^ès. — Origine de la ville du Pont-Saint-Esprit. 

Le Vivarais Se l'Uzège ne dépendoient donc plus du royaume de Provence 
sous le règne de Conrad le Pacifique. Nous avons en effet une donation ^ faite 
par un prêtre nommé Licérius, la sei-;^ième année du règne de Louis d' Outre-mer ^ 
en faveur de l'abbaye de Cluny, du village d'Alherne, dans le pays d'U-^èsy pour 
Vâme du comte A mairie, de la comtesse Ermen garde ^ du comte Bermondy son sei- 
gneur. L'acte est souscrit par le vicomte Tructaldus, ce qui fait voir qu'au milieu 
du dixième siècle le diocèse d'Uzès étoit gouverné par un comte Se un vicomte. 
Nous ne trouvons depuis aucun monument qui nous fasse connoître leurs suc- 
cesseurs 5 mais nous ne doutons pas qu'après la mort de Bermond, comte d'Uzès, 
qui vraisemblablement étoit fils d'AmalricSed'Ermengarde, Se successeur immé- 
diat du premier, ce comté n'ait été uni 7 au domaine de Raimond I, comte de 
Rouergue Se marquis de Gothie qui le possédoit,à ce qu'il paroît, vers l'an 961, 



5^44 



Éd. origin. 
t. II. p. 79. 



b 



Voyez tome IV, Note XII. 
Ruffi, Dissertation, p. lo & suiv. 
Frodoard, Chronicon, p. 6io. 
^Pagi, ad ann. pSy, n. 5. 



5 Voyez tome IV, Note XIV. 

® Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 5, 

p. 320. 

' Vayez tome IV, Note XV, n. a. ^ 



An 944 



i32 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



clans le temps de sa mort, & qui le transmit à Raimond de Saint-Gilles & aux 
autres comtes de Toulouse ses successeurs , lesquels furent certainement ' 
comtes particuliers d'Uzès. Le même Raimond de Saint-Gilles, ou quelqu'un 
de ses prédécesseurs, inféodèrent sans doute le domaine qu'ils avoient à Uzès 
aux anciens seigneurs de cette ville, dont nous parlerons dans la suite, Se dont 
nous ne pouvons faire remonter^ l'origine que vers la £n du onzième siècle. 
^^ 5 On voit encore que le diocèse d'Uzès composoit un comté particulier au mi- 

lieu du dixième siècle, dans une donation^ qu'un archevêque nommé GérRudy 
dans le dessein de se retirer à Cluny pour y vivre sous la discipline de saint 
Aymar, abbé, fit en 946, à cette célèbre abbaye, des biens qu'il tenoit de son 
père dans le comté d'U-^ès & la viguerie de Caisson {Caxlonense^^ 8<. dont il 
avoit fait un échange avec son frère. Géraud donna entre autres l'église de 
Saint-Saturnin, située à la droite du Rhône, où l'acte fut passé 5 il se qualifie 
seulement évêque dans sa souscription, de même que Rostaing, qui signa 
après lui. Se ils ne marquent ni l'un ni l'autre le nom de leur siège; mais 
il paroît certain"^ que le premier étoit archevêque d'Aix, Se l'autre évêque 
d'Uzès. 

C'est donc ce Géraud, archevêque d'Aix, natif de la ville ou du diocèse 
d'Uzès qui, ayant renoncé à sa dignité pour embrasser la vie religieuse dans 
le monastère de Cluny, donna lieu par cette donation à la fondation du 
prieuré de Saint-Saturnin du Port, dont la ville du Pont-Saint-Esprit bâtie 
depuis au même endroit tire son origine. Il est en effet hors de doute que 
l'église de Saint-Saturnin, donnée par ce prélat à l'abbaye de Cluny, est la 
même que celle du prieuré du Saint-Esprit qui en dépend aujourd'hui Se qui 
est voisine de Saint- Paulet de Caisson, de la viguerie duquel elle dépendoit au 
dixième siècle. On sait d'ailleurs^ que le prieuré ou monastère de Saint-Satur- 
nin sur le Rhône subsistoit déjà en 969. Quant au nom de Saint-Esprit, ce 
n'est que depuis la fin du treizième siècle que cette ville l'a pris, du célèbre 
pont qui y fut bâti alors sur le Rhône ^. 

XLV. — Hugues, roi d'Italie, détrôné. — Il se ligue avec Raimond I, comte de 
Rouergue 6* marquis de Gothie, pour remonter sur le trône. 

Manassés , archevêque d'Arles, tint une conduite bien opposée à celle de 
Géraud, archevêque d'Aix. Il ne cessa de scandaliser l'Église par son ambition 
Se sa simonie. Non content de l'archevêché d'Arles, qu'il avoit obtenu par le 
crédit de Hugues, son oncle, alors simple duc de Provence Se depuis roi d'Ita- 
lie, il le suivit au delà des Alpes Se envahit successivement les évêchés de 
Trente, de Vérone Se de Mantoue , qu'il posséda conjointement avec cet 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, ann. loçS '' Voyez tome IV, Note XXIV. 

£t I 172. ' Acta Sanctorum ordinis sancti Bsnedict'i, saec. 5, 

^ Voyez tome IV, Note LU. p. 764. 

'Voyez tome V, Chartes & Diplôines , nu- " Par les religieux d'un ordre hospitalier dont il 

mcroLXXIV. — Voyez tome IV, iVofe XXIV. sera pailé dans la suite. [E. M.] 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i33 



An pij5 



t. II, p. 80. 



archevêché. Enfin il porta ses vues sur celui de Milan, 8c pour l'obtenir, il iit 
perdre au roi Hugues la couronne d'Italie, malgré tous les efforts de ce prince 
pour se soutenir sur le trône par le secours de Raimond, comte de Rouergue 
8c prince de Gothie, ce qui nous engage à parler ici 8c de l'origine 8c des suites 
de cette révolution. 

Hugues, on n'en peut disconvenir, avoit de grandes qualités ', mais il avoit 
aussi de grands défauts : dur 8c impérieux dans le gouvernement 8c déréglé 
dans ses mœurs, il se rendit extrêmement odieux aux principaux seigneurs de 
ses Etats. Béranger, marquis d'Ivrée, l'un des plus considérables, forma d'abord 
le dessein de le détrôner 5 mais ses intrigues furent découvertes, ce qui l'obligea 
de se réfugier en Allemagne. Il revint^ en Italie peu de temps après 8c trouva 
moyen de gagner l'archevêque Manassés, sous la promesse de lui donner l'ar- éd. origin. 
chevêche de Milan. Il engagea ainsi ce prélat à lui livrer une forteresse dont 
il étoit le maître 8c à trahir le roi Hugues, son parent 8c son bienfaiteur. 
Manassés n'omit rien pour grossir le parti du marquis, 8c prit si bien ses mesures 
qu'il fit entrer dans la révolte la plupart des villes 8c des grands de la Lom- 
bardie. Dans cette extrémité, Hugues se rendit à Pavie, capitale de ses Etats, 
d'où il envoya Lothaire, son fils, à Béranger 8c aux autres conjurés qui étoient 
assemblés à Milan, pour les supplier de déférer la couronne à ce jeune prince 
puisqu'ils le jugeoient lui-même indigne de la porter. Après cette humiliante 
démarche, Hugues sortit de Pavie, avec tous les trésors qu'il put emporter, 
dans le dessein de se retirer auprès de Conrad, roi de Bourgogne. Il n'exécuta 
pas toutefois sa résolution, sur l'assurance que les conjurés lui firent donner, 
qu'ayant élu 8c couronné à Milan le roi Lothaire, son fils, il pouvoit rester 
en Italie 8c continuer même à y régner avec lui. 

Hugues ne fit pas beaucoup de fond sur les promesses des factieux j il vit 
bien que la crainte qu'ils avoient qu'en se retirant d'Italie avec toutes les ri- 
chesses qu'il avoit ramassées, il ne s'en servît pour se procurer le secours des 
Bourguignons 8c des autres peuples des Gaules, 8c qu'il ne vînt ensuite avec 
eux leur faire la guerre, les avoit uniquement engagés à le prier de demeurer 
en Italie ; aussi résolut-il de prendre ses sûretés. Il feignit cependant de se 
rendre à leur demande, 8c ayant recommandé à Béranger son fils Lothaire, qu'il 
laissa en Italie, il passa en deçà des Alpes vers la fin^ de Tan 946 8c arriva avec 
ses trésors en Provence où "^ il avoit encore diverses terres, mais dont il n'étoit 
alors ni duc, ni souverain, quoi qu'en disent quelques modernes. 

Raimond premier du nom, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, que ^ 
Luitprand qualifie prince des Aquitains 8c que divers ^ auteurs confondent 
mal à propos avec Ra^mond-Pons, comte de Toulouse, son cousin, eut à peine 

■ Luitprand, 1, 5. ' Luitprand, 1. 5, c. 14. 

' Ibid. c. 12 & suiv. ^ Voyez au sujet de ce Raimond, comte de Roue;- 

^ Frodoard, Chronicon , p. 620. — Pagi , ad gue, tome IV, la Note VIII sur la filiation de la 

ann. 946, n. i. maison de Toulouse St ses différentes branches. 

'' Voyez tome IV, Note XII. [E. M.j 



T" i34 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 945 ' 

été informé de l'arrivée de ce prince au voisinage du Rhône, qu'il fut le trou- 
ver pour lui offrir de le conduire en Italie à la tête d'une armée Se d'y com- 
battre Béranger. Le roi Hugues accepta volontiers la proposition de Raimond, 
81 fit avec lui un traité que ce dernier jura d'observer fidèlement moyennant 
la somme de mille mines que l'autre lui compta. Si qui montoit à celle de mille 
cinq cent soixante marcs d'argent, chaque ' mine pesant une livre romaine Se 
quatre drachmes. 

L'historien contemporain qui parle de ce traité fait comprendre qu'il y fut 
présent. Il ajoute que les promesses de Raimond prêtèrent à rire {Nos omnes 
cachinno ajfecit^) aux Italiens qui étoient à la suite du roi Hugues, à 
cause du peu de cas qu'ils faisoient de la parole des Aquitains. Il convient 
cependant qu'ils étoient en état de secourir ce prince, de la mort duquel 
il parle aussitôt, sans marquer s'il rentra en Italie, ni nous instruire des suites 
"T Z du traité qu'il avoit conclu avec Raimond ; mais nous apprenons d'un autre 
auteur^ du temps, que Hugues repassa en Italie l'année suivante Si. qu'il y 
fut de nouveau reconnu pour roi, d'où nous inférons que Raimond passa les 
monts avec lui Se qu'il l'aida à remonter sur le trône. Le nouveau règne de 
ce prince ne fut pas long '^ 5 il fut obligé bientôt après de se «retirer encore en 
deçà des Alpes, Se il mourut la même année dans le monastère de Saint-Pierre 
de Vienne sur le Rhône, qu'il avoit fondé avant son avènement à la couronne 
d'Italie, Se où il prit l'habit monastique quelque temps avant sa mort^. On y 
voit encore son épitaphe. 

XLVI. — Mariage de Raimond I, comte de Rouergue, avec Berthe, nièce du 

roi Hugues. 

Hugues légua, par sa dernière disposition, toutes les richesses^ qu'il avoitap- 

portées avec lui d'Italie Se plusieurs terres considérables qui lui restoient tant 

en Provence que dans la Gothie ou Septimanie à Berthe, sa nièce, princesse 

d'une rare beauté, fille de Boson, son frère consanguin, marquis de Toscane, 

Se de Wille sa femme. Elle étoit alors veuve de Boson premier du nom, comte 

d'Arles, Se elle se remaria peu de temps avant ou après la mort du roi Hugues, 

son oncle, avec Raimond, prmcf des Aquitains, dont Luitprand parle avec 

beaucoup de mépris Se avec lequel ce roi avoit fait le traité dont on a déjà 

parlé. Nouvelle preuve que Raimond suivit ou conduisit Hugues en Italie 

Éd. origin. Dour le rétablir sur le trône. Ainsi ce dernier lui aura donné sa nièce en ma- 
t-ii, p- 81. '. .• 1 j • - , , 

nage, ou par un article de ce traite, ou en recompense de ses services. 

' Philander in Vitruv. s Guichenon, BihUotheca Sehusiana. — Ruffi, 

' Luitprand, 1. 5, c. 14. Dissertation sur les comtes de Forcalquier, Sic. 
' Frodoard, Chronicon, p. 610. « Luitprand, 1, 5, c. 14. — Voyez tome V, Char- 

'' Léo Ostiensis, \. 4, c. 64. — Pagi, ad ann. 945, tes & Diplômes, n. XCII & XCVIII. 
n. 2. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i35 "T 

An 947 
XLVII. — Cinquième Concile de Narbonne. 

Le même Raimond, qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, étoit 
comte de Rouergue & possédoit par indivis avec Raimond-Pons, comte de 
Toulouse, son cousin germain, le marquisat de Gothie, fut sans doute un des 
grands de la Province qui assistèrent au concile tenu dans Téglise cathédrale 
des SS. Just &. Pasteur de Narbonne, le 27 de mars de l'an 947 5 car suivant 
les actes' qui nous restent de ce concile, les principaux seigneurs du pays y déli- 
bérèrent avec les évêques sur les moyens de rétablir la discipline ecclésiastique 
dans laProvince. Aymeri, archevêque de Narbonne, 8c les évêques Rodoalde de 
Béziers, Gisande de Carcassonne, Dacbert d'Agde 8c Pons de Maguelonne 
se trouvèrent à cette assemblée avec un abbé nommé Alexandre, 8c confirmè- 
rent l'élection que le clergé 8c le peuple d'Elne venoient de faire de Riculfe 
pour leur évêque, à la place de Wadalde mort depuis peu. On prétend^que les 
évêques de la Province tinrent un concile la même année à Fontaines, dans le 
diocèse d'Elne; mais c'est un fait^ certainement supposé. Le dernier éditeur"^ 
des Conciles, qui a adopté les fautes de ses prédécesseurs, auroit pu s'en 
apercevoir 8c faire mention de celui de Narbonne dont il ne dit pas un mot. 

XL VIII. — Boson II succède à Boson I dans le comté de Provence. 

Boson I, comte de Provence 8c premier mari de Berthe, laquelle épousa en 
secondes noces Raimond I, comte de Rouergue, mourut sans doute sans posté- 
rité. Nous savons du moins qu'un autre seigneur de son nom, qui se dit fils ^ ÂTTIs" 
de Rotbold, lui succéda dans ce comté 8c qu'il en étoit déjà possesseur au mois 
d^octobre de la dou-:^ième année de Conrad, roi des Allemands 6* de Provence, 
c'est-à-dire l'an 948, comme il paroît par un acte'^ d'échange que fit alors 
Manassés, archevêque d'Arles. Quelques auteurs prétendent que Rotbold, père 
de Boson II, fut aussi comte de Provence, mais on n'en voit''' aucune preuve. 
D'autres veulent que ce dernier ait pris le titre de roi 8c qu'il ait régné en 
Provence depuis l'an 925, ce qu'ils n'appuient que sur des monumens suppo- 
sés, d'où ils tirent aussi l'épiscopat de Rangefridus, évêque d'Avignon, qu'on 
dit avoir été auparavant moine 8c abbé de Saint-Gilles, au diocèse de Nimes. 
Un moderne s a enfin avancé que le roi Hugues, à son retour d'Italie, vers la 
fin de l'an 946, donna à Boson II le duché ou comté de Provence à titre bénéfi- 
ciaire, ou comme il s'explique, à vie & sous Vhommage, 8c que ce prince étant 
décédé, Conrad le Pacifique confirma le même Boson ^ dans le gouvernement 

■ Capltulalres, t. 2, p. 684 Si. smy. — Marca H'is- ' Voyez tome IV, NoteXlV, n. 10 & suiv. 

pan'ica, p. 890 & seq. ® Gallia Ckristiana, nov. edit. t. i , p. io3. — 

' Conciles, t. 9, p. 621. Mabillon, ad ann. 948, n. 12. 

^ Marco. Hispanïca, p. 869 & seq. — Voyez ' Voyez tome IV, Note XIV, n. 10 & suiv. 

tome IV, Note II. * Ruffi> Dissertation, p. 6 & seq. 

^ Hardouin, Collect. Conciliorum, t. 6, p. 602. ° Ibid. 



An 94$ 



i36 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



de Provence; mais cet auteur se fonde uniquement sur la supposition que le roi 
Hugues, dans la cession qu'il fit du royaume de Provence à Rodolphe II, roi 
de Bourgogne, se réserva jusqu'à sa mort la souveraineté sur la Provence pro- 
prement dite, ou comté de Provence, ce qui est absolument faux. Tout ce qui 
paroît de plusvraisemblable, c'est que Hugues, après avoir été duc ou comte de 
Provence du vivant de Louis l'Aveugle, 8c s'être emparé de l'autorité depuis sa 
mort, donna à son avènement à la couronne d'Italie, en 926, le comté ou gou- 
vernement de Provence à Boson I, qui probablement étoit le même que Boson, 
frère de Raoul, roi de France; qu'il lui donna ensuite Berthe, sa nièce, en 
mariage, 5c qu'après avoir cédé en 980 tout le royaume de Provence à Rodol- 
phe, roi de Bourgogne, ce dernier confirma le même Boson dans ce comté ou 
gouvernement ; 5t qu'enfin celui-ci étant décédé sans postérité, Conrad le Paci- 
que, fils de Rodolphe II, donna à Boson II le comté de Provence. Du reste, soit 
que Boson II tînt cette dignité des rois de Bourgogne à titre bénéficiaire^ ou 
non, il est certain que le comté de Provence devint héréditaire dans sa famille 
8c que ses descendans ' en jouirent de la même manière que les grands vas- 
saux du royaume possédoient leurs fiefs, c'est-à-dire avec une autorité presque 
absolue , en reconnoissant cependant la suzeraineté des rois de Bourgogne, 8c 
ensuite des empereurs d'Allemagne, leurs successeurs. En effet, les fils de Bo- 
son II partagèrent le domaine de ce comté , qui s'étendoit entre l'Isère, les 
Alpes, la mer 8c le Rhône, 8c le transmirent à leur postérité. Comme les comtes 
de Toulouse héritèrent dans la suite de la moitié du même comté parle mariage 
Éd. origin. de Guillaume Taillefer avec Emme, petite-fille de Boson II, nous avons cru 

t. Il, p. 82. ,. , . . . . A • • 1 • 

quil n'étoit pas inutile de faire connoître l'origine de ce dernier 8c de ses 
droits sur la Provence^. 

XLIX. — Donation d'Arnaud^ comte de Carcassonne^ en faveur de Vabhaye 
de Montolieu. — AméliuSj vicomte de Carcassonne. 

Nous avons remarqué ailleurs que Raimond premier du nom, comte de 
Rouergue 8c marquis de Gothie,avoit un frère nommé Hugues qui prenoit le 
titre de comte. Il en est fait mention, ce semble, dans la donation ^qu'Arnaud, 
comte de Carcassonne, Arsinde, sa femme 8c leurs fils Roger 8c Odon firent à 
l'abbaye de Montolieu, 8c à Tresmire,qui en étoit abbé, de l'alleu de Sainte- 
j^n , Eulalie, situé dans le diocèse de Carcassonne 8c le territoire d'Alzonne, par un 
acte daté du mois d'avril la trei':(ième année du règne de Louis d'Outre-mer, ou 

' Voyez tome IV, "Note XIV. core trop jeune, ce fut son frère Rotbold qui lui 

" Boson II, fils de Rotbold, fut comte de Pro- succéda 8c exerça les fonctions de comte d'Arles ou 

vence de 948 à 968 environ. Il eut deux fils. Guil- de Provence jusqu'à ce que son neveu fût en âge de 

laume premier du nom, l'aîné, comte de 968 à 992, gouverner. — Voyez sur ces comtes les chartes du 

épousa : 1° Arsinde, z° Adélaïde, qui n'est point Cartulaire de Saint-Victor de Marseille publié dans 

Adélaïde d'Anjou, comme l'ont écrit plusieurs au- la collection des documents inédits relatifs à l'his- 

teurs. Il fut père de Guillaume II & de la reine toire de France. [E. M.] 
Constance. Après sa mort, son fils se trouvant en- ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXVIII, 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XH. iS? ""! 

' An 949 

de l'an 949, &. souscrit par Hugues, évoque de Toulouse. Arnaud déclare que 
Roger, son frère, qui avoit acquis cet alleu du comte Hugues, le lui avoit donné. 
C'est de ce même Roger que descendoient vraisemblablement" les comtes hé- 
réditaires de Comminges qui vivoient au douzième siècle. 

Tresmire, abbé de Montolieu, fit bâtir l'église de ce monastère, ou du moins 
la chapelle de Saint-Michel, suivant une ancienne inscription gravée sur une 
pierre d'autel 8c trouvée^ au commencement de ce siècle dans une chapelle. 
Le nom à!Amélius, vicomte par la grâce de Dieu, y est gravé ; nous conjectu- 
rons de là que ce seigneur contribua à la dépense du bâtiment. Amélius étoit 
donc vicomte de Carcassonne au milieu du dixième siècle, ce qui est confirmé 
par un autre monument^ du même siècle. 

L. — Election de saint Fulcrand, évêque de Lodève. 

Le diocèse ou comté de Lodève avoit aussi alors ses vicomtes"^, qui eurent la 
principale part à l'élection de saint Fulcrand, évêque de cette ville. Suivant la 
vie de ce saint prélat, composée au quatorzième siècle par^ Bernard Guidonis, 
l'un de ses successeurs, il étoit fils d'un seigneur des plus qualifiés du pays. On 
prétend que sa mère, à qui les uns donnent le nom d'Eustorge, 6c les autres 
celui de Biligarde, étoit fille d'un comte de Substantion ou de Maguelonne j 
dans ce cas, elle devoitêtre fille ou sœur du comte Bernard premier du nom, dont 
nous avons déjà parlé. Fulcrand fait mention lui-même dans son<5 testament 
de Pons 8c d'Aranfred, ses frères, d'André, chanoine de Lodève, son neveu, 8c 
d'Emme, sa proche parente. On lui donne encore deux sœurs qu'on assure avoir 
été dames de Montpellier 8c avoir donné l'origine à cette ville. Enfin, ce saint 
dispose par son testament d'une partie du château de Roquefeuil, ce qui peut 
faire croire qu'il appartenoit à la famille des seigneurs de ce château, situé 
dans la partie de l'ancien diocèse de Nimes qui forme aujourd'hui celui d'AIais 
8c confine avec le Gévaudan, le Rouergue 8c le diocèse de Lodève. 

La mère de Fulcrand prit un soin particulier de son éducation 8c le mit d'abord 
sous la discipline de Thierri, évêque de Lodève, qui vivoit dans une grande 
réputation de sainteté. Sous un si excellent maître, on le vit bientôt faire 
un égal progrès dans la vertu 8c dans la science. Il s'appliqua surtout à l'étude 
des saintes lettres, Se après avoir passé par tous les degrés ecclésiastiques, il 
parvint enfin à la dignité d'archidiacre de Maguelonne. Il enexerçoit les fonc- 
tions avec beaucoup d'édification, quand l'évêché de Lodève vint à vaquer par 
le décès de Thierri, le 7 janvier de l'an 949. Le clergé 8c le peuple s'étant assem- 
blés par l'autorité d'Ew^^i- 6 d'Heldin, princes du peuple, pour l'élection d'un 
nouvel évêque, ils ne délibérèrent pas longtemps sur le choix; la pureté des 

•Voyez tome IV, î/ote XXII, n. 28 & sulv. ' Vita S. Fulcr. Bollandistes, févr. t. 2, p. 710 8c 

' Mabillon, ad ann. 948, n. i. . suiv. — Plantavit, Chronicon episc. Loi. p. 46 & 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCVIII. seq. 

^ Voyez tome IV, Note XXV. « Bollandistes, févr. t. 2, p. 710 & suiv. 



An 949 



i38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



mœurs de Fulcrand, sa vie pénitente, sa douceur, sa naissance 8c ses talens 
lui gagnèrent bientôt tous les suffrages. Il fut le seul qui ne voulut pas con- 
sentir à son élection, Se le ministère dans lequel on vouloit l'engager lui parut 
si redoutable qu'il prit la fuite &. alla se cacher. Ayant été cependant décou- 
vert, il fut enfin forcé de se rendre, & Aymeri, archevêque de Narbonne, son 
métropolitain, fit la cérémonie de son sacre le 4 février de la même année dans 
l'église de Saint-Paul de Narbonne. 

Un des principaux soins de Fulcrand, après son élévation à Tépiscopat, fut 
de faire agrandir &: exhausser sa cathédrale dédiée sous l'invocation de S. Geniz 
ou Génies, martyr, &. d'y faire construire un clocher. Heldin, vicomte de 
Lodève, qui en fut informé, croyant que son autorité étoit blessée dans cette 
entreprise, fit défendre d'élever le bâtiment au delà d'une certaine hauteur. 
Éd. origin. L'évêque, de son côté, jaloux de l'autorité Se de la juridiction temporelle qu'il 
prétendoit avoir dans Lodève, ne fit aucun cas de la défense du vicomte Se 
fit bâtir un clocher 8c plus grand Se plus haut qu'il ne l'avoit résolu. Hildin en 
fut extrêmement irrité. Se pour se venger de Fulcrand, il vint en fureur à 
Lodève Se chargea les habitans de divers impôts exorbitans. Le saint évêque 
le pria d'abord avec beaucoup de douceur de faire cesser ces vexations 5 mais 
n'ayant pu rien gagner par cette conduite, il en prit une tout opposée : il fit 
arrêter le vicomte Se le retint dans une étroite prison, jusqu'à ce qu'il eût 
restitué ce que lui Se ses prédécesseurs avoient injustement usurpé sur l'église 
de Lodève. Enfin il élargit Hildin, après lui avoir fait promettre de ne plus 
retomber dans de pareils excès 5 il tâcha cependant de le gagner dans la 
suite, soit par ses manières, soit par ses discours. 

LL — Vicomtes de Lodève. 

On voit par ce que nous venons de raconter de la vie de S. Fulcrand, que 
la ville Se le diocèse de Lodève étoient gouvernés de son temps par des vicomtes 
héréditaires qui, abusant de leur autorité, exerçoient les droits régaliens. Ils 
le pouvoient faire d'autant plus librement, qu'il n'y avoit alors aucun comte 
particulier qui résidât dans ce pays, dont le comté ' étoit réuni au domaine 
de la maison des comtes de Toulouse. Du moins est-il certain que ces der- 
niers possédoient le comté de Lodève dans le onzième siècle Se que les vicomtes 
de cette ville étoient leurs vassaux. Quant à la juridiction ou autorité tem- 
porelle que les évêques prétendoient avoir, ils la dévoient en tout ou en 
partie à la piété de nos rois, comme l'insinue l'auteur de la vie du saint prélat. 

Hildin, vicomte de Lodève, qui vivoit alors, nous est connu par d'autres 
monumens. S. Fulcrand en fait mention dans son testament^ à l'occasion 
d'un alleu qu'il avoit acquis de lui. Se dont il disposa en faveur de l'abbaye 
de Joncels. Ce vicomte vivoit en 961, comme il paroît par la donation qu'il 

■ Voyez tome IV, Note XXV. = Vita. S. Fulcrandi, Bollandistes, fév. t. 2, p. 710 

& seq. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i3q "T 

^ An 949 

fit cette ' année à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert, dans le diocèse de 
Lodève, &. à Gausfred qui en étoit abbé, de plusieurs biens situés dans le 
comté de Substantion, de concert avec Gariberge &» Adotiy ou Odon vicomte y 
tant pour leurs âmes que pour celle d'Autgarius^ ce qui nous fait conjecturer 
que les mêmes Hildin 8<. Odon, vicomtes de Lodève en 949 Se 961, étoient 
fils de ce dernier & de Gariberge, qu'ils héritèrent de lui de cette vicomte, 
& qu'ils la possédèrent par indivis. 

Hildin ou Heldin, vicomte de Lodève, n'est pas différent du vicomte Ildl- 
noîif dont il est fait mention dans un acte^ de l'abbaye d'Aniane de l'an 968, 
5c qui conjointement avec Archimberte, sa femme, 5c leurs fils Ermengaud, 
Adilulphe 5c Odon, fit un-^ échange en 982, d'une terre qu'il avoit dans le 
comté de Maguelonne 5c le territoire de Substantion, contre Quinabert, abbé 
de Saint-Guillem du Désert 5c son monastère. Nous inférons qu'il devoit 
être déjà décédé en 984, de ce qu'il n'est pas nommé dans une donation 
que la vicomtesse Archimberte, son épouse, ses fils Adilulphe 6c Odon, 5c 
Trudgarde, veuve de son fils Ermengaud, firent alors à l'abbaye d'Aniane, 
d'une terre située dans le comté de Béziers. Il est du moins certain qu'Hildin 
étoit déjà mort en 986, par une"^ autre donation que la même Archimberte 
fit cette année à Rainald, abbé d'Aniane 5c à ses religieux, de divers biens 
situés à Caunes, dans le diocèse de Béziers, pour ses parens qui étoient déjà 
décédés, savoir : son père, sa mère y son fils, ses filles 6» son mari lldinon. L'acte 
est souscrit par Odon, le seul, à ce qu'il paroît, des fils d'Hildin qui recueillit 
sa succession. Cet Odon fut en effet vicomte de Lodève, comme on le voit 
dans un acte sans^ date, par lequel il donne à l'abbaye de Saint-Guillem du 
Désert, du consentement de Chimberge, sa femme, un alleu dans le comté 
de Lodève, que son père Hildin 5c lui avoient acquis d'un nommé Ardemand. 

Telle est la succession des vicomtes de Lodève depuis le milieu du dixième 
siècle jusques à la fin. Nous ne connoissons pas leurs successeurs, mais il y a 
lieu "^ de conjecturer que leur famille tomba en quenouille j que Nobilie , 
femme de Gilbert, vicomte de Carlad, sur les frontières de l'Auvergne, qui vivoit 
vers le milieu du onzième, étoit fille unique 5c héritière du vicomte Odon 
dont on vient de parler, 5c de Chimberge, sa femme j 5c qu'enfin la vicomte de ÉA.ongyn^ 
Lodève passa par ce moyen, avec celle de Carlad, dans la maison des vicomtes 
de Millau qui possédèrent certainement l'une 5c l'autre. 

Ln. — Donations de divers comtes ou seigneurs de la Marche d'Espagne 

à r abbaye de la Grasse. 

Les différentes donations que nous venons de rapporter sont des preuves 
de la piété des comtes de Lodève. Plusieurs seigneurs de la Marche d'Espagne 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCVI. '' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXII. 

' Ih'id. n. Cil, la 2'' charte citée sous ce numéro. ^ Ibid. n. CXXXV. 

' Ibid. n. CXXIII, ^ Voyez tome IV, Note XXV. 



I40 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 949 ^ 

signalèrent la leur envers l'abbaye de la Grasse, sous le gouvernement de 
Soniarius ' qui en fut abbé depuis l'an 91 5 jusques en 942. Maïeul, vicomte, 
lui donna ^ en 946 un alleu dans le comté d'Urgel « pour son âme Se celles 
« de Pvanilonne, sa femme, &c d'Esther qu'il avoit épousée en premières noces. » 
Ermengarde, abbesse de Burgal, dans le comté de Pailhas &: le diocèse d'Ur- 
gel, fit don 3 de son monastère à la même abbaye, la quinzième année du 
"T ' rèp-ne de Louis d'Outre-mer, ou l'an q5o: cette abbesse fait mention dans l'acte 

An 960 o • • 1) 

du comte Guillaume, son frère. Elle étoit fille disarn, comte & marquis de 
Pailhas, qui avoit '^ fondé le monastère de Burgal, dont Aton, évêque, son 
oncle paternel, l'avoit mise en possession. 

Ce dernier étoit certainement évêque de Pailhas, d'où l'on doit in- 
férer ou que cet évêché ne fut pas supprimé, comme il avoit été ordonné par 
un décret du concile de Fontcouverte de l'an 911, ou du moins qu'il fut 
rétabli bientôt après. Quant au monastère de Burgal , nous apprenons qu'il 
n'y avoit 5 plus de religieuses au commencement du onzième siècle, d'un acte 
de l'an 1007, par lequel « Soniarius, comte de Pailhas 8c ses frères, les comtes 
« Raimond &l Guillaume, confirment la donation que le comte Raimond, 
« leur aïeul, Isarn & Aton, évêque, leurs oncles paternels, en avoient faite 
« à l'abbaye de la Grasse. » Depuis ce temps-là ce monastère ne fut plus desservi 
que par des religieux dépendant de cette abbaye. Artaud"^, comte de Pailhas 
& sa femme Guillelmette y donnèrent différens biens en 1170, Se un autre 
comte de ce pays, nommé Bernard Se sa femme Guillelmette, en 1196. Enfin, 
la conventualité y a cessé après l'introduction des commendes, Se il n'est plus 
desservi que par trois prêtres séculiers, depuis l'an 1458. 
~~~ ~ Soniarius, abbé de la Grasse, fit un échange-' en 961 avec Sunifred, comte 

de Barcelone, qui lui donna un alleu dans le comté de Carcassonne, en pré- 
sence de Wisade, évêque de cette ville. Il étoit peut-être parent du comte 
Soniarius qui fit donation^ en 963, à Witiza son successeur, de plusieurs 
églises situées en divers comtés de la Marche d'Espagne , entre autres de celle 
de Notre-Dame de Riodezar, où il y eut depuis un prieuré dépendant de 
l'abbaye de la Grasse, lequel est uni aujourd'hui à celle de Campredon dans le 
diocèse de Girone. 

LIIL — Rétablissement du monastère de S ainte-Enimie dans le Gévaudan. 

Comtes (y vicomtes de ce pays. 

Les différentes guerres qui avoient agité le royaume, mais surtout l'inva- 
sion des biens ecclésiastiques par les séculiers, causèrent la ruine ou la déca- 
dence de plusieurs églises ou monastères au milieu du dixième siècle. Celui 

' H'ist. manusc. de l'abbaye de la Grasse^ p. 406. « Archives de l'abbaye de la Grasse. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXVI. ' Marca H'ispanica^ p. SpS 8c seq. 

^ Ihtd. n. LXXIX. 8 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nii- 

■» Ibïd. n. LXXV. méro LXXXII. — Mabillon, Annal, ord'inis sancti 

' Ibid. n. CXLIIÏ. Bcnedicti,aà ann. 960, n. 36. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 141 ~~. 7" 

~ An 961 

de Sainte-Enimie dans le Gévaudan, entre autres, se trouvoit alors dans une 
extrême ' désolation. Etienne, évêque de Mende, résolu de le relever, s'adressa 
« à Dalmace, abbé de Saint-Chaffre en Vêlai 8c le pria, du consentement 
« de son chapitre, des principaux seigneurs du pays, 8c en particulier du 
« vicomte Bernard, de prendre ce monastère sous sa conduite 8c d'y envoyer 
« de ses religieux pour y rétablir l'observance régulière. Dalmace s'excusa 
« d'abord, mais il y consentit enfin, k condition que lui 8c ses successeurs y 
u auroient une pleine autorité. Etienne prit là-dessus l'avis de 'son clergé 
« 8c de son peuple, 8c accepta la condition, du consentement du marquis 
« Raimondf avec lequel peu de temps après il fit un voyage de dévotion à 
« Rome, suivi de plusieurs de ses ecclésiastiques 8c de l'abbé Dalmace. Ils 
« eurent recours ensemble au pape Agapet qui confirma le rétablissement du 
« monastère de Sainte-Enimie, en présence du sénateur Albéric. « Ce dernier 
s'étoit alors emparé de toute l'autorité dans Rome. Les circonstances de ce 
rétablissement du monastère de Sainte-Enimie sont marquées dans un acte 
qui fut dressé en 961, 8c qui est souscrit par Gotescalc, évêque du Puy. Il y est 
dit qu'on appeloit anciennement ce lieu Burlatis, 8c qu'on y conservoit encore 
les reliques de la sainte. Ce monastère a toujours été soumis depuis à l'abbaye 
de Saint-Chaffre , Se a donné son nom à une petite ville du Gévaudan ^-dit- origin. 

1 t. II p. 85. 

située sur la rive droite du Tarn, vers les frontières du diocèse d'Alais. 

Par ce que nous venons de dire, nous apprenons qu'il y avoit alors un comte 
8c un vicomte de Gévaudan. Le dernier paroît être le même^ que Bernard, fils 
puîné d'un autre Bernard , vicomte de Millau en Rouergue, en 987. Quant 
au comte ou marquis Raimond, nous avons ^ lieu de croire qu'il n'est pas dif- 
férent de Raimond premier du nom, comte de Rouergue 8c cousin germain de 
Raimond-Pons, comte de Toulouse. Il dominoit dans le Gévaudan en qualité 
de suzerain d'Etienne, comte de ce pays, qui probablement étoit son frère, 8c 
fils puîné d'Ermengaud, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie. Etienne 
avoit épousé alors, ou du moins il épousa bientôt après Adélaïde d'Anjou dont 
nous parlerons ailleurs'^. 

LIV. — Mort de Raimond-Pons , comte de Toulouse. — Guillaume Taillefer, 

son fils, lui succède. 

On pourroit croire aussi qu'il s'agit dans cette charte de Raimond-Pons, 
comte de Toulouse , qui , en qualité de duc d'Aquitaine, étendoit son autorité 
sur le Gévaudan, s'il ne paroissoit que ce prince étoit déjà décédé en 961 . En 
effet, nous ne doutons pas que sa mort n'ait été un des principaux motifs du 
voyage que le roi Louis d'Outre-mer entreprit cette année en Aquitaine, 8c dont 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, LXXX. frère ou parent de Raimond, comte de Rouergue, 

" Voyez tome IV, 'Note XXVI, ■ comme le suppose dom Vaissete. — Voyez tome IV, 

' Ibid. n. 2 & 7. l'addition à la Note XXVI, où nous donnons la 

■'Etienne I , comte de Gévaudan, n'était point véritable généalogie de ce personnage. [E. M.j 



An (;5i 



142 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

un historien ' du temps parle en ces termes : « Louis s'étant mis à la tête de ses 
u troupes s'avança vers les frontières de cette province au commencement de 
« l'année. Charles Constantin, prince de Vienne 8c Etienne, évêque d'Auvergne 
« ou de Clermont, informés de sa marche, furent au devant de lui &. lui prê- 
« tèrent serment de fidélité, auquel le dernier ajouta des présens considérables. 
« Guillaume, comte de Poitiers, fut aussi à la rencontre de ce prince, qui, étant 
« sur le point d'entrer en Aquitaine, tomba dangereusement malade. Léotald, 
« comte dans la Bourgogne, prit un soin particulier de lui pendant sa maladie, 
« & Louis ayant recouvré ses forces reprit le chemin de France. » Nous tirons 
de ce récit les conséquences suivantes : 

1° Louis dut prendre la route de Mâcon pour entrer en Aquitaine , & tomber 
malade dans cette ville, car Léotald, que Frodoard qualifie comte de Bourgogne , 
8t qui assista ce prince dans sa maladie, n'est pas différent de Léotald, comte 
de Mâcon, qui vivoit alors 8c qui descendoit^ par mâles de Maïeul, vicomte de 
Narbonne, dont il étoit petit-fils 5 2° la marche du roi vers l'Aquitaine à la tête 
d'une armée est une preuve que les peuples de cette province s'étoient révoltés 
contre lui 8c refusoient de lui obéir. Il est marqué, en effet, qu'Etienne, évêque 
de Clermont, alla à sa rencontre 8c le reconnut pour son seigneur^ d'où il paroît 
que l'Auvergne étoit alors révoltée. Voici ce qui peut avoir donné occasion à cette 
révolte. 

Nous avons fait voir^ ailleurs que le roi Raoul, lorsqu'il reçut en 982 la sou- 
mission de Raimond-Pons, comte de Toulouse, disposa en faveur de ce prince 
du duché d'Aquitaine 8c des comtés d'Auvergne 8c de Vêlai. On a prouvé aussi 
que le roi Louis d'Outre-mer le maintint dans ses dignités. Nous savons enfin "^ 
que ce roi, qui mourut en 964, les donna à Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de 
Poitiers. Or, comme on n'a aucune preuve que ce dernier ait pris la qualité de 
duc d'Aquitaine avant l'an 960 8c du vivant de Raimond-Pons, nous concluons 
de tout cela ; 1° que celui-ci mourut vers l'an 960; 2° qu'après sa mort, Louis 
d'Outre-mer disposa du duché d'Aquitaine 8c des comtés d'Auvergne 8c de Vêlai 
en faveur de Guillaume Tête-d'Etoupes; 3° que les Aquitains, 8c surtout les 
Auvergnats, attachés à la maison de Toulouse, refusèrent de reconnoître Guil- 
laume Tête-d'Etoupes pour leur duc ou comte 8c se déclarèrent en faveur du 
fils de Raimond-Pons, que le roi avoit dépouillé de ses dignités, 8c, qui étant en 
bas âge étoit hors d'état défaire valoir ses droits; 4° enfin, que ce fut autant pour 
les y obliger que pour remettre sous son obéissance le comté de Vienne 8c le 
reste du royaume de Provence, soumis alors à Conrad le Pacifique, que Louis 
s'avança en 961 vers ces provinces à la tête d'une armée. 

On peut confirmer ce que nous venons de rapporter par le refus constant que 
firent^ les principaux seigneurs d'Auvergne, 8c entre autres Etienne, évêque de 

■ Frodoard, Chronicon, p, 6i6 & seq. '' Adhémar de Chabanais, p. i6(5. 

' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- '^ Acta Sanctorum orditiis sancti Benedicti, saec. 5, 

gne, t. 2, p. 5 & suiv. — Mabillon, ad anii. pSS, p. 32 1. — Baluze, Histoire généal. de la maison 

n. 8i. d'Auvergne, t. 2, p. 2. — Voyez tome IV de cette 

3 Voyez tome IV, Note XVI. édition, JVofe XVI. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. iaS — ;; — T" 

' An 95 1 

Clermont, qui étoit de la maison des vicomtes de cette ville, de se soumettre mi°"1j6 
à Guillaume, comte de Poitiers, jusques à la première année du règne de 
Lothaire, ou à Tan 955, qu'ils firent un accord avec ce comte, suivant lequel 
ils le reconnurent pour leur seigneur. 

Raimond-Pons, comte de Toulouse, mourut donc vers l'an çSo 5 aussi n'avons- 
nous ' aucune preuve qu'il ait vécu au delà de cette année. Il laissa du moins 
trois fils de Garsinde, sa femme, qui lui survécut. Guillaume^ l'aîné, qui étoit 
alors fort jeune, lui succéda dans le comté de Toulouse & la plupart de ses autres 
domaines sous la tutelle 8c le gouvernement de Garsinde, sa mère. On le sur- 
nomma Taillefery & il fut le troisième comte de Toulouse de son nom. Les deux 
autres s'appeloient Pons &(. Raimond ; le premier eut dans la suite le comté 
d'Albigeois pour son partage. Raimond-Pons eut aussi, à ce qu'il paroît, une 
fille appelée Raimonde, qui épousa Aton, vicomte de^ Soûle en Gascogne. On 
devroit enfin mettre Léogarde, femme de Borrel, comte de Barcelone, au nombre 
de ses enfans, si l'on pouvoit s'appuyer sur l'autorité"^ d'un moderne qui la croit 
originaire d'Auvergne 8c fille de Raimond, comte de ce pays, au commencement 
du règne de Lothaire, car nous ne connoissons d'autre Raimond, comte d'Au- 
vergne, au dixième siècle, que Raimond-Pons, comte de Toulouse. 

Ce dernier possédoit dans le temps de sa mort le comté particulier de Toulouse, 
qui étoit très-étendu, avec le marquisat de cette ville qui lui donnoit la suzerai- 
neté sur les comtés de Carcassonne 8c de Razès. Il jouissoitde plus en commun, 
avec Raimond premier du nom, comte de Rouergue, son cousin, du marquisat 
de Gotliie 8c des comtés de Narbonne, Nîmes, Lodève, Béziers 8c Agde dans 
cette province j de ceux d'Albigeois 8c de Querci en Aquitaine, 8c du Vivarais 8c 
de rUzège, anciens membres du royaume de Provence; tous ces domaines pas- 
sèrent à ses successeurs. Quant au duché d'Aquitaine 8c aux comtés d'Auvergne 
8c de Vêlai ^, dont il avoit été pourvu seulement depuis la mort des neveux de 
Guillaume le Pieux, 8c dont le roi Louis d'Outre-mer disposa après la sienne 
en faveur de Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de Poitiers, il paroît que Guil- 
laume Taillefer<^, après les avoir disputés à ce dernier, ne se pouvant maintenir 
dans leur possession, donna dans la suite en fief ces deux comtés à la famille 
des vicomtes d'Auvergne ou de Clermont '^j qui prirent depuis le titre de comtes 
8c le reconnurent, de même que les autres comtes de Toulouse ses successeurs, 
pour leurs suzerains. 

C'est tout ce que nous avons pu recueillir de plus certain sur le temps de la 
mort de Raimond-Pons, comte de Toulouse , duc d'Aquitaine 8c marquis de 
Gothie, prince également recommandable par sa piété, sa valeur 8c l'étendue 
de son domaine, dont il porta les bornes depuis la Loire jusques aux Pyrénées, 
la mer Méditerranée 8c le Rhône. Parmi les modernes qui ont parlé de sa mort, 

' Voyez tome IV, Notes VIII & XVI. ^ Baluze, Marca Hispanlca, p. 402. 

' Ibid. Note VIII. . 5 Voyez tome IV, Note XVII, 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Ibid. Notes XVI &. WU. 

méro CXXXIX, la 4'' charte citée sous ce numéro. ' Baluze, Hist. géncal. delà maison d'Auvergne, 




An (j52 



144 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 901 '^ 

les uns l'ont placée en gSS, d'autres vers l'an 961, &. d'autres enfin beaucoup 
plus tard 5 mais ils se trompent' tous également. Cela vient de ce qu'ils l'ont 
confondu, à cause de la ressemblance de leurs noms, avec Pvaimond I &. II, 
^^omtes de Rouergue, ses cousins; ce qui est d'autant plus aisé que ces deux 
branches de la maison de Toulouse possédèrent longtemps par indivis la plupart 
de leurs domaines. Au reste, Raimond-Pons fut inhumé^ dans l'abbaye de 
Saint-Pons de Thomières qu'il avoit fondée 8c enrichie par ses libéralités. 

LV. — Comté «S- comtes de F e nouille de s. 

Louis, après son retour en France, se rendit au commencement de l'an 962 
à Reims, où il confirma l'abbaye^ de Saint-Michel de Cuxa, en Roussillon, 
dans la possession des biens qu'elle avoit dans les pays de Cerdagne, de Fenouil- 
lèdeSf de Berga, de Roussillon &: de Valespir. Nous concluons de là que le 
Fenouillèdes, portion de l'ancien diocèse de Narbonne & aujourd'hui de celui 
d'Alet,formoit alors, comme ces autres pays, un comté particulier. W est en effet 
qualifié comté dans deux bulles"^ du pape Agapet, l'une de l'an 950 8c l'autre 
de l'an 9645 8c dans divers autres monumens du dixième siècle. La dernière de 
ces bulles confirme Ségarius, abbé de Saint-Martin de Lez, dans la possession 
des biens que son monastère avoit dans le comté de Fenouillèdes 8c dans ceux 
Éd. origin. de Razès 8c de Roussillon , à la charge de payer une redevance annuelle à 
l'Église romaine. Le comté de Fenouillèdes appartenoit alors à Sunifred, comte 
de Barcelone, qui le tenoit de ses ancêtres. Voici, à ce qu'il nous paroît, l'origine 
de ce comté. 

Il est certain que le pays de Capcir^, situé au sud-ouest de celui de Fe- 
nouillèdes, faisoit partie en 878 du comté de Razès possédé alors en com- 
mun par Wifred le Velu , comte de Barcelone , 8c Miron , comte de Rous- 
sillon, son frère, 8c par les deux frères Oliba II 8c Acfred I, comtes de 
Carcassonne. Celui de Fenouillèdes , qui est entre le Capcir Se le Razès , 
dépendoit aussi par conséquent en même temps de ce dernier comté, 8c ne 
formoit qu'un même domaine , quoiqu'il composât un pays distingué ou une 
viguerie séparée dès l'an^^ 842. On a remarqué ailleurs "^ que les comtes de 
Barcelone 8c ceux de Carcassonne de la première race qui vivoient à la fin du 
neuvième siècle étoient de la même famille, ce qui fit sans doute que les uns 
8c les autres jouirent alors par indivis du comté de Razès. Sur ces principes, 
nous croyons : 1° qu'il y eut un partage de ce comté entre les deux branches 
après l'an 8/3 8c avant le commencement du dixième siècle ; 2° qu'Oliba II, 

' Voyez tome IV, Notes VIII & XVII. 5 Voyez tome I, livre X, n. ex, & tome II, aux 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXI. Preuves, Chartes & Diplômes, n. XCIX. 

— Voyez tome IV, Note VIII, n. 9. 6 Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplô- 

3 Marca Hispanica, p. 863. — Mabillon, ad ann. mes, n. LVI. 

952, n. 56. 'Voyez tome I, livre X, n. cxi j tome IV, 

'' Marca Hispanica, p. 865. — Voyez tome V, Note LXXXVII, n. 100 &. suiv. 
Chartes £c Diplômes, n. LXXXIII. 



t. Il, p. 87. 



An ç^i 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 14$ 

8c Acfred I son frère, comtes de Carcassonne, demeurèrent en possession du 
pays qui retint le nom de comté de Razès Se qui compose ce c{u'on appelle 
aujourd'hui l'officialité de Limoux , Sî. que Wifred le Velu , comte de Barce- 
lone 8c ses frères, eurent pour leur part le pays de Fenouillèdes, qui, depuis 
ce temps, eut titre de comté avec les pays' de Pierrepertuse, de Capcir, de 
Sault 8c de Donazan, lesquels dépendoient anciennement du comté de Razès 
8c faisoient certainement partie du domaine des descendans de Wifred le Velu 
aux dixième 8c onzième siècles. Il paroît par ce que nous venons de dire que 
le comté de Fenouillèdes, après la mort de ce prince arrivée vers l'an 901, 
passa à W^ifred II, son fils 8c son successeur, 8c ensuite à Miron, son autre 
fils, héritier de ce dernier, 8c que le même Miron le transmit à Sunifred, 
comte de Barcelone, son fils. Le pays de Fenouillèdes eut aussi des vicomtes 
dont nous parlerons ailleurs. 

Nous avons la preuve que Sunifred, comte de Barcelone, dominoit sur ce 
pays : 1° dans un jugement^ qu'il rendit la huitième année du règne de Lo- 
thaire, ou l'an 962, en faveur de Raoul , abbé de Saint-Martin de Lez 8c de 
son monastère, situé dans le Fenouillèdes 5 2° dans son testament ^ de l'an 966, 
suivant lequel il disposa du domaine de ce pays en faveur d'Oliba, son frère, 
qui, après la mort"^ de Miron, comte de Barcelone, leur père, arrivée en 928, 
avoit eu pour son partage les comtés de Cerdagne 8c de Berga dans le dio- 
cèse d'Urgel. On donna à Oliba le surnom ou sobriquet de Cahreta ou Ca- 
brète , parce que ^ lorsqu'il étoit en colère il grattoit la terre du pied comme 
une chèvre. 

Ces deux princes avoient deux autres ^ frères, dont l'un, nommé Miron, eut 
le comté de Girone pour son partage 8c fut évêque de cette ville, 8c l'autre, 
appelé Wifred, fut comte de Besalu. Les comtés de Confiant 8c de Valespir'^, 
situés en deçà des Pyrénées, appartenoient aussi, au milieu du dixième siècle, 
à Sunifred, comte de Barcelone 8c à ses frères 5 8c ce prince ayant fait rebâtir^ 
l'église de l'abbaye de Cuxa, située dans le premier de ces deux pays, la fit 
dédier, au mois de juillet de l'an 953, par Riculfe, évêque d'Elne, 8c lui donna 
des biens considérables avec le comte Oliba, son frère, Ave, leur mère 8c Ber- 
nard, vicomte de Cerdagne. 

La plupart des comtés de la Marche d'Espagne 8c quelques-uns de la Sep- 
timanie appartenoient donc en ce temps-là à la maison de Barcelone. Celui 
d'Urgel étoit aussi alors dans cette maison , 8c Soniarius , oncle paternel du 
même Sunifred , qui l'avoit eu pour son partage , étant déjà mort en 954 , ÂmT 
Richilde, sa veuve, confirma^ la donation qu'il avoit faite à l'abbaye de la 



' Voyez tome II, au^K. Preuves, Chartes & Diplô- * Voyez tome IV, Note XXVII. 

mes, n. XCIX. — Tome V, Chartes & Diplômes, ' Marca Hispanica, p. 641 & seq. 

n. XXII & n. CLI. — Tome IV, Note XXVII, « Ibld. p. 892 & seq. 

n. 5, &c. ■ ■> Voyez tome IV, Note XXVII, n. 5. 

' Archives de l'archevêché de Narbonne. ' Marca Hispanica^ p. 3r)4, 863. 

' Marca H'tspanicaj p. 885 & seq. * Ibid, p. iipj. 

III 



— : lAÔ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 954 ^ 

Grasse de diverses terres situées dans les comtés de Besalu Se d'Ausone. Sonia- 
rius eut trois fils de cette comtesse : Ermengaud, Borrel Se Miron. Le second 
lui succéda dans le comté d'Urgel, & dans la suite à Sunifred, son cousin, dans 
celui de Barcelone, qu'il transmit à ses descendans. 

LVI. — Mariage de Matfredf vicomte de Narhonne. — Lothaire succède au 
roi Louis d'Outre-mer, son père. 

Matfred , vicomte de Narbonne, après avoir vécu assez longtemps sous la 
tutelle ou l'administration de la vicomtesse Richilde , sa mère, avoit déjà pris 
par lui-même le gouvernement de son domaine avant la mort de Raimond- 
Mi°'^'^88" Pons, comte de Toulouse, comme il paroît par un échange qu'il fit avec ce 
prince, de qui il reçut' la terre de Montlaurès dans la Ligurie, au diocèse de 
Narbonne. Il avoit épousé Adélaïde lorsqu'il acquit^ au mois de novembre de 
la dix-septième année du règne de Louis d'Outre-mer, ou l'an 962, le lieu de 
Creisse ou de Creissan dans le comté de Narbonne, qu'il vendit ^ de concert 
avec elle six ans après, à Aymeri, archevêque de cette ville. 

L'acte de cette vente est daté du i^j avril 969, la quatrième année du règne de 
Lothaire ; ce qui nous fait comprendre que la Gothie ou Septi manie ne se sou- 
mit pas à ce prince aussitôt après la mort du roi Louis d'Outre-mer, son père, 
arrivée "^ le 10 de septembre de l'an 964. Lothaire ne fut en effet reconnu 8c 
couronné en France que le 12 de novembre suivant, malgré la précaution que 
Louis avoit prise de l'associer au trône de son vivant. La cérémonie de ce cou- 
ronnement se fit à Saint-Remi de Reims, où Lothaire fut salué des principaux 
prélats 8c seigneur?» franc ois , bourguignons 6* aquitains. 

Ce prince fut proprement redevable de la couronne aux soins que se donna 
Hugues le Grand de lui gagner les suffrages} aussi, par reconnoissance, dis- 
posa-t-il en sa faveur des duchés de Bourgogne 8c d'Aquitaine. 

LVn. — Guerre au sujet du duché d'Aquitaine. — Lothaire confirme les 
privilèges de Véglise du Puy. 

Guillaume Tête-d'Etoupes , comte de Poitiers, pourvu de ce dernier duché 
depuis la mort de Raimond-Pons, comte de Toulouse, n'étoit nullement dis- 
posé à le céder à Hugues , qui , de son côté , résolut d'employer la force pour 
l'en déposséder. Celui-ci , en attendant , accompagna Lothaire à Laon, où nos 
rois faisoient alors leur principale résidence, 8c qui étoit presque la seule ville 
qui leur restât de leur domaine. 

Gotescalc, évêque du Puy, s'y rendit au commencement de l'année suivante, 
8c s'étant adressé à Hedwige, femme du même Hugues, duc des François, 8c 

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, ^ Tome V, Chartes & DiplômeSjii. XC, 2*^ charte, 

p. 58. ^ Frodoard, Chronicon, p. 6i8 & seq. — Ma- 

" Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. LXXXI. billon, ad ann. pS^, n. 70. 



An 955 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 147 — ] — 77 

>' An (;5 j 

tante du roi Lothaire , il obtint par son crédit, le 8 de mars, un diplôme ' par 
lequel le roi confirme la donation que Raoul , son prédécesseur, avoit faite 
autrefois en faveur des évêques du Puy, du bourg de ce nom, &. de divers droits 
domaniaux. Cette charte est la dernière de celles qui nous restent, & que nos 
rois de la seconde race accordèrent en faveur des églises ou des particuliers de 
la Province. Le pouvoir de ces princes Se des premiers rois de la troisième race, 
leurs successeurs, fut depuis si peu considérable dans le pays, que nous ne 
saurions prouver par aucun monument qu'ils y aient exercé quelque autorité 
jusques au règne de Louis le Jeune. On ne trouve dans cet intervalle d'autres 
marques de leur souveraineté sur la Province que la date de leur règne mar- 
quée dans les actes, encore est-elle omise dans un très-grand nombre. On 
peut juger par là jusques à quel point les grands vassaux portèrent leur indé- 
pendance dans cette partie du royaume. 

Hugues le Grand, résolu d'obliger Guillaume Tête-d'Etoupes à lui céder 
le duché d'Aquitaine, assembla^ des troupes, 8c pour donnera ses armes 
quelque couleur de justice, il engagea le roi Lothaire à se mettre à la tête 
de son armée. Le roi & le duc se joignirent à Paris, à la fête de Pâques qui 
tomboit cette année le i5 du mois d'avril. Ils passèrent ensuite la Loire 8c 
s'avancèrent vers la ville de Poitiers qu'ils assiégèrent, 8c que Guillaume avoit 
abandonnée sur le bruit de leur marche. Ils ne purent cependant s'en rendre 
maîtres 8c ils furent obligés de se retirer après deux mois de siège. Guillaume 
se mit alors en campagne 8c harcela Lothaire 8c Hugues dans leur retraite ; 
mais ceux-ci , s'étant mis en bataille, tombèrent si rudement sur lui qu'ils le 
défirent entièrement 8c taillèrent presque toute son armée en pièces. Nonobs- 
tant une si grande perte, Guillaume se maintint dans la possession de son 
duché, 8c s'étant rendu en Auvergne au mois de juin de la même^ année, il 
s'accommoda avec les principaux du pays qui le reconnurent enfin pour leur 
seigneur. La mort de Hugues le Grand '^, son concurrent, qui arriva l'année 7 TT" 
suivante , lui fut très-favorable. Le roi Lothaire donna à la vérité alors le 
comté de Poitiers à Hugues Capet, fils de ce prince j mais il ne paroît pas 
que ce dernier en ait jamais joui , non plus que du duché d'Aquitaine. Il fit 
peut-être un accord là-dessus avec Guillaume, qui étant rentré dans les bonnes 
grâces du roi , demeura paisible possesseur de ces dignités 8c les transmit à 
ses descendans. 

LVIII. — Mort d'Arnaud, comte de Carcassonne, ^c. — Partage de ses 

domaines entre ses fils. 

On a déjà remarqué que le roi Lothaire fut reconnu plus tard dans la Pro- t'^ji°'''6jj 
vince que dans le reste du royaume , ce qui nous donne lieu de rapporter au 

' Voyez tome V, Chartes & Diplôm£S , nu- ^ Baluze, Histoire généal. de la. maison d'Auver- 

méro LXXXIV. gne, t. 2, p. 2. 

' Frodoard, Chronicon, p. 618 & seq. ■• Frodoard, Chronicon, p. 621. 



An 



148 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

commencement de son règne un acte passé dans le Toulousain, 8c daté ' régnant 
Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cet acte est un déguerpissement fait en faveur 
de Daniel, abbé de Lézat, en présence du comte Arnaud j par un seigneur 
nommé Amélius, de plusieurs terres qu'il avoit usurpées sur ce monastère. Ce 
comte n'est pas différent d'Arnaud, comte de Carcassonne , dont les domaines 
s'étendoient aux environs 8c qui étoit déjà décédé au mois de novembre de 
l'an 957^, lorsque sa femme Arsinde 8c le comte Roger, son fils, vendirent à 
Gilabert, vicaire , un alleu qu'ils avoient à Cheiran. Ce lieu étoit situé dans 
la viguerie de Queille, portion du Toulousain, qui comprenoit tout ce qui 
compose aujourd'hui la partie méridionale du diocèse de Mirepoix, 8c appar- 
tenoit à la maison des comtes de Carcassonne. Le château de Queille , qui 
donnoit son nom à la viguerie de son nom , subsistoit encore au quatorzième 
siècle j mais il n'en reste plus aucun vestige. Quant à Gilabert, il est sans 
doute le même qu'un vicaire ou ^ viguier de Saissac dans le diocèse de Car- 
cassonne, de ce nom, lequel présida à un plaid tenu au mois d'avril de l'an 968 
dans l'église de Saint-Martin, située au voisinage. 

Arnaud posséda '^, avec le comté de Carcassonne, ceux de Razès, de Com- 
minges 8c de Conserans. Il laissa entre autres trois fils d'Arsinde, sa femme j 
savoir : Roger, Eudes ou Odon 8c Raimond. Le premier lui succéda dans les 
comtés de Carcassonne 8c de Conserans, 8c dans une partie de ceux de Com- 
minges 8c de Razès, 8c il eut outre cela en partage plusieurs domaines dans 
le Narbonnois 8c le Toulousain. Le second fut comte de Razès, 8c le troisième 
de Comminges. Il paroît par divers^ monumens que ces trois comtes demeu- 
rèrent quelque temps depuis la mort d'Arnaud, leur père, sous la tutelle 8c le 
gouvernement d'Arsinde, leur mère. 

LIX. — Différentes époques du règne de Lothaire dans la Province. — L/nîon 

des vicomtes d'Alhi 6* de Nimes. 

Si la date d'une donation*^ que fit Aymeri , archevêque de Narbonne, à 
l'église 8c aux chanoines de Saint-Paul, au mois d'octobre de Vannée 968, la 
deuxième du règne de Lothaire , est exacte , c'est une nouvelle preuve que ce 
prince fut reconnu pour roi un peu tard dans les provinces méridionales du 
royaume. Mais il paroît, d'un autre côté, que le diocèse de Narbonne lui étoit 
soumis dès l'an 955 ; car on a un plaid ^ tenu dans cette ville par le même 
archevêque 8c la vicomtesse Richilde , au mois de mai de Van dcccclv , la 
première année que Lothaire commença à régner. Nous avons enfin divers 
autres monumens qui ne permettent pas de douter que ce prince n'ait été re- 
connu peu de temps après son couronnement dans une grande partie du 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.LXXVI, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

=■ Zè/i. n.LXXXIX. — Voyez tome IV, ?/ote XXII, méros LXXXIX & XCI. — Voyez tome IV, 

n. 3. Note XXII. 

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XC. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XC. 

* Voyez tome IV, Vote XXII. ' Uid. n. LXXXV. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 140 

^ ■> An 5)56 

Languedoc. Tel est 1° une donation ' faite au mois de septembre de la seconde 
année du règne de Lothaire à l'abbaye de la Grasse, fondée , dit-on dans cet 
acte, dans le territoire de Carcassonne 6* le Val de Dagne (i/z valle Aquita- 
nîca)'^ 2° un échange^ où il est marqué qu'on payeroit en conséquence un cer- 
tain droit au vicomte Bernard i^ à la vicomtesse Gau-:^e, 

Cette dame étoit femme ^ du même Bernard qui, de son 'chef, étoit vicomte 
d'Albi & avoit succédé alors dans cette vicomte à Aton I, son père. Nous ne 
doutons pas que la vicomtesse Gauze ou Gauciane ne fût héritière de celle de 
Nimes. Ainsi son mari, qui fut le second vicomte d'Albi de son nom, aura uni 
par son mariage ces deux vicomtes à son domaine. Il est certain du moins qu'il 
les transmit à ses descendans qui prirent le surnom de Trencavel , 8c dont le 
pouvoir 8c l'autorité augmentèrent si considérablement dans la suite, que leur 
maison devint la plus considérable de toute la Province après celle des comtes 
de Toulouse. Bernard II , vicomte d'Albi , avoit alors un frère appelé Frotaire, 
qui étoit évêque de Cahors'^ 8c qui possédoit encore cet évêché en 961. Une 
dame, nommée Senegonde, donna ^ en alleu à ces deux frères, l'an çSy, la moi- ~ ~ 
tié du château de la Tour en Rouergue. 
» 
LX. — Rétablissement de Vévêché de Pailhas dans la ville de Rota^ sous la 

métropole de Narbonne. 

Le roi Lothaire ne fut reconnu dans la Marche d'Espagne que depuis 
l'an 955, suivant l'acte d'érection de l'évêché de Rota, daté*^ du premier de 
décembre de Van 967, la troisième année du règne de ce prince. Voici ce qui 
donna lieu à cette érection. 

Raimond, comte de Pailhas "^ 8c de Ribagorça, 8c la comtesse Ermessinde, 
sa femme, ayant fait bâtir une église à Rota, résolurent d'établir un évêché Éd.^onpin. 
dans cette ville qui dépendoit de leur domaine. Ils eurent pour cela recours à 
l'autorité d'Aymeri, archevêque de Narbonne, métropolitain de la Marche 
d'Espagne , qui seconda leurs désirs. Ce prélat se rendit sur les lieux avec les 
évêques de sa province 8c consacra pour évêque de Rota, en présence d'une 
foule de peuple qui étoit accouru à cette cérémonie, Odissendus, qu'on dit fils^ 
du comte 8c de la comtesse de Pailhas. Il dédia en même temps, sous l'invocation 
de S. Vincent , martyr, la nouvelle cathédrale que Raimond 8c Ermessinde 
dotèrent richement. 

Comme il est dit dans l'acte ^ qui fut dressé là-dessus, c{\xily avoit eu autre- 
fois un évêché à Rota, cela fait croire à un moderne '° que cet évêché est le 
même que celui de Pailhas, qui étendoit sa juridiction sur le comté de ce nom 

■ Mabillon, ad ann. çSS, n. 82. ^ Marca Hispamca, p. 876 & seq. 

=■ Tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXXVII. ? j^;^, 

' Voyez tome IV, Note XXI, n. 1 & sulv.. * Ihid. p. 376. 

* Ibid. n. 4. ^ Ihld. p. 875. 

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXXVIII. '° Baluze, Marca Hispanica, p. 896. 



t. II, p. 90. 



An fjSy 



i5o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

& sur celui de Ribagorça j qu'il étoit établi à Rota lorsque le concile de Font- 
couverte en ordonna la suppression en 911, Se qu'enfin ayant été aboli en 
conséquence de ce décret, il fut rétabli dans la même ville en 967 5 mais il y 
a lieu de douter si le décret du concile de Fontcouverte pour la suppression de 
l'évêché de Pailhas fut exécuté, puisqu'il ' paroît qu'Aton, frère d'Isarn, comte 
de Pailhas, le possédoit vers l'an 946, ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs. 
Nous croyons donc que l'évêché de Rota est un de ces anciens évêchés d'Es- 
pagne qui furent supprimés après l'invasion des Sarrasins, au commencement 
du huitième siècle 5 que Selva, faux évêque d'Urgel,qui avoit usurpé l'autorité 
métropolitaine à la fin du neuvième, démembra, du consentement du comte 
d'Urgel, son protecteur, une partie de son diocèse, savoir les comtés de Pailhas 
8c de Ribagorça, pour y ériger un évêché qui prit le nom de Pailhas; que cet 
évêché subsista pendant le dixième siècle, malgré le décret du concile de Font- 
couverte qui en ordonnoit la suppression j 8c qu'enfin Raimond , comte de 
Pailhas 8c de Ribagorça, ayant fait rebâtir la ville de Rota, y établit le siège 
de ce même évêché, du consentement d'Aymeri , archevêque de Narbonne, 
8c des évêques de la Province, 8c en fit ordonner évêque Odissendus, son fils, 
après la mortd'Aton, évêque de Pailhas. "* 

Il paroît que ce dernier étoit frère d'Odissendus 8c fils du même Raimond, 
comte de Pailhas. C'est ce que nous inférons d'un acte^ de l'an 1007, par le- 
quel Suniarius, comte 8c marquis, confirme la donation faite par Raimond, 
son aïeul, 6* Isarn i^ Aton évêques , ses oncles paternels, du monastère de 
Burgal, dans le comté de Pailhas, en faveur de l'abbaye de la Grasse. Suniarius 
étoit donc comte de Pailhas 8c de Ribagorça, 8c petit-fils du comte Raimond , 
qui, en 967, rétablit l'évêché de Rota. La mort de ce dernier ^ arriva en 970, 
8c Wifred, son fils, père sans doute de Suniarius, lui succéda dans ces deux 
comtés. Au reste , il ne faut pas confondre la ville de Rota où le siège épiscopal 
de Pailhas fut établi , avec celle de Roses (Roda) , dont le nom latin est pres- 
que le même, 8c qui est située vers la côte de la Méditerranée, dans le diocèse 
de Girone 8c le comté de Pierrelate; il y avoit dans la dernière un ancien 
monastère dédié sous l'invocation de la sainte Vierge 8c de S. Pierre. La ville 
épiscopale de Rota étoit située dans le comté de Ribagorça, vers les frontières 
d'Aragon. Son diocèse s'étendoit entre "^ les deux rivières de Noguera Riba- 
gorçana 8c de Noguera Pailhareza, 8c comprenoit les comtés de Pailhas 8c de 
Ribagorça 5, dont les évêques prirent indifféremment le titre dans la suite. 
Comme ce pays avoit fait anciennement partie du diocèse d'Urgel, les évêques 
de cette dernière ville se réservèrent une espèce d'autorité sur ceux de Pailhas 
8c présidèrent à leur élection, le siège vacant. Les Sarrasins s'étant emparés de 
la ville de Rota dans le onzième siècle, l'évêché fut supprimé ^ 8c réuni à celui 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXV ^ Marca H'ispanica, p. 402. 

& CXLIII. 4 j^;^_ p 3^g 

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- Wi/^. p. 427 & 1068. 

méro CXLIII. s j^,'^_ p_ ^^q 8c 1068. 



An 969 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i5i ~ — T" 

An 957 

d'Urgel en 10405 il fut rétabli vingt ans après, 8c le pape Pascal II le transféra 
à Balbastro à la réquisition de Pierre, roi d'Aragon, après que ce prince eut 
pris ' , en i loi , cette ville sur les Maures. 

LXJ. — Roger If comte de C arc as sonne, sous l'autorité d'Arsînde , sa mère. 

Nous avons dit qu'Arnaud, comte de Carcassonne, laissa l'administration de 
ses domaines à la comtesse Arsinde, sa femme. C'est ce qui paroît : 1° par une 
donation^ faite en çSç en faveur de l'abbaye de Montolieu , &. autorisée par 
cette comtesse 8c Roger, comte de Carcassonne, son fils j 2° par un engagement^ 
qu'elle fit à des Juifs avec ses fils, les comtes Eudes 6» Raimond, pour le prix de 
mille sols, des lieux de Magrian 8c de Cuxac dans le Narbonnois, 8c qu'un ^li^p.^îJ"'. 
particulier racheta depuis du consentement de ces deux comtes, qui lui donnè- 
rent la haillîe ou administration de tous les alleux qu'ils possédoient dans le 
comté de Narbonne. Le même Raimond, qui eut"^ pour son partage la plus 
grande partie du comté de Comminges, donna dans la suite, par son testa- 
ment^, sa portion de Magrian 8c de Cuxac, laquelle consistait dans un troi- 
sième, à Ermengaud, archevêque de Narbonne, 8c ce prélat en disposa quelque 
temps après en faveur de son église. Nous concluons de là que les comtes Roger 
8c Eudes , frères de Raimond, possédoient avec lui par indivis les deux autres 
tiers de ces domaines. Aussi voyons-nous que les descendans de Roger I, comte 
de Carcassonne, furent seigneurs*^ d'une partie de Magrian dans le diocèse de 
Narbonne. Enfin cet acte peut servir à fixer à peu près l'époque de la mort de 
Raimond I, comte de Comminges, puisque Ermengaud, qui lui survécut, fut 
archevêque de Narbonne depuis l'an 977 jusque vers l'an ioi3. 

LXII. — Le roi Lothaire reconnu dans la partie orientale du Languedoc» 
Âhhés de S aint-Chaffie . — Êvêques de Bé';^iers. 

Le roi Lothaire s'affermit peu à peu sur le trône 8c il étendit son autorité 
sur les pays situés en deçà du Rhône, qui étoient anciennement de la dépen- 
dance du royaume de Provence. On a en effet deux donations "^ datées du 
règne de ce prince, en faveur de l'abbaye de Saint-Chaffre, en Vêlai : l'une de 
l'église de Saint-Andéol d'Escolenc, dans la viguerie de Pradelles, en Vivarais; 
8c l'autre, qui est de l'an 961, de l'église de Saint-Sauveur de Macheville, 
située dans cette partie du diocèse de Valence qui est en deçà du Rhône 8c 
qui dépend du Languedoc. Geilin, comte de Valence, qui fit cette dernière 
donation avec sa femme Raymote, reconnoissoit par conséquent alors la souve- 
raineté de Lothaire, du moins pour la partie de son comté située en deçà de ce 

' Marco. Hispan'ica, p. 477. 5 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCI. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. "XCI. " Ihld. n. CXCV, la z" charte citée sous ce nu- 

' Ibid. méro. 

■• Voyez tome IV, Note XXII, n. 25 & suiv. ' Ibid. n. XCI & n. XCVI. 



An 969 



102 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



An 960 



fleuve'. Il est marqué dans cet acte que Macheville dépendoit auparavant du 
Lyonnais &» qu^il étoit alors du diocèse de Valence^ ce qui semble confirmer 
que toute la partie de l'ancien royaume de Provence qui est en deçà du Rhône 
étoit soumise dans ce temps-là à l'Empire François. 

Ulfald, abbéde Saint-Chaffre, reçut ces donations. Il avoit déjà succédé à 
Dalmace dès l'an 956, suivant une donation^ faite à ce monastère par Achi- 
deus, évêque de Die, la vingtième année du règne de Conrad le Pacifique. Ce 
prince confirma par une charte^ l'abbaye de Saint-Chaffre, du consentement 
du comte Geilin Se de l'évêque Aymon, dans la possession des terres que le 
même Achideus, évêque de Die, & les comtes Odilon 8c Geilin lui avoient don- 
nées, tant dans le pays de Die que dans celui de Valence. Le dernier de ces 
deux comtes l'étoit du Valentinoisj l'autre l'étoit probablement de Die. Quant 
à Aymon, il étoit évêque de Valence 8c chancelier de Conrad. Ulfald "^ étant 
abbé de Saint-Chaffre fit construire une nouvelle église où il transféra le corps 
de ce saint &: celui de S. Eudes, premiers abbés de ce monastère. Il parvint à 
l'évêché de Die vers l'an 974 8c garda néanmoins son abbaye qu'il fit gouver- 
ner par des doyens. 

C'est ainsi que Bernard, évêque de Béziers, possédoit en même temps l'abbaye 
d'Aniane le premier de mai ^ de la sixième année du règne de Lothaire, ou de 
l'an 960, ce qui prouve que l'union de ce monastère à l'archevêché d'Arles, faite 
par l'autorité des rois de Provence, 8c dont on a parlé ailleurs, ne subsista pas 
longtemps. Ce prélat*^ avoit succédé à Rodoalde dans l'évêché de Béziers dès la 
troisième année du règne du même prince. 



LXIII. — Berthe , femme de Raimond I, comte de Rouergue, bienfaitrice 

de Vahhaye de Montmajour. 

Le règne de Lothaire est encore marqué dans une charte qui regarde autant 
la Provence que le Languedoc. C'est une donation que Berthe, nièce de Hugues, 
roi d'Italie, 8c femme de Raimond I, comte de R^ouergue 8c marquis de Gothie, 
fit le 26 de février de la sixième'^ année du règne de ce prince, ou de l'an 960, à 
l'abbaye de Montmajour auprès d'Arles, qui étoit fondée depuis peu : elle lui 
donna divers alleux situés partie dans le royaume de Gothie 8c dans le comté 
de Substantion, partie dans le royaume de Provence 8c les comtés de Fréjus, 
de Riez, Gap, Vaison, Apt, Orange, Saint-Paul-T rois-Châteaux 8c Die, dont 
elle avoit hérité suivant les lois, du roi Hugues, son oncle. Elle fit cette dona- 



' Le Cartulalre de Saint-Julien de Brloude & 
celui de Sauxillnnges, abbayes situées aussi dans la 
partie orientale du Languedoc, ou du moins sur la 
limite, renferme un grand nombre de chartes da- 
tées du règne de Lothaire, [E. M.] 

" Mabillon, ad ann. 966, n. io3. 

' Ib'td. — Gallia Christiana , nov. edit. t. 2 , 
instrum, p. 260 £< seq. 



■* Gallia. Christiana^ nov. edit. t. 2, instrum. 
p. 764 &. seq. 

^ Archives de l'abbaye d'Aniane. 

^ Andoque, Histoire de Béliers, p. 5i & suiv. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCII. 
— Mabillon, ad ann. 960, n. 3. — Ruffi, Disser- 
tation sur l'origine des comtes de Venaissin & de 
Forcalquier^ p. 6. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i53 "T 7~ 

An 960 

tion pour son âme, pour Raimondj son seigneur j c'est-à-dire son mari, 8c pour 
Raimond, son fils. 

LXIV. — Plaid tenu dans le Querci par ce comte. 

Nous apprenons d'ailleurs que Raimond, comte de Rouergue, mari de cette ''-'^i^- °"*''"- 
princesse, vivoit encore en 960 j car il n'est pas' différent du comte Rai- 
mond qui, le i3 de juillet de cette année, tint un plaid dans l'église de Saint- 
Sernin en Querci, pays qu'il possédoit par indivis avec Guillaume Taillefer, 
comte de Toulouse, son cousin. Suivant cet acte ^, deux seigneurs ne pouvant 
s'accorder sur la possession d'une église & de quelques autres biens, eurent 
recours au tribunal du comte Raimond qui tenoit alors ses assises, 8c qui leur 
permit de vider leur querelle par un combat singulier, afin que Dieu fît con- 
noïtre de quel côté étoit le bon droit. Chacun ayant choisi son tenant, 8c les 
deux champions étant entrés en lice à la deuxième heure du jour, ils combat- 
tirent jusqu'au soleil couché sans que l'un ou l'autre eût l'avantage. Le comte, 
du consentement des parties, adjugea alors le domaine contesté à l'abbaye de 
Beaulieu, dans le bas Limousin, à laquelle il avoit appartenu auparavant. 

Il est parlé du même comte Raimond^ 5c du comte Hugues qui, à ce qu'il 
paroît, étoit son frère, dans l'acte de fondation'^ faite à peu près vers ce temps-là 
du monastère de Fons,en Querci, dont ces deux comtes possédoient le domaine, 
du moins en partie, suivant le même acte. 

LXV. — Testament de HugueSy évêque de Toulouse. 

Enfin c'est de Raimond premier du nom^, comte de Rouergue, qu'il s'agit <5 
dans le testament'^ que fit Hugues, évêque de Toulouse, vers l'an 960, 8c dans 
lequel il le nomme avec Hugues, fils de ce prince, pour ses principaux exécu- 
teurs testamentaires. Ce prélat, qui étoit d'une naissance très-distinguée, pos- 
sédoit des biens considérables dont il disposa en partie en faveur de son église 
cathédrale, des monastères de Saint-Sernin, de la Daurade 8c de Lézat dans son 
diocèse, 8c des pauvres. Il donna le château de Saissac, dans le diocèse de Car- 
cassonne, à Roger, comte de cette ville, 8c à Arsinde, sa mère, 8c fit d'autres legs 
au premier. Comme la plupart de ses terres étoient situées dans la partie méri- 
dionale du diocèse de Toulouse , qui dépendoit alors du domaine des comtes 
de Carcassonne, cela nous donne lieu de croire qu'il étoit parent du même 
Roger. Il donna entre autres à sa cathédrale le lieu de Saintes-Puelles, dans 
le Lauragais ; au comte Raimond, celui de Mazères, aujourd'hui une des 
principales villes du comté de Foix ; à Bernard, évêque, que nous croyons 

' Voyez tome IV, Note VIII, n. 23. — Voyez ' C'est de Raimond, comte de Rouergue, qu'il 

aussi tome V, Chartes & Diplômes, n. XCIII. est ici question, ainsi que l'a reconnu dom Vaissete 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCIII. dans le n. 3 de la Note VIII du tome IV. [E. M.] 
^ Voyez tome IV, Note VIII, n. i 3. ® Voyez tome IV, Note XIX, n. 6. 

■• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCIV. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCV, 



: — i54 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 960 ^ 

être le même que Bernard , évêque de Conserans, qui vivoit alors ' Se avec 
lequel il étoit fort lié, l'alleu de Saint-Marcel qu'il substitue à l'église de Sainte- 
Marie i^aZrfcaf a, ou de la Daurade. 

Hugues, évêque de Toulouse, possédoit aussi les lieux de Cintegabelle Se 
de Mérens, qui sont aujourd'hui deux petites villes, dont la dernière est chef 
d'une châtellenie du- comté de Foix, & l'autre, située dans le diocèse de Mire- 
poix sur la rivière d'Ariége vers les frontières du même comté , dépend du 
Lauragais & a pris son nom d'une sainte dont on y conserve les reliques , 
mais sur laquelle on n'a rien de certain. Il est fait mention de cette sainte 
dans un acte^ sans date, par lequel le même Hugues, évêque de Toulouse, 
donne à l'un de ses clercs , appelé Loup, l'église de Sainte-Marie oîi le corps 
de sainte Gabelle étoit inhumé , avec quelques autres églises voisines, situées 
dans le Toulousain, 6^ le ministérîat ou district de sainte Gabelle. Loup ne 
devoit jouir de ces églises que pendant sa vie, 8c Hugues les substitua après sa 
mort à la cathédrale de Toulouse. Ce prélat fit bâtir un château à Cinte- 
gabelle, qui a donné l'origine à la petite ville de ce nom 5 quant à Loup, il 
fut d'abord ^ archidiacre Se ensuite prîmicier ou prévôt de la cathédrale de 
Toulouse, Si fit des biens considérables à l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa , 
dans le Roussillon. Hugues, évêque de Toulouse, avec l'agrément duquel il fit 
cette donation, occupa"^ son siège depuis l'an 927 jusques en 972 81 survécut 
à Raimond I, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, qu'il avoit nommé 
pour l'un de ses principaux exécuteurs testamentaires. 

LXVI. — Testament de Raimond I , comte de Rouergue 6* marquis de Gothie. 

Étendue de son domaine. 

Nous avons un testament ou codicille que ce prince fit^ vers le commence- 
~T Z ment de l'an 961, Se qui est un égal monument Se de sa piété Se de ses riches- 
ses. Selon cet acte*^, qui donne un grand jour à notre histoire, très-obscure 
dans ce siècle, il n'y eut aucune église un peu considérable, soit dans la Pro- 
Éd.^origin. yince, soit dans les pays voisins, à laquelle Raimond n'ait donné des marques 
de sa libéralité , ou pour mieux dire de sa magnificence. Il légua entre autres 
plusieurs alleux Se châteaux à chacune de dix-huit cathédrales"^, presque toutes 
soumises à sa domination médiate ou immédiate, ou à celle de sa maison , Se 
dans les diocèses desquelles il possédoit un grand nombre de terres. Il nomme 
celle de Sainte-Marie de Rodez la première. Se lui fait de plus grands dons , 
parce que le Rouergue étoit son principal domaine. Il fait ensuite des dona- 
tions à celles de Saint-Privat de Mende , Sainte-Marie du Puy, Saint-Etienne 
d'Agen , Sainte-Cécile d'Albi Se Saint-Etienne de Cahors , dans l'Aquitaine , 

■ Gallia Chnstiana, nov. edit. t. i, p. i 127. ■• Voyez tome IV, Note XIX, n. 5. 

' Caxe\, Mémoires de l'hist. du Languedoc, p. 857. ' Ib'id. Note VIII, n. 10 & suiv. 

' Ihid. p. 856 &. 860. — Mabillon, ad ann. 978, " Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 

n. 99. — Voyez tome V, Chartes & Diplômes nu- méro XCVII. 
jnéro Cil, la S*" charte citée sous ce numéro. ' Ibid, 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i55 

dont il se disoit prince j à celles des Saints Just & Pasteur de Narbonne , 
d'Uzès, de Viviers, de Nimes, de Lodève , de Saint-Pierre de Maguelonne, 
Agde, Béziers &. Elne , dans la Septimanie ou Gothie, dont il possédoit le 
marquisat ou principauté avec le comte de Toulouse, son cousin , & enfin à 
celles de Saint-Etienne de Toulouse, de Saint-Nazaire de Carcassonne 8c de 
Saint-Félix de Girone. 

Raimond légua aussi divers domaines à plus de cinquante autres églises, mais 
surtout à celles de Rouergue & de Querci qu'il nomme les premières, savoir: 
aux abbayes ou monastères de Conques, Saint-Amand de Rodez, Saint-Sau- 
veur de Vabres, Saint-Antonin, Nant & Saint-Saturnin, auprès de Rodez, en 
Rouergue; de Figeac, Saint-Pierre de Marcillac, Saint-Audard, aujourd'hui 
Montauban ; Saint-Pierre de Moissac Se Sainte-Marie de Souillac, dans le 
Querci ; de Saint-Pierre de Beaulieu, dans le bas Limousin; de Saint-Pierre & 
Saint-Géraud d'Aurillac & de Saint-Julien de Brioude, en Auvergne; de Saint- 
Bausile, de Saint-Gilles Se de Saint-Julien de Psalmodi, dans le diocèse de 
Nimes; de Saint-Sauveur d'Aniane, dans celui de Maguelonne; de Saint- 
Thibéry, dans celui d'Agde ; de Joncels, au diocèse de Béziers ; de Saint-Chinian, 
de Saint-Pons de Thomières, Saint-Pierre de Caunes Se de Saint-Paul, dans 
celui de Narbonne ; de Saint-Pierre de Roses, dans celui de Girone ; de Sainte- 
Marie de la Grasse Se de Saint-Jean de Valseguier, aujourd'hui Montolieu, 
dans le diocèse de Carcassonne ; de Saint-Benoît Se Saint-Vincent de Castres, de 
Saint-Michel de Gaillac, Saint-Eugène de Vieux Se Saint-Salvi d'Albi, en Albi- 
geois; de Saint-Sernin, de Sainte-Marie Fahrïcata, aujourd'hui la Daurade, 
dans la ville de Toulouse; de Notre-Dame de Sorèze, Saint-Volusien de Poix, 
Saint-Antonin de Frédelas, aujourd'hui Pamiers, Se de Saint-Pierre de Lézat_, 
dans le Toulousain; de Saint-Pierre de Condom ; d'Eisses Se de Saint-Caprais 
d'Agen, en Agenois, Se enfin de Saint-Orens d'Auch. Il fit des legs, outre cela, 
à diverses églises, entre autres à celles de Quarante, dans le diocèse de Nar- 
bonne, de Sainte-Martiane d'Albi, de Saint-Pierre Se Saint-Géraud de Cairag, 
en Querci , Sec. ; mais nous ignorons si ces dernières avoient alors titre 
d'abbaye, ou si elles étoient des monastères comme les précédentes. 

LXVII. — Origine de Vahhaye de Saint-Antonin de Frédelas ou de Pamiers. 

Nous avons parlé ailleurs de l'origine de la plupart de ces abbayes qui sont 
situées dans la Province; nous remarquerons ici seulement qu'il paroît que celle 
de Saint-Antonin de Frédelas, aujourd'hui Pamiers, étoit alors. fondée depuis 
peu Se qu'elle fut redevable de sa fondation ou à Arnaud, ou à Roger I, son 
fils, comtes de Carcassonne, dans le domaine desquels elle étoit située; c'est 
du moins le plus ancien monument que nous en ayons. Elle a donné nais- 
sance à la ville de Pamiers, Se fut érigée en évêché sur la fin du treizième 
siècle par le pape Boniface VIII, qui démembra ce nouveau diocèse de celui de 
Toulouse. 



An p6i 



An 961 



t. II, p. 9,. 



l56 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



LXVin. — Parens de Raimond J dont il fait mention dans son testament. 



Raimond exerça aussi sa libéralité envers ses proches. Il légua à Berthe, sa 
femme', un grand nombre de châteaux 8c d'alleux ou de fiefs, qu'il substitue 
pour la plupart après la mort de cette princesse à diverses églises. Il lui donne 
entre autres les alleux qu'il avoit dans le diocèse de Nimes, Se qu'il substitue 
après son décès à la cathédrale de cette ville 8c aux abbayes de Saint-Bausile 
8c de Saint-Gilles; nous ferons bientôt usage de cette remarque. Il fait mention 
de cette princesse dans sept à huit autres endroits de son testament, dans les- 
quels il lui donne diverses terres, en particulier celles de Loupian 8c de Balaruc 
dans le Languedoc, pour en jouir, soit elle seule, soit conjointement avec 
Éd. origin. Raimond, leur fils. Il donne de plus à ce dernier sept châteaux, du nombre 
desquels sont Graulhet 8c Monestier en Albigeois, qu'il substitue à ses proches, 
en cas que le même Raimond son fils vînt à décéder ah intestat. Il donne encore 
à ce dernier 8c à Hugues, son autre fils, le château de Brassac en Albigeois, 
deux autres châteaux 8c plusieurs alleux dont il leur laisse la jouissance en 
commun pendant leur vie; il lègue en particulier à Hugues deux alleux en 
Querci, le château de Parisot en Albigeois 8c divers autres biens, pour en 
jouir conjointement avec son frère Ermengaud; ce qui prouve que Raimond I, 
comte de Rouergue, eut trois fils de la princesse Berthe, sa femme : Raimond, 
Hugues 8c Ermengaud. Il fait aussi mention, en général, de quelques fils natu- 
rels qu'il avoit eus de la fille d'Odoin; il leur lègue le château d'Albin en 
Rouergue, avec cinq alleux dans ce pays, qu'il substitue après leur mort à sa 
fille naturelle, leur sœur. 

Raimond fait mention dans son testament de ses frères, de Hugues, son 
neveu, à qui il lègue cinq cents sols 8c plusieurs alleux, 8c de Raimond, frère 
de ce dernier : ces deux neveux du comte Raimond étoient fils sans doute du 
comte Hugues, son frère. Il dit un mot par occasion du comte Guillaume, 
son cousin, duquel il avoit acquis divers alleux dans le Rouergue, dont il dis- 
posa en faveur de la cathédrale de Rodez 8c des monastères de Saint-Amand 
8c de Saint-Saturnin de la même ville. On prétend^ que ce comte Guillaume 
est le même que Guillaume II, duc d'Aquitaine 8c neveu de Guillaume le 
Pieux, mort en 926; mais les temps ne sauroient convenir. Le comte Rai- 
mond, mari de Berthe, qui fit le testament dont nous parlons, étoit encore 
très-jeune en 926, 8c il ne succéda que dix ans après à Ermengaud, son père. 
On n'a d'ailleurs aucune preuve que Guillaume II, duc d'Aquitaine, ait rien 
possédé en Rouergue. C'est donc de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, 
qu'il s'agit ici, &c ce prince étoit, en effet, cousin de Raimond I, comte de 
Rouergue. Il est vrai qu'il devoit être alors assez jeune; mais, comme il avoit 
succédé depuis plus de dix ans aux États de Raimond-Pons, son père, sous 



' Voyez tome IV, Note VIII, n. lo & suiv. * Voyez tome IV, Note VIII, n. 32. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i57 

' An 961 

radministration de Garsinde, sa mère, il pouvoit avoir aliéné quelques terres 
du Rouergue, ancien patrimoine de sa famille. 

LXIX. — Suite du testament de Raimond. — Adhémar, vicomte de Toulouse j ' 

son exécuteur testamentaire. 

Le comte Raimond fit plusieurs autres legs, en particulier à Deusdet, évêquc 
de Rodez', à Bernard, évêque d'Albi, &. à Frotaire, évêque de Cahors} à Pons, 
abbé de Saint-Amand de Rodez, à Gauzbert, abbé de Moissac, 8c à Ermen- 
gaud, abbé de Castres, avec substitution après leur mort en faveur de leurs 
monastères. Le dernier abbé avoit succédé à Durand ^ qui vivoit en gSS. Celui-ci 
avoit réfuté un hérétique nommé Ulfald, qui enseignoit que lame périssoit 
avec le corps. Quant à l'abbaye de Saint-Amand de Rodez, ce n'est plus aujour- 
d'hui qu'un prieuré conventuel dépendant de Saint-Victor de Marseille. 

Entre les vassaux (fidèles) du comte Raimond Se divers seigneurs à qui il 
fit des legs, on peut remarquer Guiliaume-Garcias, le même, à ce que croit un 
habile critique^, que le comte de Fezensac de ce nom qui vivoit dans ce sièclej 
conjecture d'autant plus vraisemblable, que le comte Raimond substitue les 
deux alleux qu'il donne à Guiliaume-Garcias, aux monastères de Saint-Pierre 
de Condom Se de Saint-Orens d'Auch. Il lègue aussi quelques domaines à Roger, 
fils d'Arnaud, comte de Carcassonne, &. non pas de Foix, comme "^ on l'a cru, 
car il n'y avoit pas encore alors de comtes de Foix : ce pays étoit cependant du 
domaine du même Roger, à qui Raimond donna l'alleu de Cariât {Carliagum)^ 
aujourd'hui petite ville du diocèse de Pamiers, pour en jouir pendant sa vie, 
avec substitution après sa mort en faveur de l'abbaye de Saint-Antonin de 
Frédelas. 

Raimond fait mention de trois vicomtes, savoir : de Rainaud, vicomte de 
Bé-^iers , qui tenoit de lui un alleu en fief; d'Amèlius , vicomte de Carcassonne, 
qui, à ce qu'il paroît, étoit alors déjà décédé, & de qui il déclare avoir acquis 
divers alleux dans leNarbonnois 8c le Carcasses ; ô' d'Adhémar, vicomte deTou- 
louse. Il donne à ce dernier quatre alleux avec leurs églises 8c le nomme pour 
être l'un de ses exécuteurs testamentaires. De ces quatre alleux, il en substitue 
un au premier enfant mâle qu'auroit ce vicomte, qui par conséquent n'en avoit t^'ii°"4'5 
alors aucun; deux au monastère de Saint-Antonin en Rouergue, 8c non pas 
de Pamiers, comme l'a cru le P. Mabillon^, 8c à l'abbaye de Saint-Audard, 
qui est aujourd'hui la cathédrale de Montauban : il substitue le quatrième à 
l'église de Cairag en Querci. Il paroît par là que ces terres étoient situées dans 
ce pays, 8c par conséquent à la bienséance d'Adhémar. Aussi ce seigneur 8c les 
autres vicomtes de Toulouse, ses successeurs, avoient-ils le principal domaine*^ 
dans ce pays, ce qui leur fit sans doute prendre dans la suite le titre de vicomtes 

' Voyez tome IV, Note VIII n. 12, . ■* Mabillon, de Re diplomatica, p. SjS. 

' Spicllegium, 1. 7, p. 341. * liid. 

' Mabillon, de Re diplomatica, p. 5-j2. ^ Voyez tome IV, Note XXXII. 



An 961 



i58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. Xll. 

de Bruniquel Se de Monclar, châteaux du Querci situés vers les frontières de 
l'Albigeois 8c du Toulousain. On a déjà remarqué ailleurs qu'Adhémar ou Aymar 
avoit succédé dans la vicomte de Toulouse à Aton qui vivoit en 940. 

C'est peut-être de ce dernier que le comte Raimond veut parler dans 
l'endroit de son testament ' où il lègue aux églises de Girone & d'Elne, Se à 
l'abbaye de Saint-Pierre de Roses, Valleu de Perpignan qu'il avoit acquis 
d'Atone car c'est sans aucun fondement qu'on prétend^ que celui-ci étoit 
comte de Roussillon : on n'en trouve aucun de ce nom dans le dixième siècle, 
8c leur succession est d'ailleurs assez connue. On pourroit croire aussi qu'il 
s'agit dans cet endroit d'Aton, vicomte d'Albi Se de Nimes , dont on a déjà 
parlé. Quoiqu'il en soit, il s'ensuit de là que la ville de Perpignan, aujourd'hui 
la capitale du Roussillon, appartenoit à Raimond I , comte de Rouergue 8c 
marquis de Gothie. C'est un des plus anciens monumens où il soit parlé de 
cette ville, connue à ce que Ton croit ^ du temps des Romains, sous le nom 
de Flavius Ehusus^, Se sous celui de Perpignan seulement depuis le dixième 
siècle. 

Nous ne pourrions donner que des conjectures fort incertaines sur les autres 
vassaux du comte Raimond 8c divers seigneurs à qui il fait des legs dans son 
testament. Nous nous contenterons d'observer qu'il donne la part qu'il avoit 
au château de Gourdon dans le Gourdonnois en Querci, à Aymeric , à son fils 
Géraud 8c au fils de celui-ci, à condition que le dernier survivant d'entre eux 
donneroit cinq cents sols à Hugues, son neveu, si Raimond, de qui ils dévoient 
tenir ce domaine en fief. Se qui est sans doute le même que son fils aîné , 
venoit à décéder. On voit ici l'origine des anciens seigneurs de Gourdon en 
Querci, terre considérable qui a aujourd'hui titre de marquisat. 

Le comte Raimond nomme pour ses autres exécuteurs testamentaires 
Bernard Se Raimond, fils de Humbert, avec leur mère, 8c il leur donne divers 
biens, ce qui semble marquer qu'ils étoient ses parens. Le premier est sans 
doute le même que Bernard, mari d'Adélaïde, dont le comte fait plus d'une 
fois mention dans son testament, à qui il lègue ou substitue plusieurs terres 
dans l'Albigeois, le Querci Se le Rouergue, Se qui n'avoit pas alors d'enfans. 
Enfin ce comte ordonne à ses exécuteurs testamentaires de distribuer tous ses 
biens meubles aux pauvres Se aux églises. Telles furent les dernières disposi- 
tions de Raimond premier du nom , comte de Rouergue , prince d'Aquitaine 
Se marquis de Gothie, qu'on a jusqu'à présent 5 confondu avec Raimond-Pons, 
comte de Toulouse, son cousin 5 faute dans laquelle on est tombé d'autant 
plus aisément, qu'outre que les monumens de ce siècle sont également rares 
Se obscurs, ces deux princes possédoient par indivis le marquisat de Gothie 
8c la plupart des autres domaines de leur maison. Au reste, quoique nous 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- '' Ceci est une erreur. Voir ce qui a été dit au 

méro XCVIII. sujet des origines de la ville de Perpignan, au 

^ Mabillon, de Re dlplomatlca, p. 572. tome T, livres I & II. [E. M.] 

' Marca Hispanica, p. 22. ' Voyez tome IV, Note VIII. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i^lo 

/ An 961 

ayons donné le nom de testament à l'acte dont nous venons de faire le détail, 
ce n'est toutefois proprement qu'un codicille , car le comte Pvaimond n'y fait 
guère que des legs pieux, &. ne dit rien de ses comtés Se de ses autres biens 
patrimoniaux qu'il transmit certainement à ses descendans, dont il ne parle 
dans cet acte qu'en passant 8c par occasion j ainsi il aura fait sans doute un 
testament antérieur qui nous manque. 

\._ 
LXX. — Mort de Raimond /, comte de Rouergue 6» marquis de Gothie. 
Son fils Raimond II lui succède. 

Ce prince étoit déjà décédé le 7 de septembre de l'an 961. C'est ce qui pa- 
roît par une donation ' que la comtesse Berthe 6* le comte Raimond, son fils, 
firent le même jour à l'église cathédrale de Nimes , des lieux d'Aymargues & 
de Tillan, dans le comté de cette ville vers la côte de la mer, dont elle se ré- 
serva l'usufruit} or, on a déjà remarqué que le comte Raimond I, son mari, 
disposa en sa faveur, & de leur fils Raimond, des alleux du diocèse de Nimes, t^n^'^'^e" 
pour en jouir leur vie durant, avec substitution en faveur de la cathédrale de 
cette ville. La donation de Berthe est donc une exécution du testament de son 
mari, qui, par conséquent, devoit être alors déjà décédé; aussi n'en parle-t-elle 
pas dans sa donation. Quant aux circonstances de sa mort, nous apprenons 
d'un ancien auteur^ qu'il fut assassiné sur le chemin de Saint-Jacques en 
Galice , où il avoit entrepris un pèlerinage. Le peu de monumens qui nous 
restent de ce prince ne nous permettent pas de décider ici si sa personne 8c 
ses mœurs furent aussi méprisables que Luitprand le veut faire entendre. Ce 
qu'il y a de certain, c'est qu'il donna diverses marques de piété 8c de religion, 
soit dans sa dernière disposition, soit dans les voyages de dévotion qu'il entre- 
prit à Rome 8c à Saint-Jacques en Galice. Nous avons déjà parlé de ses enfans 
légitimes 8c naturels. 

Raimond II, son fils aîné, du nombre des premiers, lui succéda à l'âge 
d'environ douze à treize ans, sous l'autorité de Berthe, sa mère, dans le comté 
de Rouergue 8c dans une moitié du marquisat de Gothie 8c des comtés d'Al- 
bigeois 8c de Querci qu'il posséda comme son père, conjointement avec Guil- 
laume Taillefer, comte de Toulouse, son cousin j en sorte qu'on vit alors deux 
princesses gouverner au nom de leurs fils tous les États de la maison de Tou- 
louse , savoir : Garsinde, mère de ce dernier, 8c Berthe, mère de Raimond II, 
comte de Rouergue. La qualité de comte que prend Hugues, frère de ce der- 
nier, nous fait comprendre ^ qu'il eut quelque comté en partage. On ignore si 
Ermengaud, leur frère, prit aussi la même qualité; il paroît que ces princes"^ 
eurent un quatrième frère, nommé Pons. 

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.XCVIII. ^ Voyez tome IV, Note VIII, n. 21 & suiv. 

* Voyez tome V, Chroniques, n. III. •♦ Ibid. 



An 961 



160 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

LXXL — La comtesse Berthe 6* le comte Raimond, son fils, bienfaiteurs de 

la cathédrale de Nimes. 

Berthe survécut longtemps au comte, son mari. Elle se qualifie, en divers 
actes, Berthe d'un nom illustre 6» humble comtesse par la grâce de Dieu ^ 8c 
son fils Raimond compte illustre {inclitus comes)^àdins la donation ' qu'ils firent 
le 7 septembre, la huitième année de Lothaire, ou l'an 961, à la cathédrale 
de Nimes. Elle ordonne par cet acte, supposé que ses proches vinssent à dé- 
pouiller l'église de Nimes des biens qu'elle lui donne, que ces domaines appar- 
tiendroient dès lors au podestat (^ad ipsam potestatem de Nemauso) de cette 
ville. Il s'ensuit, ce semble, de ces termes, que Nimes jouissoit alors de son 
ancienne liberté & que cette ville étoit gouvernée par des magistrats muni- 
cipaux , car le mot potestas signifie ici apparemment la même chose que 
celui de podestat^, dont on s'est servi dans la suite pour désigner les prin- 
cipaux magistrats municipaux des villes de Provence, d'Italie 81 de Lan- 
guedoc^. Quoi qu'il en soit, Berthe & Raimond II, son fils, confirmèrent"^ 
quatre ans après cette donation, par un acte dans lequel cette princesse ajoute 
qu'après sa mort un prêtre, qu'elle nomme, auroit la régie des biens qu'elle 
avoit donnés à la cathédrale de Nimes, sous les ordres Se au nom du chapitre , 
à qui il seroit comptable, 81 qu'enfin, si quelqu'un venoit à s'emparer de ces 
mêmes biens, ils reviendroient à Raimond, son fils, s^'il avoit des enfans ; 
sinon ils seroient unis au domaine du vicomte de Nimes. Raimond II , comte 
de Rouergue, n'étoit donc pas marié ou du moins il n'avoit pas d'enfans 
en 965; aussi paroît-il , par cette donation, qu'il étoit encore alors sous la tu- 
telle de Berthe, sa mère. 

LXXII. — Prise de la ville de Vienne par Conrad le Pacifique sur le roi 

Lot h aire. 

Les différentes guerres que le roi Lothaire eut à soutenir du côté de France 
ne lui permirent pas de continuer la conquête du royaume de Provence que 
son père avoit commencée, & donnèrent à Conrad le Pacifique, roi de Bour- 
gogne, le temps de reprendre sur lui les places qu'il avoit perdues 8c de s'en 
assurer la possession. Ce dernier s'empara entre autres de la ville de Vienne , 
que Charles Constantin, qui en possédoit le comté, avoit soumise au roi Louis 
d'Outre-mer en 961. Peut-être que Lothaire avoit dessein de la remettre sous 
son obéissance, lorsqu'il fit, en 961, un voyage en^ Bourgogne, durant lequel 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- personne ou d'une communauté. On le trouve em- 

méros XCVIII & C. ployé dans la charte XCXVIII pour signifier le do- 

' Du Cange, Glossaire. maine de la cathédrale & celui de la ville de Nîmes. 

' L'explication que les Bénédictins donnent ici [E. M.] 
du mot potestas n'est pas exacte. Ce mot signifie '' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. C. 

proprement le domaine, l'ensemble des biens d'une ' Frodoard, Chronicon, p. 621. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



i6i 



les principaux prélats 8c seigneurs d'Aquitaine allèrent à sa rencontre. Conrad 
demeura cependant le maître de Vienne , 8c il étoit dans cette ville au mois 
de décembre de l'an 963, suivant un diplôme' par lequel il confirma alors 
l'abbaye de Montmajour dans la possession des biens que Boson, comte d'Arles, 
lui avoit restitués. 

LXXIII. — Oliha Cahreta succède à Sunifred^ comte de Barcelone , son 
frère ^ dans le comté de lenouïllèdes ^ i^c. — Abbaye de Saint-Paul de 
Fenouillèdes. 



An 963 



On a déjà remarqué que , suivant le testament de Sunifred , comte de Bar- 
celone, ce prince possédoit le comté de Fenouillèdes en deçà des Pyrénées. 
Ce prince , par cet acte^, qui est un monument de sa piété 8c qui est daté du 
i^"" d'octobre de la douzième année du règne de Lothaire, ou de l'an 965, 
donna divers domaines à la plupart des églises de la Marche d'Espagne 8c de 
la Septimanie, entre autres aux cathédrales de Saint-Just de Narbonne, de 
Saint-Nazaire de Carcassonne 8c de Sainte-Eiilalie d'Elne j aux monastères 
de Sainte-Marie d'Arles, de Saint-Germain de Cuxa 8c de Saint-André de 
Sureda, dans le Roussillonj à l'église 8c aux chanoines de Saint-Paul de Nar- 
bonne j à l'abbaye de Notre-Dame d'Orbieu ou de la Grasse au diocèse de 
Carcassonne , 8c enfin aux monastères de Saint-Martin de Lez 8c de Saint- 
Paul dans le comté de Fenouillèdes. 

Cette dernière abbaye dont nous ne connoissons pas bien l'origine , étoit 
située dans un lieu appelé ^ anciennement Monisaten, au confluent des deux 
ruisseaux TAgly 8c la Boussonne. Elle dépendoit autrefois de celle de Cuxa, 
dans le Roussillon, 8c fut depuis sécularisée 8c érigée en collégiale 5 elle a 
donné naissance à une petite ville, qui est l'une des principales du pays de 
Fenouillèdes, compris aujourd'hui dans le diocèse d'Alet. 

Sunifred, comte de Barcelone, disposa par son testament du comté de Fe- 
nouillèdes en faveur d'Oliba Cabreta, comte de Cerdagne, son frère, 8c mou- 
rut deux ans après "^ sans enfans. Oliba auroit dû lui succéder aussi dans le 
comté de Barcelone comme son plus proche héritier j mais ce dernier comté 
passa après sa mort, on ne sait comment, sur la tête de Borrel , comte d'Urgel, 
leur cousin germain, qui le transmit à ses descendans avec la plupart des 
autres domaines de la maison de Barcelone. Oliba hérita^ cependant de 
Sunifred, son frère, des comtés de Gonflant 8c de Valespir, dans le diocèse 
d'Elne, 8c de celui de Besalu'^ dont ce dernier avoit hérité lui-même de 
Wifred , leur frère, mort sans enfans vers l'an 954. Nous aurons encore 
occasion de parler ailleurs d'Oliba Cabreta , qui étendit par là sa domination 
sur une partie de la Province 5 il entreprit'' un voyage à Rome, en 968, 



Éd. origin. 
t. II, p.97. 



An 5)65 



' Mabillon, ad ann. 968, n. 7. 

* Marca Hispanica^ p. 885 & seq. 
^ Ihid. p. 964. 

* Ibid. p. 402. 



5 Voyez tome IV, Note XXVII, n. 5. 
^ Marca Hhpanica, p. Sgô. 
' Ihid. p. 400, 893 &, seq. 



III 



— - 102 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 965 

pour mettre l'abbaye d'Arles, dans le Valespîr, sous la protection du Saint- 
Siège ' . 

LXXIV. — Vicomtes de Narbonne. 

Matfredj vicomte de Narbonne, fit aussi le voyage ou pèlerinage de Rome. 
Il fut présent à une donation^ que Jean &. Ode, sa femme, firent en 968 à 
l'archevêque Aymeri, du lieu de Fontjoncouse, dans le comté de Narbonne j 
de trois églises qui en dépendoient 8c de la portion qu'ils avoient à Sigean 
pour en jouir après leur mort. Ce Jean descendoit^ d'un autre seigneur de 
même nom, l'un de ces Espagnols qui se retirèrent dans la Septimanie sous le 
règne de Charlemagne , 8c à qui ce prince donna la terre de Fontjoncouse à 
défricher, ou en aprlsion, terme dont nous avons donné ailleurs l'explication. 
Il paroît que Jean, qui fit cette donation à l'archevêque de Narbonne, mourut 
sans postérité. 

Le vicomte Matfred 8c sa femme Adélaïde ayant résolu de faire, par dévo- 
~7 ~T~ tion, le voyage de Rome, firent leur testament le jour même de leur"^ départ, 
qui fut le 20 du mois d'août de la douzième année du règne de Lothaire , ou 
de l'an 966. Ils donnèrent différens biens, dont ils se réservèrent la jouis- 
sance pendant leur vie, à diverses églises ou monastères , savoir à la cathédrale 
de Sainte-Cécile Se à l'église de Saint-Salvi d'Albi ; au monastère de Saint- 
Michel de Gaillac , dans ce dernier diocèse ; à la cathédrale de Narbonne 8c 
aux chanoines de Saint-Paul, de la même ville; aux abbayes de Saint-Pons de 
Thomières 8c de Villemagne. Ils léguèrent enfin à celle de la Grasse un alleu 
possédé auparavant par la vicomtesse Richilde, mère de Matfred, laquelle, par 
conséquent, étoit alors décédée. 

Ce vicomte 8c sa femme disposèrent ensuite de leurs domaines en faveur 
d'Ermengaud 8<. de Raimond, leurs fils. Ils donnèrent au premier, qui avoit 
déjà embrassé la cléricature, les alleux situés entre les rivières de Biaur 8c de 
Seron, dans la partie septentrionale du diocèse d'Albi, d'où la vicomtesse Adé- 
Ed.^oiigin. laïde étoit vraisemblablement originaire; car nous ne doutons pas qu'elle n'ait 
eu ces alleux pour sa dot , avec différens autres biens qu'elle 8c son mari pos- 
sédoient en Albigeois, suivant leur testament. Ainsi on peut croire avec fon- 
dement qu'elle étoit fille d'Aton I, vicomte d'Albi. Ermengaud eut encore 
pour sa part les alleux de Florensac 8c de Nebian, à condition que s^il venoit 
à être élevé à Vépiscopat, Raimond, son frère, lui donneroit deux mille sols 
8c posséderoit la dernière de ces terres, située à une lieue 8c demie de Nar- 
bonne vers le couchant. Quant au lieu de Florensac , il est sur la rivière 
d'Hérault 8c dans le diocèse d'Agde, 8c c'est à présent l'une des principales 
baronies de la Province. 

'Voyez tome II, Note rectificative à la Note ' Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplô- 

LXXXVII, ? VIII. [E. M.] mes, n. V, XXV, LXVI, LXXIII. 

' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. XCIX. ■» Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CI. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i63 

An ()66 

Matfred 8c Adélaïde disposèrent en faveur de Raimond, leur fils puîné, de 
tous les biens qu'ils avoient, soit en Aquitaine , soit dans la Septimanie , 8c 
donnèrent deux alleux à Trudgarde, leur fille. Le vicomte laissa de plus à Adé- 
laïde, sa femme, la jouissance de tous ses domaines durant sa vie, à condition 
qu'elle ne se remarieroit pas. Ils substituèrent enfin leurs fils l'un à l'autre, 
en sorte que Raimond devoit succéder à Ermengaud , si ce dernier venait 
à décéder sans être parvenu à Vépiscopat. Il paroît par là que le vicomte Mat- 
fred comptoit que son fils deviendroit évêque , 8c il est assez vraisemblable 
qu'il avoit déjà pris des mesures, suivant l'usage du siècle, pour l'élever à cette 
suprême dignité, quoiqu'il fût encore fort jeune. Nous savons du moins 
qu'Ermengaud succéda, quelques années après, à Aymeri dans l'archevêché 
de Narbonne. Le vicomte 8c la vicomtesse nomment ce dernier pour leur 
exécuteur testamentaire avec Bernard , évêque , 8c trois seigneurs séculiers. 
L'un de ces trois , nommé Ermengaud , prenoit le surnom de Vassadellus , 8c 
un autre , appelé Matfred, celui de Seniorellus , d'où l'on pourroit inférer que 
les noms de famille commençoient d'être alors en usage; mais il paroît que 
ce ne sont proprement que des sobriquets ou noms de dignité. Vassadellus ne 
signifie, en effet, autre chose qu'un petit vassal, 8c Seniorellus un petit sei- 
gneur. Il est vrai qu'on employa assez souvent les sobriquets dans le dixième 
siècle pour distinguer les seigneurs entre eux, parce qu'ils ne portoient alors 
que le simple nom de baptême ; mais quoique ces sobriquets aient contribué 
d'abord à donner l'origine aux noms des familles, ces derniers ne furent pas 
cependant sitôt communs. 

LXXV. — Garsinde , veuve de Raimond-Pons, comte de Toulouse j gouverne 
les Etats de Guillaume Taillefer, son fils. 

On a lieu de conjecturer que le vicomte Matfred mourut ou durant son 
voyage de Rome, ou peu de temps après son retour. Il est certain du moins 
que sa femme Adélaïde étoit déjà veuve trois ans après , 8c qu'elle adminis- 
troit alors la vicomte de Narbonne au nom de Raimond, son fils, conformé- 
ment au testament dont on vient de parler. C'est ce qui paroît par un acte ' 
de l'an 969 , suivant lequel Gausfred, abbé de Saint-Pons, s'étant rendu à un ^^ ^ 
synode qu' Aymeri, archevêque de Narbonne, avoit convoqué, fit un accord 
avec ce prélat de Vavis de la comtesse Garsinde, de la vicomtesse Adélaïde 6» 
de tous les seigneurs de Narbonne. Il s'agissoit du droit de synode qu'Aymeri 
exigeoit de l'abbaye de Saint-Pons, 8c pour lequel l'abbé Gausfred lui céda, 
8c à ses chanoines, une vigne que le feu comte Pons avoit donnée à ce monas- 
tère dans l'île de Lee , avec quelques salines. Moyennant cette cession , l'ab- 
baye de Saint-Pons fut déclarée exempte de toute autre sujétion 8c service , 
excepté la consécration de l'église, les ordinations 8c la charge d'âmes des pa- 
roisses qui dépendoient du moaastère. L'acte est souscrit par l'abbé de Saint- 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CIII. 



i6a histoire Générale de Languedoc, liv. xii. 

An 969 "■ 

Pons & vingt-neuf de ses religieux, & est daté de Van 969, indïction xil , la 
quin-^ième année du règne de Lothaïre. 

Cet acte prouve évidemment : i® que Raimond Pons, comte de Toulouse 
& fondateur de Tabbaye de Saint-Pons de Thomières, étoit alors déjà décédé j 
2° que la comtesse Garsinde, sa veuve, gouverna après sa mort ce comté au 
nom de son fils Guillaume Taillefer, 8c qu'elle avoit encore ce gouvernement 
en 9695 3° qu'elle étendoit sa domination sur le comté de Narbonne, 8c par 
conséquent sur le marquisat de Gothie. Or, comme Raimond II, comte de 
Rouergue, exerçoit en même temps la sienne sur ce marquisat , sous l'auto- 
rité de la comtesse Berthe , sa mère , c'est une preuve que ces deux princes le 
possédoient en commun , de même que la plupart des autres domaines de la 
maison de Toulouse. Nous en apporterons bientôt de nouvelles preuves. 

LXXVI. — Vicomtes de Bé-^iers 6* d'Agde. — Ahhaye de Saint-Jacques de 
Béliers. — Construction de la cathédrale de cette ville. 

Éd.^origin. L'évêque Bernard que Matfred, vicomte de Narbonne, nomme par son tes- 
tament ' pour être l'un de ses aumôniers c'est-à-dire de ses exécuteurs testa- 
mentaires, est sans doute le même qu'un évêque de Béziers de ce nom qui 
vivoit alors, 8c qui fut aussi l'un des aumôniers ou exécuteurs testamentaires 
de ^ Rainald deuxième du nom, vicomte de Béziers 8c d'Agde. Ce dernier, 
qui possédoit ces deux vicomtes en 961 3, étoit déjà décédé avant le 20 d'oc- 
tobre de l'an 969, que ses exécuteurs testamentaires délivrèrent à la cathédrale 
de Saint-Nazaire de Béziers 8c à l'église de Saint-Jacques de la même ville où 
il avoit été inhumé, les legs qu'il leur avoit faits 8c qui consistoient en deux 
villages situés dans le royaume de Septimanie & le comté de Bé-^iers. 

Rainald nomma aussi pour exécuter ses dernières volontés la vicomtesse 
Garsinde qui sans doute étoit sa femme. Il paroît aussi que le vicomte Guillaume 
qui lui succéda dans les vicomtes de Béziers 8c d'Agde 8c qui donna son con- 
sentement à cet acte, étoit son fils, mais d'un autre lit. Ce dernier avoit déjà 
épousé Ermentrude le 24 août de la vingt-troisième année du règne de Lo- 
thaire, ou de l'an 977 ; il donna alors "^ avec elle à la cathédrale de Saint- 
Nazaire de Béziers le lieu de Lignan, situé dans le comté de cette ville, ^z/''z7i' 
avoient acquis de Vévêque Bernard. Ils firent cette donation pour aider à la 
construction de cette cathédrale, qui fut par conséquent bâtie dans le dixième 
siècle. Il paroît que Bernard, évêque de Béziers, étoit alors déjà décédé 5 un 
moderne 5 prétend cependant qu'il vivoit encore en 982, mais il n'en donne 
d'autre preuve que la donation dont nous venons de parler, 8c que d'autres ^ 
rapportent, avec aussi peu de fondement, à l'an 979. Matfred succéda à Ber-^ 
nard dans l'évêché de Béziers. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CI. '^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIII. 

Ibid. n. CIV. 5 Andoque, Histoire de Béliers, p. 53. 

» Voyez tome IV, Note XX. 6 Gallia Christ iana, t. 2, p. 41 i. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i65 

LXXVII. — Translation des reliques de S. Hilaire, évêque de Carcassonne. 



An p6p 



An 970 



Quant à l'abbé Bernard, troisième exécuteur testamentaire de Rainald II , 
vicomte de Béziers Se d'Agde, il gouvernoit sans doute l'abbaye de Saint- 
Jacques de Béziers, où ce vicomte fut inbumé. C'est le plus ancien monument 
que nous connoissions de cette abbaye, dont le même vicomte fut peut-être le 
fondateur. Elle subsiste encore aujourd'hui & est desservie par les chanoines 
réguliers de la congrégation de Sainte-Geneviève. 

L'acte pour l'exécution du testament du vicomte Rainald est souscrit par un 
seigneur nommé Roger, différent sans doute du comte de Carcassonne de ce 
nom qui vivoit alors, 8(. qui, par dévotion envers S. Hilaire, évêque de cette 
ville, fit déterrer ses reliques pour les exposer à la vénération des fidèles. 

Le corps de ce saint prélat, après avoir été inhumé dans' l'église de l'ab- 
baye de Saint-Saturnin, qui avoit aussi pris son nom 8c qui étoit située à 
deux lieues de Carcassonne, étoit demeuré jusqu'alors sous une tombe der- 
rière l'autel qu'il avoit consacré lui-même de son vivant, assisté des évêques , 
ses comprovinciaux. Le comte Roger ayant formé le dessein de transférer ces 
reliques pour leur faire rendre un culte public, conféra avec Francon, évêque 
diocésain, 8c divers évêques 8c abbés du voisinage qui applaudirent à son pieux 
dessein. Le jour marqué , le comte, sa femme Adélaïde, Francon, évêque de 
Carcassonne, Warin ou Guarin, abbé de Cuxa en Roussillon, 8c plusieurs 
autres personnes de considération, tant ecclésiastiques que séculières, se rendi- 
rent à l'abbaye, gouvernée alors sous l'autorité de ce dernier par l'abbé Benoît 
qui étoit présent. 

L'abbé Warin s'étoit déjà rendu recommandable par la sainteté de sa vie} 
après avoir établi une réforme très-austère dans son monastère, il l'avoit intro- 
duite dans celui de Saint-Saturnin ou de Saint-Hilaire, 8c dans plusieurs au- 
tres de la Province, dont les abbés particuliers lui étoient soumis 8c le regar- 
doient comme leur supérieur général , ainsi qu'il se pratiquoit alors dans 
celle de Cluny. Cet abbé prenant donc un intérêt particulier à tout ce qui 
regardoit l'abbaye de Saint-Hilaire, amena avec lui de celle de Cuxa un 
habile maçon qui, après bien des recherches, découvrit enfin le corps de ce 
saint. Francon, évêque de Carcassonne, l'apporta aussitôt sur le grand autel, 
où il célébra pontificalement la messe en action de grâces , en présence d'un 
nombre infini de peuple qui étoit accouru de toutes parts, 8c qui fut témoin 
de plusieurs merveilles que Dieu opéra dans cette occasion, par l'intercession 
de S. Hilaire dont on enferma ensuite les précieuses reliques dans un cer- t''ii;p''ÎTO. 
cueil de pierre, qu'on exposa sur un petit autel dressé derrière le grand, 8c 
l'on mit des deux côtés celles de Benoît 8c de Celse, ses disciples. Cette céré- 
monie se fit le 22 de février^ de l'an 970 Se non le i" de mars de l'an 978, 
comme quelques modernes l'ont avancé. 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CV. ^ Voyez tome IV, Note XXII, n. 6. 



An 970 



166 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XÏI. 

Le comte Roger, en mémoire' de cet événement, accorda plusieurs privi- 
lèges à l'abbaye de Saint-Hilaire. Il promit d'abord solennellement, devant le 
tombeau du saint, de ne jamais exiger de son monastère les subsides aux- 
quels lui & ses prédécesseurs l'avoient assujetti auparavant j 8c quand les sacrés 
ossemens furent exposés sur l'autel, il prit, avec Adélaïde, sa femme, la règle 
de S. Benoît des mains de l'évêque & des abbés, & dit publiquement : Ce lieu 
sera exempt à l'avenir de tout cens de toute sorte de redevance, 6- après la 
mort de Vahhé, les religieux éliront son successeur conformément à cette règle. 
Il promit enfin de faire expédier une charte où cette exemption seroit énon- 
cée , & de fournir de quoi vêtir tous les ans douze religieux. On dressa un 
procès-verbal de tout ce qui venoit de se passer &: on l'enferma dans la châsse 
avec les reliques de S. Hilaire. C'est de cet acte même que nous avons tiré 
l'histoire de cette translation. 

LXXVIII. — Roger I, comte de Carcassonne , bienfaiteur de Vahhaye de 

Saint-Hilaire. 

Le comte Roger, fidèle à ses promesses, protégea jusqu'à la fin de ses jours 
l'abbaye de Saint-Hilaire , la combla de biens 8c eut une vénération singu- 
lière envers ce saint. Il implora son secours dans différents périls où il se ren- 
contra 8(. remporta entre autres , par son intercession , une victoire signalée 
sur le comte de Cerdagne, comme nous le verrons en son lieu. 

Au reste, il paroit évidemment que ce comte étendoit sa domination sur le 
pays de Foixj car lui 8c Adélaïde, sa femme ^, échangèrent, au mois d'avril de 
la même année 970, plusieurs alleux avec leurs églises qu'ils possédoient dans 
le ministériat de Lordat, dans le Toulousain, contre le lieu 8c l'église de Sau- 
rat } or, le lieu de Lordat, situé vers les frontières d'Espagne, est chef d'une 
châtellenie du comté de Foix, 8c celui de Saurat est aussi dans le même comté 
8c dépend de la châtellenie de Quier. Quant à Francon, évêque de Carcas- 
sonne, dont on vient de parler, il possédoit cet évêché dès l'an 966, suivant un 
acte d'acquisition ^ faite alors par Ségarius, abbé de la Grasse. 

LXXIX. — Dédicace de Véglise de Cruas en Vivarais. 

Nous avons remarqué ^ ailleurs que les archevêques d'Arles avoient obtenu 
des rois de Provence l'abbaye de Cruas, dans le Vivarais , mais ils n'y avoient 
proprement que le droit de visite 8c de protection , 8c ce monastère continua 
toujours d'être gouverné ^ sous leur autorité par des abbés particuliers. C'est 
ce qu'on voit en particulier par l'acte ^ de visite qu'y fit en 970 Ictérius, arche- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , n. CV '^ Voyez tome I, livre X, n. lxxxvi. 

^ *""'• '" Voyez tome II, Chartes & Diplômes, nu- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CVI, méro LXXX. 

3 MabUlon, Annales, t. 4, p. 853, col. i. « Mabillon, ad ann. 970, n. 48. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 167 

' An 970 

vêque d'Arles, lequel examina, avec Abraham qui enétoit abbé, si l'observance 
y étoit en vigueur. Une dame du pays, appelée Gotolinde, qui avoit fait re- 
bâtir l'église de Cruas, vint alors prier ce prélat de vouloir la consacrer sous 
l'invocation de saint Michel. Ictérius consentit à sa demande, à condition 
qu'elle doterait cette église suivant les canons. Gotolinde donna en consé- 
quence plusieurs biens situés dans le comté de Viviers , entre autres à Bays 
{Bacxus)^ &. l'archevêque fit la cérémonie de la consécration. L'acte est daté de 
Cruas le 27 de septembre , la trente 6* unième année du règne de Conrad, ce 
qui pourroit donner lieu de croire que ce prince étoit alors reconnu en deçà 
du Rhône, Se dans la partie orientale du Languedoc qui avoit dépendu an- 
ciennement du royaume de Provence ; mais cette charte n'est sans doute ainsi 
datée que parce que l'archevêque Ictérius, au nom duquel elle est expédiée , 
étoit sujet de Conrad, Se en effet nous avons prouvé ailleurs que le roi Lo- 
thaire fut reconnu dans le Vivarais. Ce prélat Se son chapitre possédèrent ' 
diverses terres, dans le pays Se comté d'Uzès, qu'ils donnèrent en fief la vingt- 
huitième année du règne de Conrad. 

LXXX. — Entreprises pour soustraire les églises de la Marche d'Espagne de 
la juridiction des archevêques de Narbonne, 

L'usage de doter les églises à la cérémonie de leur consécration étoit reli- 
gieusement observé dans ce siècle 5 on trouve là-dessus, entre autres, un détail 
très-curieux dans plusieurs chartes ^ du Roussillon Se de la Marche d'Espagne , 
monumens mémorables de la piété des comtes du pays Se en particulier de 
Borrel, comte de Barcelone. Comme ce prince, dont le domaine étoit très- 
étendu , Se qui se qualifioit duc de la Gothique [dux Gothicae) 3^ porta son 
autorité beaucoup plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs, il souffroit avec 
peine l'assujettissement des évêques de son domaine à l'archevêque de Nar- un°p!foi. 
bonne qu'il regardoit comme étranger, depuis que par l'usurpation des droits 
régaliens, chacun des grands vassaux s'étoit formé un état indépendant l'un 
de l'autre. Borrel "^ sollicité, à ce qu'il paroît, par l'évêque d'Ausone, Se déjà 
porté de lui-même à établir un archevêché dans ses États, résolut de rétablir 
l'ancienne métropole de Tarragone qui avoit été détruite par les Sarrasins. Un 
voyage de dévotion qu'il fit à Rome sur la fin de l'an 970, lui donna lieu de 
proposer ce dessein au pape Jean XIII, à qui il représenta que la ville de Tar- 
ragone étant détruite Se sans évêque. Se que n'y ayant aucune espérance de 
pouvoir reprendre le pays sur les Infidèles , il conviendroit d'en unir l'arche- 
vêché à l'évêché d'Ausone ou de Vie. Le pape, sur ce seul exposé Se sans 
appeler l'archevêque de Narbonne qui avoit un très-grand intérêt dans cette 
affaire, accorda au comte de Barcelone ce qu'il demandoit. Il fit expédier une 

■ GalUa Chrïstiana, nov. edit. t. i , p. 55o, ' Marco. Hispan'ica, p. 898 & seq. p. 901. 

' Marca Hispanica, p. 872 & seq. 896 &. seq. 909 '^ Diego, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, 

8c seq. c. 19. — Marca Hispanica, p. 408 & seq. 



An 971 



168 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

bulle au mois de janvier, indiction xiv, c'est-à-dire l'an 971, l'adressa aux 
évêques des Gaules &. ordonna que tous les anciens évêchés qui avoient été 
soumis autrefois à la métropole de Tarragone, le seroient à l'avenir à Aton, 
évêque d'Ausone, comme à leur métropolitain. Jean XIII, par une seconde 
bulle, commit l'exécution de la première aux évêques Wisade d'Urgel, Pierre 
de Barcelone &. Suniarius d'Elne. Ce projet demeura cependant sans exécu- 
tion , par l'opposition sans doute d'Aymeri , archevêque de Narbonne , qui , 
dans une affaire si importante pour les droits de son église, n'avoit été ni 
appelé ni ouïj Se, en effet, les évêques de la Marche d'Espagne continuèrent 
de reconnoître sa juridiction &. celle de ses successeurs jusques au pontificat 
d'Urbain II, qui rétablit l'ancien archevêché de Tarragone. 

Césaire, abbé de Sainte-Cécile de Montferrat, ne fut pas plus heureux dans 
les démarches qu'il fit vers le même temps pour s'ériger aussi en métropo- 
litain de la Tarragonaise '. Cet abbé entreprit en 971 un voyage à Compos- 
telle où il se trouva à un concile tenu par les évêques de la Galice , qui , à sa 
demande , l'ordonnèrent archevêque de Tarragone j mais à son retour dans le 
pays, tous les évêques de la Marche d'Espagne refusèrent de le reconnoître pour 
tel 8(. s'opposèrent à ses prétentions : ces prélats étoient Pierre de Barcelone , 
Arnoul de Girone, Aton d'Ausone & Wisade d'Urgel. Ils furent appuyés 
d'Aymeri , archevêque de Narbonne , qui soutint ses droits avec beaucoup de 
zèle. Césaire se fondoit principalement sur ce qu'il avoit été ordonné devant 
le corps de saint Jacques, apôtre de l'Espagne. Ces prélats lui nièrent haute- 
ment que le saint apôtre eût jamais prêché la foi dans ce royaume quil y 
eût paru autrement qu après sa mort, c'est-à-dire qu'après qu'on y eut apporté 
ses reliques de Jérusalem. C'étoit, en effet, l'opinion commune en. Espagne 
dans ^ le dixième siècle. Enfin cet abbé ne pouvant réussir à se faire recon- 
noître pour archevêque de Tarragone, écrivit au pape, lui exposa ses pré- 
tentions St implora son autorité j mais , soit qu'on doive regarder cette lettre 
comme 3 supposée, ou du moins interpolée, suivant les uns, soit qu'on doive 
la tenir "^ pour véritable selon les autres, il est certain que les choses demeu- 
rèrent sur l'ancien pied. 

LXXXI. — Plaid tenu à Nîmes. — Evêques d'Agde 6- de Nimes, * 

Il paroît que Raimond II , comte de Rouergue & marquis de Gothie , gou- 
vernoit alors lui-même les Etats que Raimond I , son père , lui avoit laissés. 
C'est ce que nous avons lieu d'inférer d'un plaid tenu ^ à Nimes le vendredi 
7 de juillet, la dix-huitième année du règne de Lothaire, c'est-à-dire de l'an 971, 
par Raimond, comte (y marquis, qui ne peut être différent de notre comte de 

' Baluze, Marca Hispanïca, p. 40,3 & seq. — M:5- 3 Marca Hispanica, p. 404. 

cellanca, t. 7, p. 57 &. seq. — Pagi, ad ann. 900, ^ Pagi, ad ann. 900, n. 8 & seq. 

"• 8 8i seq. 5 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CVII. 

' Marca Hispanica, p. 1076. — Baluze, Mhccl- — Voyez tome IV, Note VIII, 11. 27. 
lanea, t. 7, p. 6. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i6() — : 

'' An pyi 

Rouergue, marquis de Gothie. Ce prince avoit acquis d'une dame, nommée 
Ermengarde, 1 église de Saint-Martin & plusieurs villages voisins dans le comté 
d'Agde. Un évêque, nommé Amélius, lui en disputoit la possession Se préten- 
doit qu'ils appartenoient à son église. Sur cette dispute, le comte 6c levêquc 
allèrent d abord dans la cathédrale de Nimes pour tâcher de s'accorder j mais, 
n'ayant pu convenir, ils se rendirent dans la sacristie de l'église de Saint- 
Bausile Se y plaidèrent leur cause devant Bernard , évêque de Nimes, Ful- 
crand , évêque de Lodève , le vicomte Seguin, Bernard, son frère, 8c plusieurs 
autres seigneurs qui décidèrent en faveur d'Amélius. Le comte Raimond ac- 
quiesça à la sentence, avoua qu'il avoit eu tort 8c fit en faveur d'Amélius un 
abandon des biens contestés, dont il l'investit par un fétu de vigne. 

Amélius, dont nous venons de parler, étoit certainement évêque d'Agde. ^: «""'S'"; 
On prétend ' que Salomon occupoit cet évêché la dix-huitième année du règne 
de Lothaire; ainsi il fut son successeur ou son prédécesseur immédiat. Quant 
à Seguin, il ^ étoit vicomte, ou dans une partie du diocèse de Nimes, ou du 
moins dans le voisinage 5 Bernard, son frère, est peut-être le même que Ber- 
ijiard qui a donné l'origine à la maison d'Anduzej dans ce cas-là ils peuvent 
avoir été neveux de Bernard qui fut évêque de Nimes depuis l'an 949, Se qu'on 
dit 3 trère d'un seigneur d'Anduse. 

LXXXII. — Dotation de Vahhaye de Gaillac. 



On peut encore prouver que Raimond II, comte de Rouergue 8c marquis de 

Gothie, gouvernoit alors ses Etats par lui-même, par l'acte de la consécration "^ " ^^^ 
d'un autel que fit en 972, dans l'abbaye de Saint-Michel de Gaillac, Frotaire, 
évêque d'Albi. Ce prélat donna à cette occasion à cette abbaye, en présence de 
Fulcrand, évêque de Lodève, du comte Raimond^ son seigneur^ 6* de la com- 
tesse Garsinde , sa dame, plusieurs terres ou villages dans l'Albigeois, avec 
leurs églises, entre autres celles de Berens, Montans, Falgairolles, Donazat, 
Saint-Pierre de Gaillac, Sec. Le comte Raimond confirma cette donation 8c 
l'accompagna de divers bienfaits à la prière du même Frotaire. Il déclara de 
plus qu'il vouloir que ce monastère fût habité à perpétuité par des religieux de 
Saint-Benoît, auxquels il donna ou confirma la ville de Gaillac, le château de 
Lorm, situé sur une hauteur voisine qui domine le Tarn, le domaine sur cette 
rivière, depuis Villecourtès jusques à Montans, 8c plusieurs autres droits ou 
domaines 5. 

Il est évident que le comte Raimond qui fit cette donation dominoit sur le 
pays d'Albigeois; Se il ne l'est pas moins qu'il s'agit ici de Raimond deuxième 
du nom, comte de Rouergue, 8c non pas ^ de Raimond-Pons, comte de Toulouse, 
comme plusieurs auteurs qui ont confondu ces deux comtes l'ont cru, car le 

' Gallia Christiana, t. 2, p. Sp. ' ■* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CVIlI, 

' Voyez tome IV, Note XXI, n. 3. ' Ihld. 

^ Ihld. Note XVIII, n. 6. « Voyez tome IV, Note VIII, n. 28 & seq. 



An 



97: 



170 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

dernier étoit alors décédé depuis longtemps. On a cru aussi que la comtesse Gar- 
sinde qui consentit à la donation de Tévêque Frotaire, Su que ce prélat appelle 
sa dame, étoit femme du même comte Raimond,mais on se trompe également ' : 
elle étoit alors veuve de Raimond-Pons, comte de Toulouse, &. avoit l'adminis- 
tration de ses domaines au nom de Guillaume Taillefer, son fils, qui possédoit 
par indivis avec Raimond II, comte de Rouergue, le marquisat de Gotliie 8c 
les comtés d'Albigeois &. de Querci. Quant à Frotaire, évêque d'Albi, il étoit 
frère ^ d'Aton II, vicomte de cette ville &. de Nimes. 

On prétend 3 que Robert étoit abbé de Gaillac dans le temps de cette con- 
sécration, 8c qu'il fut présent quand Raimond, comte de Toulouse, accorda des 
lettres d'immunité au même monastère, la vingt 6* unième année du règne de 
Louis, roi de France, 8c à une donation que ce comte fit, en 987, à l'abbaye 
de Vieux j mais il n'est fait aucune mention de lui dans ces deux actes. D'ail- 
leurs le premier est certainement du règne de Louis le Jeune, puisqu'il est '^ de 
Raimond, comte de Toulouse, fils d'Alphonse. On n'a donc aucune preuve qu'il 
y ait eu dans le dixième siècle un abbé de Gaillac, appelé Robert, 8c on l'aura 
sans doute confondu avec un autre abbé de ce nom qui vivoit au douzième. 

LXXXIII. — Dédicace de Véglise du prieuré de Trémesaigues dans le diocèse 
de Toulouse. — Evêques de cette ville. 

Bernard, évêque de Conserans, fit une autre dédicace au mois^ de janvier 
de la même année, à la prière de Hugues, évêque de Toulouse. Ce fut celle 
de l'église de Sainte-Marie de Trémesaigues {Inter médias aquas), que Loup, 
primicier 8c archidiacre de Toulouse, avoit fondée depuis 8c qu'il avoit donnée 
à Guarin, abbé de Cuxa en Roussillon, qui assista à cette cérémonie. On fonda 
depuis, dans ce lieu, un prieuré conventuel ou monastère sous la dépendance 
de cette abbaye. Il étoit situé dans le diocèse de Toulouse, entre les rivières de 
Lhers 8c d'Ariége, à un mille de Cintegabelle. Il fut détruit dans la suite, 8c 
l'abbaye de Boulbonne, de l'ordre de Cîteaux, fondée anciennement dans son 
voisinage, après avoir été ruinée par les calvinistes, y fut transférée dans le 
dernier siècle. 

Hugues, évêque de Toulouse, mourut cette même année, puisque Aton ^ lui 

An 973 avoit déjà succédé au ^ mois de février de l'année suivante. Celui-ci confirma 
alors avec Aton, son neveu, comte de Ribagorça 8c fils de Loup Asinarius, 
vicomte de Soûle , les donations faites par leurs prédécesseurs en faveur de 
l'abbaye d'Alaon au diocèse d'Urgel^. Ce prélat, qui fut le premier évêque de 

■ Voyez tome IV, Note VIII, n. 28 & suiv. n. 5. — Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, 

' Ibid. Note XXI, n. ic. saec. 6, p. i, 3i2 & seq. 

' MablUon, ad ann. 972, n. 77, — Galîia Chris- « Voyez tome IV, Note XIX, n. 5. 

tiana, nov. edit. t. i,p. 62. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CIX. 

^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. loi. 'La charte de l'abbaye d'Alaon, dont parlent ici 

' Mabillon , de Re diplomatica , p. 616, & les Bénédictins, est une charte fausse, ainsi que 

Annales, ad ann. 973, n. 99. — Voyez Note XIX, toutes celles qui proviennent de ce monastère; Loup 



An 975 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 171 

' An 974 

Toulouse de son nom, ne jouit pas longtemps de sa dignité. Isolus ou Islus ' Éd. origin. 
occupoit cet évêclié à la fin du mois de septembre de l'an 974, &. il assista 
alors à la cérémonie de la dédicace de la nouvelle église de l'abbaye de Cuxa , 
avec les évêques Suniarius d'Elne, Frugia ou Froia d'Ausone , Wisade d'Ur- 
gel , Bernard de Conserans Se Francon de Carcassonne. 

LXXXIV. — Dédicace de l'église de Lodève, 

Fulcrand , évêque de Lodève, après avoir fait rebâtir ou entièrement réparer 
son église cathédrale, en fit aussi la dédicace^ avec beaucoup de solennité. Il 
fut assisté dans cette cérémonie, qui se fit au mois d'octobre de l'an 975 , par 
Aymeri, archevêque de Narbonne, son métropolitain, Ricuin, évêque de Ma- 
guelonne, 5c Deusdedit, évêque de Rodez, qu'il y avoit invités. Il donna alors, 
selon l'usage, à cette église, divers domaines de son patrimoine, & régla depuis, 
par son testament, la part que dévoient avoir à cette donation les chanoines 
S<. les prêtres qui desserviroient les autels qui furent consacrés en cette occasion. 

LXXXV. — Origine de la ville & des seigneurs de Montpellier. — Comtes de 

Substantion i/ de Melgueil. 

Suivant Arnaud de Verdale, évêque de Maguelonne, qui a écrit au milieu 
du quatorzième siècle ^ l'histoire de ses prédécesseurs, deux sœurs de Fulcrand 
eurent en partage les lieux de Montpellier Se de Montpellieret, qu'elles donnè- 
rent à l'église de Maguelonne en la personne de Ricuin qui en étoit évêque. 
Cet auteur ajoute que, peu de temps après, Ricuin donna Montpellier en fief 
à un seigneur du pays, appelé Gui, qui étoit alors en guerre avec le comte de 
Melgueil ou de Mauguio au sujet de ses terres. Quoique cet écrivain ne rap- 
porte ni la donation des sœurs de S. Fulcrand, ni l'inféodation faite par Ricuin, 
il paroît cependant qu'il en avoit vu les actes. Nous trouvons donc ici l'origine 
de Montpellier Se des seigneurs de cette ville, aujourd'hui la seconde de la Pro- 
vince Se l'une des plus considérables du royaume; Se en effet nous verrons dans 
la suite que ces seigneurs la tenoient en fief des évêques de Maguelonne. 

Selon le même historien , les sœurs de S. Fulcrand possédoient auparavant 
en alleu les lieux de Montpellier Se de Montpellieret ; elles les avoient eus 
sans doute de la succession de leur mère , qu'on prétend être fille d'un comte 
de Substantion ou de Melgueil, auquel, par conséquent, ces lieux avoient 
appartenu originairement. C'est ce qui paroît d'ailleurs par un acte "^ de l'an 985, 
suivant lequel Bernard, comte de Melgueil ou de Substantion, Se Senegonde, 
sa femme, donnent à un seigneur, nommé Guillaume j deux habitations {man- 

Asinarius, vicomte de Soûle, & Aton , comte de =" Vita 5. fuZcrawn/, Bollandistes, fév. t. 2, p. 712 

Ribagorça, sont des personnages fictifs. [E. M.] & suiv. 

^ Marco. Hispanica, p. 910 & seq. — Voyez ^ h3.hhe, Bihl. nova manusc. i. i, p. 794. 

tome IV, Note XIX, n. 5. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXX. 



An P75 



172 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIÏ. 

sos) ou métairies de leur propre alleu dans le diocèse de Maguelonne, 8c le 
district du château de Substantion, l'un dans le territoire du village de Can- 
dillargues. Si l'autre dans celui de Montpellier^ preuve que vers la fin du 
dixième siècle cette ville n'étoit encore qu'un village. Cet acte est le plus 
ancien monument que nous ayons où il en soit fait mention ; Se ceux qui 
font remonter plus haut son origine n'en apportent aucune preuve solide ; au 
reste, ce village s'accrut bientôt à cause de son heureuse situation ; en sorte 
qu'au douzième siècle c'étoit une ville des plus florissantes de l'Europe. 

Ce lieu est appelé Monspîstellarius dans l'acte dont on vient de parler, de 
même que dans les suivans, jusque vers la fin du onzième siècle ; on l'appela 
indifféremment, depuis, Monspessulanus ou Monspessullus. Ceci fait voir com- 
bien sont vaines les conjectures de quelques modernes qui ont voulu donner 
l'étymologie du nom de Montpellier, mais surtout de ceux qui le font dériver 
du mot Puella, comme qui diroit Mons Puellarum, par allusion aux deux 
sœurs de S. Fulcrand qu'un de ces auteurs ' prétend avoir consacré leur 
virginité dans l'abbaye de Saint-Geniès, au diocèse de Maguelonne, dont il 
fait les comtes de Substantion ou de Melgueil les fondateurs. Mais tout cela est 
avancé sans preuves , & l'abbaye de Saint-Geniès ne fut fondée que l'an ^ 1019, 
temps auquel les deux sœurs de S. Fulcrand dévoient être ou déjà décédées , 
ou du moins dans un âge extrêmement avancé, puisque S. Fulcrand, leur frère, 
fut ordonné évêque de Lodève en 949. D'ailleurs cette abbaye ne doit pas sa 
fondation aux comtes de Substantion. 

Quant à Gui, en faveur duquel Ricuin, évêque de Maguelonne, inféoda 
Montpellier, il paroît^ qu'Arnaud de Verdale s'est trompé sur son nom , 5c que 
ce seigneur n'est pas différent de Guillaume à qui Bernard , comte de Subs- 
tantion, donna en 985 les deux métairies dont on a déjà parlé. Cela est d'au- 
t!^i'ï,*p.'?ô"i. ^^"^ P^^^^ probable, que tous les successeurs de ce premier seigneur de Mont- 
pellier prirent le nom"^ de Guillaume. Si donc celui qui reçut l'inféodation de 
Ricuin étoit alors en guerre contre le comte de Substantion, il fit sans doute 
la paix bientôt après avec lui , puisqu'en 986 le comte Bernard fit une donation 
à Guillaume, à cause des services quil en avait reçus & de la bienveillance 
quil avait pour lui. 

Ce comte étoit fils de Béranger, comte de Substantion ou de Melgueil , qui, 
selon le même Verdale^, rendit à Ricuin, évêque de Maguelonne, pour Vâme 
de Guislcj sa femme, 6* de Bernard, son fils , le château de Gigean que ce 
prélat lui avoit donné auparavant. Béranger reconnut en même temps tenir en 
fief de Ricuin le château de la Verune, ce qui peut servir à fixer à peu près le 
temps où vivoit ce comte 5 car Bernard, son fils, lui avoit déjà succédé en 986. 
Or, comme ce dernier mourut quelques années après dans un âge avancé, il faut 

* Giï'xcl, Séries praesulumMagaloncmium, ^. 6\ , ^ Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc , 

1" édit. & p. 9!?, z"" édit. p. 658 & seq. 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- '' Voyez tome IV, ?/of<- XXXVII. 

jnéro CL. s L^bbe, Bibl. nova manusc, t. i, p. 794. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 173 ""7 T 

' An 975 

que Béranger, son père, fût comte de Substantion dès le milieu du dixième 
siècle j ainsi il est fort vraisemblable qu'il étoit fils de Bernard premier du nom, 
comte de Maguelonne, de Substantion ou de Melgueil , qui vivoit' sous le 
règne de Charles le Simple. 

On peut encore fixer le temps où Béranger Se Bernard, son fils, étoient com- 
tes de Substantion, par l'époque de l'épiscopat de Ricuin, à qui le comte Ber- 
nard donna, au rapport de^ Verdale, les villages de Prunet, dans le diocèse de 
Béziers, d'Arboras, dans celui de Lodève, 8c plusieurs autres terres, qu'il reprit 
ensuite en fief de l'église de Maguelonne. Or, Ricuin n'a rempli cet évêché 
qu'après l'an 947, puisque Pons, son prédécesseur, l'occupoit alors. Pierre lui 
avoit déjà succédé en 980, comme nous le verrons ailleurs; nous n'avons enfin 
aucune preuve qu'il ait été évêque de Maguelonne avant l'an 955. Il s'ensuit 
de là que Béranger aura succédé à Bernard I dans le comté de Substantion 
vers l'an 95o , 8c Bernard II à Béranger, son père, vers l'an 970. Au reste, il 
paroît que ces comtes étoient François d'origine , car le comte Bernard II 
marque expressément dans sa donation en faveur de Guillaume, qu'il ^ la fai- 
soit conformément à la loi salique qui étoit la sienne. Nous verrons cependant 
ailleurs que les comtes de Melgueil ou de Substantion du douzième siècle , 
descendans du même Bernard II , prétendoient venir en droite ligne du père 
de S. Benoît d'Aniane, qui fut comte de Maguelonne ou de Substantion au 
neuvième, 8c qui étoit certainement de race gothique j mais peut-être n'en des- 
cendoient-ils que par femmes. 

Telle est la succession des comtes de Melgueil ou de Subrtantion pendant le 
dixième siècle; elle est fondée "^ sur divers monumens authentiques, 8c bien 
différente de ce qu'en rapporte un moderne 5 qui, sans preuves, nous donne, 
durant ce temps-là, un Adolphe, un Ernest 8c un Evrard pour comtes successifs 
de Melgueil ou de Substantion. Cet auteur ajoute que le dernier étoit frère de 
Senegonde, 8c qu'il fut père du comte Bernard, qu'il appelle Bernard I, d'Adé- 
laïde, de Constance 8c de Guillemette. Il est vrai que nous trouvons un Ber- 
nard '^, comte de Substantion , 8c ses trois sœurs de même nom sur la fin du 
dixième siècle 8c au commencement du onzième; mais, outre que ce Bernard 
fut le troisième de son nom, il n'y a aucune preuve que le prétendu Evrard ait 
été son père , 8c nous verrons plus bas que Senegonde devoit être son aïeule 8c 
non pas sa tante. 

LXXXVI. — Zèle i/ charité de S, Fulcrand. — La Province affligée de la 

famine. 

Pour revenir à S. Fulcrand, évêque de Lodève, les comtes de Toulouse 8c 
de Rouergue lui donnèrent occasion l'un 8c l'autre d'exercer le zèle épiscopal 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLVII. " Voyez tome IV, Note XXXVI, n. i & suiv. 

" Labbe, Bihl. nova manusc. t. i, p. 794. ^ Gariel, Idée de Montpellier, p. 120 & suiv. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , n. CXX. « Voyez tome IV, Note XXXVI, n. i & suiv. 



An 975 



t. II, p. io5. 



174 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

qui l'animoit. Le premier ', dont on ne marque pas le nom, mais qui ne peut 
être différent^ de Guillaume Taillefer, avoit quitté sa femme légitime pour 
en prendre une autre qui étoit actuellement mariée. Le saint prélat, quoique 
plein de respect pour lautorité de ce prince, l'ayant rencontré un jour qu'il 
s'empressoit de venir l'embrasser, refusa non-seulement son salut, mais lui re- 
procha publiquement sa vie scandaleuse, aimant mieux courir le risque de sa vie 
&. s'attirer son indignation, que de manquer dans cette occasion à son devoir. 

Fulcrand usa d'une égale fermeté envers Raimond, comte de Rouergue, 
dans le temps qu'une cruelle famine désoloit la Province, 8c en particulier le 
Éd. origin. diocèse de Lodève. La charité universellement reconnue de ce saint évêque 
lui attira un nombre iniini de pauvres, qui, dans l'espérance d'en ressentir les 
effets, se retirèrent dans sa ville épiscopale. Leur attente ne fut pas vaine 5 il 
leur distribua d'abord toutes ses provisions sans se rien réserver, tant il comptoit 
sur les ressources de la Providence. Il vendit ensuite ses meubles, leur en donna 
le prix, & voyant que tout cela ne suffisoit pas, il parcourut son diocèse, ras- 
sembla tout le bétail qu'il put rencontrer &. le leur partagea. Ayant appris 
enfin qu'il pourroit tirer des grains du Rouergue , il fit une somme d'argent &. 
partit pour ce pays dans le dessein d'en acheter. Raimond, comte de Rouergue, 
informé de son voyage, conçut aussitôt le détestable dessein de lui dresser des 
embûches 8c de le détrousser à son passage. Fulcrand en fut averti , ce qui ne 
l'empêcha pas de continuer sa marche 5 il tomba peu de temps après dans l'em- 
buscade, mais le comte Raimond fut si frappé de sa présence, qu'il dit aussitôt 
à ses gens : Retirons-nous , celui que nous poursuivons est un serviteur de 
Dieu des plus pacifiques. Ce prince se retira ensuite, 8c il ne fut pas plutôt 
de retour chez lui , que l'horreur qu'il eut de son crime lui causa la fièvre. 
Le saint prélat continua cependant sa route, 8c acheta suffisamment de grains 
pour subvenir aux besoins des pauvres jusques à la récolte suivante qui fut 
très-abondante. 

LXXXVII. — Guillaume Taillefer^ comte de Toulouse, épouse en premières 
noces Arsinde d'Anjou, qui lui donne plusieurs enfans. 

On voit par ce récit tiré d'un auteur, qui , quoique du commencement du 
quatorzième siècle, semble l'avoir pris d'une ancienne vie de S. Fulcrand, que 
Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, étoit déjà marié vers l'an gyS. Ce 
prince devoit avoir épousé en effet, vers ce temps-là, Arsinde en premières 
noces. Un historien ^ du temps parle de cette comtesse, à l'occasion d'un pèle- 
rinage qu'elle fit à l'abbaye de Conques en Rouergue, où l'on conservoit les 
reliques de sainte Foy, martyre, qui étoit en grande vénération dans tous les 
pays voisins. « Arsinde, ^^mm^ de Guillaume, comte de Toulouse, dit cet auteur, 

' VitaS. Fulcranni, Bolland, févr. t. 2 , p. 712 ' Bernardus Scholasticus, de Mirac. S. Fid'is , 

&. suiv. Labbe, B'ibl. nova manusc. t. 2, p. 535. — Voyez 

' Voyez tome IV, Note VIII, n. 14. tome IV, Note VIII, n. 38 & suiv. & Note XXIX. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIÏ. lyS 

« n'ayant point d'enfans , résolut d'en aller demander à Dieu par l'inter- 
« cession de sainte Foy. A son arrivée à Conques, elle lui offrit des bracelets 
« d'or artistement travaillés &. enrichis de pierreries dont elle avoit coutume de 
« se parer. Ses prières furent exaucées, 8c après son retour elle accoucha suc- 
« cessivement de deux fils, dont l'un fut nommé Raimond Se l'autre Henri. » 
Au reste, nous avons lieu de croire ' que cette princesse étoit fille de Geoffroi 
Grisegonelle 8c sœur de Foulques Nera, comtes d'Anjou, 8c, par conséquent, 
nièce d'Adélaïde, comtesse de Gévaudan, 8c de Gui, qui fut^ élu évêque du Puy 
vers l'an 975 3. 

LXXXVIII. — Evêques du Puy. — Pons 6- Bertrand, comtes de Gévaudan. 

Cette église étoit encore gouvernée, en 961, par Gotescalc , qui permit"^ 
alors à Truan, doyen de sa cathédrale, de bâtir une chapelle en l'honneur de 
S. Michel , sur la cime d'un rocher escarpé, taillé en forme de pyramide, voisin 
de la ville du Puy 8c nommé l'Aiguille, qu'un auteur ^ du treizième siècle a 
mis au rang des merveilles du monde. On donna le nom de Seguret à cette 
chapelle, qui a servi autrefois de titre à une des dignités de la cathédrale. 
Gotescalc étant mort en 962, Begon lui succéda. On croit "^ que c'est sous 
l'épiscopat de ce dernier que S. Maïeul, abbé de Cluny , fit à l'église de Notre- 
Dame du Puy le pèlerinage dont il est parlé dans sa Vie"^. Le clergé 8c le 
peuple allèrent avec empressement au-devant de lui, 8c furent témoins des 
merveilles que Dieu opéra par son ministère, ce qui a engagé l'église du Puy 
à le mettre au nombre de ses patrons. 

Après la mort de Begon, le clergé 8c le peuple de Vêlai élurent pour son 
successeur Gui,- fils puîné de Foulques le Bon, comte d'Anjou, qui ^ avoit pris 
dès sa jeunesse l'habit monastique dans l'abbaye de Cormeri, en Touraine , 
dont il fut élu abbé. Gui avoit aussi obtenu les abbayes de Saint-Aubin d'An- 
gers, de Ferrières 8c de Villeloin qu'il posséda ensemble 8c dont il dissipa les 
biens. Dieu l'ayant touché quelque temps après , il fit tout son possible pour 
réparer le mal qu'il avoit fait 8c le scandale qu'il avoit causé par sa conduite 
peu réglée ; 8c il avoit déjà acquis une grande réputation de probité lorsqu'il 
fut élu évêque de Vêlai. Le crédit qu'avoit dans le pays Adélaïde sa sœur, veuve 
d'Etienne, comte de Gévaudan, 8c non pas de^ Guillaume, comte de Pro- 
vence, comme l'ont avancé quelques modernes, ne contribua pas peu à son 

' Voyez tome IV, Note XXIX. — Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 255. 

^ Voyez tome IV, Note XXVIII, n. i. — Voyez tome IV, Note XXVIII, n. i. 

' Le texte auquel dom Vaissete fait ici allusion ^ Gervais de Tilbéri, de Mirabil. mundi. 

est trop éloigné des faits qu'il rapporte pour avoir ^ Théodore, Histoire du Puy, p. 178. 

quelque autorité. Arsinde n'était point sœur de ^ Acte Sanctorum ordinis sancti Benedicti,saec, 5, 

Foulques Nera, ni fille de Geoffroi Grisegonelle. p. 796. 

Tout ce que disent ici les Bénédictins à ce sujet ne " Mabillon, ad ann. pôS, n. 98; ad ann. 973, 

s'appuie que sur des conjectures. [Voyez notre ad- n. 97; ad ann. 975, n. 84. — Gallia Christiana, 

dition à la Note XXIX du tome IV.] nov. edit. t. 2, instrum. p. 228. 

■• Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 694 & seq. ' Voyez tome IV, Note XXVI, n.3. 



An 975 



t. II, p. io6. 



7" 176 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 973 ' 

Éd. origiir élection. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qui, comme on l'a déjà 
remarqué, avoit épousé une de ses nièces', & qui étendoit son autorité sur le 
Vêlai, la favorisa aussi sans doute. Enfin le roi Lothaire l'approuva 8c obligea 
Gui, qui faisoit difficulté d'y consentir, à se soumettre. Ce dernier se mit donc 
en chemin, accompagné de quelques-uns de ses confrères 8c des députés de l'église 
du Puy qui étoient venus lui annoncer son élection. Ses deux neveux, Pons 
8c Bertrand , qu'un ancien monument qualifie consuls df Aquitaine 8c qui 
avoient succédé à Etienne, leur père, dans le comté de Gévaudan, allèrent au- 
devant de lui avec Adélaïde, leur mère, 8c l'accompagnèrent le jour qu'il fit 
son entrée dans sa ville épiscopale. 

LXXXIX. — Gui fait jurer la paix à ses diocésains. 

Gui ^ eut à peine pris possession de son siège, que son premier soin fut de 
remédier aux maux qui troubloient la paix du Vêlai. La licence des mœurs 
8c l'abus de l'autorité avoient fait alors des progrès étonnans. Chaque seigneur, 
8c même chaque particulier qui se trouvoit un peu puissant, s'érigeoit en tjran, 
8c sans reconnokre d'autre loi que celle du plus fort , envahissoit impunément 
les biens de ses voisins, sans épargner ceux des églises 8c des pauvres. Le nouvel 
évêque du Puy, touché de ces désordres 8c résolu de les abolir, ordonna à tous 
les nobles 8c aux personnes les plus considérables du pays de s'assembler pour 
convenir ensemble des moyens de rétablir la paix 8c la tranquillité publique 
dans le pays. Prévoyant cependant que ses desseins pourroient être traversés , 
il pria ses neveux, les comtes Pons 8c Bertrand, de vouloir le soutenir de leur 
autorité , de rassembler un corps de troupes vers Brioude, 8c de marcher à son 
secours en cas de besoin. Cela fait, il assembla les principaux de ses diocésains 
dans la plaine de Saint-Germain, à une lieue du Puy, & leur proposa de res- 
tituer les biens qu'ils avoient usurpés, de réparer les dommages qu'ils avoient 
causés aux pauvres, 8c de promettre avec serment de garder inviolablement la 
paix entre eux. Cette proposition, toute raisonnable qu'elle étoit, ne fut pas 
du goût d'une grande partie de ceux qui composoient l'assemblée. Gui avertit 
alors ses neveux, qui marchèrent pendant toute la nuit, 8c qui étant arrivés 
le lendemain à la pointe du jour, firent mine de vouloir donner sur les mutins, 
ce qui les fit rentrer en eux-mêmes. L'assemblée accepta ensuite unanimement 
les articles de paix qui avoient été proposés, 8c que tous ceux qui étoient pré- 
sens firent serment d'observer avec fidélité, après avoir donné des otages pour 
gage de leur parole. Cette paix ne fut pourtant pas si solide que les succes- 
seurs de Gui 8c les évêques des diocèses voisins n'aient eu besoin de la renou- 
veler bientôt après, ainsi que nous le verrons en son lieu. 

Gui, après avoir pacifié son diocèse, s'appliqua à le bien gouverner. Il assigna 

' Guillaume Taillefer n'a point épousé la nièce Note XXIX, sur la famille de la reine Constance, 

de Gui, évêque du Puy, & d'Adélaïde, comtesse de où on verra que son véritable père était Guil- 

Gévaudan, comme le veulent les Bénédictins. Voyez laume I, comte d'Arles. [E. M.] 
à ce sujet, au tome IV, la Note additionnelle à la " GalUa C/iristiana,nov. edit. t.z; instr. p. 223. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 177 

' ' An 975 

une partie des revenus de son église à son cKapitre qui devoit en jouir en com- 
mun, 8c se réserva le reste j preuve que la séparation des menses entre les 
évêques Se leurs chapitres étoit déjà en usage dans le dixième siècle. Il dédia 
en l'honneur de S. Michel la chapelle que Truan, doyen de sa cathédrale, avoit 
fait construire sur le haut du rocher de l'Aiguille'. 

XC. — Guillaume Taillefery comte de Toulouse, gouverne ses Etats par 

lui-même. 

Il est incertain si Arsinde, femme de Guillaume Taillefer, comte de Tou- 
louse, est celle qu'il abandonna, suivant la Vie de S. Fulcrand, 8c s'il n'en 
avoit pas épousé une autre auparavant, car nous avons peu de mémoires sur la 
vie de ce prince jusque vers la fin du dixième siècle. Il paroît cependant qu'il 
gouvernoit par lui-même, vers l'an 976, les États dont il avoit hérité de Rai- 
mond-Pons, son père, 8c que la comtesse Garsinde, sa mère, qui en avoit eu 
l'administration pendant sa jeunesse, étoit alors décédée. La mort de cette 
princesse arriva ^, en effet, entre l'an 972 8c l'an 976, ce que nous inférons de 
deux actes qu'on doit rapporter aux dernières années de sa vie. 

Par le premier 3, Garsinde, qui se qualifie veuve de Pons, comte de Tou- 
louse , donne à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, pour la rémission de ses 
péchés 8c le repos de l'âme du comte^ son mari , le château de Cessenon avec 
plusieurs églises 8c différens domaines situés dans les diocèses de Narbonne, 
de Béziers 8c d'Albi j elle réserve en même temps la jouissance du château de 
Cessenon 8c de ses dépendances en faveur à' Adélaïde 6* de ses fils Ermengaud 
6- Raimond à qui elle la donne pendant leur vie. Cette Adélaïde n'est pas 

différente de la vicomtesse de Narbonne de ce nom, qui eut l'administration ,'u ""fL",- 

'1 1. 1 1, p. 107. 

de cette vicomte au nom de ses deux fils Ermengaud 6* Raimond, après le 
décès de Matfred, son mari , ainsi qu'on l'a remarqué ailleurs. Quant au châ- 
teau de Cessenon, c'est aujourd'hui une petite ville située sur la rivière d'Orb, 
dans le diocèse de Saint-Pons, vers les frontières de celui de Béziers, avec titre 
de comté. La donation de Garsinde est datée simplement du mois de juillet, 
sous le règne du roi Lothaire , 8c souscrite par F rot aire , évêque , qui est sans 
doute le même que l'évêque d'Albi de ce nom qui vivoit alors, par Hugues, 
abbé, 8c plusieurs autres. Ce dernier étoit abbé de Saint-Pons 8c avoit suc- 
cédé à Arnoul qui possédoit encore cette abbaye au mois de janvier de l'an 972. 

' Le Cartulaire de Saint-Chajyre , dont la Biblio- Puy son frère Dreux, mais l'évêque Théotard , 

thèque Impériale possède une copie faite au dix- nommé par le pape à la place d'Etienne de Gévau- 

septième siècle, renferme plusieurs actes relatifs à dan, qui, considéré comme un intrus, fut déposé 

l'évêque Gui. Ces textes établissent, contrairement après la mort de Gui. [E. M.] 
à l'opinion des auteurs du Gall'ta Christlana, que " Voyez tome IV, Note VIII, n. 9, 84 & suiv. 

Gui d'Anjou n'eut pas pour successeur à l'évêché du ^ Voyez tome V Chartes & Diplômes, n. CX. 



III 



7" 178 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An 970 ' 

XCI. — Testament de Garsinde, comtesse de Toulouse. — Vicomtes d'Alhi 

i^ de Lautrec. 

Le second acte de la comtesse Garsinde est un testament', ou plutôt un 
codicille dans lequel elle fait plusieurs legs pieux, tant pour lame de Pons , 
son mari, que pour la sienne, Se de tous ses parens. Elle laisse divers alleux 
aux églises cathédrales de Sainte-Marie de Rodez, de Sainte-Cécile d'Albi & 
de Saint-Étienne de Cahors, en Aquitaine 5 de Saint-Just de Narbonne, de Saint- 
Nazaire de Béziers & de Saint-Geniès de Lodève, dans la Septimanie; aux 
monastères de Saint-Amand & de Saint-Saturnin de Rodez, de Saint-Antonin &: 
de Vabre en Rouergue, d'Aurillac en Auvergne, de Figeac en Querci, deSaint- 
Salvi d'Albi, de Castres, de Vieux, de Saint-Michel de Gaillac & de Sainte- 
Sigolène en Albigeois; de Saint-Paul de Narbonne, de Saint-Pons de Thomiè- 
res & de Saint-Anian de Vernosoubre, aujourd'hui Saint-Chinian, dans le 
diocèse de Narbonne; de Saint-Aphrodise Se de Villemagne, dans le diocèse de 
Béziers ; Se à plusieurs églises, en particulier à celles de Saint-Affrique en 
Rouergue, de Saint-Pierre, de Sainte-Martiane Se de Saint-Affrique d'Albi, de 
Saint-Pierre de Burlats Se de Saint-Benoît des Avallats, dans le diocèse d'Albi. 
Parmi ces différens legs, l'un des plus remarquables est celui que fit cette 
comtesse à l'abbaye de Saint-Pons, oîi le comte, son époux , étoit inhumé, Se à 
celle de Saint-Vincent de Castres, auxquelles elle donna l'église de Saint- 
Sauveur de Salai. 

Elle fait mention de plusieurs de ses parens, entre autres du comte Hugues, 
son neveu, qu'elle nomme, ce semble, son exécuteur testamentaire, Se à qui 
elle lègue l'église de Saint-Symphorien Se l'alleu de Cabannes pour en jouir 
pendant sa vie, Se qu'elle substitue, après sa mort, à la cathédrale de Rodez Se 
aux abbayes de Saint-Amand Se de Saint-Saturnrin de cette ville. Nous conjectu- 
rons de là que ces biens étoient situés en Rouergue; que Hugues possédoit le 
domaine d'une partie de ce pays. Se qu'il étoit le même^ que Hugues, fils puîné 
de Raimond I, comte de Rouergue. Garsinde pouvoit l'appeler son neveu, 
puisqu'il l'étoit de Pvaimond-Pons , comte de Toulouse, son mari, à la mode 
de Bretagne. Elle parle aussi d'Amélius Se de Raimond, ses neveux, Se donne 
au premier le village de Brutia, qui est ou Brusques en Rouergue, sur les 
frontières de l'Albigeois, ou Brousses, dans ce dernier pays aujourd'hui du 
diocèse de Castres. Cet Amélius ne paroît^ pas différent de l'évêque d'Albi de 
ce nom qui vivoit au commencement du onzième siècle. Quant à Raimond, 
autre neveu de Garsinde, qu'elle dit fils de Gundinilde , Se à qui elle donna 
deux alleux, lesquels, après sa mort, dévoient être partagés entre les cathé- 
drales de Béziers Se de Narbonne, Se l'église de Saint-Paul de cette dernière 
ville, il y a lieu de croire^ qu'il est le même que P^aimond , neveu de Rai- 

' Voyez tomeV, Chartes & Diplômes, n. CXI. 3 Voyez tome IV, Note VIII, n. 35. 

' Voyez tome IV, Note VIII, n. 35. ■» lb,d. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 170 "" 7" 

' / An 975 

mond I, comte de Rouergue, lequel avoit un frère nommé Hugues'. Garsindc 
parle encore du comte Raimond, de qui elle avoit acquis un alleu qu'elle 
donna à la cathédrale de Cahors &. à l'abbaye de Figeac. C'est sans doute du 
même Raimond I ou de Raimond II, son fils, comtes de Rouergue, qu'il 
s'agit ici. 

Cette princesse donne ensuite à la vicomtesse Adélaïde 6* à ses fils Ermen- 
gaud 6* Raimond Valleu 6* le château de Cessenon, avec les églises qui en 
dépendoient, qu'elle lègue après leur mort à l'abbaye de Saint-Pons de Tho- 
mières , avec l'église de Geminian, preuve évidente que Garsinde, qui fit ce 
codicille, est la même que la comtesse de ce nom veuve de Fons , comte de 
Toulouse, qui fit à l'abbaye de Saint-Pons la donation dont on vient de par- 
ler. On a remarqué ailleurs qu'elle étoit vraisemblablement sœur de Matfred , t'^u'^^foé 
vicomte de Narbonne, Se c'est ce qui l'engagea sans doute à laisser à Ermen- 
gaud 8t à Raimond, fils de ce vicomte, 5c à Adélaïde, leur mère, des domaines 
si considérables. 

Outre ces legs, elle en fit d'autres en faveur de divers seigneurs du pays, de 
ses vassaux 8c de ses domestiques ; elle donna différens alleux à Frotaire, évê- 
que d'Albi, à Deusdet, évêque de Rodez, à Amblard, abbé, à Gauzbert, prévôt 
de Saint-Salvi d'Albi, 8c aux deux vicomtes Bernard 8c Isarn. Le premier^ est 
le même que Bernard, alors vicomte de Nimes 8c d'Albi, 8c père de Frotaire, 
évêque de cette dernière ville. L'autre étoit vicomte de Lautrec. Elle donne h 
celui-ci l'église de Sainte-Marie de Bar, située dans la partie méridionale du 
diocèse d'Albi, 8c le fief qu'il possédoit, pour en jouir pendant sa vie, avec 
substitution après sa mort à l'abbaye de Saint-Pons. Enfin Garsinde donne la 
liberté à tous ses serfs par le dernier article de son codicille. Nous nommons 
ainsi cet acte, soit parce qu'il est intitulé de même, soit parce qu'il ne contient 
que des legs 8c que la comtesse n'y dit rien de son héritier, qui fut sans doute 
Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, son fils. Du reste, on peut juger 
par ce monument du grand nombre de terres que possédoit cette princesse 
dans les différens comtés dépendant de la maison de Toulouse, surtout dan:> 
l'Albigeois, où le comte Pons, son époux, lui avoit assigné apparemment son 
douaire-^. 

XCII. — Partage des domaines de la maison de Toulouse entre les deux 

branches de cette maison. 

Quand Guillaume Taillefer prit par lui-même le gouvernement de ses do- 
maines , il avoit jusques alors possédé par indivis avec Raimond deuxième 
du nom, comte de Rouergue, son cousin, le marquisat de Gothie 8c la plupart 
des différens comtés qui en dépendoient, de même que ceux de Querci 8c 
d'Albigeois en Aquitaine. Ces deux princes en vinrent "^ alors à un partage de 

■ Voyez tome IV, Note VIII, n 35. ^ Voyez tome IV, Note XXI, n. lo. 

' Ibid. Note XXI, n. lo. " Ibid. Note VIII, n. 26, 3? &. suiv. 



r- i8o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIÏ. 

An 975 

tous ces domaines, suivant lequel les comtés de Toulouse, d'Albigeois & de 
Querci échurent en entier à Guillaume, 8c le marquisat de Gothie, avec les 
comtés particuliers de Narbonne, Béziers, Agde, Se peut-être aussi ceux d'Uzès 
Se de Viviers à Raimond, outre le comté de Rouergue quil possédpit déjà. Il 
paroît qu'ils partagèrent en même temps le comté ou diocèse de Nimes j que 
la partie supérieure échut au dernier avec la capitale sous le nom de comté de 
Nimes, 8c la partie inférieure avec la ville de Saint-Gilles, à l'autre, sous le 
titre de comté de Saint-Gilles, Se que ce partage a donné l'origine à ce dernier 
comté, possédé par les comtes de Toulouse, successeurs de Guillaume Taille- 
fer, qui eut aussi vraisemblablement le comté de Lodève par le même partage. 
Se qui conserva de plus la suzeraineté que ses ancêtres avoient acquise sur les 
comtés de Carcassonne Se de Razès. Outre cela, Guillaume, en qualité d'héri- 
tier ■ de Raimond-Pons, son père, avoit des droits sur les comtés d'Auvergne 
8c de Vêlai j mais soit que les comtes de Poitiers les lui disputassent, soit pour 
d'autres raisons que nous ignorons, il les donna en fief vers l'an 980 à Gui, 
qui ne prenoit encore que le titre de vicomte ^ de Clermont la vingt-sixième 
année de Lothaire, ou l'an 979, Se qui, avant la mort de ce prince, se qua- 
lifioit comte d'Auvergne , comté qu'il transmit à ses descendans. 

On peut confirmer les circonstances Se l'époque de ce partage : 1° sur ce que 
dans les actes ^ qui nous restent de Guillaume Taillefer, depuis l'an 976 jus- 
ques à sa mort, il se qualifie seulement comte de Toulouse, d'Albigeois & de 
Querci ^2° sur ce que nous n'avons aucune preuve que les comtes de Rouergue 
aient eu depuis ce temps-là aucun domaine dans ces trois comtés ; 3^ enfin 
sur ce que ces derniers princes eurent seuls la principale autorité dans la 
Gothie Se le comté particulier de Narbonne à la fin du dixième siècle Se 
pendant une grande partie du suivant, jusques à la réunion de tous leurs 
domaines dans la branche de Toulouse. Au reste, après ce partage, Guillaume 
Taillefer donna "^ le comté d'Albigeois à Pons, son frère, pour son apanage, 
8c le réunit à son domaine après le décès de ce dernier qui mourut sans 
postérité. 

XCIII. — Observations sur le gouvernement b les mœurs des peuples de la 
Province au dixième siècle. — Alleux, fiefs, droits seigneuriaux. 

Quoique nous ayons eu soin d'observer dans les occasions les différens chan- 
gemens que causa au dixième siècle, dans le gouvernement, l'usurpation des 
oiisin. droits régaliens par les grands vassaux de la couronne, nous ne croyons pas 
hors de propos d'ajouter ici quelques réflexions sur cette matière. 

Depuis que les ducs Se les comtes eurent rendu leurs dignités héréditaires 
sous le règne de Charles le Chauve, leur principale attention fut d'étendre leur 

■ Voyez tome IV, Notes XVI & XVII. 3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLI. 

" Mabillon, Acta Sanct. ordinis sanct'i Benedicti, * Voyez tome IV, Note VIII. 

saec. 5, p. 770. — Voyez tome IV, Note XVII, n. 7. 



t. Il, p. 109 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i8i ' 

autorité Se d'agrandir leur domaine : ils s'empressèrent surtout de s'assujettir les 
seigneurs de leur voisinage Se de les soumettre à leur suzeraineté, Se de se faire 
ainsi divers vassaux. Cet usage étoit déjà établi à la fin ' du neuvième siècle, 
comme le remarque l'auteur de la Vie de S. Géraud, à l'occasion de Guillaume 
le Pieux, duc d'Aquitaine Se marquis de Gothie, qui vouloit engager ce saint 
à le reconnoître pour son seigneur. 

Les grands vassaux étendirent aussi alors beaucoup leur domaine, en s'ap- 
propriant les terres qu'ils tenoient auparavant en bénéfice ou à vie de la libé- 
ralité du prince. Se qu'ils donnèrent en fief à certaines conditions, dont la 
principale fut de les suivre à la guerre. Par là nos rois se virent peu à peu dé- 
pouillés de leur domaine j Se de ^ toutes les maisons royales qu'ils possédoient 
auparavant dans les diverses provinces du royaume, il ne leur en restoit presque 
plus aucune en 948, sous le règne du roi Louis d'Outre-mer. Les grands sei- 
gneurs, pour grossir le nombre de leurs vassaux, donnèrent encore en fief une 
partie de leur patrimoine. Se les différens droits ou redevances qu'ils exigèrent, 
soit dans les villes, soit dans les campagnes des pays qui leur étoient soumis. Se 
jusques à la justice même. Ils engagèrent enfin plusieurs de ceux qui tenoient 
des terres en franc-alleu à les reconnoître pour leurs seigneurs. De là, divers 
domaines qui jusques alors avoient été libres, changèrent de nature sans perdre 
néanmoins leur ancienne dénomination ; car on confondoit au dixième siècle 
les fiefs avec les véritables alleux. Se l'on employoit dans les chartes le terme 
à' alleu pris en général, pour signifier toute sorte de possession. C'est ce qu'on 
voit en particulier dans le testament de^ Raimond I, comte de Rouergue Se 
marquis de Gothie, de l'an 961, où il est fait mention des alleux qui étoient 
tenus en fief. 

On voit par ce testament Se par divers autres actes, que le terme de fiej 
étoit ■* en usage dans la Province au milieu du dixième siècle, de même que 
différentes sortes de redevances ou droits seigneuriaux qui en sont une suite. 
Se que les vassaux s'engagèrent d'acquitter envers leurs seigneurs par les actes 
primordiaux d'inféodation. Il est fait mention de ces divers droits dans la do- 
nation que fit, en 936^, Raimond-Pons, comte de Toulouse, à l'abbaye de 
Saint-Pons de Thomières, de plusieurs terres Se de leur domaine, avec les quêtes, 
alhergues, tailles, leudes, i^c. Ces droits sont encore énoncés dans une dona- 
tion que fit, en 942*5, \q vicomte Atonà la même abbaye. Nous voyons déplus 
qu'en 966 "^ les vicomtes de Nimes exigeoient des droits de lods sur plusieurs 
terres des environs de cette ville. Il est certain enfin que le droit à'acapte^ Se 
tous les autres droits seigneuriaux étoient déjà en usage dans la Province 
longtemps avant le règne de Hugues Capet. Le droit féodal y commença donc, 
de même que dans la plupart des autres provinces du royaume, vers la fin du 

' Vie de S. Géraud, Blbl. Clun. p. 8i. ' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. LXIII. 

' Frodoard, Chronicon, p. 6i3. ^ Ihid. n. LXXI. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, m XCVII. ' IbU. n. LXXXVI. 

^ Ib'td. n. LWyMl. — Cîi\t\, Mémoires de lins- « Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, 

toire du Languedoc, p. 855. p. 855. 



An 975 



i82 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 



An 973 

neuvième siècle Se au commencement du suivant, à peu près vers le temps 
que les grands vassaux s'emparèrent des droits régaliens. 

XCIV. — Usurpation des biens des églises. — Abhés laïques. — Patronat sur 
les évêchés 6" les abbayes. — Simonie. 

Les principaux seigneurs cherchèrent aussi à s'agrandir aux dépens des biens 
de l'Église, qu'ils envahirent sous prétexte du droit de patronat qu'ils préten- 
doient sur elles. Plusieurs s'érigèrent ' en abbés laïques de divers monastères, 
où l'on voyoit en même temps ^ deux sortes d'abbés, l'un séculier 8c l'autre 
régulier. D'ailleurs il n'étoit presque pas de seigneur au dixième siècle qui ne 
possédât plusieurs églises ou paroisses, avec les dîmes, les prémices, les obla- 
tions 6c même le droit de sépulture dont ils disposoient comme de leur patri- 
moine. Plusieurs seigneurs restituèrent, à la vérité, en différens temps, aux 
cathédrales Se aux abbayes quelques-unes de ces églises dont ils les avoient 
dépouillées j mais leurs successeurs, non contens de conserver les autres, repri- 
rent bientôt après les premières , sans être arrêtés ni par les décrets des con- 
ciles, ni par les anathèmes des papes 8c des évêques pour les engager à les 
rendre. Les ducs, les comtes 8c les vicomtes s'ingérèrent de plus de l'élection 
MI ""fm ^^s évêques 8c des abbés dans l'étendue de leur domaine, 8c firent tomber ordi- 
nairement le choix sur leurs proches, ou vendirent ces dignités au plus offrant. 
Ils s'attribuèrent en même temps la dépouille des évêques lorsque ceux-ci ve- 
noient a décéder 5 en un mot, ils regardoient les évêchés comme des fiefs ^ 
mouvans de leur domaine, 8c ne se faisoient aucun scrupule de trafiquer 
publiquement des dignités ecclésiastiques; désordre qui dura jusque vers la fin 
du onzième siècle. Le relâchement dans la discipline ecclésiastique 8c régu- 
lière 8c l'ignorance du clergé en furent une suite. 

XCV. — Puissance des grands vassaux. — Seigneurs ecclésiastiques. 

Les grands vassaux tranchoient déjà du souverain dans la Province dès le 
commencement du dixième siècle, 8c ne reconnoissoient la supériorité de nos 
rois que pour recevoir d'eux l'investiture de leurs fiefs : encore ne se soumi- 
rent-ils dans la suite à l'autorité de quelques-uns, que quand ils le jugeoient 
convenable à leurs propres intérêts. Ils se déclarèrent depuis la guerre les uns 
contre les autres, levèrent des troupes, formèrent des ligues 8c conclurent des 
traités de paix sans la participation du souverain, 8c gouvernèrent enfin leur 
domaine avec un pouvoir absolu. 

Quelques évêques 8c abbés, soit pour se soustraire à la tyrannie des ducs 8c 
des comtes, soit par des vues d'ambition, commencèrent"^, d'un autre côté, à 

• Gerbert, Epist. 17, ^yitaS. Abhon. — Acta Sanctorum ordinis sancti 

' Mabillon, Annales ordinis sancti Bénédictin nd Benedicti, saec. 5, part, i, p. 45. 
ann. 967, n. 12. '' Daniel, Histoire de France^ t. 1, p. piS&suiv. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i83 

s'ériger en seigneurs temporels &. à s'arroger les droits régaliens après le règne 
de Charles le Chauve, surtout dans les villes où les grands vassaux ne fai- 
soient pas leur résidence ordinaire 5 d'autres obtinrent de nos rois le domaine 
de leur ville épiscopale, & ces princes le leur accordèrent d'autant plus volon- 
tiers, que n'en jouissant pas eux-mêmes, cette libéralité ne leur étoit point à 
charge. C'est ainsi que l'évêque du Puy, du consentement du comte du pays, 
obtint ' du roi Raoul, &. depuis du roi Lothaire, le domaine de sa ville épis- 
copale, avec les droits seigneuriaux qui auparavant appartenoient au même 
comte, entre autres celui de faire battre monnoie. Ces prélats, à l'exemple des 
seigneurs séculiers, cherchant à se faire un grand nombre de vassaux, inféo- 
dèrent^ une partie des terres de leurs églises, 8c soumirent même à leur vas- 
selage les dîmes, les bénéfices 8c les dignités de leurs cathédrales. Nous en 
avons un exemple dans Matfred, évêque de Béziers , qui , à la fin du dixième 
siècle, donna en fief clérical'^ l'archidiaconé de son église. 

XCVI. — Monnoie des seigneurs. 

On voit, parce que nous venons de rapporter, qu'avant le milieu du dixième 
siècle les grands vassaux jouissoient du droit régalien de faire battre monnoie. 
Les comtes de la Marche d'Espagne en étoient en effet "^ en possession dès 
l'an 984, 8c Wifred II, comte de Barcelone, déclare dans son testament de 
l'an 911 que le roi lui avoit donné la monnoie de Vie ou d'Ausone. On voit 
d'ailleurs qu'en 966 il y avoit des deniers 8c de la monnoie de cette ville, 8c de 
celles de Barcelone 8c de Girone^. C'est donc au règne de Charles le Simple 
qu'on doit rapporter l'origine des monnoies des seigneurs , car encore sur la fin 
de celui de Charles le Chauve le droit de faire battre monnoie étoit réservé au 
seul souverain. Il est vrai qu'on prétend ^ que l'empereur Charles le Gros l'ac- 
corda à l'abbesse de Zurich, 8c, suivant deux diplômes^ qui nous restent, le 
roi Eudes donna à l'abbaye de Tournus le privilège d'avoir une monnoie, ce 
que le roi Charles le Simple confirma ; mais, suivant ces concessions, les 
espèces dévoient être frappées ^ au coin du roi. 

La monnoie seigneuriale qui fut plus en usage dans la Province fut la 
melgorienne, ainsi appelée des comtes de Melgueil ou de Mauguio, qui la 
faisoient battre dans un château de ce nom où ils avoient fixé leur principale 
demeure. Il est fait mention des sols melgoriens dans deux actes du dixième 
siècle, l'un du^ 12 du mois de mai, la treizième année du règne de Louis 
d'Outre-mer, ou de l'an 949, 8c l'autre de l'an '° 963. Les comtes de Melgueil 
jouissoient donc dès lors de ce droit. Il est fait mention aussi sur la fin du 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Marco. Hispanlca, p. 889, 846, 887. 

méros XLVIII & LXXXIV. « Mabillon, ad ann. Sf.y, n. 29. 

' Catel, Mémoires de l'hist. du Languedoc, p. 855 ' Chifflet, Histoire de l'abbaye de Tournus, p. 270 
& suiv. Si. seq. 

' Gallia Christiana, t. 2, p. 411. — Andoqiie, ' Ibid. p. 273. — Mabillon, ad ann. 910, n. pî. 

Histoire de Béliers, p. 53. ' Andoque, Histoire de Béliers, p. 5l. 

* Marca Hispanica, p. SSp, 84*'), 887. '° Marca Hispanica, p. 884. 

m. 12* 



An 975 



t II, p. III. 



— 184 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

An (^70 ^ 

même siècle des deniers ' narhonnois. Nous parlerons ailleurs de la monnoie 
des comtes de Toulouse 5c des autres monnoies des seigneurs de la Province^. 

XCVn. — Succession 6" partage des comtés 6* autres dignités. 

Quant à la succession des ducs & des comtes depuis l'hérédité des fiefs, il pa- 
roît qu'on suivit d'abord l'usage ordinaire établi dans la famille royale, suivant 
lequel les fils de nos rois partagèrent entre eux le royaume jusque vers la fin 
de la seconde race. Se au règne de Lothaire, qui succéda seul au roi Louis 
d'Outre-mer à l'exclusion de ses frères. Les fils des ducs & des comtes partai?è- 
éd. origin. rent aussi le domaine de leurs pères, ou plutôt ils le possédèrent ensemble par 
indivis. C'est ainsi que Raimond II 5c Ermengaud , son frère, fils d'Eudes, 
comte de Toulouse, jouirent en commun de sa succession après sa mort arrivée 
vers l'an 918, 5c qu'au milieu de ce siècle les deux fils de Boson II, comte de 
Provence, Se ceux d'Arnaud, comte de Carcassonne, en firent de même. Cet 
usage se conserva même dans quelques familles longtemps après que la cou- 
ronne de France fut dévolue au fils aîné de nos rois, ou à leur plus proche 
héritier du côté des mâles ; mais il paroit que les comtes de Toulouse suivirent 
l'exemple de la famille royale avant le règne de Hugues Capet, 5c que les 
cadets n'eurent qu'un simple apanage avec cependant le titre de comte. Enfin 
la succession héréditaire étoit si bien établie dans les grands fiefs dès le règne 
de Charles le Simple, que depuis ce temps-là les filles des ducs, des comtes 5c 
des vicomtes succédèrent à leurs proches au défaut de mâles. Se transférèrent 
leur domaine dans la maison de leurs maris j ce qui contribua beaucoup à 
l'agrandissement de diverses maisons qui unirent ainsi plusieurs comtés ou 
vicomtes à leurs domaines. 

XCVIII. — Justice f plaids. — Dijjérens peuples 6» dijjerentes lois dans la 
Frovince. — Usage du droit romain. 

Nos comtes 3 tinrent différens plaids dans la Province au dixième siècle 5c 
rendirent, par conséquent, la justice par eux-mêmes. Ils se "^ déchargèrent aussi 
quelquefois de ce soin sur leurs vicomtes ou lieutenans, avant que ceux-ci eus- 
sent usurpé les droits régaliens dans l'étendue de leur vicomte. l/cs vicomtes 
rendirent alors la justice de leur chef, 5c présidèrent aux plaids dans leur 
domaine. Enfin les uns 5c les autres confièrent l'exercice de leur justice à leurs 
vicaires ou viguiers, à qui ils l'inféodèrent, en sorte que la plupart de ces 
vigueries devinrent par là héréditaires Se de véritables fiefs. Les évêques^ 

•Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- anciennes monnaies seigneuriales de Melgueil & de 

méroCXXVlII. Montpellier. [E. M.] 

' Voyez, tome X de cette édition, la Note sur les ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIII . 

monnaies du Languedoc. — Consultez aussi, dans ^ liid. n. XII XLTI. 

le t. 3 des Mémoires de la Société archéologique de s Ihid. n. LVI LXXXV CVII. 
Montpellier, le Mémoire de M. A. Germain, sur les 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i85 

rendirent aussi quelquefois la justice au dixième siècle 8(. tinrent des plaids 
en qualité de seigneurs temporels. On trouve même dans ce temps-là ' des 
comtesses 8<. des vicomtesses qui présidoient aux plaids 8c tenoient des assises; 
ce qu'elles faisoient surtout lorsqu'après la mort des comtes ou des vicomtes, 
leurs maris, elles avoient l'administration Se le gouvernement de leur domaine 
pendant la minorité de leurs enfans, ou même après leur majorité; car il 
arrivoit ordinairement que les comtes 5<. les vicomtes laissoient à leurs femmes 
cette administration pendant toute leur vie, 5<. tant qu'elles demeuroient 
veuves. 

La Province étoit encore habitée dans ce siècle par différens peuples distingués 
entre eux, savoir : les Romains, les Goths 8c les François, 8c chacun de ces 
peuples suivoit^ la loi qui lui étoit propre; c'est ce qu'on voit dans divers 
plaids tenus dans le pays ou aux environs en 918, qSS 8c 968, 8c où assistèrent 
des juges de la loi romaine, de la gothique 6* de la salique ou francoise. Ces 
actes 8c quelques autres^ prouvent que la loi romaine fut en usage dans le 
Languedoc pendant tout ce siècle, du moins pour les anciens habitans du pays 
qui se conformoient au code Théodosien "^j comme il est marqué expressément 
dans une charte^ de Louis l'Aveugle, roi de Provence, de l'an 894. Quanta la 
loi gothique, il y a des preuves^^ qu'elle étoit encore en vigueur dans la Pro- 
vince à la fin du dixième siècle ou au commencement du suivant. De là vient 
sans doute qu'on y conservoit encore alors l'usage de dater '^ quelquefois les 
chartes suivant l'ère espagnole. 

Les Romains, les Goths 8c les François d'origine qui habitoient la Province, 
y furent donc encore distingués entre eux pendant la seconde race de nos rois; 
mais il paroît que depuis le commencement de la troisième, ces trois peuples 
se mêlèrent 8c se confondirent pour n'en faire qu'un seul , qui ne suivit que 
la seule loi romaine, à quelques usages particuliers ^ près qui s'introduisirent 
dans chaque canton, ou qu'on retint des lois barbares. Tel fut, par exemple, 
celui du duel permis ^ alors par les lois aux parties au défaut de preuves. 

XCIX. — Villes municipales. 

Les ducs 8c les comtes s'étant arrogé une autorité despotique n'épargnèrent 
guère les privilèges des anciennes villes municipales de la Province qui leur 
étoient soumises '°. Il paroît cependant que la plupart des habitans de ces villes 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- '^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 
méro LXXXV, CXXXVIII. — Marca H,span''ca , méro CXXXVIU. 
p. 948 & seq. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXII, 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLII, XXXIlï, &XCVI. 

LVI, — Ruffi, Dissertation, p. i 2. " Adrien de Valois, Notae in Carm. J dalberoniSf 

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXÎI p. iîio. 

& LXXVIII. 9 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCIII. 

^ Ibid. — Haiiteserre, Rerum A(juitan.,l. ^, c. ç. '"Voyez, tome VII de cette édition, la Note rela- 

— Adrien de Valois, in Carm. Adalberonis, p. 32o. tive à l'organisation communale dans la province 

' Baluze, Miscellanea., t. 2, p. i53. de Langueicc Çi aux coutL'.Jiies municipales. [E. M.] 



An 975 



An 975 



Éd. origin. 
t. II, p. 112. 



186 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. Xïï. 

8c des autres du pays conservèrent leur liberté, au lieu que les gens de la 
campagne étoient alors ' presque tous serfs ou esclaves de quelque seigneur 
ecclésiastique ou séculier : il semble même que la ville de Nimes avoit des 
magistrats municipaux au milieu du dixième siècle , comme nous l'avons 
remarqué ailleurs. 

C. — Études, assemhUeSj ifc. 

Quant aux études, à la politique & au commerce, nous avons peu de mo- 
numens qui puissent nous en instruire en particulier : on sait seulement en 
général que la Province se ressentit, ainsi que toutes les autres du royaume, 
de la barbarie qui régna au dixième siècle, durant lequel on négligea presque 
entièrement les belles-lettres^". Du reste, on y vit quelques évêques édifier 



' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. XXII. 

* On se tromperait beaucoup si l'on prenait au 
pied de la lettre ce que disent les Bénédictins de 
la barbarie du dixième siècle. Depuis que les étu- 
des se sont tournées vers le moyen âge & que l'on a 
mieux pénétré dans les détails de son histoire, on a 
compris que le dixième siècle avait pu être une épo- 
que de transition, mais qu'il n'en avait pas moins 
été doué d'une certaine fécondité ; que si les monu- 
ments de cette époque sont devenus rares, c'est bien 
moins parce qu'il n'en a pas existé que parce qu'ils 
ont été détruits. Au dixième siècle, on voit toutes les 
villes importantes & les abbayes se ceindre de mu- 
railles, dans les villages apparaissent les châteaux 
8c les premiers donjons de pierre. Les sciences 8c les 
lettres ne furent point non plus si négligées qu'on 
a voulu le prétendre} c'est ce qui est attesté par le 
nombre considérable de manuscrits de cette époque 
qui nous sont parvenus. Pour ne parler que du 
Languedoc, nous citerons plus particulièrement les 
abbayes de Moissac, de Gellone.de Ripoll 8c l'église 
du Puy comme ayant eu alors de belles bibliothè- 
ques. Nous emprunterons sur cette dernière, les 
détails suivants au savant ouvrage de M. Léopold 
Delisle, membre de l'Institut, le Cabinet des ma- 
nuscrits de la Bibliothèque Impériale. 

La bibliothèque des chanoines du Puy renfer- 
mait de nombreux manuscrits copiés du neuvième 
au onzième siècle. Comme exécutés ou donnés au 
dixième à cette église , nous mentionnerons le 
manuscrit qui porte aujourd'hui le n. 1462 du 
fond latin de la Bibliothèque Impériale, offert à 
l'église du Puy par Adelard, évêque de cette ville, 
qui vivait en 919, ainsi qu'il ressort de l'inscrip- 
tion suivante qu'on lit au f° 2 : Liber oblatus ad 
altare Sancte Marie Anitiencis ecclesie, dono Ade- 
lardi ejusdem sedis episcopi : sic utenti gratia, largi- 
tori venia, fraudanti anathema. Le manuscrit latin 



n. 21 13 a été copié vers l'année 988. Il apparte- 
nait à l'église du Puy. On lit sur le premier feuillet : 
Iste liber est ecclesie Podiensis. Le manuscrit 6689 
(Boece) a appartenu à l'église du Puyj mais il a dû 
primitivement provenir de celle de Lyon. Au bas 
du f° i5i on a ajouté une précaire dans laquelle 
les noms d'hommes 8c de lieux ont été soigneuse- 
ment grattés, mais que M. Delisle soupçonne éma- 
née de Gui, archevêque de Lyon au dixième siècle. 
(928-948?) — Le manuscrit 2855 offre un intérêt 
tout particulier pour l'histoire du Midi. 

Dans son pèlerinage en Espagne, Gotescalcus, 
évêque du Puy, eut l'occasion de voir le traité que 
saint Hildefonse avait composé en l'honneur de la 
sainte Vierge. Il pria Gomès, moine de Saint- 
Martin d'Albelda , de lui en faire une copie qu'il 
destinait à l'église du Puy. Gomès s'empressa de 
satisfaire à cette demande, comme nous l'appre- 
nons d'une préface qui nous a été transmise par 
plusieurs manuscrits. La dernière phrase de cette 
préface atteste que le volume transcrit par Gomès 
fut porté d'Espagne en Aquitaine au mois de jan- 
vier, l'an 989 de l'ère, c'est-à-dire l'an 951 de l'In- 
carnation, 8c M. Delisle a établi que le manuscrit 
original de Gomès n'était autre que la seconde par- 
tie du manuscrit latin 2855. On y reconnaît d'une 
part le travail d'une main espagnole, la Bibliothè- 
que Impériale ne possède peut-être pas un exem- 
plaire aussi pur de l'écriture visigothique ; d'autre 
part, ce manuscrit, qui a toujours appartenu à 
l'église du Puy, porte, tracée sur un feuillet blanc, 
une prière qui prouve qu'il a passé par les mains 
d'Abraham, contemporain de l'évêque Gotescalcus 
8c peut-être chanoine de l'église du Puy. Nous 
pourrions citer encore beaucoup de faits pour prou- 
ver que le dixième siècle n'a point été dépourvu 
d'initiative, 8c que si les monuments de cette épo- 
que sont rares, ceux qui nous restent démontrent 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 187 

l'Église, soit par la sainteté de leur vie, soit par leur zèle pour l'observation des 
canons. Il y eut même des seigneurs' séculiers qui s'intéressèrent pour procurer 
la réforme des abus qui s'étoient glissés dans le clergé ; 8t quoique la plupart 
ne se fissent pas scrupule de posséder ou d'envahir les biens des églises , ils 
leur faisoient quelquefois des libéralités si grandes qu'elles tenoient de la 
profusion. Plusieurs d'entre eux entreprirent divers pèlerinages qui étoient 
alors fort ^ à la mode, surtout ceux de Jérusalem, de Saint-Jacques en Galice 
&C de Saint-Pierre de Rome. On appeloit alors ^ Rome ux ceim qui alloient 
ainsi par dévotion dans cette dernière ville , 8c c'est de là qu'est dérivé le mot 
RomieUf dont on se sert encore dans le pays pour désigner toute sorte de pèle- 
rins. Les seigneurs prenoient souvent occasion des cérémonies publiques, 
comme de la dédicace des églises, pour s'assembler avec les évêques. Ils assistè- 
rent aussi ordinairement avec les prélats aux divers conciles qui furent tenus 
dans le pays 8c dont les décrets émanèrent par conséquent de l'autorité des 
deux puissances. Nous voyons enfin dans la Province une troisième espèce 
d'assemblée au dixième siècle dans les plaids généraux qu'on y tenoit quel- 
quefois '^, 8c auxquels se trouvèrent les évoques, les abbés, les comtes, les 
vicomtes, 8cc. 



CI. — Division delà monarchie. — La Septimanie conserve son titre de 
royaume. — Langue romaine. 

A la fin de la seconde race de nos rois 8c au commencement de la troisième, 
la France, ou cette partie de la monarchie qui après la mort de Louis le 
Débonnaire échut à Charles le Chauve 8c à ses successeurs, 8c qui en compre- 
noit toute la partie occidentale, étoit^ partagée en trois royaumes, savoir : de 
Neustrieoude France, de Bourgogne 8c d'Aquitaine. La Septimanie ou Gothie, 
la Marche d'Espagne 8c la Gascogne étoient censées faire partie de celui 
d'Aquitaine; mais on donnoit souvent aussi le titre de royaume à la première 
qui renfermoit la Marche d'Espagne, ainsi qu'on l'a vu ailleurs. Le reste de la 
monarchie comprenoit l'ancien royaume de Lothaire ou d'Austrasie 8c ceux 
de la Bourgogne Transjurane 8c de Provence, que des princes étrangers 
envahirent sur nos rois. On divisoit^ aussi, à la fin du neuvième siècle, la 
monarchie en France latine 8c France tudesque, par rapport aux différentes 
langues qu'on y parloit ; en sorte qu'on se servoit de la romaine ou d'un latin 
corrompu dans la première qui renfermoit le Languedoc, 8c de l'allemande 

de la part de leurs auteurs du goût pour les lettres, ^ Adhémar de Chabanais, p. 172. 

le désir de s'instruire, & le besoin de former des ^ Labbe, Bibl. nova manuscriptorum, t. 2, p. 53 1. 

écoles & des bibliothèques, en un mot tous les si- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CVII. 

gnes précurseurs de la magnifique renaissance qui ^ Abbon, de Bello Paris. 1. 2, p. 52o & seq. — 

eut lieu au onzième siècle. [E. M.] . Frodoard, Chronicon, ad ann. 964, p. 619. — Adrien 

' Capitulaires, t. 2, p. 634. — Catel, Mémoires de Valois, Not. in Carm. Adalberonis, p. 264 & seq. 

de l'histoire du Languedoc, p. jjb. '' Pagi, ad ann. 888, n. 5. 



An 975 



An 975 



188 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. 

dans l'autre. Il paroît que nos rois parloient encore cette dernière au ' milieu 
du dixième siècle. 

CIT. — Noblesse, liberté, servitude. 

On ne distinguoit pas encore en France la noblesse de Vingénuité^^ à la fin 
du dixième siècle & au commencement du suivant. En effet, Adalberon 3, 
évêque de Laon, dans son Poëme adressé au roi Robert, n'admet que deux 
conditions en France : celle des nobles ou ingénus, parmi lesquels les uns, dont 
les armes faisoient le principal exercice, étoient plus qualifiés que les autres, 
8t celle des serfs, dans laquelle il comprend les marchands &. les artisans. Ce 
prélat comptoit par là trois ordres dans le royaume avec le clergé. 

' Frodoard, Chron'icorij p. 6i3. Valois, "Not in Carm. Adalberonis, p. Soy & seq. — 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XIII. Mcirca Hispanica j p. 949^ — Mabillon, ad ann. 
^ Adalbero , Carm. p. 148 & seq. — Adrien de 1048, n. 67. 



^r'Ir'îvT-^lr^lrtpx^tC'^r vc ^^ ip jT kp »r 



LIVRE TREIZIEME 



An 975 



SI l'on trouve de l'obscurité Se de la sécheresse dans l'histoire de la Province 
depuis le commencement du dixième siècle jusque vers la fin du suivant, 
on n'en trouve guère moins dans celle du reste du royaume par le défaut t^ii, p^f"! 
d'historiens 5 & ce n'est presque que par le secours des chartes qu'on peut tirer 
quelque connoissance de la plupart des événemens arrivés en France durant 
ce long intervalle. A cela on doit ajouter que plusieurs de ces chartes ne sont 
pas datées, & que les noms des familles n'étoient pas ou en usage ou bien établis 
pendant ce temps-là : ainsi on ne doit pas être surpris si l'on a si souvent recours 
aux conjectures. Nous avons cru cette observation nécessaire avant que de re- 
prendre la suite des faits depuis le partage que les deux branches de la maison 
de Toulouse firent, vers la fin de l'an çyS, de leur domaine, qui comprenoit ou 
médiatement ou immédiatement presque jtout le Languedoc, avec plusieurs pays 
de l'Aquitaine. 

I. — Ermengaudy fiU de Matfred, vicomte de Narbonne, succède à Aymeri, 

archevêque de cette ville. 



An 977 



Le comté particulier de Narbonne en dépendoit, comme il paroît entre autres 
par le testament' d' Aymeri, archevêque de cette ville, qui mourut en 977 8<. 
qui légua quelques domaines aux chanoines de sa cathédrale, tant pour le sou- t^ii^°p.'^i'";. 
lagement de son âme, que de celles du feu comte Pons y de Matfred, vicomte, 
d'Odon, vicomte, & de Richilde, vicomtesse, à condition qu'ils en emploieroient 
le revenu en commun pendant l'avent Se le carême. Adélaïde, vicomtesse de 
Narbonne, & ses deux fils, Ermengaud, archevêque, successeur d'Aymeri, 8c 
le vicomte Raimond, qui furent les exécuteurs testamentaires de ce prélat avec 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXII. 



An 977 



190 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

\JàR\genus^ prince, son frère; Bernard, surnommé Grammaticus, Se Geiro, 
qualifié prince, ses neveux; Walthérius, abbé de Sainte-Marie (qui est sans 
doute l'abbaye de Notre-Dame de la Grasse); Ermengaud, surnommé Vassa- 
dellus, &<. deux autres seigneurs, délivrèrent le legs qu'il avoit fait à la catbé- 
drale de Narbonne par un acte daté du treizième juin de la même année. On 
doit conclure de ce que nous venons de dire : 1° que les chanoines de cette 
cathédrale vivoient alors en commun ; 2° que l'archevêque Aymeri mourut 
avant cette délivrance; 3° qu'il étoit d'une naissance distinguée, puisque son 
frère Scson neveu prenoient la qualité de princes ^ 4° enfin, qu'Ermengaud, de 
Narbonne, lui succéda immédiatement; 8c qu'ainsi la souscription de Guifred, 
archevêque de cette ville, qu'on voit' dans deux actes, l'un de l'an 977 8c l'autre 
de l'an 979, est postérieure de plusieurs années. Francon, évêque de Carcas- 
sonne, souscrivit celui des exécuteurs testamentaires de l'archevêque Aymeri. 
Bernard, neveu de ce dernier, qualifié Grammaticus dans le corps de l'acte, 
prend dans la souscription la qualité deFilogramus, ce qui nous fait comprendre 
qu'il étoit écolâtre de l'église de Narbonne. Au reste, comme on a déjà vu que 
Matfred, vicomte de cette ville, destinoit son fils Ermengaud à Vépiscopat dès 
l'an 966, il est assez vraisemblable qu'il avoit pris dès lors des mesures pour lui 
procurer l'archevêché de Narbonne après la mort d'Aymeri. Et, en effet, outre 
que les grands vassaux s'étoient déjà emparés dans ce siècle de la nomination 
aux évêchés, nous verrons ailleurs que les vicomtes de Narbonne avoient la 
meilleure part à l'élection des archevêques de cette ville au commencement du 
suivant. 

II. — Premier testament d'Adélaïde, vicomtesse de Narbonne. 

Adélaïde, vicomtesse de Narbonne, veuve de Matfred, fit un testament^ le 
4 octobre de la même année. Elle nomme sept exécuteurs testamentaires, entre 
autres Ermengaud, archevêque, 8c Raimond, vicomte de cette ville, ses fils; 
elle donne au premier les alleux qu'elle possédoit entre les rivières de Biaur ^ 
de Seron, en Albigeois; ce qui est conforme au testament qu'elle^ Se le vicomte 
Matfred, son mari, avoient fait en 966. Elle lui laisse de plus ses coupes d'or 
avec la moitié des fruits des terres de Florensac Se de Nébian, Sec. Elle dispose, 
en faveur de l'autre, du village de Colombier dans le diocèse de Béziers, d'un 
bassin Se de deux chandeliers d'argent, de la moitié des revenus de Narbonne, Sec. 
Elle réserve l'autre moitié, avec plusieurs domaines, pour la dotation d'un mo- 
nastère dont elle avoit fait commencer le bâtiment au-dessous de cette ville sous 
le nom de Saint-Sauveur, Se auquel elle destinoit pour abbesse sa fille, dont 
elle ne marque pas le nom; nous apprenons d'ailleurs qu'elle s'appeloit Trud- 
garde'^. La vicomtesse Adélaïde recommande ensuite à ses sœurs Arsinde, Er- 
messinde SeGarsinde, Se à Za comtesse Arsinde, d'achever de construire le 

' Marca H'npanica, p. 920 8c 922. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômés, n. CXI. 

=" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIV. ^ Ibid. n. CI. 



1 



An 



977 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. i(;i 

monastère de Saint-Sauveur. Elle donne aux trois premières les terres qu'elle 
possédoit à Védillan, Tolmian & Armissan, dans le Narbonnois, pour en jouir 
pendant leur vie, avec substitution après leur mort en faveur du même monas- 
tère de Saint-Sauveur, si le bâtiment étoit achevé ; sinon elle substitue ces terres • 
à diverses églises. 

Il y a lieu de croire que le dessein qu'avoit la vicomtesse Adélaïde de fonder 
l'abbaye de Saint-Sauveur auprès de Narbonne n'eut pas son exécution j car 
1° elle ne dit pas un mot de ce monastère dans un autre testament qu'elle fît' 
treize ans après ; i^ suivant un acte ^ daté du mois d'octobre de la troisième année 
du règne de Hugues Capet, ou de l'an 989, « Ermessinde, surnommée Bonne, 
« donne à la cathédrale de Narbonne la troisième partie du village de Védillan, 
« dans le comté de Narbonne, b la troisième partie de Véglise, des dîmes, des t!'H,"p.'n"5. 
u prémices 6" de tout Vhonneur ecclésiastique , avec défense à tout évêque, 
« vicomte. Sec, de s'en emparer, 8c permission dans ce cas-là au comte Roger 
« 6- à ses deux fils de les revendiquer moyennant cent sols qu'ils donneroient 
« aux chanoines. » Or, comme la vicomtesse Adélaïde donne à la cathédrale de 
Narbonne le lieu de Védillan après la mort de ses sœurs, en cas que le monastère 
de Saint-Sauveur ne fût pas achevé, il s'ensuit qu'Ermessinde, sa sœur, n'est 
pas différente de celle qui donna le lieu de Védillan au chapitre de Narbonne 
en 989, tk qu'ainsi le bâtiment du monastère de Saint-Sauveur demeura im- 
parfait. 

Adélaïde fit plusieurs legs^ en faveur des chanoines de la cathédrale de Saint- 
Just Se de ceux de l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne, Se de différentes 
églises ou monastères de la Province, savoir : des abbayes de Saint-Pons, de 
Saint-Anian ou Saint-Chinian , de Caunes, de Saint- Laurent, Se de Notre- 
Dame de Quarante, dans le diocèse de Narbonne ; des cathédrales de Carcas- 
sonne Se de Béziers, des abbayes de la Grasse, de Joncels, de Saint-Thibéry, 
d'Aniane Se de Vabre. Elle lègue à la cathédrale d'Albi, à l'église de Saint- 
Salvi Se à l'abbaye de Saint-Michel de Gaillac les fruits ou revenus des lieux 
de Pouzols, d'Ourban Se de Corras, trois terres situées dans l'Albigeois. Elle 
donne enfin la liberté à quelques-uns de ses serfs de l'un Se de l'autre sexe, Se 
fait un legs à Ermengaud Se Raimond, ses fils Se ses exécuteurs testamentaires, 
à condition qu'ils donneroient un grand festin. 

La comtesse Jrsinde, à qui la vicomtesse de Narbonne recommande la cons- 
truction du monastère de Saint-Sauveur, est sans doute la même qu'Arsinde, 
première femme de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, laquelle devoit 
être par conséquent en vie en 977. Nous avons aussi dans ce siècle une autre 
comtesse de même nom, veuve en 969 d'Arnaud, comte de Carcassonne; mais 
il n'y a aucune preuve qu'elle ait vécu jusques en 977, Se il n'en est fait aucune 
mention après l'an 960. 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Archives de la cathédrale de Nnrbonne. 

inéro CXXIX. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIV. 



An 977 



An 979 



An 981 



IQ2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV.' XIII. 



III. — Comtes de Provence. 

On trouve encore alors une troisième comtesse nommée Arsindej c'est la 
première femme de Guillaume I, comte de Provence, lequel, vers l'an 968, 
succéda dans ce comté avec son frère Rotbold, à Boson II, leur père. Guil- 
laume I & Arsinde, sa femme, firent donation ' de la ville de Pertuis, dans le 
diocèse d'Aix, à l'abbaye de Montmajour^ au mois de juin de la quarante- 
deuxième année du règne de Conrad le Pacifique, c'est-à-dire de l'an 979. Ce 
comte épousa en secondes noces Adélaïde, dont il eut Guillaume II, qui con- 
firma ^ cette donation &. y souscrivit dans la suite avec sa mère. 

IV. — Victoire de Roger I, comte de Carcassonne, sur Oliha Cahreta, comte 
de Cerdagne. — Comtes de Comminges. 

Un moderne'^ paroît confondre cette dernière avec la comtesse Adélaïde, que 
Roger I, comte de Carcassonne, avoit déjà épousée en 979, comme nous l'ap- 
prenons d'une donation^ qu'ils firent alors avec Raimond leur fils, du lieu de 
Corneillan, à l'abbaye de Saint-Hilaire, dans le diocèse de Carcassonne, dont 
Benoît étoit abbé. Parmi les souscriptions de cet acte on trouve celles d^un 
comte Arnaud, fils d'Adélaïde, & de Pierre, évêque 8c comte, qui, selon les 
apparences, étoient parens de Roger Se de la même maison. Nous croyons <5 
que le premier étoit comte de Comminges en partie, & fils de Roger, frère 
d'Arnaud, comte de Carcassonne j que c'est de lui que descendent les comtes 
héréditaires de Comminges qui vivoient au douzième siècle, Se que Pierre étoit 
son frère & évêque de Conserans. Le reste du Comminges étoit alors possédé, 
partie par le même Roger I, comte de Carcassonne, partie par Raimond son 
frère, dont il est fait mention en différens'' actes du pays. Ce dernier eut un 
fils nommé Bernard, lequel lui succéda dans la portion du Comminges qui lui 
étoit tombée en partage. 

Roger I, comte de Carcassonne, fit deux ans après une nouvelle donation à 
l'abbaye de Saint-Hilaire, en reconnoissance du secours qu'il reçut de ce saint 
dans un extrême péril où il se trouva. Oliba Cabreta, fils puîné de Miron & 
petit-fils de Wifred le Velu, comtes de Barcelone, prince naturellement inquiet 
Se querelleux, & maître^ d'un grand domaine qui comprenoit les comtés de 
Besalu, de Berga 8c de Cerdagne au delà des Pyrénées, 8c ceux de Fenouil- 
lèdes, de Confiant 8c de Valespir en deçà de ces montagnes, s'étoit rendu ex- 

' Voyez tome IV, Note XIV, n. 9 & suiv, « Voyez tome IV, iVoie XXII, n. 28 & suiv. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXV, ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXV, 

la 1'''^ charte citée sous ce numéro. la 1'" charte citée sous ce numéro. — Voyez 

' Voyez tome IV, Note XIV. tome IV, Note XXII. 

'' Mabillon, ad ann. 978, n. 74. « Gesta Comitum Barcinonensium, c. 7. — Marca 

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXV, Hispanica, p. 541. — Ibid. p. 1257. 
la i"' charte citée sous ce numéro. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. iq3 ~~; r~ 

7 An 981 

trêmement redoutable à ses voisins. Il eut entre autres un différend avec le K<|o'-igin. 
, 1. 11, p. 110. 

comte Roger. On ignore le sujet de leur querelle, mais il paroît que ce fut à 

l'occasion du comté de Razès que leurs prédécesseurs avoient possédé ' ancien- 
nement en commun 8c qu'ils avoient partagé vers la fin du neuvième siècle. 
Peut-être qu'Oliba, qui descendoit en ligne droite des anciens comtes de ce 
pays, disputa sa portion à Roger qui étoit d'une famille différente. Quoi qu'il 
en soit, le premier, ayant déclaré^ la guerre à l'autre, s'avança dans le pays à 
la tête d'une armée Se y fit le dégât. Roger, de son côté, s'étant mis en défense, 
marcha à la rencontre d'Oliba, qui l'attaqua le premier avec autant de fierté 
que de valeur. Le comte de Carcassonne, ne pouvant soutenir le choc 8c se 
voyant sans ressource, eut recours alors à Dieu 8c lui demanda la victoire par 
l'intercession de S. Hilaire, en qui il avoit une très-grande confiance. Il eut à 
peine achevé sa prière que, ranimant son courage 8c faisant un dernier effort 
pour repousser ses ennemis, il les mit en fuite 8c les poursuivit vivement. Il 
ramena ensuite ses troupes sur le champ de bataille, 8c vit avec étonnement que, 
parmi le grand nombre de morts 8c de blessés qui étoient restés sur la place, il 
n'y en avoit aucun des siens. On lui rapporta en même temps qu'on avoit 
aperçu S. Hilaire marcher à la tête de ses troupes 8c combattre en sa faveur: 
pénétré d'une vive reconnoissance envers son saint libérateur, il donna bientôt 
après à l'abbaye de Saint-Hilaire plusieurs alleux situés dans le Carcasses, con- 
jointement avec Adélaïde son épouse, 8c Raimond 8c Bernard leurs fils, dont 
le dernier n'étoit pas encore baptisé, ainsi qu'il est marqué dans l'acte daté du 
mois d'août, la vingt-septième année de Lothaire. Roger y expose le motif de 
sa donation de la manière que nous venons de le rapporter, 8c anathématise 
ensuite, suivant le style 8c l'usage du siècle, tous ceux, soit rois, soit comtes, 
soit évêques ou ahhés, &c., qui usurperoient les biens qu'il donnoit à ce mo- 
nastère. Il fit quelque temps après un voyage de dévotion à Rome^ avec Adé- 
laïde, sa femme 8c, à ce qu'il paroît, Raimond, son fils 5 8c s'étant adressé au 
pape Benoît VII, il obtint une bulle qui confirme cette donation. 

V. — Guerre entre les comtes de Toulouse 6* de Carcassonne. — Le dernier 
fait sa paix avec Oliha Cabreta. 

Nous voyons que Roger eut aussi quelque démêlé avec Guillaume Taillefer, 
comte de Toulouse, 8c qu'il le vainquit"^ par l'intercession de S. Hilaire dans 
une guerre qu'ils eurent ensemble, ce qui l'engagea à faire de nouvelles libé- 
ralités au monastère de ce saint évêque j mais nous ignorons l'époque 8c les 
circonstances de cet événement. Le comte de Toulouse s'étoit peut-être ligué 
avec celui de Cerdagne contre Roger, 8c celui-ci les aura attaqués 8c vaincus 
dans la même occasion. 

' Voyez ci-dessus, livre XII, n. LV. ^ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes , riU- 

' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CXVI méro CXVIII. 
&CXXXIV. 'Ihid.ïï.CV. 

m i3 



^^ g, 194 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIÏI. 

Un habile ' historien est persuadé que Roger 8t Oliba firent ensuite la paix, 
& que par leur traité le premier céda à l'autre le Capcir qui faisoit alors partie 
du comté de Razès, & qui en dépendoit du moins à la fin du neuvième siècle. 
Il ajoute, ce qui est fondé sur les anciens monumens, que le Capcir fut depuis 
uni au comté de Cerdagne, & possédé par Oliba & ses successeurs. On pour- 
roit dire aussi que Roger céda par le même traité à Oliba le pays de Saut, de 
Donazan 8t de Pierrepertuse, qui anciennement étoient compris aussi dans le 
comté de Razès, s'il ne paroissoit^ plus vraisemblable que tous ces domaines 
étoient déjà entrés dans la maison de Barcelone vers la fin du neuvième siècle 
avec le comté de Fenouillèdes, 8c que cette maison, qui possédoit auparavant 
par indivis, avec les comtes de Carcassonne, l'ancien comté de Razès dont ces 
pays dépendoient alors, le partagea avec eux. Ce qu'il y a de certain, c'est 
qu'Oliba, qui avoit hérité du comté de Fenouillèdes des comtes de Barcelone 
ses parens, transmit ^ avec ce comté le Capcir, le Donazan Se les pays de Saut 
8c de Pierrepertuse à ses descendans. 

Au reste, tous ces différens pays ont toujours fait partie du diocèse de Nar- 
bonne jusques au commencement du quatorzième siècle, que le comté de Fe- 
nouillèdes, le Capcir, le Saut 8c le Donazan en furent séparés, pour composer le 
nouveau diocèse d'Alet dont ils dépendent encore aujourd'hui. Le Capcir 8c le 
Donazan sont situés sur les frontières d'Espagne ou du diocèse d'Urgel, 8c sont 
soumis aujourd'hui pour le temporel à l'intendance de Roussillon. On parle 
le langage catalan dans le premier qui a environ quatre lieues d'étendue du 

Éd. origin. j-j^ij^j ^^ nord 8c autant du levant au couchant, 8c renferme une douzaine de 
t. il, p. 117. ' 

paroisses. Le Donazan est au nord du Capcir 8c a trois lieues d'étendue de 
chaque côté 5 il comprend neuf bourgs ou villages. Le pays de Pierrepertuse, 
situé sur les frontières de celui de Fenouillèdes, dépend encore aujourd'hui 
du diocèse de Narbonne. Quant au pays de Saut, il est au couchant de celui de 
Fenouillèdes 8c au nord du Capcir 8c du Donazan 5 il a six lieues du couchant 
au levant 8c deux du midi au nord, 8c comprend dix-huit paroisses. Il fait 
partie du Languedoc, de même que celui de Pierrepertuse, 8c a eu autrefois 
des vicomtes. 

VI. — Oliba Cahreta prend Vhahît monastique au Mont-Cas s in. — Partage 

de ses domaines entre ses fils. 

Oliba Cabreta répara quelques années après d'une manière bien édifiante 
le scandale qu'il avoit donné , tant par les désordres de sa vie que par l'abus 
de son autorité. L'abbaye"^ de Cuxa, située dans le comté de Confiant, por- 
tion du diocèse d'Elne, qui étoit du domaine de ce prince, avoit acquis 

' Marca H'ispan'ica, p. 86 & seq. '' Petrus Damianus, VitaS. Romuald'i, c. 2 &5. — 

' Voyez ci-dessus, livre XII, n. LV. Bollandistes, févr.t. 2, p. 108 8c suiv. — ActaSanc- 

^ Marca Hispanica, p. 1029. — Sp'ic'ileg'ium, t. 6, torum ordinis sancti Benedicti, saec. 5, p. 874 & seq. 

p. 432. — Voyez lome V, Chartes 8c Diplômes, — Voyez tome IV, Note XXVII. 

n. eu. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. iq5 

7 An 981 

alors une si grande réputation de régularité sous le gouvernement de l'abbé 
Guarin, dont on a déjà parlé ailleurs , que plusieurs illustres personnages 
y étoient venus d'Italie se ranger sous sa discipline. Les principaux furent 
le célèbre S. Romuald, qui fonda dans la suite l'ordre des camaldules, le 
B. Pierre Urseole , duc de Venise, Marin Se Jean Gradenigo , lesquels 
vécurent pendant quelques années auprès de Guarin , dans la retraite 8t la 
pratique de toutes les vertus chrétiennes 5c religieuses. Le comte Oliba, tou- 
ché de leur exemple, alla un jour visiter S. Romuald dans sa cellule 8c lui 
raconta en particulier, 8c comme en confession, toutes les actions de sa vie. 
Le saint, incapable de flatter les pécheurs dans leurs crimes, lui dit nette- 
ment qu'il n'y avoit de salut à espérer pour lui qu'en abandonnant le 
monde 8c en se retirant dans un cloître pour y faire pénitence. Le comte, 
surpris d'une décision qui lui parut trop sévère, répliqua que jamais ses con- 
fesseurs ne lui avoient parlé de cette manière , 8c ayant fait entrer dans la 
cellule quelques évêques 8c abbés qui l'avoient accompagné, il leur proposa 
l'avis que S. Romuald venoit de lui donner j ils l'approuvèrent tous d'un 
commun accord 8c avouèrent que la crainte seule les avoit empêchés de lui 
parler avec la même liberté. Oliba, après les avoir fait retirer, convint avec le 
saint qu'il iroit au Mont-Cassin sous prétexte de pèlerinage 8c qu'il s'y consa- 
creroit à Dieu par la profession monastique. 

S. Romuald ayant été obligé bientôt après de repasser en Italie pour 
soutenir la conversion de son père qui, après avoir abandonné le siècle, étoit 
prêt à s'y rengager, confia la conduite du comte de Cerdagne à l'abbé Guarin, 
à Marin 8c à Jean Gradenigo, qui accompagnèrent ce prince au delà des 
Alpes. Pierre Urseole étoit alors déjà mort à Cuxa , en odeur de sainteté. 
Oliba ayant mis ordre à ses affaires 8c cédé ses biens 8c ses dignités à ses fils, 
se mit en chemin en 988 ' suivi de quinze mulets chargés de ce qu'il avoit 
de plus précieux. A son arrivée au Mont-Cassin, il congédia tous ses gens 8c 
embrassa l'état monastique dans ce célèbre monastère, où il mourut en^ 990. 
Il laissa quatre fils d'Ermengarde sa femme, qui après sa retraite eut l'admi- 
nistration de ses domaines. Béranger^, qui paroît avoir été l'aîné, succéda vers • 
l'an 990 à Suniarius, dans l'évêché d'Elne, 8c mourut au commencement du 
onzième siècle. Bernard"^, le second, fit la branche des comtes de Besalu 8c 
eut en partage le comté de ce nom situé dans le diocèse de Girone, celui de 
Valespir dans le diocèse d'Elne 8c enfin celui de Fenouillèdes avec le pays 
de Saut 8c de Pierrepertuse, dans le diocèse de Narbonne. Oliba, qui étoit 
le troisième , prit d'abord la qualité de comte , 8c si nous en croyons 
un moderne 5 j il succéda à son père dans les comtés de Termes 8c de 
Fenouillèdes; mais outre qu'il est certain que ce dernier comté fut du 
domaine de Bernard , son frère, on n'a aucune preuve que le Termenois 

■ Voyez tome IV, Note XXVII. ■• Marco. Hispanica, p. 1029 & seq. 

^ Gesta com'it. Barcinon. Marca Hispanica, 0.641. ' Besse, Histoire des évêques de Carcassonne, p. 83 

J Voyez tome IV, 2Vofe XXVII, n. 4. & suiv. 



'" : — iq6 histoire générale de LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 981 y 

ait jamais eu titre de comté Se qu'il ait appartenu à Oliba Cabreta ou à sa 
postérité. D'ailleurs, tout ce que cet auteur rapporte est si embrouillé, si rem- 
pli de fables, d'anachronismes &. de conjectures hasardées, qu'on n'y peut 
faire aucun fond. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'Oliba ', fils d'Oliba Cabreta, 
prit l'habit monastique dans l'abbaye de Ripoll, 8c qu'en 1009, il fut élu 
abbé de ce monastère qui étoit alors fort célèbre. On y possédoit entre 
autres reliques celles de S. Audalde, martyr, qui y avoient été transférées^ du 
t'^ii °" u"8 tliocèse de Toulouse, sous le règne du roi Lothaire. Oliba fut aussi élu la 
même année abbé de Cuxa , 8c en 1019, évêque d'Ausone ou de Vie dans la 
Marche d'Espagne. Il conserva cet évêché avec ces deux abbayes dont il fut 
véritablement le père, jusques à sa mort arrivée en 1047. GuifredouWifred,le 
dernier des fils d'Oliba Cabreta 3, a donné l'origine aux comtes de Cerdagne ; 
il eut en partage le comté de ce nom , dans le diocèse d'Urgel, avec le Cap- 
cir 8c le Donazan en deçà des Pyrénées. Il eut outre cela le comté de Berga, 
qui dépendoit du diocèse d'Ausone, 8c le comté de Confiant dans celui 
d'Elne. Ermengarde, mère de ces princes, avoit encore sans doute en 994 
l'administration de tous leurs domaines, car elle présida alors à un plaid tenu"^ 
dans le Valespir, avec Béranger, évêque d'Elne, son fils, Tote, sa bru, femme 
de Bernard, comte de Besalu, le vicomte Oliba, 8c les autres seigneurs du 
pays, ses vassaux. Enfin, la même Ermengarde 8c le comte Bernard, son fils, 
firent une donation, la sixième année du règne du roi Hugues Capet, en 
faveur de l'abbaye de Saint-Martin de Lez, dans le pays de Fenouillèdes. 
Nous avons cru devoir entrer dans ce détail pour faire connoître les descendans 
d'Oliba Cabreta, qui, outre qu'ils étendirent leur domaine dans la Province, 
eurent part dans la suite à divers événemens de notre histoire. 

VII. — Le roi Lothaire se rend en Auvergne. — Troubles de ce pays. 

^^ g^ Le roi Lothaire fit un voyage en Auvergne en 982, avec la reine Emme, 

sa femme, comme il paroît par la date de deux diplômes^ qu'il accorda 
•alors en faveur des abbayes de Saint-Pierre de Roses 8c de Ripoll dans la 
Marche d'Espagne. Le mariage du jeune Louis , son fils , qu'il avoit associé 
au trône trois ans auparavant, 8c qui épousa^ vers ce temps-là Blanche, 
fille d'un seigneur ou comte d'Aquitaine, fut peut-être le motif principal de 
ce voyage. Lothaire peut aussi y avoir été engagé par quelques troubles qui 
s'élevèrent alors, à ce qu'il paroît, en Auvergne. Nous apprenons en effet 
d'une '^ lettre du fameux Gerbert, écrite vers ce temps-là à Géraud, abbé 
d'Aurillac, qu'un seigneur nommé Hugues Raymundi, ou fils de Raimond, 
avoit fait quelque entreprise sur ce pays. 

^ Marca Hispanica, p. 1297. — Voyez tome IV, ^ Marca H'ispanïca , p. 948 & seq. — Voyez 

JVoteXXVII, n. 6 & suiv. tome IV, Note XXVII, n. 4. 

° Voyez tome IV, Note XXVII, n. 8. 5 Marca Hispanica, p. 410, 929 & seq. 

^ Spicilcgium, t. 6, p. 432 & seq. ® Adhém. deChabanals, p. 167. — Glaber, 1. 1 , c. 3. 

' Gerbert, Epist, 35. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 107 "^ T" 

/' An 982 

Cet Hugues pourroit bien n'être pas différent de Hugues, fils de Raimond, 
comte de Rouergue de la maison de Toulouse, qui depuis la mort de Raimond- 
Pons avoit été dépouillée du comté d'Auvergne. Or, comme ce comté entra ' 
vers ce temps-là dans la maison des vicomtes de Clermont, il paroît assez 
vraisemblable que les Auvergnats secouèrent le joug des comtes de Poitiers 
auxquels Louis d'Outre-mer les avoit assujettis, 81 qu'ils reconnurent alors de 
nouveau les princes de la maison de Toulouse pour leurs seigneurs, jusqu'à 
ce qu'enfin ceux-ci donnèrent en fief le comté d'Auvergne aux vicomtes de 
Clermont, du consentement de Lothaire, qui se sera rendu ainsi dans le pays 
pour le pacifier. 

VIII. — Guillaume j comte de Toulouse^ s'empare de Vahhaye de Beaulieu dans 

le Limousin, 6* la donne en fief. 

Raimond I, comte de Rouergue^, eut un fils, un frère & un neveu nom- 
més Hugues. Nous conjecturons que les vicomtes deComborn dans le Limousin 
tirent leur origine du dernier, 8c que c'est de lui qu'a voulu parler un histo- 
rien -^ contemporain, quand il a dit que Hugues, Vun des principaux seigneurs 
d'Aquitaine, acquit par les droits de la guerre Vahbaye de Beaulieu dans le 
bas Limousin, dont Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, s'étoit emparé, 
suivant les actes ^ du concile de Limoges de l'an io3i. 

On a déjà remarqué que, dans le dixième siècle, les grands vassaux, sous 
prétexte de patronat, se rendirent maîtres de la nomination aux évêchés 8c 
aux abbayes, qu'ils regardoient comme des fiefs mouvans de leur domaine, 8c 
qu'ils exercèrent sur les monastères une autorité despotique en qualité d'abbés 
laïques. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, ne fut pas plus religieux en 
cela que les autres princes de son tempsj Se soit qu'il prétendît quelque droit 
sur l'abbaye de Beaulieu, située vers les frontières du Querci dont il possédoit 
le comté, 8c à laquelle ses ancêtres avoient fait du bien, soit pour quelque 
autre raison que nous ignorons, il s'en saisit à main armée 8c la donna 
en bénéfice au comte de Périgord, qui la donna lui-même à Hugues, vicomte 
de Comborn ; en sorte que ce dernier la tint en arrière-fief du comte de 
Toulouse. 

Ce vicomte eut un fils^ appelé Bernard, qui, après avoir pris l'habit monas- Éd. origin. 
tique dans l'abbaye de Solignac en Limousin , alla dans celle de Fleuri-sur- 
Loire pour y étudier les belles-lettres, sous la discipline du célèbre Abbon qui 
en fut depuis abbé. Le vicomte Hugues rappela quelque temps après son fils 
Bernard, lui procura l'abbaye de Solignac, 8c enfin vers l'an 988, celle^ de 



'Voyez tome IV, Note XVII, n. 7. ' Aimoin , Vita S. Ahhon'is. — Acta. Sanctorum 

' Ihid. Note VIII, n. 40 & suiv. ordin. sancti Benedicti, saec. 6, part. 1, p. 45. 
' kimo'in, Vita S. Ahhon'is. — Acta Sanctorum or~ * Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti, ad 

dlnis sancti Benedicti, saec. 6, part. 1, p. 45. ann. 983, n. 35. — Voyez tome IV, Note VIII, 

^ Conciles, t. 9, p, 898. n. 40 & suiv. 



An 984 



An o85 



" ; — 108 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. îQII. 

An 982 f 

Beaulieu qu'il avoit obtenue du comte de Périgordj ce qui nous donne à peu 
près l'époque de l'usurpation de cette dernière par Guillaume Taillefer. 

IX. — Êvêques de Carcassonne. 

Roger I, comte de Carcassonne, traita plus favorablement celle de Saint- 
Hilaire à laquelle il laissa une entière liberté pour l'élection de ses abbés, 8c 
qu'il combla de biens. Il lui donna entre autres le lieu de Corneille, où il fit 
bâtir une église qu'Aymeri, évêque de Carcassonne, consacra à sa prière, de 
sa femme Adélaïde, & de ses fils Raimond 8c Bernard, le premier de novembre 
de ' Van 984, la seconde année de son ordination. Ce prélat succéda donc au 
plus tard en 988 à Francon, évêque de Carcassonne, son prédécesseur^. 

X. — Raimond II j comte de Rouergue 6" marquis de Gothie, sert en Espagne 
contre les Sarrasins. — Louis V succède au roi Lothaire, son père. 

Il paroît que le même Roger 8c les autres seigneurs de la Province mar- 
chèrent vers ce temps-là au secours de Borrel , comte de Barcelone , occupé 
alors à soutenir la guerre contre les Sarrasins, qui le défirent dans une bataille 
rangée, assiégèrent sa capitale 8c la prirent^ en 985. Nous savons"^ du moins 
que Raimond II, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, porta les armes 
contre ces infidèles, qu'il les battit dans une occasion, 8c qu'en mémoire de sa 
victoire il fit présent des riches dépouilles qu'il remporta alors sur eux à 
l'abbaye de Conques. Cette guerre engagea peut-être le roi Lothaire à venir 
la même année en Aquitaine 8c à s'avancer^ jusques à Limoges j car il est assez 
vraisemblable que Borrel lui demanda du secours. On pourroit croire aussi 
que Lothaire passa alors la Loire dans le dessein de ramener son fils"^. La reine 
Blanche, femme de ce jeune prince, laquelle ne l'aimoit pas, lui avoit per- 
suadé d'aller avec elle voir ses parens, 8c elle l'avoit ensuite abandonné pour 
se retirer chez eux. Quoi qu'il en soit, le roi Lothaire, peu de temps après son 
"TJ '~~ retour en France, mourut le 2 de mars de l'an 986. Ce prince digne d'un meil- 
leur siècle auroit fait honneur au trône, si la France eût été moins divisée 
par les factions 8c l'ambition des grands. Il ne tint pas à lui qu'il ne réunît 
à la couronne toutes les différentes parties de la monarchie qui en avoient 
été séparées, 8c que la foiblesse du gouvernement avoit laissé usurper sous 
les règnes précédens. Il n'omit rien entre autres pour remettre sous son 
obéissance l'ancien royaume de Lothaire, mais'^ il se vit obligé de le céder en 
bénéfice ou en fief aux rois de Germanie. 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIX, ^ Voyez tome V, Chroniques, n. II. 

la 3'' charte citée sous ce numéro. ' Adhémar de Chabanais, Chronicon, p. 167, & 

' Voyez tome IV, Note LXIV, Suite chronolo^i- Historia abb. S. Martialis, p. 272. 
que des évêques de Carcassonne. [E. M.] ^ Glaber, 1. i, c. 3. 

' Marca Hispan'tcaj p. 411 & 042. ' Duchesne, t. p. 2, 626 &. suiv. 



.iW 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. loq ""; Z~ 

77 An 5)80 

XI. — Fin de la seconde race de nos rois. — Election de Hugues Capet, — On 
refuse de le reconnoïtre en Aquitaine 6* en Languedoc. 

Lothaire eut pour successeur Louis, son fils, qu'il avoit associé au trône 
depuis sept ans, Se à qui quelques-uns de nos historiens ont donné le surnom 
de Fainéant i mais sa jeunesse, la brièveté de son règne qui ne dura qu'un 
an &c quelques mois, 8c la valeur qu'il fit paroître durant le siège de la ville 
de Reims dont il se rendit maître, font assez voir que c'est à. tort qu'on lui 
a donné un semblable surnom. On voit d'ailleurs qu'il se mit en ' état de 
marchera la tête d'une armée au secours de Borrel, comte de Barcelone, dans la 
guerre que ce dernier soutenoit contre les Sarrasins. Ses nouvelles brouilleries 
avec la reine Blanche, son épouse, qu'il reprit, ne contribuèrent pas peu à 
abréger ses jours, 5c on prétend^ qu'elle l'empoisonna. Il mourut sans enfans, 
le 21 de mai de l'an 987, âgé d'environ vingt ans. 

Sa mort causa une grande révolution dans le royaume. Charles , duc de la ÂTTsT" 
basse Lorraine, son oncle paternel, qui devoit naturellement lui succéder, 
tâcha de s'assurer la couronne; mais Hugues Capet, duc de France, 8c petit- 
neveu d'Eudes qui un siècle auparavant avoit été élu roi de France , la lui 
disputa 8c fut assez heureux pour gagner à son parti la plupart des seigneurs 
des provinces situées à la droite de la Loire, qui l'élurent roi de France à 
Noyon, 8c le firent couronner à Reims le 3 de juillet de l'an 987. Il ne paroît 
pas qu'aucun des prélats 8c des grands vassaux des provinces méridionales ait 
concouru à son élection, 8c c'est sans fondement qu'on assure^ que Gui,évêque 
du Puy, y assista. Nous voyons au contraire que tous ces seigneurs furent 
d'abord favorables à Charles, son compétiteur, ou qu'ils demeurèrent du 
moins dans la neutralité. 

Guillaume IV, comte de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, surnommé Fier-à-Bras, ,Éd. ongin. 
' i ' ' 1. 11, p. 120. 

fut un des principaux qui refusèrent de se soumettre à Hugues Capet. Un 
ancien historien "^ prétend que le dernier, aussitôt après son élection , déclara 
la guerre à ce duc 8c vint assiéger Poitiers ; que le siège traînant en longueur, 
il le leva; que s'étant mis en chemin pour retourner en France, Guillaume 
se mit à sa poursuite à la tête des Aquitains , 8c qu'enfin les deux armées 
s'étant rencontrées vers les bords de la Loire, le duc fut entièrement défait 8c 
obligé de demander la paix à Hugues ; mais il a confondu cette expédition 
avec une semblable que Hugues le Grand, père de Hugues Capet, entreprit ^ 
en 955 contre Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de Poitiers. Quoi qu'il en 
soit, il est certain <5 que Guillaume Fier-à-Bras refusa d'abord l'obéissance à 
Hugues Capet ; que celui-ci entra dans le Poitou "^ à la tête d'une armée pour 

■ Gerbert, Ep'ist. 71. ^ Frodoard, Chronicon, p. 619. 

' Adhémar de Chabanais, p. 167. . " f^'ta S. Genulphi, Duchesne, t, 3, p. 466. 

5 Théodore, Histoire de N.-D. du Puy, p. 182. ' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 285 Ce 

^ Adhémar de Chabanais, p. 167. 290. 



An 987 



■ 200 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LÏV. XIII. 

l'obliger à se soumettre, Se que ce duc le reconnut enfin Se lui étoit déjà sou- 
mis en 989 ou 990. 

La date de quelques chartes du Limousin , dont Guillaume possédoit le 
comté particulier, pourroit cependant nous faire croire qu'il ne se soumit pas 
sitôt à Hugues. L'une de ces chartes est datée ' du mois de septembre, régnant 
le roi Hugues, 6» dans l'attente de Charles. Une autre est du mois de mars, la 
seconde année de Charles ^ Si. une troisième du mois de janvier, la cinquième an- 
née qu'on espéroit d'avoir Charles pour roi {sperante Carolo rege) ; mais comme 
ces actes regardent quelques vassaux d'Archambaud premier du nom, vicomte 
de Comborn, ils prouvent seulement que ce seigneur ne reconnoissoit pas 
Hugues } ainsi, c'est sans le moindre fondement qu'un historien^ moderne 
a avancé « qu'on ne voit pas qu'après la soumission de Guillaume Fier-à- 
Bras à « Hugues Capet, aucun seigneur au delà de la Loire ait pris le parti de 
Charles. « Il est d'ailleurs certain^ qu'en 1009 on reconnoissoit encore dans 
le Limousin les fils de ce dernier prince. 

Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, Se Raimond II, comte de Rouer- 
gue, son cousin, qui dominoient presque sur tout le Languedoc, ne se pressè- 
rent pas aussi de se soumettre à Hugues Capetj Se il paroît, comme nous le 
verrons plus bas, que le premier se déclara en faveur de Charles, compétiteur 
de ce prince. 

XII. — Pons, comte d'Albigeois, frère de Guillaume Taillefer, comte de 

Toulouse. 

Pons, à qui le même Taillefer, son frère puîné, avoit"^ cédé le comté d'Albi- 
geois, ne reconnut pas non plus Hugues Capet les premières années du règne 
de ce prince, comme l'on voit par une ^ lettre de franchise ou de sauvegarde 
qu'il accorda à l'évêque Seau chapitre d'Albi, au mois de septembre, le quator- 
zième Jour de la lune, le roi Lothaire étant mort, la deuxième année que Louis, 
son fils, commença de régner^ ce qui fait voir qu'au mois de septembre de 
l'an 987, on continuoit de dater en Albigeois par les années du règne de 
Louis V, quoique ce prince fût mort depuis quatre mois Se que Hugues Capet 
eût été déjà élu en sa place. 

Pons prend la<^ qualité de comte d'Albi dans une autre donation qu'il fit 
vers le commencement de la même année en faveur d'Amélius, évêque de cette 
ville, Se des chanoines de sa cathédrale, du village Se de l'église des SS. Ama- 
rand Se Eugène de Vieux. Cette église étoit alors desservie par un abbé nommé 
Benoît, un prévôt Se des chanoines, qui étoient soumis à ce même évêque Se à 
son chapitre. Le comte Pons fit donation aux derniers, par cet acte, de diffé- 



' Bahize, Hïstoria Tutel. p. 384. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 

" Daniel, Histoire de France, t. i, p. 999. mero CXXIII, la 2" charte citée sous ce numéro. 

' Mabillon, ad ann. 987, n. 94. ^ /^j'^f, „. CXXIII, la i'"'' charte citée sous ce nu- 

■* Vovez tome IV, Note VIII, n. Sç. méro. — Voyez tome IV, Note VIII. 



I 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 201 

rentes terres; & par les lettres de sauvegarde dont on a déjà parlé, il leur 
donna, de l'avis du vicomte Isarti (S* de ses autres vassaux (virorum meorum), 
la justice du même lieu de Vieux, dont il avoit fait marquer les limites par des 
croix. 

Pons, frère de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, possédoit donc le 
comté d'Albigeois en 987, & il devoit l'occuper depuis quelques années, car ce 
pays étoit déjà gouverné par ' un comte particulier sous le règne de Lothaire. 
Nous apprenons d'ailleurs que Pons fut marié ^, 8c qu'Artaud, son beau-fils 
[privignus), que sa femme avoit eu d'un premier mariage, le surprit & l'assas- 
sina. Ce prince mourut apparemment sans postérité, puisque Guillaume Tail- 
lefer, son frère , se qualifioit comte d'Albi ^ au commencement du onzième 
siècle. Ainsi, celui-ci aura réuni l'Albigeois à son domaine après cet événe- 
ment tragique. 

XIII. — Vicomtes de Lautrec. — Frotaire transfieré de Vévêché d'Alhi à celui 

de Nimes. 

Quant au vicomte Isarn, par le conseil duquel le comte Pons accorda des 
lettres de sauvegarde au lieu de Vieux en Albigeois, nous ne doutons pas 
qu'il ne le fût de Lautrec, 8c le même que le vicomte de ce nom dont Garsinde, 
comtesse "^ de Toulouse, fait mention dans le testament qu'elle fit vers l'an 974 ; 
car 1° il n'y avoit alors dans l'Albigeois que cette vicomte 8c celle d'Albi ou 
d'Ambialet : or, cette dernière appartenoit dans le même temps à ^ Aton II ; 
Isarn devoit donc occuper l'autre. 2° Nous verrons dans la suite le nom d'Isarn 
se perpétuer suivant l'usage de ces siècles dans la maison des vicomtes de 
Lautrec. 3° Nous avons un acte*^ sans date par lequel Frotaire, évêque, fils 
d'Ermentrude , fait serment à Isarn, fils de Rengarde, au sujet du château de 
Lautrec qu'ils possédoient en commun, avec promesse de n'y nommer aucun 
châtelain sans le consentement l'un de l'autre, preuve qu'ils étoient de la 
même famille. Aussi avoient-ils fait un accord, suivant le même acte , de se 
succéder en cas de prédécès, tant dans le château de la Bruguière que dans 
divers autres domaines. Ce Frotaire, évêque, ne paroît'^ pas différent de l'évê- 
que de Cahors de ce nom, décédé ^ en 990. Ce prélat 8c le vicomte Isarn 
étoient sans doute fils de Sicard, vicomte de Lautrec, qui vivoit en 940, mais 
de différens lits, à moins que Frotaire n'ait été neveu d'Isarn, ce qui est beau- 
coup plus probable. Ce dernier fut vraisemblablement père du vicomte Sicard, 
qui se dit fils d'Avierne, 8c qui fit un pareil serment au même Frotaire, évêque, 
fils d'Ermentrude, pour le château ou vicomte de Lautrec dont chacun pos- 
sédoit une partie, par un acte^ qui n'est pas daté 8c qui doit être antérieur à 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Voyez tome IV, Note XXI. 

méro CXIX. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIX. 

^ Labbe, Bièl. nova manusc. t. z, p. 535. ' Voyez tome IV, Note XXI. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXL. ' Sp'ic'ileg'ium, t, 8, p. 154. 

^ Ibid. n. CXI. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXV, 



An 987 



Éd. origin. 
t. 11, p. 121. 



: — 202 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 987 

Tan 990, dans la supposition que Frotaire, évêque de Cahors, est le même que 
Tévêque de ce nom, fils d'Ermentrude, dont on vient de parler. 

Amélius, évêque d'Albi, avoit succédé en 987 à un autre Frotaire, Jils de 
Gaucîane, après que ce dernier eut été transféré ' à l'évêché de Nimes , dont 
Bernard II occupoit encore le siège au mois de mars de l'an 986. Frotaire étoit 
déjà évêque de cette dernière ville au mois de mars de Tannée suivante, sui- 
vant une charte datée régnant Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou de la première 
année du règne de Hugues Capet. Il fut d'autant plus aisé à ce prélat de se 
procurer l'évêché de Nimes, qu'il étoit frère d'Aton II, vicomte de cette ville, 
8c que les comtes 5c les vicomtes avoient alors la meilleure part dans l'élection 
des évêques. Nous conjecturons qu'Amélius, son successeur dans l'évêché 
d'Albi, est le même qu'Amélius, neveu de Garsinde, comtesse de Toulouse, 
dont on a parlé ailleurs^. 

XIV. — Le Languedoc continue de refuser l'obéissance à Hugues Capet. 

Le pays d'Albigeois ne fut pas le seul du Languedoc qui fit difficulté de 
reconnoître Hugues Capet après son élection &. son couronnement; les autres 
diocèses de la Province qui étoient sous la domination de différens princes de 
la maison de Toulouse lui refusèrent également l'obéissance. L'auteur ^ d'une 
chronique abrégée des rois de France, écrite dans le pays au onzième siècle, 
s'exprime en ces termes au sujet de ce roi 5c de Robert, son fils : Louis V étant 
mort, Hugues Capet, qui auparavant avoit été duc, s'empara du gouvernement 
6» régna en France pendant dix ans. Après sa mort, Robert, son fils, régna 6- 
fit mettre en prison Charles 6' ses fils qui étoient de la race de nos rois. Il paroît 
par là que ce chronographe regardoit Hugues Capet comme un usurpateur. 
Mais pour entrer dans un plus grand détail sur ce qui se passa après cette 
grande révolution , tant dans les pays soumis à la domination de la maison 
des comtes de Toulouse que dans le reste de la Province, nous commence- 
rons par le Rouergue, que Raimond II occupoit alors avec le marquisat de 
Gothie. 

Il y a lieu de croire que Hugues Capet n'étoit pas encore reconnu pour roi 

dans le diocèse de Rodez, ni dans celui deLodève, au mois de mai de l'an 988, 

^^ gg par la date de deux donations : l'une '^, qui est du 21 de ce mois, Dieu régnant, 

dans l'attente d'un roi, regarde l'abbaye de Vabre, dans le premier diocèse, 

5c Bernard, son abbé; l'autre, qui est du 22 du même mois. Dieu régnant 6- 

dans l'espérance d'un roi, fut faite ^ en faveur de l'abbaye de Saint-Guillem 

du Désert, dans le diocèse de Lodève. Un seigneur de Rouergue fit cette 

Éd. origin. dernière donation en action de grâces de ce qu'étant allé le jour des Rameaux 
t. II, p. 122. c) 1 ) 

' Voyez tome IV, Note Wlll, n. 7 & suiv. ^ Gall'ia Christiana , nov. edit. t. i , instram. 

' Voyez tome IV, Note LXXI, la Suite chrcnolo- p. 58. 
g'ique des évêijues d'Alh't. [E. M.] ^ Mabillon, Annales ord'in'is sancti Bénédictin ad 

' Voyez tome II, Chroniques, n. II, ann. 987, n. 100. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2oi 

dans l'église de Saint-Guillem pour demander à Dieu la grâce de vaincre son 
adversaire dans un combat singulier, il avoit été exaucé. Nous avons encore 
deux autres actes qui prouvent que Hugues n'étoit pas reconnu dans le diocèse 
de Lodève entre la fin de l'an 987 & le commencement de l'année suivante. 
Le premier qui est une donation' de S. Fulcrand , évêque de Lodève, en 
faveur de la même abbaye de Saint-Guillem , est daté du 25 de novembre. Dieu 
régnant 6* dans l'attente d'un roi; & l'autre^ est le testament de ce prélat du 
4 février, sous le gouvernement de Jésus-Christ (S* dans Vattente d'un roi. 

XV. — Testament de S. Fulcrandy évêque de Lodève. 

Ce dernier acte, qui est un monument de la piété de Fulcrand, nous ap- 
prend l'usage qu'il fit de son domaine. Se qu'il le consacra presque entièrement 
à de bonnes œuvres. Il lègue plusieurs églises & plusieurs alleux dans le 
comté de Lodève à l'abbaye de Saint-Sauveur qu'il avoit fondée dans cette 
ville, 8c qu'il mit sous la protection de Matfred, évêque de Béziers 8c des 
chanoines de la cathédrale. 11 veut que les moines jouissent en commun de 
tous ces biens, 8c défend de les donner en fief à aucun seigneur. Il lègue en- 
suite des biens considérables à sa cathédrale de Saint-Geniès 8c à ses différens 
autels, c'est-à-dire qu'il y fonda autant de chapelles. Il laisse entre autres 
à cette église le château de Gibret avec tout ce qu'il possédoit à Vinadohre , 
dans la viguerie de Gignac, 8c plusieurs églises dont il se réserva l'adminis- 
tration pendant sa vie , 8c qu'il donna ensuite à Matfred , évêque 8c à son 
chapitre. Il fait des legs aux archidiacres, à divers chanoines 8c autres ecclé- 
siastiques de son église, à condition pour quelques-uns de donner la réfection 
aux frères chanoines, certaines festivités de l'année, le jour de son sacre 8c celui 
de sa mort, 8c de fournir alors le luminaire. Il désigne à cet effet plusieurs 
alleux, de l'administration desquels il charge l'évêque Matfred 8c ses chanoi- 
nes, avec défense à ce prélat, ou à quelque comte ou autre puissance que ce 
soit, de donner ces biens en fief ou en alleu , voulant qu'après la mort du 
même Matfred, tous ces alleux reviennent au profit commun des chanoines, à 
condition qu'ils satisferoient aux charités dont il les charge. 

S. Fulcrand donne diverses terres qu'il possédoit dans le Rouergue à l'ab- 
baye de Joncels, dans le diocèse de Béziers, entre autres un village qu'il avoit 
acquis du vicomte Eledon ou Eldenon, 8c dont il laisse l'usufruit à l'abbé 
Etienne, avec défense de prêter serment de fidélité à personne, c'est-à-dire 
de le prendre en fief d'aucun seigneur. Il charge cet abbé de célébrer tous 
les ans son anniversaire 8c de faire quelques charités. Il lègue enfin divers 
autres biens qui lui appartenoient dans le pays de Nimes, entre autres la 
partie du château de Roquefeuil dont il avoit hérité de Bernard, son cousin, 
à l'abbaye de Saint-Pierre de Nant, située sur les confins du Rouergue 8c du 

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Bollandistes, févr. t. 2,, p. 897 & suiv. — Ar- 

méro CXXXI, la i"^*^ charte citée sous ce numéro. chives de l'éelise de Lodève. 



An 988 



"- 77" 20A HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 988 " 

diocèse de Lodève. Il nomme pour ses exécuteurs testamentaires l'évêque 
Matfred, deux archidiacres de son église, deux abbés, l'un nommé Angelmar 
Se l'autre Etienne, un chanoine & tous les autres frères qui vivaient sous la 
règle canoniale dans V église de Lodève ^ preuve que la vie commune étoit dès 
lors en usage dans cette cathédrale. S. Fulcrand l'y avoit sans doute intro- 
duite. Ce saint prélat donne pouvoir à ses exécuteurs testamentaires de dis- 
tribuer à leur gré aux évêques, aux chanoines, aux moines. Sec, ses meu- 
bles, son argenterie, ses ornemens 5c tout l'argent monnoyé qu'on trouveroit 
chez lui le jour de son décès. Ce testament fut écrit par l'abbé Etienne & 
souscrit par Angelmar, abbé, par le prévôt, un archidiacre &. onze chanoines 
de la cathédrale. Le premier étoit abbé de Joncels Se l'autre de Saint-Sauveur 
de Lodève. 

XVI. — Matfredj évêque de Bé-:{iers, désigné successeur de S, Fulcrand, 

Quant à l'évêque Matfred dont S. Fulcrand fait mention si souvent dans 
son testament, cet acte nous fait comprendre qu'il avoit été dès lors élu pour 
succéder à ce saint prélat dans l'évêché de Lodève qu'il posséda, en effet, 
depuis la mort de ce dernier, arrivée dix-huit ans après, conjointement avec 
l'évêché de Béziers dont il étoit pourvu depuis longtemps. Cela nous fait con- 
jecturer qu'il étoit fils de quelque comte ou vicomte du pays, lesquels, selon 
l'usage du siècle, se faisoient peu de scrupule de s'emparer des évêchés Se d'en 
tfn.p^fîTi. faire pourvoir leurs fils ou leurs plus proches 5 peut-être étoit-il de la maison 
de Narbonne, dans laquelle on trouve un vicomte de ce nom au milieu du 
dixième siècle. Il succéda dans l'évêché de Béziers à Bernard qui vivoit encore 
en 982, à ce qu'on prétend '5 mais c'est sur l'autorité d'un acte ^ dont la date 
ne peut convenir qu'à l'an 977. Matfred pouvoit donc remplir le siège épis- 
copal de Béziers dès l'an 980; car c'est sans preuve qu'on a avancé^ qu'il 
n'avoit été élu qu'en 992, 5t nous venons de voir, en effet, qu'il devoit l'être 
en 988 dans le temps du testament de S. Fulcrand, qui témoigne pour lui 
beaucoup de considération, ce qui est assez surprenant; à moins que le saint 
prélat ne fût persuadé qu'après sa mort Matfred opteroit pour l'un des deux 
évêchés de Béziers ou de Lodève, ce qu'il ne fit pas. Aussi l'illustre prélat^, 
qui a composé l'histoire des évêques de Lodève, ses prédécesseurs, le traite-t-il 
d'usurpateur Se d'intrus^. 

' Andoque, Histoire de Bé'^iers, p. 53. diacre de Saint-Just quand il succéda en 979 àBer- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- nard dans l'évêché de Béziers. S'étant fait élire évè- 

mero CXXXI. que de Lodève en ioc6, après la mort de S. Ful- 

' Andoque, Histoire de Béliers, p. 53.. crand, il administra en effet ce diocèse pendant neuf 

^ Plantavit, Histoire des évêques de Lodève, p-yâ. ans, conjointement avec celui de Béziers. — Voyez 

' Matfred, deuxième du nom, était parent d'Er- tome IV, Note LVIII, la Suite chronologique des 

mengaud, archevêque de Narbonne j il était archi- évêques de Béliers. lE. M.] 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2o5 



XVII. — Fondation de l'abbaye de Saint-Sauveur de Lodève. — Rétablis- 
sement de celle de Joncels. 

On doit inférer de ce testament que l'abbaye de Saint-Sauveur de Lodève 
étoit déjà fondée en 988 ; on prétend ' même qu'elle avoit déjà un abbé 
en 980, mais on n'en donne aucune preuve. L'auteur^ de la Vie de S. Ful- 
crand rapporte que ce prélat la transféra dans une église qui étoit voisine de 
la cathédrale 8c qui subsistoit depuis longtemps sous le titre de Sainte-Croix; 
que Thierri, évêque de Lodève, prédécesseur de ce saint, avoit consacré cette 
église en l'honneur de S. Sauveur; que ce dernier, après l'avoir réparée et 
richement dotée, lui donna pour abbé Angelmar, homme sage &(. éclairé, qu'il 
aimoit beaucoup, 5c qui, après avoir été chanoine de Lodève, embrassa l'état 
monastique, &. qu'enfin il acheva la construction du monastère en 996. Il 
semble donc que S. Fulcrand n'en fut que le restaurateur, puisqu'il ne fit que 
le trans/erer d'un lieu à un autre; mais il pourroit l'avoir d'abord fondé ailleurs. 
Quoi qu'il en soit, il en est regardé avec raison comme le principal fondateur, 
par les biens considérables qu'il lui laissa. On^ ajoute que le saint ordonna 
que cette abbaye ne seroit soumise à l'avenir à d'autre puissance qu'à celle 
des évêques de Lodève, qui en seroient les protecteurs 8c les avoués, 8c auroient 
seuls l'autorité sur l'abbé 8c sur les moines, ce qu'on ne trouve marqué ni dans 
la vie, ni dans le testament du saint prélat. Il est vrai cependant que dans 
une dispute qui s'éleva en 1209 entre l'évêque de Lodève 8c les religieux de 
Saint-Sauveur, au sujet de l'élection de l'abbé, il fut"^ décidé que le premier 
étoit patron 8c tuteur de cette abbaye ; qu'en conséquence le^s religieux ne pou- 
voient procéder à l'élection sans son consentement, 8c qu'enfin l'abbé élu 
devoit prendre de lui sa confirmation. Cette abbaye subsiste encore aujour- 
d'hui sous la règle de S. Benoît. 

Celle de Joncels fut également ^ redevable à la générosité 8c à la piété de 
Fulcrand. Divers seigneurs du voisinage qui en avoient envahi les biens, 
l'avoient réduite à une pauvreté extrême, lorsque S. Fulcrand, touché de 
la voir dans un état si déplorable, trouva moyen de Vacquérir de leurs mains, 
la rétablit , la réforma , la combla de bienfaits 8c y établit pour abbé 
Etienne, homme recommandable par sa piété, en qui il avoit une entière 
confiance. 

XVIII. — Hugues Capet reconnu dans une partie du Languedoc. 

On fit d'abord autant de difficulté de se soumettre au roi Hugues Capet 
dans les diocèses de Béziers 8c de Maguelonne , que dans celui de Lodève. 

■ Plantavit, Histoire des évêques de Lodève, ap- ' Plantavit, Histoire des évêques de Lodève, p. 62. 

^pend. p. 5. ' '' Hid. p. 109. 

' Bollandistes, févr. t. 2, p. 71 3. ^ BoUandistes, févr. t. 2, p. 7i3 



An 988 



T— 206 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 988 

C'est ce que nous inférons d'une donation ' faite par un seigneur nommé 
Jldo, 8c surnommé Baruncello , c'est-à-dire petit baron, le g de janvier, 
régnant Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'un alleu situé dans le comté de Béziers, 
à l'abbaye d'Aniane, dans le diocèse de Maguelonne. Nous avons une autre 
donation de ce seigneur à la même abbaye _, le i3 de juin, la première année 
du règne du roi Hugues, d'un autre alleu situé dans le même comté 5 ainsi on 
voit par ces deux monumens : i°que Hugues ne fut pas reconnu dans cette 
partie de la Province avant le mois de février de l'an 9885 2° qu'il l'étoit dans 
ce pays au mois de juin suivant; 3" que durant cette espèce d'interrègne on 
se servit de la formule régnante Christo. 

XIX. — Comtes de Suhstantion ou de Melgueil. 

Cette dernière remarque peut servir à fixer à peu près l'époque d'une dona- 
tion^ de Senegonde , comtesse de Substantion ou de Maguelonne, datée en 
général du 20 de février, régnant Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle donne par 
Éd. origin. cet acte, avec Pierre, évêque, son fils, le comte Bernard & Pierre, ses petits- 
fils {nepotes)^ Adélaïde, Constance & Guillelmette, ses petites-filles, à l'ab- 
baye de Gellone ou de Saint-Guillem du Désert Se à son abbé Gausfred , 
l'église de Sainte-Reparate & plusieurs terres situées dans le pays de Ma- 
guelonne , dans le district du château de Suhstantion & le territoire 
d'un village appelé Sellatis. Senegonde étoit donc veuve dans le temps de 
cette donation, dont il est aisé de fixer la date : 1° elle doit être posté- 
rieure à l'an 985, car Bernard, comte de Substantion ou de Melgueil , mari 
de cette comtesse^, vivoit encore alors; 2° elle doit être rapportée aux pre- 
mières années du règne de Hugues Capet, par les raisons que nous avons 
déjà dites, Se non à l'an 978 ou à l'an 1045, comme l'a supposé un historien "^ 
moderne. Nous trouvons en effet, sur la fin du dixième siècle & au commen- 
cement du suivant, un Pierre, évêque de Maguelonne, qui ne peut être diffé- 
rent de l'évêque Pierre, fils de la même Senegonde; ainsi il aura succédé, dès 
l'an 988, à Ricuin, évêque de Maguelonne, son prédécesseur. Par là nous 
connoissons 5 la généalogie des comtes de Substantion ou de Melgueil à la fin 
du dixième siècle. Le comte Bernard H, mort après l'an 985 Se avant l'an 988, 
aura eu au moins deux fils de Senegonde, sa femme : l'un dont nous ignorons 
le nom, qui mourut peut-être avant lui 8c qui fut père de Bernard III, lequel 
possédoit le comté de Substantion vers l'an 988 , sous la tutelle & l'admi- 
nistration de la même Senegonde, son aïeule; Se Pierre, évêque de Mague- 
lonne <5. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Voyez tome IV, Note XXII. 

méro CXXXI. 6 Voyez, dans le tome III àes Mémoires de la So- 

Ib'id. n. CXXV. c'iétê archéologique de Montpellier, le travail de 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXX. M. A. Germain, intitulé : Étude historique sur les 

^ Mabillon, ad ann. 978, n. 75 j ad ann. 1045, comtes de Maguelone, de Suhstantion & de Mel- 

n. 92. jrueil. [E. M.] 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIll. ^07 

' ' An 988 

XX. — Comtes de C arc as sonne, de Ra-^ès ^ de Comminges. 

Il paroît, par une donation ' que fit Roger premier du nom, comte de Car- 
cassonne, avec Adélaïde, sa femme, en faveur de l'abbaye de Lézat, au mois 
de décembre, régnant Notre-Seigneur Jésus-Christ, que ce comte ne reconnois- 
soit pas non plus Hugues Capet au commencement de son règne. On pour- 
roit cependant inférer de deux actes datés des deuxième 8c troisième années 
du règne de Hugues, que Roger étoit soumis à ce prince^ dès l'an 988. Le pre- 
mier est une vente en faveur de Benoît, abbé de Montolieu,8c l'autre une res- 
titution faite à l'abbaye de Saint-Hilaire, dans le diocèse de Carcassonne, d'un 
alleu situé dans le comté de Roussillon, par Raimond, comte de Comminges 
en partie, 8c fils d'Arnaud, comte de Carcassonne. Ce qu'il y a de certain, c'est 
que Roger I, comte de cette ville, reconnoissoit Hugues Capet pour roi au 
mois de novembre de la septième année du règne de ce prince, ou l'an 994, 
suivant un acte d'échange^ qu'Udalgarius, abbé de Caunes, fit avec lui & la 
comtesse Adélaïde, sa femme, d'un alleu que cet abbé avoit à Aiguesvives, dans 
la vicomte de Carcassonne, 6* dont il avoit hérité de ses parens. Udalgarius 
étoit sans doute abbé de Caunes en 988, lorsqu'un seigneur du pays"* donna 
aux SS. martyrs Alexandre, Amand, Luce 8c Audalde, dont on conservoit les 
reliques dans ce monastère, une terre dans le Minervois. Enfin Eudes, 
comte de Razès 8c frère de Roger, comte de Carcassonne, étoit soumis à 
Hugues Capet dès la septième année du règne de ce prince, ou l'an 996, sui- 
vant une donation ^ qu'il fit alors avec Altrude, sa femme, 8c Arnaud, leur fils, 
en faveur de l'abbaye de Saint-Martin de Lez, au diocèse de Narbonne, 8c à 
Tructerand, son abbé. 

XXI. — Fondation de l'abbaye de Saint-Sauveur de Nimes, 

On a lieu d'inférer qu'Aton II, vicomte d'Albi 8c de Nimes, refusoit encore 
d'obéir à Hugues en 998, d'une donation <5 qu'il fit avec Gerberge, sa femme, 
Bernard 8c Frotaire, leurs fils, de deux terres ou métairies situées dans le pays 
d'Albi, à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert, un samedi 18 de mars, Dieu 
régnant b dans l'attente d'un roi^ car, suivant la lettre dominicale, cet acte qui 
ne peut avoir été passé que sous le règne de ce prince, doit être de l'an 998. 
Il est certain '7 d'ailleurs qu'au commencement du règne de Hugues Capet on 
ne datoit les chartes du diocèse de Nimes que depuis la mort de Louis, 6 du 

Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Archives de l'archevêché de Narbonne. — Voyez 

mero CXXIV. tome V, catalogue des chartes de l'église cathédrale 

" Ihid. n. CXXXI. de Narbonne. 

' Ibid. n. CXXXI, la lo*^ charte citée sous ce nu- ® Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

^^''O- méro CXXXI, la S"" charte citée sous ce numéro. 

^ Ihid. n. CXIX, la 1"= charte citée sous "ce nu- ' Voyez JVofe XVIII, n. 8. 
méro. 



An 988 



208 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



règne de Jésus-Christ. Le titre le plus ancien de ce diocèse où il soit fait 
mention de Hugues Capet, est du mois de janvier, la quatrième année de son 
règne, c'est-à-dire de l'an 991, sous l'épiscopat de Frotaire. 

Ce prélat fonda', cette même année, l'abbaye des filles de Saint-Sauveur, 

date àQ la F ont y dans sa ville épiscopale, près de l'ancien temple de Diane. 

Éd. origin. Qq monastère fut soumis iusaue vers l'an 1140 à celui de Saint-Rausile de 

t. Il p. 125. ^ 

Nimes, sous l'autorité de l'abbé de la Chaise-Dieu. Il fut entièrement ruiné 
par les calvinistes au seizième siècle, 8(. les religieuses qui l'habitoient se reti- 
rèrent à Beaucaire, où elles se sont établies. 

XXII. — Hugues Capet reconnu dans le Vêlai. 

Le Vêlai est un des pays du Languedoc qui différèrent le plus longtemps à 
reconnoître Hugues Capet. C'est ce qu'on voit entre autres par une donation 
faite en faveur de S. Maïeul, abbé de Cluny & de son abbaye, par un cha- 
noine^ du Fuy y au mois d'août f Tannée que le roi Louis mourut dans son ado- 
lescence. On a de plus diverses donations^ faites à l'abbaye de Saint-Chaffre, 
dans le Vêlai, Se datées du temps qu^'il n'y avoit point de roi, Jésus-Christ 
régnantj ou bien Jésus-Christ régnant, 6- dans l'absence d'un roi sur la terre, 
& enfin l'an 991 de l'Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ régnant, (y 
Hugues qui avoit usurpé le royaume contre le droit étant roi des François. Ce 
prince fut enfin cependant reconnu dans le Vêlai avant sa mort. On voit même 
quelques chartes du pays"^, datées de la troisième année de son règne, entre 
autres la fondation du prieuré conventuel de Cofolens, au voisinage de la 
Loire, dans laviguerie de Bas, sous l'autorité de l'abbé de Saint-Chaffre. Ce 
lieu, qui est dans le diocèse du Puy, est situé au confluent de la Loire Se du 
Lignon. 

Les différens monumens dont on vient de parler sont autant de preuves 
que Hugues Capet ne fut pas reconnu dans le Languedoc, du moins pendant 
la première année de son règne. Aussi lorsque ce prince associa au trône 
Robert, son fils, qu'il fit couronner à Orléans le i" de janvier de l'an 988, 
n'y eut-il, suivant les historiens ^ du temps, que les seigneurs des royaumes 
de France Se de Bourgogne qui assistèrent à cette cérémonie j Se ces auteurs 
ne font aucune mention de ceux d'Aquitaine Se des autres provinces méridio- 
nales de France. 

La Marche d'Espagne fut une des premières entre ces provinces qui reconnu- 
rent Hugues Capet, comme le prouvent plusieurs actes <^, Se en particulier une 
donation faite par Borrel 7, comte de Barcelone, en favevir du vicomte Guil- 

' Mabillon , ad ann. 990, n. 53. — Voyez ' Glaber, I. 2, c, i .— Adrien de Valois, Notae in 

tome V, Chroniques, n. V. Cann. Adalberonls, p. 264 & seq. 

' ActaSanct. ordinis S. Benedicti, saec. 5, p. 77. ^ Marca Hispanica, p. 940 & seq. — Cap'ituJaires, 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXXI, t. 2, p. i5 1 5-i522. 

7*^ & 8'' chartes citées sous ce numéro. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXXI, 

J^o"^- la 5'' charte citée sous ce numéro. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. ■'oo ~Z 

" / An 990 

laume &. de Sancia, sa femme, de plusieurs alleux situés dans le comté d'Ur- 
gel &c la vallée de Castelbon, le 8 d'octobre de la troisième année du règne 
de Hugues le Grand, roi ou duc des François. C'est de ce Guillaume, vicomte 
de Castelbon, que descendoit Esclarmonde , héritière de cette vicomte qui 
comprenoit une partie du diocèse d'Urgel 5 elle l'apporta au commencement 
du treizième siècle dans la maison de Roger-Bernard , comte de Foix , son 
mari. 

Le besoin où se trouvoit le comte de Barcelone d'un prompt secours contre 
les Sarrasins , l'engagea sans doute à se soumettre des premiers à Hugues, à la 
protection duquel il eut en effet recours pour se soutenir contre ces infidèles, 
sur lesquels il reprit enfin sa capitale. Il nous reste une ' lettre de Hugues à 
Borrel, dans laquelle il lui promet de se mettre bientôt en marche pour aller 
à son secours. Il lui mande en même temps de venir au-devant de lui dès qu'il 
auroit appris son arrivée en Aquitaine à la tête de son armée, tant pour lui 
donner des assurances de sa fidélité, que pour servir de guide à ses troupes ; 
nous ignorons si le roi Hugues entreprit cette expédition. 

XXIII. — Second testament d' Adélaïde , vicomtesse douairière de Narbonne. 
Origine de Vabbaye de (Quarante. 

Ce prince étoit aussi reconnu dans le diocèse de Narbonne la troisième an- 
née de son règne, suivant la date du second^ testament que fit alors Adélaïde, 
vicomtesse de cette ville , qui nomme pour ses exécuteurs testamentaires 
Ermengaud, archevêque, & Raimond , vicomte de Narbonne, ses fils , avec 
trois seigneurs, ses vassaux. La cathédrale de Narbonne, l'abbaye de Saint- 
Paul de la même ville, celles de Saint-Pons, de la Grasse, de Saint-Chinian 
Si. de Villemagne eurent part à ses pieuses libéralités. Elle donna entre 
autres à la dernière un alleu qu'elle avoit acheté à Salatian de l'archevêque 
Annon, qui est le même qu'Annon, archevêque d'Arles. Cela peut faire con- 
jecturer que ce prélat étoit originaire de la Province, car le lieu de Salatian 
paroît n'être pas différent de Salazac, dans le diocèse d'Uzès 8<. la viguerie 
de Bagnols j ce qu'on peut confirmer par le don que fit^ le même archevêque 
vers l'an 986, en faveur de Bernard , évêque de Nimes, d'un alleu situé dans 
le comté d'Uzès. 

Adélaïde donna "^ un autre alleu, qu'elle avoit acquis à Oveillan de l'évêque Éd. origin. 
Arnaud Se des chanoines de Saint-Félix de Girone, à l'église de Sainte-Marie 
de Quarante, à condition que les chanoines qui la desservoient en jouiroient 
en commun sous l'administration d'un prêtre nommé Aigulfe. Il y avoit donc 
alors des chanoines à Quarante, & même, à ce qu'il paroît, longtemps aupa- 
ravant 5 car il est fait mention de cette église dans le testament ^ de Raimond 1, 

' Gerbert, £pist. 112. " ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXIX. méro CXXIX. 



Gallla Christiana, t. i, p. 55i. ^ /^,-,^. „, CXVil &. CXIV. 

III 



•«4 



An ppc 



2IO HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

comte de Rouergue, de l'an 961, 8c dans d'autres actes du dixième siècle. 
Ces chanoines embrassèrent la règle de S. Augustin au onzième, & ils étoient 
gouvernés par un abbé en 1087, suivant un testament qui est aux archives 
de cette abbaye, par lequel un nommé Guillaume Aribert s'y « donne pour 
« chanoine entre les mains de Riquin, abbé, fait héritier Pierre Aribert, son 
(c fils. Se donne dix sols de Béliers à Marie, sa filleule. )> Cette abbaye qui 
subsiste encore aujourd'hui est située dans le diocèse de Narbonne, à trois lieues 
de cette ville vers le nord , Se elle est desservie par les chanoines réguliers de 
la congrégation de Sainte-Geneviève. 

Adélaïde, vicomtesse de Narbonne, fit plusieurs autres legs pieux pour son 
père 8c sa mère, pour Matfred, son mari, ses fils, ses sœurs, ses parens 8c ses 
vassaux. Elle donne au vicomte Raimond, sonfilsy la vicomte de Narbonne ou 
de Narhonnois, avec ses dépendances & ses fiefs ^ 8c à Ricarde, sa belle-fille, 
femme du même vicomte, son fils, plusieurs alleux qu'elle substitue à leur fils 
Ermengaud j preuve certaine qu'il arrivoit, du moins quelquefois, dans la Pro- 
vince, que les femmes des comtes 8c des vicomtes conservoient après la mort de 
leurs maris l'administration des comtés ou vicomtes qu'ils avoient possédés, 
8c cela longtemps après la majorité de leurs fils 5 car on a déjà vu que Matfred, 
vicomte de Narbonne 8c mari d'Adélaïde, mourut vers l'an 966. Ainsi Rai- 
mond, son fils, qui lui succéda, étoit déjà avancé en âge en 9905 d'ailleurs 
Ermengaud, frère de ce dernier, fut élu archevêque de Narbonne en 977. 
On a lieu de croire que la vicomtesse Adélaïde, qui devoit être déjà fort âgée 
dans le temps de ce dernier testament, n'y survécut pas longtemps. 

XXIV. — Sixième concile de Narbonne. 

L'archevêque Ermengaud, dont nous venons de parler, tint un concile de 
sa province vers l'an 990. Catel ', qui en avoit vu les actes, se contente d'en 
donner l'extrait suivant : « Ermengaud , dit-il, tint un concile provincial à 
« Narbonne, auquel, outre les prélats, furent présens Raimond , comte de 
« Rouergue j Roger, comte de Carcassonne, 8c son fils Raimond 5 Raimond, 
« vicomte de Narbonne, frère d'Ermengaud, archevêque 5 Guillaume, vicomte 
tt de Béziers, 8c plusieurs autres personnes nobles. Ce concile avoit été assem- 
« blé principalement contre la noblesse qui se saisissoit non-seulement de 
« tous les biens de l'Eglise, mais encore offensoit grièvement les ecclésiasti- 
« ques. » L'assistance de tous ces seigneurs fait voir que ce fut une assemblée 
composée du clergé 8c de la noblesse de la Province. Raimond II, comte de 
Rouergue, est nommé le premier entre les séculiers, à cause de l'autorité prin- 
cipale que lui donnoit dans le pays sa dignité de marquis de Gothie; honneur 
qu'il n'auroit pu prétendre sans cela, n'ayant aucun droit d'assister à ce concile 
comme comte de Rouergue, puisque ce dernier pays dépendoit de l'Aquitaine 
8c de la métropole de Bourges. 

' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc , p. 77^. — Conciles, t. 9, p. 742. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 211 ""i 

An (jfjo 

XXV. — Guillaume, vicomte de Bé-^lers C- d'Âgde, fait son testament 
avant que d'entreprendre le pèlerinage à Rome. 

Ce fut sans doute en exécution des décrets du même concile que Guillaume, 
vicomte de Béziers 8c d'Agde, restitua' à l'abbaye de Saint-Thibéry plusieurs 
églises et autres biens qu'il avoit usurpés sur elle. Sa restitution précéda de 
peu un voyage de dévotion qu'il fit à Rome, avec Arsinde, sa seconde femme, 
suivant l'acte qu'il fit dresser à ce sujet en présence de Béranger, abbé, 8c des 
religieux de ce monastère, 8c qui est daté du dernier de février, indiction m, 
8c par conséquent^ de l'an 990. 

Guillaume, avant que d'entreprendre ce voyage, fit son testament^, dont il 
ne nous reste qu'un fragment"^ considérable. Il nomme pour ses exécuteurs 
testamentaires les évêques Matfred 8c Etienne, la vicomtesse Arsinde, sa 
femme, 8c trois seigneurs. Matfred étoit évêque de Béziers, 8c Etienne, d'Agde. 
Ce dernier avoit succédé après l'an 982 à Arnaud, qui présida^ alors à un 
plaid avec le même vicomte Guillaume. Etienne étoit encore évêque d'Agde la 
cinquième année '^ du règne de Robert, ou l'an looi, qu'il vendit à Rainald, Kd. origin. 
abbé d'Aniane, 8c à ses religieux, quelques biens qu'il possédoit dans le pays 
de Béziers. 

Guillaume, dans son testament '7, fit' divers legs pieux en faveur des cathé- 
drales de Béziers 8c d'Agde. Il donna entre autres à la dernière le bourg ou 
village de Saint-André d'Agde, où il y avoit eu anciennement un célèbre mo- 
nastère, dont l'église subsistoit encore. Il légua un alleu à cette dernière, 8c 
un autre alleu à celle de Saint-Pierre de la même ville. Il disposa de plusieurs 
églises ou alleux en faveur des abbayes de Saint-Thibéry, de Saint-Aphrodise 
de Béziers, d'Aniane 8c de Gellone ou de Saint-Guillem du Désert, 8c laissa 
diverses autres églises à ses héritiers. Il fait mention de celle de Saint-Sauveur, 
située dans le château de Bé-^ierSy où il fonda une chapelle , ce qui marque 
qu'il faisoit sa résidence dans ce château. Nous passons sous silence plusieurs 
autres legs pieux de Guillaume qui donna à l'église de Saint-Jacques 8c de Saint- 
Michel, la même sans doute que l'abbaye de Saint-Jacques de Béziers, les vignes 
qu'il avoit dans le territoire de Boyan 8c que Pons de Thesan tenoit en fief. 
Les seigneurs commençoient donc à prendre le nom de leurs terres ou de leurs 
'fiefs sur la fin du dixième siècle. 

Guillaume n'avoit que deux filles, Garsinde 8c Senegonde, qu'il avoit eues, 
à ce qu'il paroît, d'Ermentrude, sa première femme. Il donna à la première 
la ville de Béziers, avec son évêché, c'est-à-dire ce qu'il possédoit dans le dio- 

' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- ''Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, 

méro CXXVII. p. 652. 

' Voyez tome IV, Note XX, n. 5. * Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti, ad 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CXLIV. ann. iooi,n. i6. 

^ Ibid, n. CXXVIII. — Catel, Mémoires de l'his- ' Voyez tome V, Chartes & Diplô;nes , nu- 

toire du Languedoc, p. 652. méro CXXVIII. 



An 99c 



212 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



cèse, Se peut-être aussi le droit qu'il pouvoit avoir usurpé comme les autres 
grands vassaux, de tirer de l'élection des évêques un certain tribut ou rede- 
vance. Il lui donna de plus les villes de Pézénas, de Mèze & de Vérac, dans le 
diocèse d'Agde; le lieu de Mercoirol, dans celui de Béziers, Sec. Il ne légua à 
Senegonde que le lieu de Pomeyrols, avec la moitié de celui de Palais, dans le 
diocèse d'Agde, Se celui de Tressan, dans le diocèse de Béziers. Il lui substitua 
l'autre moitié de Palais, dont il disposa en faveur d'Arsinde, sa seconde femme. 
Il donna aussi à celle-ci , pour en jouir pendant sa vie, avec substitution en 
faveur de sa fille aînée Garsinde Se de ses enfans, la ville d'Agde 6" son évêché, 
le village de Florensac qu'il paroît substituer à l'abbaye de Saint-Thibéry, celui 
de Saint-Pons de Mauchiens, dans le diocèse d'Agde, Vhonneur du monastère 
de Saint-Thihéry, c'est-à-dire sans doute le patronat ou avouerie sur cette abbaye, 
le lieu de Paulian, Sec. 

Il se présente ici une difficulté, car suivant le testament de Matfred, 
vicomte de Narbonne, de l'an 966, il paroît que le lieu de Florensac lui ap- 
partenoit : mais ce vicomte ne fait proprement mention que des alleux ' qu'il 
possédoit dans le territoire de Florensac; d'ailleurs Ermengaud, son fils, en 
faveur duquel il disposa de ces alleux, peut les avoir donnés dans la suite à 
Guillaume, vicomte de Béziers, ou les avoir échangés avec lui. En effet, Guil- 
laume charge ^ sa fille Garsinde de payer trois cents sols des deniers de Nar- 
honne à Vévêque Ermengaud^ aussi nous conjecturons qu'Adélaïde, vicom- 
tesse de Narbonne Se mère de ce prélat, étoit sœur de Guillaume, vicomte de 
Béziers Se d'Agde. 

XXVL — Mort de ce vicomte. — Garsinde y sa fille 6- son héritière, épouse 
Raimondf fils aîné de Roger I, comte de Carcassonne. 

Un échange 3 que le même Guillaume Se Arsinde, sa femme, firent au mois 
d'août de la septième année du règne du roi Hugues, ou de l'an 998, nous fait 
connoître que ce vicomte survécut quelques années à son testament Se à son 
voyage de Rome. Il n'est plus fait mention ni de l'un ni de l'autre dans aucun 
monument postérieur, Se ils moururent tous les deux sans doute bientôt après. 
Garsinde '^, fille aînée Se héritière de Guillaume, épousa en premières noces 
Raimond, fils aîné de Roger I, comte de Carcassonne, Se porta dans sa maison 
les deux vicomtes de Béziers Se d'Agde. Elle se remaria en secondes noces avec 
Bernard, seigneur d'Anduze. Quant à Senegonde, la cadette, elle épousa 
Richard premier du nom, vicomte de Millau en Pvouergue. Au reste, quoiqu'il 
paroisse par le testament du vicomte Gi illaume qu'il étoit maître de presque 
tout le domaine des diocèses de Béziers Se d'Agde, il est certain toutefois 
que les comtes de Toulouse y conservèrent la principale autorité, soit en 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXXI, 

méro CI. la lo'' charte citée sous ce numéro. 

» Ibid. n. CXXVïII. ■» Voyez tome IV, Note XXII, n. lo. 



i 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2i3 "~T 

An 990 

qualité de marquis de Gothie, soit comme comtes' particuliers de ces deux 
villes. 

XXVII. — Guillaume, comte de Toulouse, entre en marché pour vendre 

Vévêché de Cahors. 

Comme le vicomte Guillaume possédoit un très-grand nombre d'églises, 
c'est une preuve qu'il augmenta considérablement son domaine aux dépens 
des biens ecclésiastiques que lui ou ses ancêtres avoient usurpés. Ce désordre, ^-^^ "'■'«'^"y 
alors fort commun dans toute la France, engagea^ Salla, évêque d'Urgel , 
quelques autres prélats 8c plusieurs ecclésiastiques de la Marche d'Espagne 
qui s'étoient assemblés pour en arrêter le cours, à excommunier E^rmengarde, 
veuve d'Oliba Cabreta, comte de Cerdagne, 8c les comtes, ses fils, qui avoient 
envahi les biens de l'Eglise dans les évêchés ou comtés de Cerdagne 8c de 
Berga. 

Un autre abus qui régnoit alors dans l'Eglise, c'étoit l'usage où les comtes 
8c les autres grands seigneurs s'étoient mis de disposer non-seulement des évê- 
chés 8c des abbayes de leur domaine, mais même de les trafiquer publique- 
ment 8c de les vendre au plus offrant. Guillaume Taillefer, comte de Tou- 
louse, fut un des moins scrupuleux sur cet article. L'évêché de Cahors étant 
venu à vaquer^ en 990 par le décès de Frotaire, que nous croyons de la mai- 
son de Lautrec, il l'offrit en qualité de comte de Querci, conjointement 
avec l'archevêque de Bourges, métropolitain de la Province_, moyennant une . 
somme considérable, à Bernard, abbé de Solignac 8c de Beaulieu. Cet abbé 
étoit fils de Hugues, vicomte de Comborn, 8c, à ce qu'il paroît"^, parent de 
Guillaume. Comme il avoit été élevé dans l'abbaye de Fleuri-sur-Loire sous la 
discipline de S. Abbon, il crut devoir consulter ce dernier avant que d'accepter 
l'offre du comte. Abbon, alors abbé de ce monastère, n'eut garde d'approuver 
une promotion si contraire aux saints canons, 8c ayant fait réponse à Bernard, 
il l'exhorte à se rappeler sa profession, 8c à n'ambitionner d'autres dignités 
dans l'Eglise que celles qu'il pouvoit se procurer sans offenser Dieu. 11 ajoute 
ensuite ces paroles remarquables au sujet de ceux qui faisoient un indigne 
commerce des dons du Saint-Esprit ; « Ces sortes de personnes, dit-il, cher- 
« client à excuser leur conduite sur ce qu'ils n'achètent pas la consécration, 
« mais seulement les biens temporels des églises. Mais à qui les biens ecclé- 
« siastiques appartiennent-ils qu'à Dieu seul, 8c l'Eglise reconnoît-elle d'autre 
« seigneur que lui ? » Enfin ce saint abbé s'élève avec beaucoup de force 
contre la simonie qui faisoit alors de grands ravages dans l'Eglise, 8c termine 
sa lettre à Bernard par le détourner absolument d'accepter l'évêché de Cahors. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplcmes , nu- ordlnis sancti Benedicti, saec. 6, p. 46. — ^'oyez 

méros CCXCII 8(.CCXCVIII. ■ tome IV, ?/orc VIII, n. 40 & suiv. 

' Marca Hispanica, p. 415. "• Voyez tome IV, Note XXI, n. 17. 

'Aimoin, Vita S. Abbonis. — Acta Sanctorum 



~ 214 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An ppo ' 

Ce dernier s'en tint à la décision de son ancien maître, & par son conseil 
il entreprit divers voyages de dévotion. Sur son refus, Gauzbert, homme de 
condition, fut élu à cet évêché. L'acte de son élection ' est daté du 5 de jan- 
vier de l'an 990, régnant le roi Charles. Il y a lieu de croire que Guillaume , 
comte de Toulouse, &c Dacbert, archevêque de Bourges, ne perdirent rien 
dans ce choix. Le dernier fit sacrer Gauzbert par trois évêques de sa province, 
savoir : Begon de Clermont, Ingelbin d'Albi, 8t Frotaire de Périgueux, du 
consentement & de la volonté de Guillaume, vicomte^ de Cahors, ôt de sa 
mère Acilicine. Ce vicomte, qui après le comte de Toulouse avoit la principale 
autorité dans la ville de Cahors, partageoit donc alors avec lui le droit de nom- 
mer à l'évêché de cette ville. Le même Bernard en fut pourvu enfin vers le 
commencement du onzième siècle après la mort de Gauzbert, &. sa promotion 
se fit sans doute alors d'une manière canonique. Nous voyons cependant qu'il 
retint avec cet évêché les abbayes de Solignac Se de Beaulieu dont il étoit pourvu 
depuis longtemps. 

XXVIII. — Guillaume j comte de Toulouse y épouse en secondes noces Emme 

de Provence. 

Il paroît, par la date de l'élection de Gauzbert, évêque de Cahors, que 
Charles, duc de Lorraine, étoit reconnu en 990 pour roi de France dans le 
Querci j ce qui peut donner lieu de croire que Guillaume Taillefer, comte de 
Toulouse, qui dominoit sur ce pays, s'étoit déclaré en sa faveur contre Hugues 
Capet. Charles ayant eu le malheur de tomber, le 2 d'avril de l'année suivante, 
avec Louis 8c Charles, ses fils, entre les mains de Hugues qui les fit renfermer 
à Orléans dans une étroite prison, le parti qu'ils avoient en France diminua 
ensuite extrêmement, 8c Hugues Capet fut enfin généralement reconnu dans 
tout le royaume. 

Guillaume Taillefer étoit alors marié en secondes noces avec Emme, fille 

de Rotbold, comte d'une partie de la Provence, 8c d'Ermengarde, sa femme. 

Guillaume, depuis ce mariage, qui porta 3 dans sa maison ce qu'on appela dans 

t.^n,p.'^/29. ^^ ^^^^^ ^^ marquisat de Provence, établit son principal séjour dans cette 

province. Il étoit, en effet, à Arles en^ 992, quand Guillaume I, comte de 

" 5>9^ Provence^, frère aîné de Rotbold, restitua aux religieuses de Saint-Césaire dif- 
férens biens que leur saint fondateur leur avoit laissés. L'acte est souscrit après 
le même Guillaume I, Adélaïde, sa femme, 8c Guillaume II, leur fils, par le 
comte Rotbold, le comte Guillaume, son fils, Lucie, femme de ce dernier, 
Guillaume, comte de Toulouse, 6- Emme, son épouse, 8cc. 

' Spic'ileg'tum, t. 8, p. 164. s c^st ce Guillaume I, comte de Provence, qui fut 

^ Voyez tome IV, Noie VIII, n. 40 & suiv. le père de la reine Constance, & non pas, comme 

^ Voyez tome IV, Note XIV. l'a prétendu dom Vaissete, Guillaume Taillefer, qui 

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- n'était que cousin par alliance de cette princesse 

méro CXXX. [E. M.J 



An 991 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2l5 



XXIX. — Comtes de Provence. 

Guillaume I, comte de Provence, étant tombé dangereusement malade la 
même année à Avignon, fit prier S. Maïeul ', abbé de Cluny, en qui il avoit 
beaucoup de confiance, de venir le consoler dans cette extrémité. Ce saint 
se rendit à sa prière, l'exhorta à la mort &. le revêtit de l'habit monastique 
qu'il avoit demandé avec beaucoup d'empressement. Ce prince étant mort peu 
de temps après, son corps fut porté à Sarian, dans le pays Venaissin, où il fut 
inhumé dans un prieuré de l'ordre de Cluny qu'il avoit fondé. 

S. Maïeul étoit sans doute dans le monastère de Saint-Saturnin du Port, 
aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit, où il demeuroit souvent^, lorsqu'il fut appelé 
par le comte de Provence. Ce monastère étoit recommandable dans ce temps- 
là par le séjour du bienheureux Guillaume^ qui y vécut quelque temps sous 
la discipline de ce saint, 8c qui ayant été élu depuis abbé de Saint-Bénigne 
de Dijon, réforma, sur la fin du dixième siècle Se au commencement du sui- 
vant, la plupart des monastères de France. 

Les auteurs contemporains qualifient indifféremment Guillaume I, comte 
de Provence, prince des Provençaux^ ou duc d'Arles^} un autre ^ lui donne le 
glorieux titre de père de la patrie 8c celui de prince très-chrétien qu'il méri- 
toit véritablement, de même que les éloges que font de lui les historiens mo- 
dernes"^. Il eut entre autres la gloire de chasser entièrement les Sarrasins des 
montagnes de Provence où ils s'étoient fortifiés depuis longtemps. On pré- 
tend ^ que le roi Conrad le Pacifique lui donna, 8c à Rotbold, son frère, le 
comté de Provence à titre bénéficiaire , 8c que leurs successeurs en devinrent in- 
sensiblement propriétaires y mais la qualité de princes 8c de ducs que les auteurs 
contemporains donnent à ces deux frères, fait assez comprendre qu'ils possé- 
dèrent héréditairement la Provence, 8c qu'ils y excercèrent la même autorité 
dont jouissoient alors les grands vassaux d'Allemagne 8c de France : aussi 
Guillaume 8c Rotbold avoient-ils succédé ^ à Boson II, leur père, dans ce même 
comté qu'ils transmirent à leurs descendans, 8c même à leurs filles. Il est vrai 
qu'il paroît que le roi Conrad donna à ces deux comtes la partie de la Provence 
qu'ils délivrèrent de la tyrannie des Sarrasins, 8c qu'ils donnèrent '° ensuite eux- 
mêmes en fief à divers seigneurs; mais si Conrad les investit de cette partie 
du pays, ce fut sans doute pour la posséder héréditairement comme l'autre 
8c avec le même pouvoir; ils y avoient d'autant plus droit, que suivant" 
S. Odilon, abbé de Cluny, Guillaume I chassa les infidèles de la Provence 

' VkaS. Maïolï. — Acta Sanctorum ordinis sancti " Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, p. 779 

Bened'icti, saec. 5, p. 808. & 786. 

' Ibid. p. 764 & 806. ' Ruffî, Dissertation , p. 40 & suiv. 

' Mabillon, ad ann. 987, n. 102. « /iii. p. 6 & suiv. 

^ Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 5, ' Voyez tome IV, Note XIV. 

p. 808. '° Ruffi, Dissertation^ p. 6 & suiv. 

^ Glaber, 1. 1, c. 4. " Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, p. 779. 



An 992 



An ppS 



-; 216 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 992 

par sa propre valeur^ conquit sur eux un grand terrain 8c l'unit à son do- 
maine. Nous avons cru ce détail nécessaire, parce que Guillaume Taillefer, 
comte de Toulouse, ou plutôt les fils qu'il eut d'Emme sa femme, fille de 
Rotbold, entrèrent ' dans tous les droits de ce dernier sur la moitié du comté 
ou duché de Provence renfermé alors entre l'Isère, les Alpes, le Rhône 8c la 
mer Méditerranée. Guillaume II succéda à Guillaume I, son père, dans l'autre 
moitié de ce comté, sous la tutelle ou l'administration ^ d'Adélaïde, sa mère,8t 
la posséda par indivis comme son père, avec le comte Rotbold, son oncle, qui 
vécut encore longtemps après. 

XXX. — Fondation du monastère de Saint-Pierre du Puy. — Comtes de 
Gévaudan. — Vicomtes de Polignac. 

Quelques modernes confondent^ cette dernière avec Adélaïde d'Anjou, 
comtesse de Gévaudan, qui vécut toujours dans une union très-étroite avec 
Gui, évêque du Puy, son frère. Ce prélat fonda en effet, de son avis, en 998, 
le monastère de Saint-Pierre, dans sa ville épiscopale, « pour l'expiation de ses 
« péchés, pour les évêques du Puy ses prédécesseurs 8c ses successeurs, 8c 
« enfin pour Etienne, son beau-frère [cognatus), Adélaïde, sa sœur, 8c leurs 
« fils Pons 8c Bertrand, ses neveux. » Gui dédia ensuite l'église de ce monas- 
tère, auquel il donna diverses terres, ou de sa mense épiscopale, ou qui lui 
appartenoient en propre dans le Vivarais, le Vêlai 8c l'Auvergne , entre autres 
Éd. origin. une églisc quc les mêmes Pons 6* Bertrand lui avoient donnée en satisfaction 

t. II, p. i3o. ° ,. . , p , 1 /^ ' //v / 

de ce qu'ils avoient amené par force à Mende Gui, prévôt de la cathédrale du 
Puy y après V avoir fait prisonnier dans cette église. Il donna de plus au mo- 
nastère de Saint-Pierre le dixième des oblations qu'on feroit à son église, 8c 
une des quarante prébendes canoniales. Il fit cette donation avec son cha- 
pitre, du consentement de Gui qui en étoit prévôt 8c évêque de Valence , de 
Truan, doyen 5 de Pierre, abbé de Saint-Pierre 8c évêque de Viviers, 8c de 
tous les autres chanoines qui y souscrivirent avec la comtesse Adélaïde"^, Pons 8c 
Bertrand, ses fils, Agnus, vicomte de Polignac, 8cc. Le monastère de Saint- 
Pierre du Puy subsiste encore aujourd'hui sous la dépendance de l'abbaye de 
Saint-Chaffre 8c la réforme de l'ordre de Cluny , 8c c'est la principale paroisse 
de la ville^. 

Il paroît par ce que nous venons de dire , que Pons 8c Bertrand possédoient 
encore en commun, en 998, le comté de Gévaudan, sous l'autorité de leur mère 
Adélaïde. Quant à Agnus ou Annon, vicomte de Polignac, il avoit succédé 

' Voyez tome IV, Note XIV. Adélaïde, sa sœur, & ses neveux Pons & Bertrand, 

^ Ibiâ. comtes de Gévaudan, le Cartulaire de Saint-Chaf- 

' Labbe, Bïbl. nova, t. 2, p. 760 & seq. — Acta fre, qui renferme plusieurs actes se rapportant à 

Sanctorum ordinis sancti Bénédictin saec. 5, p. 836 ces personnages. Voyez aussi notre Introduction 

& seq. aux Chroniques des comtes d'Anjou, publiées par la 

■* Voyez tome IV, Note X, n. 6. Société de l'Histoire de France, & notre Addition à 

5 Voyez sur Gui d'Anjou^ évêque du Puy, sur la IVorc XXVI du tome IV. [E. M..\ 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 217 

dans cette vicomte à Héracle qui étoit vraisemblablement son père , & qui , 
en 985, fit une donation au prieuré de Chamalières en Vêlai. Agnus vivoit 
encore vers l'an 1000, sous le règne du roi Robert, Se il fit' alors un accord 
avec Guij abbé de Saint-Chaffre &. évêque de Glandève. 

XXXI. — Abbés de S aint-Chajfre . — Comtes de Valentlnois, 

Celui-ci^ conserva cette abbaye après son élévation à l'épiscopat, à l'exemple 
d'Ulfald , son prédécesseur, qui de religieux & d'abbé de Saint-Chaffre par- 
vint à l'évêclié de Die. On voit cependant que Gui la fit gouverner sous son 
autorité par un religieux qui prenoit^ aussi la qualité d'abbé. Il la possédoit 
encore en looi, la huitième année du règne de Rodolphe ///, roi de Bour- 
gogne, comme il paroît par une donation'^ qu'un seigneur nommé Léotard fit 
alors à ce monastère de quatre métairies situées à Cornas, dans la viguerie 
de Soyon ; preuve que Rodolphe III, qui succéda en 998 à Conrad le Paci- 
fique, son père, dans le royaume de Bourgogne & de Provence, fut reconnu 
dans la partie du Valentinois qui est en deçà du Rhône & qui dépend au- 
jourd'hui du Vivarais. 

Ce prince, qui fut surnommé le Fainéant , régna ^ aussi sur la partie du 
Viennois située en deçà de ce fleuve, qui fait également partie du Vivarais. Il 
fit, à ce qu'il paroît, sa principale résidence à Vienne. Il étoit du moins aux 
environs de cette ville la vingt-troisième année de son règne, lorsqu'il favorisa"^ 
l'union du monastère de Moirans sur l'Isère, dans le diocèse de Grenoble, à 
l'abbaye de Cruas en Vivarais, en faveur de Rostaing qui en étoit abbé. 

Lambert, évêque de Valence, fit une donation considérable '^ l'an loii à 
l'abbaye de Saint-Chaffre, du consentement d'Adhémar, comte de Valentinois, 
successeur de Geilin. Gui II, qui avoit été moine & apocrisiaire ^ de ce mo- 
nastère, en étoit alors abbé 8c avoit succédé à Gui, évêque de Glandève. Sous 
son gouvernement, cette abbaye eut des avoués^ qui usurpèrent ses biens Se la 
vexèrent, jusques à ce que Silvius, fils Se successeur de Redemptus dans cette 
fonction, touché de repentir, répara en 1016 les maux qu'ils avoient causés. 

XXXn. — Réforme de plusieurs monastères de la Province. 

On voyoit alors dans divers autres monastères de France deux abbés régu- 
liers, dont l'un avoit le gouvernement particulier Se l'autre étoit comme le 
supérieur général de plusieurs abbayes qui avoient embrassé la même réforme. 

' G allia Chr'ist'iana, nov. edit. t. 2, p. 765. — ' Mabillon, ad ann. 962, n. 85. 

Estiennot, Antiquitates dioec. An'tc. mss. lat. 12749. '' Mabillon, Annal. Benedict. t. 4, p. 897 & 780. 

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Gallia CArj5f/<i«a, nov. edit. t. 2, p. 764 & seq. 

méro CXXXI, la 2* charte citée sous ce numéro. — — Columbi, Episcopi Valent, p. 252. — Mabillon, 

Mabillon, ad ann. 991, n. 64. . ad ann. 1012, n. 7. 

^ Gallia Ckristiana^ nov. edit. t. 2, p. 764 & seq. ' Mabillon, de Re diplomat'ica, p. 58o & seq. 

'^ Ihid. '' Mabillon, ad ann. ioi6, n. 25. 



An 993 



An 993 



218 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



C'est ainsi qu'à la fin du dixième siècle celles de Saint-Pierre de Lézat 8c de 
Saint-Pierre du Mas-Garnier, dans le diocèse de Toulouse ; de Saint-Hilaire, 
dans celui de Carcassonne j de Notre-Dame d'Alet, dans le Razès, &: de Saint- 
Michel de Cuxa, dans la vallée de Confiant en Roussillon, étoient soumises 
à l'abbé Guarin dont on a parlé ailleurs. Il est fait mention de cette soumis- 
sion dans une bulle du pape Jean XV, qui en 998 confirma' cet abbé dans 
le gouvernement général de ces cinq monastères, & les abbés Hugues dans 
l'administration particulière du second, Wifred du dernier, & Benoît des 
trois autres, du consentement du même abbé Guarin. Jean XV, en parlant de 
ces cinq abbayes, se sert du terme de nôtres ; ce qui prouve que dans le temps 
de leur fondation elles avoient été mises sous l'autorité immédiate du Saint- 
Siège : aussi ce pape maintient-il leurs religieux clans la possession de leurs 
Mf,"p°"^3T.' biens Se dans la liberté d'élire leurs abbés, qui doivent être hénis sans rien 
donner, avec permission aux nouveaux abbés de se faire bénir par le pape, 
en cas que les évêques exigeassent d'eux quelque chose. Il défend enfin aux 
derniers d'exercer aucune autorité sur ces cinq monastères, qu'il déclare être 
uniquement soumis à la sienne 8c à celle de ses successeurs. Il paroît que son 
dessein étoit que ces abbayes fussent toujours gouvernées par un abbé général, 
mais nous ne voyons pas que cela ait eu lieu après la mort de l'abbé Guarin. 

XXXIII. — Abbés de Lé-^at ^ du Mas-Garnier. — Forton Guillaume, vicomte 
de Gimoe-^. — Amélius Simplicius, comte de Comminges. 

Hugues étoit encore abbé du Mas-Garnier sous le règne du roi Robert^, 
suivant une donation que le vicomte Forton Guillaume fit à ce monastère de 
quelques terres situées aux environs 8c bornées par le ruisseau de Lambon 
8c les chemins publics qui conduisent à Grandselve 8c à Dieupentale. Nous in- 
férons de là que Forton Guillaume étoit vicomte de Gimoez, pays qui prend 
son nom de la rivière de Gimone qui le traverse , 8c qui est une portion de 
l'ancien diocèse de Toulouse , aujourd'hui de celui de Montauban. Cette 
vicomte s'étendoit en effet jusques auprès de l'abbaye du Mas-Garnier. Forton 
Guillaume sera donc le premier vicomte de Gimoez dont nous ayons connois- 
sance. Sa donation est inscrite avant les témoins , par une dame nommée 
Rixende, qui étoit vraisemblablement sa femme. 

Benoît^ étoit déjà abbé de Lézat au mois de janvier de la quatrième année 
du règne du roi Hugues, ou de l'an 991. Hugues, qui est peut-être le même que 
l'abbé du Mas-Garnier dont nous venons de parler, lui avoit succédé sous celui 
du roi Robert, comme il paroît par une donation "^ faite vers l'an looi à l'ab- 
baye de Lézat par Roger, comte de Carcassonne, 8c Adélaïde, sa femme. Cet 



■ Marca Hispanica,-p. ()66 &seq. — Voyez tome IV, ^ Mabillon, ad ann. 99? , n. 65. 

7/ofe XXVII, n. 7. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, mi- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- méro CXXXVI. 
jnéro CXLVIII, la 2'' charte citée sous ce numéro 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 210 

■' An 9^3 

acte est souscrit jDar Raimoncl, Bernard &. Pierre, leurs fils, qui souscrivirent 
aussi à une autre donation ' que Roger, leur père, fit quelque temps après à 
la même abbaye, avec leur mère Adélaïde, d'un alleu situé dans le comté 
de Toulouse. Sous le gouvernement de Hugues, abbé de Lézat^, 8t le règne de 
Robert, on donna à cette abbaye l'église de Saint-Béat sur la Garonne , avec 
celle de Saint-Vincent, située de l'autre côté de ce fleuve. Il y eut depuis dans 
cette église un prieuré dépendant de l'abbaye de Lézat j ce que nous remar- 
quons, parce que nous trouvons ici l'origine de la petite ville de Saint- 
Béat, située dans la partie du Comminges qui est dans l'étendue du Langue- 
doc. Quanta Guarin, sa mort arriva vers l'an 998, puisqu'il étoit déjà^ décédé 
l'an 1000 & qu'il vécut jusques au règne de Robert, suivant une donation "^ que 
lui firent, & à l'abbaye de Lézat soumise à son autorité, un seigneur nommé 
Amélius Simplicius 8^ Guillaume, son fils, hommes très-puîssans. Nous con- 
jecturons ^ que le premier étoit un des fils d'Arnaud, comte de Carcassonne 8c 
de Comminges ; il possédoit en effet une partie de ce dernier comté avec 
plusieurs alleux du Toulousain. Nous parlerons ailleurs de sa postérité. 

XXXIV. — Mort de Gui d^AnJou, évêque du Puy, qui choisit de son vivant 
Etienne j son neveu, pour remplir son siège. 

On prétend '^ que Gui d'Anjou, évêque du Puy, profitant du crédit^ qu'il 
avoit auprès du roi Hugues Capet, fit élire de son vivant, vers l'an 994, 
Drogon, son frère, pour remplir son siège après sa mort. Si ce fait est vrai, 
Drogon mourut bientôt après, car il est certain ^ que Gui , quelque temps 
avant sa mort, nomma de son autorité 8c sans le consentement du clergé 8c 
du peuple, pour son successeur à l'évêché du Puy, Etienne, son neveu, troi- 
sième fils de sa sœur Adélaïde 8c d'Etienne, comte de Gévaudan^. Il paroît 
même, par un canon '° du concile de Rome de l'an 998, qu'il le fit sacrer de son 
vivant par Dacbert, archevêque de Bourges 8c Roclenus , évêque de Nevers. 
Un autre canon du même concile semble dire cependant qu'Etienne ne fut 
sacré qu'après la mort de Gui, son oncle. Quoi qu'il en soit, ce dernier mou- 
rut avant la tenue de ce concile. Il fut inhumé, à ce qu'on assure, dans le mo- 
nastère" de Saint-Pierre du Puy qu'il avoit fondé. On ajoute qu'il obtint 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu - la nomination de Dreux, frère de Gui d'Anjou, à 

méro CXXXVI. l'évêché du Puy. Ce fait n'est avancé que par la 

' Ihid. n. CXXXIX, la 3"^ charte citée sous ce nu- Chroniijue des gestes des comtes d'Anjou & il est 

méro. contredit par tous les autres documents. Mais il 

'Voyez tome IV, Note XXVII, n. 7. n'est pas aussi certain qu'Etienne, neveu de Gui & 

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- choisi par lui pour son successeur, soit le troisième 
méro CXXXII. fils de sa sœur Adélaïde; nous croyons plutôt qu'il 

^ Voyez tome IV, Note XXII, n. 27. était son petit-neveu & fils de Guillaume, frère de 

^ Mabillon, Acta Sanctorum ordin'is sancti Bene- Pons & de Bertrand, comtes de Gévaudan. — Voyez 

d'ict'i, saec. 5, p. 886, ad ann. 996, n. 34. tome IV, la Note XXVI. [E. M.] 
' Voyez tome IV, Note XXVIII, n. i. • '" Conciles, t. 9, p. 772 & suiv. 

* Conciles, t. 9, p. 772 &seq. " Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 26. 
' Les Bénédictins ont raison de révoquer en doute — Théodore, Histoire du Puy, p. 2, 



An 998 



An 998 



2 20 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



t. Il, p. l32 



du roi en 992 des armoiries pour la ville du Puy 5 mais la contradiction qui 
se trouve entre les deux auteurs qui font mention de cette prétendue conces- 
sion, dont ils n'ont eu garde de produire l'acte, suffit pour en démontrer la 
fausseté. Selon le premier', ce fut Geoffroi Grisegonelle, comte d'Anjou, qui, 
avec Gui , son frère, obtint du roi Lothaire ces armoiries qui étoient, dit-il, 
une aigle d'argent armée de gueules au champ d'azur semé de fleurs de lys 
Éd. origin. d'or. L'autre prétend^ au contraire que ce fut à la demande de Foulques, 
comte d'Anjou Se neveu de Gui, évêque du Puy, que le roi Hugues Capet 
donna pour armes à la ville du Puy une aigle éployée d'argent sur l'écu plein 
de France, alors semé de fleurs de lys sans nombre ; mais c'est trop s'arrêter 
sur des fables. Après la mort de Gui, évêque du Puy, l'élection d'Etienne, son 
neveu, fut cassée dans le concile de Rome dont on a déjà parlé. 

XXXV. — Robert succède au roi Hugues Capet. — Il épouse en secondes 
noces Constance^ fille de Guillaume Tailleferj comte de Toulouse. 

Le mariage du roi Robert avec Berthe fut déclaré nul dans le même concile. 
Ce prince avoit succédé alors au roi Hugues Capet, son père, sur l'époque 
de la mort duquel nos historiens ne sont pas d'accord. Ils conviennent tous^ 
cependant qu'il décéda le 28 ou le 24 d'octobre , mais ils varient sur l'année 
que les uns mettent en 996, les autres en 997 ou enfin en 998. Nous avons "^ 
divers monumens dans la Province qui confirment le sentiment des pre- 
miers. Si il est appuyé sur des preuves si solides, qu'il doit passer, ce semble, 
pour indubitable. 

Robert avoit épousé en 996 Berthe, veuve d'Eudes, comte de Blois^ Se sœur 
de Rodolphe III , roi de la Bourgogne Transjurane. Le pape Grégoire V 
désapprouva fort ce mariage à cause de la parenté Se de l'affinité spirituelle 
qui se trouvoient entre eux 5 il résolut de le dissoudre Se assembla dans ce des- 
sein k Rome un concile qui fut tenu au^ commencement du mois de mai de 
l'an 998. Le mariage fut^ déclaré nul par le premier canon, en sorte que Ro- 
bert fut obligé enfin de se séparer de Berthe. Ce prince épousa la même année 
Constance, qui suivant la plupart de nos modernes étoit fille de Guillaume 
premier du nom , comte de Provence, Se d'Adélaïde d'Anjou, sa femme j mais 
si l'on doit s'en rapporter aux anciens^, dont l'autorité est sans doute préfé- 
rable, elle étoit fille de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, Se d'Arsinde, 
sa première femme, que nous croyons fille de Geoffroi Grisegonelle, comte 
d'Anjou j Se en effet, Robert avoit déjà épousé Constance avant la fin de 
l'an 998, Se Constance, fille de Guillaume I, comte de Provence, Se d'Adélaïde 
sa seconde femme, n'étoit pas encore mariée trois ans après. Il est enfin certain 
que Constance, femme du roi Robert, étoit nièce^ de Foulques Nera , comte 

■ Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 26. ^ Baluze, Miscellanea, t. 7, p. 6i. 

^ Théodore, Histoire du Puy, p. 2. ^ Conciles, t. 9, p. 772. 

' MablUon, ad ann. 996, n. 34. ' Voyez tome IV, Note XXIX. 

'• Voyez tome IV, Note XVIII, n. 9. * Glaber, 1. 3, c, 2. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 221 — I T 

An 99s 

d'Anjou : or, Adélaïde femme de Guillaume I, comte de Provence, étoit à ce 
qu'on assure tante du même Foulques 8c sœur de Geoffroi Grisegonelle , 
père de ce comte ; ainsi elle ne peut avoir été mère de la reine Constance '. 

Robert fit de grands préparatifs^ pour la célébration de ce mariage; il se 
mit à la tête de ses troupes, s'avança vers l'Aquitaine, passa la Loire 8c alla 
au-devant de sa nouvelle épouse qui venoit du côté d'Arles 3. Guillaume Tail- 
lefer, comte de Toulouse, père de cette reine, faisoit alors sa principale rési- 
dence aux environs de cette ville, tant à cause de plusieurs terres qu'il avoit 
en Provence'^ 8c qu'Emme sa seconde femme lui avoit apportées, que parce 
qu'il possédoit le comté de Saint-Gilles, qui comprenoit la partie du diocèse 
de Nimes située auprès du Rhône 8c voisine d'Arles. 

Un historien contemporain^ assure que le mariage du roi Robert avec 
Constance contribua beaucoup à corrompre les mœurs des peuples de France 
6» de Bourgogne, par le grand nombre d'Auvergnats 8c d'Aquitains qu'il attira 
à la cour de ce prince 8c qu'il représente comme des gens dissolus, vains, 
légers 8c également méprisables, soit par leurs manières, soit par leur façon 
de s'habiller. Ils avoient, dit-il , la barbe 8c la moitié de la tête rasées, à la 
façon des baladins ; leurs habits étoient courts; ils portoient une espèce de 
bottines, 8cc. C'est donc une preuve que la reine Constance amena avec elle 
en France plusieurs personnes de la cour du comte son père, 8c que son élé- 
vation y en attira un grand nombre d'autres. Le même historien parle*^ très- 
avantageusement de cette princesse "^j il l'accuse cependant dans un endroit 
d'avarice 8c de maîtriser le roi son époux. D'autres anciens ^ qui lui donnent 
le surnom de Blanche, louent son habileté, sa fermeté 8c son courage. Il y eut 
d'abord^ quelque mésintelligence entre elle 8c le roi, causée par les intrigues 
d'un .seigneur nommé Hugues qui fit tout son possible pour la mettre mal dans 
l'esprit de ce prince. Foulques, comte d'Anjou, oncle de la reine, résolu de la ^^^ «'■'8'"^ 
venger, envoya alors douze i-oZiafj déterminés, qui ayant rencontré Hugues dans 
le temps qu'il étoit à la chasse avec le roi, l'assassinèrent à ses pieds. Robert 
témoigna d'abord beaucoup de chagrin de cet attentat , mais il se réconcilia 
enfin avec la reine, vécut depuis avec elle de fort bonne intelligence 8c en eut 
quatre fils 8c deux filles. Il est aisé de juger par ce récit, tiré d'un auteur du 
temps , sur quel fondement un moderne '°, qui traite la reine Constance d'im- 
périeuse Jusques à V insolence, a pu avancer que ce fut elle-même qui fit assas- 
siner Hugues sous les yeux du roi. 

' Voyez notre Addition à la Note XXIX, où nous ' Voyez tome IV, Note XXIX. 
passons en revue les textes qui se rapportent à cette '♦Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 
question. Constance, seconde femme du roi Robert, méro CLXXIX. 
était fille de Guillaume I, comte de Provence, & non ^ Glaber, 1. 3, c. 9. 
pas de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse. Sa ^ Ibid. 
mère s'appelait Adélaïde &. non Arsindej celle-ci ' Ibid. c. 2. 

n'était ni tante ni sœur de Geoffroi Grisegonelle, & * Duchesne , Recueil des historiens de France^ 

par conséquent n'appartenait point à la maison t. 4, p. 85. 

d'Anjou. [E. M.] ^ Glaber, 1, 3, c. 2. 

° Aimoin, de Mlrac. S. Bened. 1. 3, c. 8. '° Daniel, Histoire de France, t. 1 , p. 1022. 



An 998 



2 22 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

XXXVI. — L'archevêque deNarbonne maintenu dans son autorité métropolitaine 

sur la Marche d'Espagne. 

Après la dissolution du mariage de Robert avec Berthe, on traita dans le 
concile romain de l'an 998 une affaire qui intéressoit l'autorité métropolitaine 
des archevêques de Narbonne sur la Marche d'Espagne. Un certain Guadal- 
dus', homme ambitieux, ayant formé le dessein d'envahir Tévêché d'Ausone 
8<. d'en déposséder Froïa qui l'occupoit légitimement, se fit ordonner évêque de 
cette ville par Odon, archevêque de la province des Gaules, métropolitain étran- 
ger, qu'on croit^ être Eudes alors archevêque d'Auch. Froïa, surpris de cette 
entreprise, eut recours au pape Jean XV qui excommunia l'intrus dans un 
concile. Celui-ci, pour se maintenir dans la possession de l'évêché, excita une 
sédition à Ausone durant laquelle il fit assassiner l'évêque. Après la mort de 
ce prélat, Raimond, comte de Barcelone, Se Ermengaud, comte d'Urgel, son 
frère, avec lequel il partageoit le domaine du comté d'Ausone, firent élire un 
nouvel évêque. Le choix tomba sur Arnoul qui fut sacré par l'archevêque de 
Narbonne, son métropolitain. Guadaldus lui disputa néanmoins l'évêché 8t 
osa porter cette affaire à Rome devant le pape Grégoire V, qui le fit déposer 
ignominieusement par le concile en présence du même comte Ermengaud, que 
les actes appellent ^/j de Borrel, très-noble marquis des Aquitains ^ des Goths, 
& qui s'yétoit rendu par ordre du comte Raimond^ son frère. Les mêmes actes 
qualifient ce dernier marquis de cette province. Il avoit succédé depuis l'an 993, 
dans le comté de Barcelone, à Borrel son père, l'un des principaux^ bienfai- 
teurs de l'abbaye de la Grasse. 

XXXVII. — Etienne de Gévaudan, évêque du Puy, déposé. — Origine de 
Vimmédiation de cette église au Saint-Siège. 

Le concile de Rome"^ fit divers canons au sujet de l'intrusion d'Etienne de 
Gévaudan, qu'il interdit de toute fonction sacerdotale « pour avoir été élu évêque 
« du Puy sans le consentement du clergé 81 du peuple du vivant de Gui son 
« oncle, 8c pour avoir été ordonné après sa mort par deux évêques qui n'étoient 
« pas de sa province.» Dacbert, archevêque de Bourges, qui étoit l'un des 
deux, en étoit toutefois le métropolitain; l'autre étoit Roclenus, évêque de 
Nevers. Ils furent suspendus tous les deux de la communion jusqu'à ce qu'ils 
fussent venus faire satisfaction de leur faute devant le siège apostolique. Le 
concile permit en même temps au clergé &. au peuple du Vêlai d'élire un 
nouvel évêque qui seroit sacré par le pape. Enfin on fit un décret par lequel 
on pria le roi Robert de ne donner aucune protection à Etienne & de favo- 
riser la nouvelle élection qui seroit faite, sauf la soumission qui lui étoit due. 

' Baluze, Miscellariea, t. 7, p. 6i & seq. ' Marca H'tspan'ica, p. 416, 642, 940 & seq. 

' Marca Hispanica, p. 417. ■* Conciles, t. 9, p. 773. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. -^iS 

An 998 

En conséquence, le clergé • & le peuple du Vêlai ayant élu pour leur évêquc 
Théotard, moine d'Aurillac, le pape Sylvestre II, successeur de Grégoire V, 
confirma cette élection par une bulle du 24 de novembre de la première année 
de son pontificat, ou de l'an 999. Le pape déclare dans cette bulle qu'il avoit 
ordonné lui-même ce prélat, & défend à tout autre évêque d'entreprendre de 
l'excommunier 5 précaution qu'il prit sans doute pour le mettre à couvert des 
entreprises de Dacbert, archevêque de Bourges, qui avoit sacré son concurrent. 
Ce fut pour la même raison que le concile ordonna que le nouvel évêque 
du Puy seroit sacré par le pape. 

C'est à cette intrusion que les évêques du Puy doivent le privilège singulier 
d'être exempts de la juridiction de l'archevêque de Bourges, leur ancien mé- 
tropolitain, & d'être soumis immédiatement au pape 5 car il ne faut pas cher- 
cher ailleurs l'origine de l'immédiation de cet évêché au Saint-Siège, laquelle 
subsiste encore de nos jours. On^ ne doute pas que cette prérogative ne fût 
expressément marquée dans la bulle du pape Sylvestre dont il ne reste qu'une 
partie qui soit lisible. Léon IX ajouta^, au milieu du onzième siècle, au privi- 
lège accordé par ses prédécesseurs aux évoques du Puy, de n'être ordonnés que "^j*; °'''P'"- 
par le pontife romain, qu'il confirma, celui de se servir du pallium les fêtes 
solennelles, tant pour honorer, dit-il, la sainte Vierge, patronne de cette église, 
que pour favoriser la dévotion particulière des peuples du pays envers la mère 
de Dieu. Enfin les papes Pascal II Si. Eugène III confirmèrent l'immédiation 
des évêques du Puy à leur siège. 

XXXVIII. — Fondation du monastère de Langogne. — Union de la vicomte 
de Gévaudan avec celle de Millau y en Rouergue. 

Il paroît, par l'acte de la fondation du prieuré de Langogne, que l'élection 
de Théotard à l'évêché du Puy se fit sous le pontificat de Grégoire V, quoique 
ce prélat n'ait été sacré que par Sylvestre II. Etienne "^j vicomte de Gévaudan, 
Si. Angelmode ou Almodis, sa femme, persuadés que Dieu vouloit qu'ils fissent 
bâtir une église en l'honneur des SS. Gervais & Protais, partirent pour Rome 
le 6 de septembre Sî. y arrivèrent vers la mi-octobre. Ils allèrent d'abord faire 
leur prière dans la basilique de Saint-Pierre, où ils se confirmèrent dans leur 
résolution. Se s'adressèrent au pape qui l'approuva beaucoup. A leur retour 
en France, ils fondèrent cette église dans le lieu de Langogne, situé sur les 
bords de l'Allier, qui sépare le Gévaudan du Vêlai, Se y joignirent un monas- 
tère qu'ils mirent sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Chaffre Se qu'ils 
soumirent spécialement à l'Église romaine. Ils le dotèrent de diverses terres 
situées dans les comtés de Gévaudan Se de Vivarais, ce qu'ils firent du conseil 

' Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 262 ^ Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy,^. 272. 

&suiv. — Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 967 — Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 686, 8i 

& instrum. p. 226. ■ instrum. p. 228. 

' Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 272 "• Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu- 

& suiv. — Théodore, Histoire du Puy, p. 187. méro CXXXIII. 



An 999 



-; r~ 224 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 998 ' 

de Matfred, évêque de Mende 8c de son clergé 5 de Théotard, évêque du Puy; 
de Pierre, évêque de Viviers; de Rigaud , frère du fondateur; du comte Pons 
&. de Bertrand, son frère; de leurs propres vassaux, 6- avec la confirmation du 
pape Grégoire. Le vicomte Etienne &. sa femme firent un second voyage à Rome 
sous le pontificat de Sylvestre II, pour offrir sur le tombeau de S. Pierre la 
fondation qu'ils venoient de faire. Ce pontife leur fit présent de quelques re- 
liques, 8c fit expédier une bulle par laquelle il mit le monastère de Langogne 
sous sa protection spéciale. Pierre, roi d'Aragon, successeur d'Etienne dans la 
vicomte de Gévaudan, confirma cette fondation en i2o5. 

Etienne étoit vraisemblablement fils & successeur de Bernard, vicomte de 
Gévaudan, qui vivoit au milieu du dixième siècle. Il survécut longtemps à cette 
fondation 8c mourut' sans postérité. Richard II, vicomte de Millau, lui suc- 
céda 8c unit à son domaine la vicomte de Gévaudan, ce qui nous fait conjec- 
turer que Rigaud, frère d'Etienne, décéda aussi sans enfans; car il paroît que 
Richard hérita d'Etienne par droit de sang, 8c qu'ils descendoient l'un 8c 
l'autre de Bernard, vicomte de Rouergue, qui vivoit au commencement du 
même siècle. Nous avons déjà parlé ailleurs de Pons, comte de Gévaudan, 8c 
de Bertrand, son frère. Quant au monastère ou prieuré de Langogne^, il 
dépend encore aujourd'hui de l'abbaye de Saint-Chaffre 8c a donné l'origine 
à une petite ville du Gévaudan. 

XXXIX. — Origine 6* rétablis sèment de Vahhaye de Saint-André d'Avignon. 
Les comtes de Toulouse dominent le long du Rhône. 

L'abbaye de Saint-André d'Avignon fut rétablie vers le même temps. Son 
origine 3 ne nous est pas bien connue; on sait seulement qu'elle subsistoit dans 
les siècles précédens sur le haut d'une montagne appelée Andaon, située vis-à-vis 
d'Avignon, sur la rive occidentale du Rhône, 8c qu'ayant été détruite par les 
Sarrasins, elle demeura ensevelie sous ses ruines jusquesà l'épiscopat deWarné- 
rius, évêque d'Avignon, sous lequel elle fut rebâtie vers l'an 980. On y voyoit 
alors trois églises"^, l'une sous l'invocation de saint André, la seconde de saint 
Michel, 8c la troisième de saint Martin. Celle-ci, de même que la première, 
subsistent encore 8c n'en forment qu'une ou plutôt deux nefs parallèles qui 
communiquent par une arcade. Le pape Grégoire V confirma, au mois de jan- 
vier de l'an 999, Martin, abbé de Saint-André 8c ses successeurs, dans la pos- 
session de ces trois églises 8c du domaine de la montagne d'Andaon sur la- 
quelle elles étoient situées. Comme nous savons d'ailleurs que Raimond de 
Saint-Gilles 8c Alphonse^, son fils, comtes de Toulouse, confirmèrent à cette 



' Voyez tome IV, Note XX, n. 8, & Note XXVÏ, ^ Mabillon, ad ann. 999, n. 91. — Gallia Chrls- 

n. 10 & suiv. t'iana, nov. edit. t. i, p. 807 & seq. 871 & seq. 

* Voyez tome VII, la Note relative au prieuré de "* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 

Langogne, où ont été réunis les faits relatifs à cet méro CXXXIV. 

établissement religieux. [E. M.] ' Ibid. n. CGC, CCCCXXXI. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2:5 



An pyp 



abbaye la possession de cette montagne, ainsi que leurs prédécesseurs Vavoient 
donnée, c'est une preuve que les comtes de Toulouse furent les restaurateurs 
de l'abbaye de Saint-André, Se qu'ils dominèrent par conséquent le long du 
Rhône, dans la partie orientale du Languedoc qui avoit fait partie du 
royaume de Provence longtemps avant qu'ils fussent en possession du mar- 
quisat de ce nom. Il est marqué en effet dans l'ancien nécrologe de ce monas- ^ i{ p^^/js, 
tère, que les comtes de Toulouse en sont les fondateurs. 

L'abbaye de Saint-André devint bientôt considérable après son rétablisse- 
ment par les diverses' donations qu'on lui fit. Hildebert, évêque d'Avignon, 
ses chanoines 8c quelques seigneurs du pays lui donnèrent^ entre autres, 
l'an 1006, l'église de Saint-Pierre de Liron, située dans la partie du comté 
d'Avignon qui est en deçà du Rhône. La charte est souscrite par un comte 
nommé Pons. C'est le même sans doute que Pons, fils de Guillaume Taillefer, 
comte de Toulouse, 8c d'Emme de Provence, sa seconde femme, qui pouvoit avoir 
alors huit à dix ans ; mais peut-être ne souscrivit-il à cette charte que long- 
temps après pour la confirmer, de quoi nous avons divers exemples. Il avoit 
droit au comté d'Avignon au nom d'Emme, sa mère, qui posséda ^ des biens 
dans cette ville du vivant de Rotbold, son père 8c de Guillaume, son frère, 
dont elle ou ses fils héritèrent entièrement après leur mort. 

Nos rois, après avoir réuni le Languedoc à la couronne, acquirent une 
partie du domaine de la montagne d'Andaon, par le paréage dont les abbés 
de Saint-André convinrent avec eux. Ces princes ceignirent alors de murs le 
haut de la montagne 8c y construisirent une forteresse, à cause de l'importance 
de ce poste situé sur les limites de leurs États. L'abbaye a donné l'origine à 
la petite ville de Villeneuve qui est au bas. L'une 8c l'autre, quoique du dio- 
cèse d'Avignon 8c en quelque manière dans les faubourgs de cette ville, dé- 
pendent cependant du Languedoc 8c du diocèse d'Uzès pour le temporel, 
parce qu'elles sont en deçà du Rhône, qui sépare les deux provinces. 

XL. — Union de Vahhaye de Saint-Paul de Fenouillèdes à celle de Cuxa. 

Vicomtes de Fenouillèdes. 



L'abbaye de Saint-Paul, située en un lieu appelé anciennement Monisa- 
tem, dans la province"^ de Gothie , le comté de Fenouillèdes 6* le diocèse de 
Narbonne, étoit alors soumise pour le temporel à Bernard, comte de Besalu 8c 
de Fenouillèdes, prince qui a laissé divers ^ monumens de sa piété 8c qui, tou- 
ché de voir ce monastère dans le relâchement, résolut de le réformer. Il l'unit 
dans ce dessein à l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa , dont Guifred étoit 
abbé, dans l'espérance qu'il y feroit observer dans toute sa rigueur la règle de 
S. Benoît, suivant la discipline que Guarin, de vénérable mémoire j son prédé- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Sp'icileg'ium, t. 7, p. 2o3. — Voyez tome IV, 

méro CXXXVI. — Gallia. Chrïstiana , nov. edit. Note XIV, n. 18. 
t. I, instrum. p. 159. * Marca Hispan'ica, p. 964 & seq. 

" Spicilegium, t 7, p. 197 & seq. ' Ibid, p. 961 8t seti. 

III «5 



An 1 000 



Au looo 



An 1002 



226 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

cesseur, avoit établie. Béranger, évêque d'Elne, & les comtes Guifred 8c Oliba, 
frères du comte Bernard, furent présens à l'acte, qui est daté du 2 5 de mars 
de l'an 1000 & souscrit par les vicomtes Pierre &. Arnaud. Le premier étoit 
vraisemblablement le même que Pierre I, vicomte de Fenouillèdes, qui vivoit' 
en 1017. 

XLI. — Plaid tenu à C arc as sonne. — Anciens vicomtes de cette ville. 

L'autre ne paroît pas différent d'Arnaud, alors vicomte de Carcassonne, qui 
avoit succédé depuis peu dans cette vicomte à Radulfe, son père, & qui étoit 
sans doute petit-fils d'Amélius, vicomte de la même ville en 961. Le vicomte 
Arnaud^ s'étant laissé persuader par quelques flatteurs que les biens que 
Roger I, comte de Carcassonne, avoit donnés à l'abbaye de Saint-Hilaire 
en 981, en action de grâces de la victoire qu'il avoit remportée sur le comte 
Oliba Cabreta, appartenoient à la vicomte de Carcassonne, s'en saisit sans 
autre formalité. Gaustred, abbé de ce monastère & ses religieux en portèrent 
leurs plaintes au comte de qui ils les avoient reçus, & citèrent le vicomte à 
son tribunal au mois de septembre de la sixième année du roi Robert, c'est-à- 
dire de l'an 1002. Roger, qui étoit sur son départ pour un nouveau voyage de 
Rome , écouta favorablement leur demande & ordonna qu'on leur rendît 
justice. En conséquence, Adalbert, évêque de Carcassonne , trois de ses archi- 
diacres, la comtesse Adélaïde, femme du même Roger, leur fils Raimond, une 
douzaine de seigneurs [seniores) du pays 8c plusieurs autres personnes de dis- 
tinction s'assemblèrent à Carcassonne après son départ, 8c condamnèrent 
Arnaud à restituer les biens qu'il avoit usurpés, conformément à la loi des 
Visigoths, dont on rapporte le texte. Nous inférons de là que ce vicomte, qui 
se soumit de bonne grâce à ce jugement, étoit d'origine gothique. C'est du 
moins une preuve que le code des lois des Visigoths n'étoit pas encore entière- 
ment abrogé dans la Province au commencement du onzième siècle. Il ne 
paroît pas qu'Arnaud ait laissé aucune postérité, 8c il y a lieu de croire qu'après 
sa mort la vicomte de Carcassonne fut unie au comté de cette ville. 

XLII. — Testament de Roger I, comte de Carcassonne. — Ermessinde, sa 

fille, comtesse de Barcelone. 

Éd. origin. Le comte Roger fit sans doute avant ce second voyage à Rome le testament 

que nous avons de lui ; car la date que quelques auteurs donnent à cet acte 
est 3 absolument fausse. Suivant ce testament"^, Roger partagea ses domaines 
aux trois fils qu'il avoit alors d'Adélaïde sa femme : Raimond, Bernard 8c Pierre. 
Il donna au premier la ville 8c le comté de Carcassonne, la part qu'il avoit au 

' Marca Hhpanica, p. 1009. 3 Voyez tome IV, Note XXII, il. 7. 

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

méro CXXXVII. méro CXXXVIII. 



1. 11, p. i36 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 227 

comté Se château de Razès, le droit qui lui étoit acquis tant sur le reste de ce 
dernier comté que sur le pays de Queirecourbe 8c de Queille, en vertu d'un 
accord qu'il avoit conclu avec Eudes, son frère &. Arnaud, fils de ce dernier j 
le château de Seissac avec sa châtellenie, les vîgueries 8c les alleux qui en dé- 
pendoient, de la manière quArnaud, son père j les avoit possédés; les alleux du 
comté de Toulouse qui avoient appartenu à Bernard le Roux, 8c que le vicomte 
Raimond tenoit de lui en fief; le château de Cintegabelle avec ses dépen- 
dances; la moitié du pays de Volvestre ; la troisième partie du comté de Com- 
minges; la part qu'il avoit au château de Minerve 8c à ses dépendances, que 
le vicomte Rainard lui avoit donnée en mourant; les alleux qu'il possédoit 
dans le Narbonnois, 8c enfin les abbayes de Caunes 8c de Vernasone. Il paroît 
que cette dernière est la même que celle de Vernosoubre ou de Saint-Chinian. 

Roger donna à la comtesse Adélaïde, sa femme, la jouissance de la viguerie 
de Sabartès qu'il substitua à Bernard, leur second fils, à condition que celui-ci 
la laisseroit jouir paisiblement de cette viguerie. Il donna de plus à ce dernier 
le droit qu'il avoit sur le même pays de Sabartès 8c sur le château de Castel- 
pendent, conformément à l'accord qu'il avoit fait avec Eudes, son frère, 8c 
Arnaud, fils de ce dernier, pour en jouir après leur mort; le comté de Conse- 
rans avec Vévêché ^ l'autre moitié du pays de Volvestre; ceux de Dalmazan, 
de Podaguès 6* d'Agarnaguès, avec la moitié du bois de Bolbonne situé entre 
les rivières de Lhers 6* d'Ariége, 8c les alleux qu'il avoit dans tous ces pays, à la 
réserve des lieux d'Escousse 8c d'Avesac qu'il donne à Adélaïde, sa femme, à 
laquelle il lègue, 8c à Bernard, leur fils, le château 6* la terre de Foix\ 

Pierre, troisième fils du comte Roger, eut pour son partage les abbayes du 
comté de Carcassonne, la part que le même Roger avoit à celles du comté de 
Razès, de la viguerie de Saissac, du comté de Conserans 8c du pays de Foix ; 
en sorte que suivant cette disposition , Pierre ne devoit avoir pour sa part que 
des biens ecclésiastiques. Il paroît aussi qu'on l'avoit destiné à l'Église, 8c il 
parvint^ en effet, en loio, à l'évêché de Girone. 

Roger avoit une fille nommée Ermessinde, dont il ne fait aucune mention 
dans ce testament, sans doute parce qu'il l'avoit déjà dotée. Elle avoit épousé^, 
avant l'an looi, Raimond, comte de Barcelone, qui lui assigna pour son 
douaire'^ le comté 6» l'évêché d'Ausone ou de Vie avec le comté de Manrèse. 
Nous aurons occasion de parler dans la suite de cette princesse qui se rendit 
également recommandable par sa piété, sa sagesse 8c son habileté dans le 
gouvernement, lorsqu'après la mort du comte de Barcelone, son mari, elle eut 
l'administration ^ de ses États, qui consistoienf^ dans les comtés 8c évêchés de 
Barcelone, Girone, Ausone 8c Manrèse. Un moderne '^ donne à Roger I, comte 

' Voyez tome V , Chartes & Diplômes, nu- tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLVIII, la 

méro CXXXVIII. 4'- charte citée sous ce numéro, 

' Voyez tome IV, Note XXII, n. 18 & suiv. '* Marca Hispanica, p. i 107. 

' Diego, Histoire des comtes de Barcejonej 1. 2, ' lèid. p. 642, ioi3, 1107. 

c. 27 & suiv. — Marca, Histoire de Béarn, p. 701 ^ lèid. p. 1 1 06 & seq. 

Sk 708. — Marca. Hispanica, p. 1018. — Voyez ' De Vie, Hist. des éyêijuesJe Carcassonne, p. 56. 



An 1002 



-: 2 28 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An I002 

de Carcassonne, une seconde fille appelée Étiennette , qui épousa, dit-il, 
Garcias, roi de Navarre; mais il se trompe : cette reine étoit petite-fille Si. 
non pas fille de Roger, comme nous le verrons ailleurs. 

Ce comte marque dans son testament qu'il avoit déjà disposé en faveur de 
diverses églises de plusieurs alleux situés dans le Razès, le Narbonnois &c 
une partie du Toulousain. Il confie à Adélaïde, sa femme, pour tout le temps 
qu elle voudrait y l'administration & la régie {hadliam) de tous ses domaines, & 
veut que celui de ses fils qui survivroit aux autres fût chargé de la même ad- 
ministration durant la minorité des enfans de celui qui seroit décédé ; il leur 
défend de vendre ou d'aliéner, sinon entre eux, les domaines qu'il leur donne 
en partage; enfin il substitue au dernier survivant les biens de celui qui 
mourroit sans enfans légitimes, 8c se réserve la liberté de changer dans ce 
testament ce qu'il jugeroit à propos. 

XLIII. — Etendue du domaine de Roger^ comte de Carcassonne, 6» d'Eudes, 
comte de Ra-^ès, son frère. — Origine du comté de Foix. — Vicomtes de 
Minerve, ^c. 

Éd. origin. Quoiqu'il paroisse que Roger ait usé de cette liberté, & qu'il ait fait dans la 

t. n, p. 137. .^ ^ , ^' ^ ° j j.'^ ,. , 

suite quelques changemens au partage de ses domaines, on ne laisse pas de 

tirer de grandes lumières de cet acte, soit pour la généalogie de sa famille, soit 
pour l'histoire de la Province. On voit d'abord quelle étoit l'étendue de sa do- 
mination, & qu'il possédoit les comtés de Carcassonne & de Conserans en en- 
tier, une partie de ceux de Razès & de Comminges, le château Se la viguerie 
de Saissac dans le Carcasses, une portion du Minervois, avec les abbayes de 
Caunes 8c de Saint-Chinian, situées dans le même pays, compris dans le comté 
de Narbonne;le château Scie pays de Foix; les pays de Volvestre, deDalmazan, 
de Podaguès 8c d'Agarnaguès, avec une partie de la viguerie de Sabartès, dans 
le Toulousain; Se enfin Vévêché de Conserans 8c les abbayes de tous ces do- 
maines, avec diverses églises; ce qui demande quelques éclaircissemens. 

1° Roger avoit hérité d'Arnaud, son père, des comtés de Carcassonne Se de 
Conserans Se d'une partie de celui de Comminges. Nous inférons de là qu'il 
avoit une descendance ' commune avec les autres comtes de Comminges qui 
vivoient alors. 

2° Il avoit aussi hérité du même Arnaud, son père, d'une partie du comté de 
Razès; l'autre étoit au pouvoir d'Odon ou Eudes son frère, qui avoit un fils 
appelé Arnaud. Roger avoit fait un accord avec eux pour leur succéder, lui 8c 
sa postérité, s'ils mouioient sans enfans, tant dans cette portion du Razès que 
dans une partie de la viguerie de Sabartès, Se les châteaux Se pays de Queire- 
courbe ou Chercorb, 8c de Queille dans le Toulousain. On voit par là quel 
avoit été le partage du comte Eudes, frère de Roger. 

' Voyez tome IV, Note XXII. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. -.30 

/ An 1002 

3» L'accord entre les deux frères, dont on vient de parler, étoit une espèce 
de substitution pour se succéder l'un à l'autre au défaut de descendans mâles. 
L'usage de ces conventions réciproques étoit alors commun dans les grandes 
maisons, afin d'y conserver leurs domaines. C'est aussi sans doute dans cette 
vue que Roger défendit' dans son testament à ses fils df aliéner leurs biens en 
faveur des étrangers. Cette remarque est importante pour l'intelligence de ce 
que nous dirons dans la suite, au sujet de l'acquisition que firent les comtes de 
Barcelone d'une partie du domaine de la maison de Carcassonne. 

40 Le pays ou viguerie de Sabartès, qui appartenoit à Roger & à son frère, 
s'étendoit dans la partie de l'ancien Toulousain qui confine avec le diocèse 
d'Urgel ou le comté deCerdagne; il fut depuis compris dans celui de Foix. 
Ceux de Queirecourbe 8c de Queille ou Cueille faisoient aussi alors partie du 
Toulousain 5c tiroient leur dénomination de deux châteaux. Ces deux pays 
formoient chacun une viguerie particulière. Le dernier comprenoit^ la partie 
occidentale 8c la plus voisine des Pyrénées du diocèse moderne de Mirepoix à 
la gauche du Lhers. L'autre étoit composé^ d'une quinzaine de bourgs ou 
villages dont celui de Chalabre étoit un des plus considérables j il s'étendoit 
dans la partie orientale du même diocèse de Mirepoix à la droite du Lhers; 
ainsi le comte Eudes avoit eu dans son partage toute la partie méridionale de 
ce diocèse compris alors dans celui de Toulouse. 

5° On voit d'un autre côté que Roger possédoit dans le Toulousain les pays 
ou vigueries de Volvestre, de Dalmazan, d'Agarnaguès 8c de Podaguès, avec le 
château 8c le pays de Foix, 5c le bois de Bolbonne. Le premier de ces pays, situé 
a la droite de la Garonne, aujourd'hui dans le diocèse de Rieux, tire son nom 
de la petite rivière de Volp, qui le sépare du Conserans : il s'étend depuis cette 
rivière jusquesà celle de l'Ariége, 5c dépend du Languedoc. Le Dalmazan, ainsi 
appelé d'un château de ce nom, est arrosé par l'Arize, au midi du Volvestre, 
8c renferme la châtellenie de Camarade dans le comté de Foix. L'Agarnaguès'* 
étoit situé entre le Lhers 8c l'Ariége, 8c le Podaguès ^ entre cette dernière rivière 
8c la Lèze. Enfin le château & la terre de Foix, de même que le bois de Bol- 
bonne, sont assez connus. Nous remarquerons seulement que c'est ici le plus 
ancien monument que nous ayions où il soit fait mention de ce château, dont 
le territoire particulier comprenoit sans doute alors ce qui a formé depuis sa Éd. origin. 
châtellenie, composée d'une vingtaine de bourgs ou villages. " '''"' 

6° L'union de ces divers pays, dont Roger I, comte de Carcassonne, disposa 
en faveur de Bernard, son fils puîné, 8c qui firent le principal domaine de ce 
dernier, donna l'origine au comté de Foix ; origine qu'il faut prendre, non pas 
de ce que ce domaine avoit le titre de comté par lui-même ou de ce que les 
comtes de Toulouse qui en avoient la suzeraineté l'érigèrent en comté, comme 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ■* Voyez tom-e V, Chartes & Diplômes, n. Cil, la 

mero CXXXVIII. • 3<- charte citée sous ce numéro. 

' Voyez tome VIII, Chartes & Diplômes n. V. ' Ibid. n. CXXIV. 

' Uid. 



An 1002 



23c HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

quelques auteurs se le sont faussement persuadé, mais de ce que le château 
de Foix en étoit le chef-lieu, 8c de ce que Bernard ou ses descendans qui y 
fixèrent leur principale demeure. Se qui jouissoient d'ailleurs de la dignité 
comtale, s'en qualifièrent comtes pour se distinguer des comtes de Carcassonne, 
leurs aînés. 

Un célèbre historien ', qui a traité de l'origine du comté de Foix, l'explique 
un peu différemment. Il prétend que Bernard, fils puîné de Roger l, comte 
de Carcassonne, ayant eu le comté de Conserans en partage, une partie de ce 
comté, entre autres sa ville capitale, furent évincées de ses mains par son aîné 
le comte de Carcassonne, 5c qu'ainsi il se qualifia depuis comte de Foix, parce 
que le château &. le territoire de ce nom, avec les autres terres qui lui demeu- 
rèrent, faisoient partie du comté 8c du diocèse de Conserans. Mais cet auteur 
se trompe^ en cela : la ville 8c presque tout le pays de Foix n'ont jamais été 
compris dans le Conserans ni pour le^ temporel ni pour le spirituel, 8c ils ont 
toujours fait partie du Toulousain jusques à l'érection de l'évêché de Pamiers. 
De plus, on n'a aucune preuve bien certaine que Bernard ait pris la qualité 
de comte de Foix, 8c il paroît que Roger, son fils, qui lui succéda vers l'an io36, 
fut le premier qui se la donna j ce qui n'empêche pas qu'on ne doive regarder 
Bernard comme le premier comte de Foix, parce qu'il est en effet la tige des 
comtes de ce nom. 

Le même historien"^ se trompe aussi sur deux autres faits ; il dit : « !«> que le 
(( pays de Conserans, qui auparavant étoit comté, fut réduit au titre de vicomte, 
« par la transaction qu'Ermengarde de Carcassonne passa, en io68, avec Rai- 
a mond-Béranger, comte de Barcelone j « mais il n'est rien dit dans l'acte 5 
de ce changement. Il est vrai que cette vicomtesse vendif^ en 1070 au comte 
de Barcelone les droits qu'elle avoit sur le comté de Ra-^ès, de Conserans, de 
Comminges, de Carcassonne, bc, mais il s'agit ici plutôt du comté que de la 
vicomte de Conserans; 2° cet auteur reprend Catel d'avoir écrit que le comté 
de Foix relevoit entièrement des comtes de Toulouse depuis Raimond de Saint- 
Gilles, 8c prétend au contraire que la partie du même comté située au-dessus 
du Pas de la Barre, c'est-à-dire le haut Foix, qu'il met sans fondement dans 
l'ancien diocèse de Conserans, n'a jamais relevé des comtes de Toulouse. Il se 
fonde "7 pour cela sur quelques hommages rendus à ces derniers au treizième 
siècle par les comtes de Foix, dans lesquels ceux-ci ne reconnoissent tenir des 
comtes de Toulouse que ce qui est en deçà du Pas de la Barre ; mais cela ne 
décide rien pour les siècles précédens, 8c sans entrer ici dans la raison de cette 
distinction que nous développerons ailleurs, il est certain ^ du moins que jus- 
ques à l'an 1068, tout ce que les comtes de Carcassonne 8c de Foix possédoient 
dans le Toulousain, 8c par conséquent tout le pays de Foix, en deçà 8c en delà 

' Marcn, Histoire de Rcarn, 1. 8, c. 9 8t suiv. » Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXXVIII. 

^ Voyez tome IV, ^otc XXII, n. 23. « Ibid. n: CCXLVII. 

3 liid. ' Marca, Histoire de Bcarn, n. 5 & suiv. 

'' Marca, Histoire de Béarn, c. 10, 11. 2. * Voyez tome IV, 'Note XXII, n. 28. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIIL 2.3 1 



An I002 



du Pas de la Barre, relevoit des comtes de Toulouse à qui ils en faisoient hom- 
mage. Reprenons la suite de nos observations sur le testament de Roger I, 
comte de Carcassonne. 

7° Ce comte disposa par cet acte de la châtellenie 8c de la viguerîe de Saissac 
8c des alleux que possédoit Arnaud, son père, à cause du château de ce nom; d'où 
l'on doit inférer qu'Arnaud, comte de Carcassonne, père de Roger, avoit pos- 
sédé cette viguerie. Nous voyons cependant que Hugues, évoque de Toulouse, 
donna vers l'an 960, par son testament', le château de Saissac à ce dernier 8c 
à la comtesse Arsinde sa mère, 8c qu'en 968 il y avoit un vicaire ou viguier 
dans ce château 5 mais celui-ci tenoit sans doute cette viguerie en fief, ou 
d'Arnaud, ou de Roger son fils. A l'égard de Hugues, évêque de Toulouse, cela 
nous donne lieu de croire qu'il étoit de la maison des comtes de Carcassonne; 
il ne posséda d'ailleurs qu'une partie du château de Saissac, cfu'il laissa à Rop-er, ''-'^- <"''8'"- 
dont il etoit vraisemblablement oncle paternel. 

8° Ce comte disposa aussi de plusieurs alleux qu'il tenoit dans le Narbon- 
nois de la succession de son père, 8c de la part qu'il avoit au château de Mi- 
nerve 8c dans ses dépendances, que le vicomte Rainald lui avoit donnée. Ce 
dernier étoit donc vicomte du Minervois, pays qui s'étend dans la partie sep- 
tentrionale de l'ancien diocèse de Narbonne, 8c qui comprend aujourd'hui 
presque tout celui de Saint-Pons. Rainald est le plus ancien vicomte de Mi- 
nerve dont nous ayons quelque connoissance. Il paroît cependant que le vi- 
comte Béraudj qui présida à un plaid tenu ^ dans le château de Minerve à la 
fin du règne de Charles le Chauve, étoit un des prédécesseurs de Rainald, 
qui descendoit peut-être d'un vicomte de Béziers de même nom, lequel vivoit 
au milieu du dixième siècle. Quoi qu'il en soit, il y a apparence que les ab- 
bayes de Caunes 8c de Vernasone ou de Saint-Chinian, dont Roger disposa en 
faveur de Raimond, son fils, venoient du même vicomte de Minervois, car elles 
sont situées dans ce pays. Nous conjecturons aussi de cette donation, qu'Adé- 
laïde, femme de Roger, étoit ou sœur ou fille du même Rainald ; n'étant pas 
naturel que celui-ci, qui laissa des successeurs dans sa vicomte, eût donné à 
Roger une portion de son domaine s'il n'eût été son allié ou son proche pa- 
rent. Ce dernier fait encore mention d'un vicomte Raimond qui tenoit de lui 
divers alleux dans le Toulousain ; nous ne savons pas le nom de la vicomte de 
ce dernier. 

9° Roger laissa à Adélaïde, sa femme, la haillie ou administration des biens 
de ses fils pour tout le temps qu'elle voudroit ; preuve qu'elle pouvoit la 
garder jusques après leur majorité, 8c en effet, on a déjà vu dans la Province 
d'autres exemples d'une pareille administration. Il s'ensuit de là que cette 
clause ne sauroit servir à fixer l'époque du testament de Roger, ni à prouver 
que ses fils fussent alors en bas âge, comme un célèbre historien^ a voulu l'in- 
férer. Cet auteur conclut aussi, de ce que ce comte déclare que si ses fils ve- 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Archives de l'abbaye de Caunes. 

méros XCV, LXXXIX. ' Marca, Histoire de Béarn, p. 709. 



An 1004 



232 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An I002 

noient à avoir des enfans d'un légitime mariage ils auroient l'administration 
de leurs biens, que pas un d'eux n'étoit alors marié ; on peut seulement in- 
férer de là qu'ils n'avoient pas encore d'enfans. Il paroîten effet que Raimond 
qui étoit l'aîné avoit épousé dès lors, ou qu'il épousa bientôt après ' Garsinde, 
fille aînée &. héritière de Guillaume, vicomte de Béziers Se d'Agde. 

10° Enfin on ne doit pas croire que Roger, en disposant par son testament 
en faveur de ses fils des évêchés 6» des ahbayes de son domaine, ait prétendu 
leur donner le titre épiscopal ou abbatial, mais seulement l'avouerie ou le pa- 
tronat laïque. Nous avons en effet la suite des évêques de Carcassonne 8t des 
abbés des monastères dépendans du même domaine, pendant la vie des fils de 
Roger. Cette remarque peut servir également pour l'intelligence de semblables 
termes qu'on trouve dans divers monumens de ce siècle 8c du précédent. 

XLIV. — Assemblée pour le rétablissement de la paix dans la Province. 

Roger survécut plusieurs années à son testament Se il fut peut-être du 
nombre des seigneurs de la Province qui assistèrent à une célèbre assemblée 
tenue ^ vers l'an 1004, par les soins de Gui, évêque du Puy. Ce prélat que 
nos modernes ont confondu ^ avec Gui d'Anjou son prédécesseur. Se qui fut 
le troisième évêque du Fuy de son nom, avoit succédé à Théotard depuis 
environ l'an 1001 que celui-ci décéda, à ce qu'iH paroît. Gui III touché^ 
de voir la licence des mœurs régner partout impunément Se les désordres 
affreux qu'occasionnoient de son temps la tyrannie des seigneurs séculiers Se 
leurs guerres particulières, résolut d'apporter quelque remède à ces maux, qui 
troubloient la paix de son diocèse. 

Dans ce dessein, il engagea plusieurs évêques, entre autres Pierre de Vi- 
viers, Gui de Valence, Begon de Clermont, Raimond de Toulouse, Deusdet 
de Rodez, Frédelon d'Elne, Fulcrand de Lodève, Se Gui de Glandève, qui 
étoit en même temps abbé de Saint-Chaffre, à s'assembler avec plusieurs sei- 
gneurs Se notables personnages dont on ne marque pas le nom, pour chercher 
les moyens de rétablir la paix Se la sûreté publique. L'assemblée écouta favora- 
Mi" p"i4o blement sa proposition. Se l'on dressa divers règlemens par lesquels on défendit 
entre autres aux clercs de porter les armes. Se aux laïques d'usurper les droits 
Se les biens ecclésiastiques Se de troubler les gens de la campagne dans la cul- 
ture des terres. On défendit aussi aux prêtres de rien exiger pour le baptême. 
Se l'on déclara enfin excommuniés tous ceux qui violeroient ces décrets, que 
Dacbert, archevêque de Bourges Se Thibaut, archevêque de Vienne, approu- 
vèrent dans la suite. 



' Voyez tome IV, Note XX, n. lo. ^ Mabillon, ad ann. looi, n. 25. 

* Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 3 & suiv. ^ Mabillon, de Re dlplomatica, p. 577. — Gallia 

' I^id, Chr'istiana., nov. edit. t. 2, instrum, p. 225. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 233 " 

An ioo3 

XLV. — Maison de Narbonne. 

Frédelon, évêque d'Elne, qui assista à cette assemblée, avoit succédé ' depuis 
peu à Béranger premier du nom. Ermengaud, archevêque de Narbonne, frère 
de Raimond, vicomte de cette ville, donna^ le 3o d'octobre de la septième 
année du règne du roiRobert, ou de l'an ioo3, à l'abbaye de Cuxa en Roussil- 
lon, l'alleu de Cauchenne, dépendant de celle de Saint-Laurent sur la Niesle, 
du consentement de ce prélat, d'Adalbert, évêque de Carcassonne, & de la vi- 
comtesse Ermessinde surnommée Bonne, à la charge d'y faire construire une 
maison dont la moitié appartiendroit à la première Se l'autre à la seconde de 
ces deux abbayes, avec défense de l'aliéner qu'en faveur de l'archevêque de 
Narbonne 5t de l'abbé de Saint-Laurent. Nous concluons de là : i" que 
quoique cette dernière abbaye fût unie à l'archevêché de Narbonne, elle 
étoit cependant gouvernée par un abbé ; 2° qu'Ermengaud, archevêque de 
cette ville, Frédelon, évêque d'Elne, Adalbert de Carcassonne, 8<. la vicom- 
tesse Ermessinde, qui concoururent également à cette donation, dévoient être 
parens ou alliés. 

XLVL — Assemblée tenue à Vabbaye de Psalmodî. 

Plusieurs prélats Se seigneurs de Languedoc Se de Provence tinrent en 1004 

une autre 3 assemblée à Psalmodi, dans le diocèse de Nimes, à l'occasion du "'°"4 
rétablissement de cette abbaye, alors presque entièrement ruinée. Ils chargè- 
rent de ce soin Warnarius qu'ils y nommèrent pour abbé. L'acte, dont il ne 
reste qu'un fragment, est souscrit par cinq évêques, deux abbés Se plusieurs 
comtes ou seigneurs séculiers. Les premiers étoient Frotaire, Héribaldus, 
Dolon, Fulcrand Se Pierre j on ne marque pas leur siège, mais nous savons 
par d'autres monumens que le premier étoit évêque de Nimes, le second d'Uzès, 
le quatrième de Lodève Se le cinquième de Maguelonne. Les deux abbés 
étoient Warnarius dont on vient de parler Se Gérard de Saint-Gilles. Entre 
les seigneurs séculiers, Adélaïde, comtesse de Provence, mère Se tutrice du comte 
Guillaume II, souscrivit la première. Se après elle Guillaume, comte de Tou- 
louse, le comte Pons son fils, un seigneur nommé Ictérius, le même Guil- 
laume II, le comte Rotbold, oncle de ce dernier Se beau-père de Guillaume, 
comte de Toulouse, le comte Hugues Se Pons son frère. L'abbaye de Psal- 
modi reçut diverses donations depuis son rétablissement. Guillaume II, comte 
de Provence, sa femme Adélaïde ^^ le comte Rotbold, son oncle. Se Guillaume, 
son frère, lui donnèrent entre autres le lieu de Mudaisons, dans le diocèse de 
Maguelonne, Se celui de Bergen dans le comté d'Aix. Guillaume, comte de 
Toulouse Se Emme de Provence, sa femme, lui avoient restitué quelques 

■ Voyez tome IV, 'Note XXVIII, n. 3. ^ Mabillon, ad ann. 1C04, n. 59. 

" Marca Hispanica, p. 961. ^ Voyez tome IV, Note XIV, n. 14 & siiiv. 



-~ 284 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 1004 ' 

années auparavant', vers l'an 997, & à Wittard son abbé, le prieuré de Saint- 
Julien de Corneillan. Nous conjecturons ^ que le comte Hugues qui se trouva 
à cette assemblée n'est pas différent de Hugues, frère puîné de Raimond II, 
comte de Rouergue & marquis de Gothie. 

XLVII. — Mort de Raimond II, comte de Rouergue ^ marquis de Gothie. 

Hugues, son fils, lui succède. 

Ce dernier étoit alors déjà décédé, ou décéda du moins peu de temps après. 
Il est certain 3 en effet que sa mort arriva après l'an 1000 Se avant l'an loio. 
Il donna "^ peu de temps auparavant l'alleu de Palais, dans le diocèse d'Agde, à 
l'abbaye de Saint-Sauveur de Conques en Rouergue, pour en jouir après sa 
mort, 8c lui vendit quelques autres domaines. Suivant la charte, cet alleu con- 
finoit avec les terres de Garnier de Loupian, de Matfred, évêque de Béziers, 
6- de Bernard, fils d'Almérade. Celui-ci pourroit bien être le même^ que Ber- 
nard, seigneur d'Anduze, dont nous aurons lieu de parler ailleurs, ce qui nous 
donneroit sa filiation. 

Pour revenir à Raimond II, comte de Rouergue, un auteur contemporain 
rapporte*^ qu'il entreprit le voyage de la Terre-Sainte ou de Jérusalem h. qu'il 
mourut en chemin j ainsi son sort fut à peu près semblable à celui de Rai- 
mond I, son père, qui décéda dans le cours d'un pèlerinage qu'il fit à Saint- 
Jacques en Galice, avec cette différence cependant que ce dernier fut assassiné. 
Raimond II donna '^ encore, avant son départ, à l'abbaye de Conques les 

Éd. origin. salines voisines du lieu de Palais qui s'étendoient le long; des côtes de la mer; 
t. II, p. 141. , 1 1 i> • . 

il fit aussi présent à cette abbaye d une vingtaine de vases de vermeil très-bien 

travaillés, 8c d'une selle magnifique du prix de cent livres, dont le travail sur- 
passoit de beaucoup la matière 8c dont il avoit coutume de se servir aux jours 
de cérémonie. Il l'avoit remportée avec plusieurs autres dépouilles sur les Sarra- 
sins dans une occasion où il les avoit battus. 

Ce prince avoit épousé vers l'an ^ 986 une dame nommée Ricarde, dont le 
nom peut donner lieu de conjecturer qu'elle étoit de la famille de Richard, 
vicomte de Millau, en Rouergue, qui vivoit alors. Il en eut un fils appelé 
Hugues, qui lui succéda ^ dans le marquisat de Gothie, le comté de Rouergue 
8c ses autres domaines, sous la tutelle 8c l'administration de la même Ricarde 
qui étoit encore jeune à la mort du comte Raimond II, son mari. C'est ce 
que nous apprend le même auteur'° contemporain qui fait mention de cette 
comtesse 8c de sa dévotion envers sainte Foy, dont on conservoit les reliques 

■ Archives de Pcnlmodi. — Dom Estiennot , * Voyez tome IV, Note XXI, n. 3. 

Fragm. Iiist. ms. latin, n. 12763. * Voyez tome V, Chroniques, n. II. 

^ Voyez tome IV, Note VIII, n. 24 & suiv. ' Ibid. 

3 Ibid. n. 29. * Voyez tome IV, Note VIII, n. 29. 

■• Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Ih'id. n. 14. 

méro CXXXIX, la 1"^ charte citée sous ce numéro. '" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. III. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 23;") 

clans l'abbaye de Conques, à laquelle elle fit présent d'un de ses plus précieux 
bijoux. 

XLVIII. — Mort de la comtesse Berthe, mère du même Raimond II. 

La princesse Berthe survécut aussi à Raimond II, comte de Rouergue, son 
fils. Elle vivoit en effet encore sous l'épiscopat d'Arnaud, évêque de Rodez, 
qui ne succéda au plus tôt qu'en ioo5 à Deusdet, 5c qui convoqua ' un synode 
auquel elle se trouva. C'est sans doute de la même Berthe qu'un autre auteur^ 
a voulu parler sous le nom de la comtesse de Narbonne , qui, vers la fin du 
dixième siècle, fit présent d'un calice de cristal enrichi de pierres précieuses à 
l'abbaye d'Aurillac, en Auvergne; car il est certain que Raimond I Se Rai- 
mond II son fils, comtes de Rouergue, possédèrent le comté particulier de 
Narbonneavec le marquisat de Gothie. 

XLIX. — Guillaume, comte de Toulouse, fait sa résidence ordinaire 

en Provence. 

Nous avons déjà remarqué que Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, 
leur cousin, fit son séjour ordinaire en Provence depuis son mariage avec 
Emme, fille de Rotbold, comte en partie de cette province. Cela paroît entre 
autres par une^ charte de Pons, évêque de Marseille, de la maison des vicomtes 
de cette ville, suivant laquelle ce prélat confirma en ioo5 les donations que 
lui &. ses parens avoient faites en faveur de l'abbaye de Saint- Victor. L'acte est 
souscrit &. autorisé par Rotbold, qui se qualifie comte par la grâce de Dieu, par 
la comtesse Adélaïde Se Guillaume, comte de Provence, son fils, par Guillaume, 
comte de Toulouse, 8c par Ermengarde, femme du comte Rotbold. On y voit 
aussi les souscriptions de divers évêques, abbés 8c seigneurs séculiers, en parti- 
culier celle de Warnarius, abbé de Psalmodi. 

L. — Testament d'Ermengaud de Narhonne, archevêque de cette ville. 

Il est encore fait mention de Guillaume, comte de Toulouse, dans le testament 
que fit ^ vers le même temps Ermengaud, archevêque de Narbonne. Ce prélat 
nomme dans cet acte 5, qui est sans date, pour ses exécuteurs testamentaires : 
1° le comte Bernard, le même sans doute que le comte de Besalu 8c de Fenouil- 
lèdes de ce nom, qui vivoit alors 8c qui avoit déjà donné, ou donna du moins 
peu de temps après en mariage Garsinde, sa fille, à Béranger, fils de Raimond, 
vicomte de Narbonne, neveu d'Ermengaud j 2° la vicomtesse Ricarde, sa belle- 
sœur; 3° Deusdet, abbé de Saint-Paul de Narbonne; Francon, prévôt de la 

' Labbe, Bibl, nova manusc. t. 2, p. 537. — P* ^4 & suiv. — Gallia Christiana, nov. edit. t. i. 

Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 3. • instrum. p. 1 09 & suiv, 

' Mabillon, Analect. t. 2, p. 24. '' Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 2. 

^ Bouche, Histoire des comtes de Provence^ t. 2, ^ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CXL. 



An 1004 



An ioo5 



An ioo5 



236 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



t. II, p. 142. 



cathédrale, &C. Il lègue différentes terres tant a son église qu'à celle de Saint- 
Paul Se aux chanoines de Sainte-Marie de Quarante, auxquels il laisse de 
plus deux coupes d'argent. Il lègue aussi quelque argenterie aux abbayes de 
Villemagne, de Saint-Pons, de Caunes Se de la Grasse 5 il donne deux coupes 
d'or avec une selle précieuse à Raimond, vicomte de Narbonne, son frère, Se 
à Bélanger, son neveu, fils de ce dernier 5 à Guillaume, son autre neveu, l'alleu 
qu'il avoit acquis dans le Minervois; à Raimond, comte de Barcelone, sa mule 5 
à Guillaume ) comte de Toulouse y ses faucons 5 à Deusdet, abbé de Saint-Paul, 
deux coupes d'argent Se les tasses qui avoient appartenu à Aymeri, son pré- 
décesseur, à la charge de les remettre à celui qui après son décès seroit arche- 
vêque de Narbonne, pour s'en servir de même que ses successeurs. Il laisse 
aussi de l'argenterie à Frédelon, Etienne, Matfred, Se Adalbert, évêques, dont 
il ne dit pas le siège : nous apprenons d'ailleurs que le premier étoit évêque 
d'Elne, le second d'Agde, le troisième de Béziers Se le quatrième de Carcas- 
Éd origin. sonne. Il fit enfin divers autres legs à plusieurs personnes, à quelques ecclé- 
siastiques Se à ses domestiques. Se donna à chacun de ses exécuteurs testa- 
mentaires dix sols, une jument Se une vache. Se à la vicomtesse Ricarde, sa 
belle-sœur, cinq jumens avec un alleu qu'il substitua à l'abbaye de la Grasse. 
Nous avons cru que ce détail ne seroit pas inutile pour faire remarquer les 
usages du siècle. Ce prélat survécut encore dix à onze ans à son testament. 

LL — Troisième concile de Toulouse. 

Il assista vers l'an ioo5 à un concile que Raimond, évêque de Toulouse, Se 
Guillaume, comte de cette ville, y convoquèrent'. Les anciens seigneurs de 
Caramaing ou Caraman, lieu situé à quatre lieues de Toulouse vers le sud- 
est, avoient obtenu de nos rois le privilège de faire tenir un marché les trois 
derniers jours de la semaine, en tel endroit de leur domaine qu'ils jugeroient 
à propos, depuis le lieu de Stap jusques aux murs de Toulouse, Se d'y faire lever 
certains droits. Ces seigneurs abusant de leur autorité, étendirent si fort ce 
privilège par l'établissement de divers péages, Sec, que leurs vexations inter- 
rompoient entièrement le commerce. Donat, l'un de leurs descendans, résolu 
de le rétablir, renonça publiquement à ces mauvais usages entre les mains de 
l'évêque Se du comte de Toulouse, Se déclara qu'il s'en tenoit aux droits portés 
par les chartes de nos rois 5 mais dans la crainte que ses successeurs ne renou- 
velassent les mêmes vexations, l'évêque Raimond Se le comte Guillaume con- 
voquèrent le concile de Toulouse dont on a parlé. L'archevêque de Narbonne, 
les évêques de Carcassonne, de Béziers Se de Maguelonne ses suffragans, 
l'archevêque d'Auch, Se trois évêques de sa province dont les noms ne sont pas 
marqués, s'y trouvèrent avec plusieurs abbés Se y dirent anathème à tous ceux 
qui rétabliroient ces mauvais usages. L'acte est sans date, mais il doit être du 



• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, CXLI. — Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc^ p. 862. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2ùi ~ T" 

' An ioo5 

commencement du onzième siècle. Guillaume y est qualifié comte des peuples 
de V Albigeois j du Querci 6* du Toulousain. 

Le même Donat de Caraman signala sa piété envers l'église de Saint-Sernin 
de Toulouse, par une donation ' qu'il fit avec Rixende, sa femme, du marché 
de Baziége dans le Lauragais. L'acte est du temps du comte Guillaume 8<. de 
Raimond, évêque de Toulouse. Ce dernier obtint en 1007 du pape Jçan XVIII 
une bulle ^ qui maintient dans la possession de leurs biens la cathédrale de 
de Saint-Etienne 8c les monastères de Saint-Sernin &. de Notre-Dame de la 
Daurade de Toulouse, avec défense à tous les évêques de faire, sans la per- 
mission de ce prélat, aucune ordination dans son diocèse. 

LU. — Mort de S. Fulcrand, évêque de Lodève. 

S. Fulcrand, évêque de Lodève, étoit en ioo5 dans un âge fort avancé ; mais 
quoique courbé sous le poids des années^, on ne le vit jamais se relâcher en 
rien de sa première ferveur & de sa vie pénitente. Les désordres que causoient 
alors dans tout le royaume la licence des mœurs 8c la tyrannie des seigneurs 
séculiers, l'obligèrent d'user quelquefois de rigueur pour rétablir la paix 8c la 
tranquillité. Il eut entre autres recours aux armes pour reprendre le château de 
Gibret, dans le domaine de son évêché, dont une troupe de brigands s'étoient 
emparés, 8c qu'il soumit à ce qu'on prétend par un miracle. Il poussa un jour 
si loin son zèle pour la religion, que ne pouvant entendre sans indignation le 
récit de l'apostasie d'un évêque du voisinage qui avoit abandonné la foi pour 
embrasser le judaïsme, il lui échappa de dire publiquement que ce prélat méritoit 
d'être brûlé vif, ce qui arriva bientôt après, par la fureur du peuple animé contre 
cet apostat. La crainte d'avoir donné lieu par la véhémence de son discours à 
cette violence causa un grand scrupule à Fulcrand. Il en fut si touché que, soit 
pour expier la faute dont il se croyoit coupable, soit pour satisfaire à celle du 
peuple qui avoit fait mourir cet évêque, il entreprit trois divers pèlerinages à 
Rome au tombeau des saints Apôtres, où il fit une pénitence publique. A son 
premier voyage il quitta ses habits aux approches de Rome, se couvrit d'épines, 
8c se fit conduire publiquement, en se faisant fustiger, dans l'église de Saint- 
Pierre où il demeura longtemps dans les veilles, la prière 8c le jeûne, avant que 
de recevoir son absolution. Au troisième voyage, il passa tout le carême dans 
un exercice continuel de pénitence 8c défraya tous les cardinaux jusques au 
jour de Pâques. A son départ de Rome, le pape lui fit présent de quelques 
reliques de S. Sébastien , 8c Dieu, pour marquer qu'il lui avoit pardonné, Éd. origin. 
continua d'opérer depuis divers miracles par son ministère. 

Ce prélaf^ se voyant à la fin de sa carrière fit appeler autour de son lit les 
chanoines de sa cathédrale, les abbés de son diocèse 8c Matfred, évêque de 

' Catel, Histoire des comtes Je Toulouse., p. 176. ^ Vita S. Fuîcranni , Bollandistes, fcvr. t. 2, 

' Catel, Mémoires de l histoire du Languedoc, p. 7 1 2 &. sulv. 
p. 853 & 861. — Voyez tome IV, Note XIX, n. 2. '' Vita S. Fulcr. Bollandistes, mai, t. 6, p. 824. 



An 1006 



An 1006 



An 1007 



238 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

Béziers', qui lui étoit très-cher 5 il se fit lire en leur présence le testament qu'il 
avoit déjà fait depuis longtemps 8c qu'il confirma dans tous ses points. Il se 
fit transporter ensuite, le 4 de février de l'an 1006, dans sa cathédrale, où il 
bénit le tombeau qu'il s'y étoit fait préparer par avance, se fit rapporter sur son 
grabat, reçut les derniers sacremens des mains de l'évêque de Béziers &. s'étant 
fait mettre à terre sur la cendre &. le cilice, il y expira le mercredi i3 de fé- 
vrier de la même année, après un épiscopat de cinquante-sept ans &: quelques 
jours. Il fut honoré d'un culte public environ cent ans après. On leva alors 
son corps de terre pour l'enfermer dans une châsse qui fut placée avec les 
autres reliques de la cathédrale; mais ce précieux trésor fut brûlé ou dissipé 
par les calvinistes, lorsqu'ils s'emparèrent en iSyS de la ville de Lodève, & l'on 
ne put sauver qu'une main &. quelques autres ossemens. 

On prétend^ que Ra'imond, comte de Toulouse , donna à S. Fulcrand & 
à son église quelques villages du comté d'Agde; mais, comme nous ne trouvons 
aucun Raimond qui ait été comte de Toulouse sous son épiscopat, on doit 
attribuer cette donation à Raimond I ou à Raimond II , son fils, comtes de 
Rouergue 8c marquis de Gothie, de la maison de Toulouse. On croit ^ que 
Matfred, évêque de Béziers, qui succéda à ce saint prélat dans l'évêché de Lo- 
dève, Se qui posséda en même temps "^ ces deux évêchés jusques à sa mort, étoit 
natif du dernier; peut-être étoit-il issu de la famille des vicomtes du pays, ce 
qui lui aura donné lieu, suivant l'usage de ce siècle, d'envahir l'évêché. Il 
paroît du moins qu'il étoit parent d'Ermengaud, archevêque de Narbonne, 
ainsi que nous l'avons déjà remarqué. 

LUI. — Plaid tenu dans le diocèse de Narhonne. 

Ce dernier tint^ un plaid dans le village de Saint-Georges, autrement dit 
Ravinian , dans le comté de Narhonne, au mois de mars de Vannée 1007, la 
onzième du règne du roi Robert , avec Raimond, vicomte de Narbonne, son 
frère, Deusdet, abbé de Saint-Paul, Bernard, chevalier {miles)^ Aton Vassa- 
dellus, viguier, 5c plusieurs autres personnes tant ecclésiastiques que sécu- 
lières; il est fait mention dans l'acte des sols (y des deniers de Narbonne. Le 
même Deusdet*^, abbé de Saint-Paul de Narbonne, 8c ses chanoines, reçurent 
en échange, le 10 du mois d'avril de Vannée 1006, la dixième du règne du roi 
Robert, un alleu ou bénéfice situé à Bages, dans le comté de Narbonne, dont 
la vicomtesse Adélaïde 8c ses fils Ermengaud , archevêque de cette ville, 8c 
Raimond, vicomte, avoient fait donation au père de celui qui le donna en 



' Il y a i/e Rode^ dans l'édition que Bollandus ' Plantavit, Chronologla praesulum Lodovensiutn , 

a donnée de la Vie de S, Fulcrand; mais il faut p. 75. 

lire de Béliers avec le manuscrit de Saint-Guillem '' Ihid. 

du Désert & l'édition de Plantavit. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 

' Plantavit, Chronologia praesulum Lodovensium, méro CXLII, la z'^ charte citée sous ce numéro. 

p. 70. <- Ihid, 



An I 007 



An i{ 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2.39 

échange. La date de ces actes prouve d'une manière très-précise l'époque du 
règne du roi Robert 8<. de la mort du roi Hugues, son père. 

LIV. — Assemblée provinciale tenue à Urgel. — Étendue de la province 

ecclésiastique de Narbonne. 

L'archevêque Ermengaud assista, le 18 de novembre de l'an loio, à une 
grande assemblée tenue à Urgel pour l'établissement de la vie canoniale parmi 
les chanoines de la' cathédrale de cette ville, suivant ^institution que l'empe- 
reur Louis le Débonnaire en av oit faite à Aix-la-Chapelle. « Raimond, comte ^ 
« marquis de Barcelone} Ermessinde, sa femme j la veuve d'Ermengaud, comte 
« d'Urgel 5 son fils Ermengaud encore enfant; Guifred, comte de Cerdagne 
(( Se sa femme Guisle j Soniarius, comte de Pailhas 8c ses filsj Ermengaud, 
« autre comte de Pailhas; Ermengaud, archevêque de Narbonne; les co-diocé- 
u sains 6- sujfragans de ce prélat y savoir : Adalbert de Carcassonne, Matfred 
« de Béziers, Pierre de Maguelonne, Frotaire de Nimes, Etienne d'Agde, 
« Eriballus d'Uzès Se Raimond de Toulouse ; 5c enfin ses sujfragans espagnols, 
(c Pierre de Girone, Borrel d'Ausone, Oliba d'Elne, dont Vevêché est en deçà 
« {cis) des Pyrénées , Deusdet de Barcelone Se Aymeri de Ribagorça » se trou- 
vèrent à cette assemblée Se confirmèrent la donation qu'Ermengaud, évêque 
d'Urgel, fit dans cette occasion à ses chanoines. Cet acte nous donne lieu de Éd. origin 
remarquer: 1° que la province ecclésiastique de Narbonne comprenoit alors 
seize diocèses, tant en deçà qu'au delà des Pyrénées, avec celui de la métropole. 
Il n'est pas fait mention de l'évêque de Lodève , parce que Matfred occupoit 
alors cet évêché conjointement avec celui de Béziers; 2° que le diocèse d'Elne 
étoit alors compris dans l'Espagne , quoiqu'il appartînt naturellement à la 
Gaule Se à la Septimanie, par la raison qu'il dépendoit pour le temporel de 
divers comtes de la Marche d'Espagne, soumis cependant à la souveraineté 
de nos rois. Ce diocèse renfermoit en effet les trois comtés de Roussillon, de 
Confiant Se de Valespir, dont le premier étoit possédé^ par Guillabert qui avoit 
succédé à Wifred ou Guifred, son père. Celui-ci eut un frère appelé Gausfred, 
auquel les comtés d'Ampurias Se de Pierrelate, portion du diocèse de Girone, 
échurent en partage. Se à qui son fils Hugues avoit succédé alors. Bernard, comte 
de Besalu, étoit maître du comté de Valespir, Se Guifred son frère, comte de 
Cerdagne, de celui de Confiant. Au reste, l'endroit de cet acte où il est marqué^ 
que le diocèse d'Elne est situé en deçà des Pyrénées par rapport à Urgel est 
certainement fautif. Se il faut lire au delà. 

On a parlé ailleurs de la plupart des évêques de la Province qui assistèrent 
à l'assemblée d'Urgel. On ajoutera seulement qu'Eriballus étoit déjà"* évêque 
d'Uzès dès l'an 994, qu'il se trouva au concile d'Anse dans le Lyonnois, Se que 
sous Tépiscopat de Pierre, évêque de Maguelonne, Bernard, comte de Substan- 

' Marca H'ispan'ica, p. 974 8c seq. ' Marca Hispanica, p. 974 & seq. 

' Ihid. p. 968. ■* Martène, Thésaurus anecd, t. 4, p. 78. 



t. II, p. 144. 



An K 



240 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

tion', donna en ioo5 à l'abbaye de Saint-Michel de la Cluse, en Piémont, 
l'église de Sainte-Croix auprès de Melgueil. Ce dernier prélat fît, à ce qu'il 
paroît, un voyage à Rome en ioi3, puisqu'il souscrivit alors à une bulle du 
pape Benoît VIII en faveur de l'église d'Urgel^. 

LV. — Pierre de Carcassonne élu évêque de Gïrone. 

Pierre^, troisième fils de Roger comte de Carcassonne, étoit donc évêque 
de Girone dès le mois de novembre de l'an loio. Il avoit succédé depuis peu, 
sans doute par le crédit Se l'autorité d'Ermessinde, comtesse de Barcelone, sa 
sœur, à Otton qui avoit été tué durant la guerre que les Sarrasins d'Espagne, 
soutenus des chrétiens du pays, se faisoient alors. Ces infidèles"^ s'étoient par- 
tagés entre Almahade & Zuleiman, deux de leurs princes qui se disputoient la 
couronne. Le dernier eut recours à la protection de Sanche, comte de Castille, 
qui le plaça en quelque manière sur le trône, après avoir gagné en 1008 une 
célèbre bataille sur Almahade. Celui-ci pour se soutenir implora le secours de 
Raimond, comte de Barcelone, qui l'alla joindre avec divers seigneurs & prélats 
de la Marche d'Espagne. De ce nombre furent Ermengaud, comte d'Urgel, 
son frère; les évêques T^tius de Barcelone, Otton de Girone 8c Arnaud d'Au- 
sone, qui furent tués le i^"" de septembre de l'an loio, dans une seconde ba- 
taille qu'Almahade eut le malheur de perdre du côté de Cordoue. Ermengaud, 
comte d'Urgel, qui fut surnommé de Cordoue, à cause qu'il mourut dans cette 
occasion, avoit fait son testament deux ans auparavant, le 28 de juillet, la dou- 
-{ième année de Rohert. Il avoit légué entre autres^ son épée 8c son baudrier 
garni d'or à l'église de Sainte-Marie du Puy, deux tasses d'argent à celle de 
Saint-Vincent de Castres, ses échecs à l'abbaye de Saint-Gilles, 8cc. 

LVI. — Exploits de Raimond, seigneur du Bousquet, au diocèse de Toulouse. 

Ce qu'un auteur '^ contemporain rapporte des aventures 8c des exploits de 
Raimond, seigneur du Bousquet, dans le diocèse de Toulouse, nous fait con- 
jecturer que ce dernier servoit dans l'armée des Sarrasins dans le temps que 
Sanche, comte de Castille, remporta, en 1008, sur Almahade, la victoire dont 
on vient de parler. Ce seigneur, également considérable par sa naissance 8c 
par ses grands biens, forma, suivant le goût de son siècle, le dessein de faire 
le pèlerinage de Jérusalem. Il se mit en chemin, 8c étant arrivé à Lune sur la 
côte de Toscane, il s'embarqua. Il fut à peine en mer qu'il s'éleva une tempête 
si furieuse que le vaisseau se brisa contre des écueils, en sorte que Raimond 8c 
un de ses domestiques furent presque les seuls qui échappèrent du naufrage. 

' Arnaud de Verdale, de Ep'ncopis Magal. p. 795. '' Marca Hispanlca, p. 978 & seq. 

' Marca Hispanïca, p. 994. '' Bernard le Scholastique, de Mirjcul. S. F'id'is, 

3 Voyez tome IV, A^ole XXII, n. 17. — Labbe, B'ibl'iothcca nova manuscr'iptorun; , t. 2 , 

■* Marca Hispanïca , p, 822 & 542. — Ferre- p. 041 & seq. — Voyez tome V, Chroniques, nu- 

ras, ann. 1008 & seq. méro III. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 241 

' An 1010 

Ce domestique, s'étant saisi d'une planche, fut jeté sur les côtes d'Italie, 5t 

croyant que son maître avoit péri, il retourna au Bousquet où il annonça le 

malheur qui venoit d'arriver. La femme de Raimond, persuadée de la mort 

de son mari, s'empara aussitôt du château, se remaria £< mit tout en œuvre ^f- ^'''fi'"- 

pour déshériter ses filles du premier lit ; mais un seigneur du voisinage, nommé 

Hugues Escafrcd, bon ami de leur père, prit soin de leurs intérêts St les donna 

en mariage à ses fils. 

Cependant Raimond, s'étant saisi d'une planche 8c ayant imploré le se- 
cours de sainte Foy, fut jeté sur les côtes d'Afrique où il demeura pendant trois 
jours errant sur la plage. 11 rencontra enfin une troupe de pirates qui ve- 
noient du pays de Turlande , qui le prirent 8t l'emmenèrent en esclavage. 
Il cacha d'abord sa condition, mais comme on l'obligea de travailler à la terre, 
à quoi il n'étoit pas accoutumé, il se vit malgré lui forcé d'avouer qu'il n'avoit 
jamais fait d'autre métier que celui des armes. Ses maîtres, charmés de trouver 
en sa personne un homme de guerre, l'employèrent dans toutes leurs ex- 
péditions : il ne fut pas longtemps sans donner des preuves de sa capacité Se 
de sa valeur qui lui méritèrent de grands éloges 8c un rang distingué parmi 
eux. Ces pirates étoient actuellement en guerre contre les Barbarins, peuples 
d'Afrique, qui leur ayant livré bataille, les défirent entièrement 8(. firent 
Raimond prisonnier. Ces derniers, informés de son expérience dans l'art mili- 
taire, se servirent utilement de lui dans la guerre qu'ils faisoient alors aux Sar- 
rasins de Cordoue, qui le firent prisonnier à leur tour sur les Barbarins 8c 
lui donnèrent de l'emploi dans leurs armées. Le seigneur du Bousquet, après 
s'être signalé parmi eux par divers exploits, tomba peu de temps après au 
pouvoir des Alabites, dans une bataille que les mêmes Sarrasins, leurs enne- 
mis, gagnèrent sur eux. Ses nouveaux maîtres l'amenèrent contre Sanche, 
comte de Castille, qui leur faisoit la guerre, 8c qui les ayant défaits dans une 
occasion, demeura maître de la personne de Raimond 8c d^une infinité de 
chrétiens qui avoient combattu pour ces infidèles. Le comte, instruit de la 
religion, de la naissance 8c des malheurs de ce seigneur, lui accorda non- 
seulement la liberté comme à tous les autres chrétiens, mais il le combla de 
bienfaits. Raimond se voyant libre se retira chez lui, après une absence de 
trois ans, recouvra le château du Bousquet par le secours de ses amis 8c en 
chassa celui que sa femme avoit épousé. Tel est le récit en abrégé des aventures 
de ce seigneur, que nous a laissé plus au long un auteur qui écrivoit vers 
l'an loio, c'est-à-dire deux ans après le retour de Raimond dans sa patrie. 
Comme nous apprenons d'ailleurs ' que les Barbarins étoient en guerre avec 
les Sarrasins de Cordoue en 1007, 8c que Sanche, comte de Castille, défit 
l'année suivante ceux de ces infidèles qui avoient pris le parti d'Almahade 
dans une fameuse bataille où il resta trente-six mille des leurs sur la place, 
c'est une preuve que Raimond entreprit, vers l'an ioo5, son voyage de Jéru- 

• Ferreras, Histoire d'Espagne, ann. 1007 & suiv. 

III «6 



An 11 



An 101 1 



242 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LiV. XIII. 

salem. Enfin le même historien témoigne que ce seigneur vivoit encore dans 
le temps qu'il écrivoit'. Au reste, nous ne doutons pas que le château du Bous- 
quet, dont il avoit le domaine, ne soit le même que celui de ce nom situé 
auprès de Lanta, dans le diocèse de Toulouse, à trois lieues de cette ville 
vers le sud-est. 

LVII. — Fondation du monastère de Saint-Pierre de Fenouillèdes. 

Bernard, comte de Besalu Se de Fenouillèdes, fut sans doute de l'expédition 
de Cordoue avec les autres seigneurs de la Marche d'Espagne. Nous savons du 
moins qu'il se rendit^ recommandable par ses exploits, qui lui acquirent le sur- 
nom de T aille fer {scinde ns ferrum). Il ne se distingua pas moins par sa piété, 
8c outre les libéralités ^ qu'il exerça envers les anciens monastères de son 
domaine, il en fonda de nouveaux. De ce nombre fut celui de Saint-Pierre '^, 
qu'il établit dans son comté de Fenouillèdes suivant Vinstitution canonique ^j 
c'est-à-dire qu'il y mit des chanoines auxquels il donna Wadallus pour abbé. 
Le pape Serge IV confirma à sa prière, au mois de novembre de l'an loii, 
la fondation de ce monastère qui ne subsiste plus aujourd'hui. Guifred, comte 
de Cerdagne, frère de ce comte, obtint une pareille bulle la même année 
pour le monastère de Canigou qu'il avoit fondé ^ l'an looi, dans son comté 
de Confiant, 8c où il fit*^ transférer du Toulousain quelques années après Ico 
reliques de S. Gauderic, confesseur. 

LVIII. — Pons, comte de Gévaudan 6^ de Fore-^. — Maison de Mercceur. 

Pons, comte de Gévaudan, qui vivoit encore au commencement de l'an loii, 

donna'' alors à l'abbaye de Saint-Julien de Brioude l'église de Langeac en 

r'd.origin. Auvergne, celle de Favairoles dans le comté de Gévaudan, avec les dîmes, les 
t. II, p. 140. . . ... 

oblations, les sépultures, Sec, 8c un village de la viguerie de Brioude, pour 

les âmes d'Ftienney son père, d' Adélaïde, sa mère, de Théodherge, sa femme , de 

ses fils Etienne 6* Pons, de ses frères Bertrand (S- Guillaume, 6* d'Etienne , 

Bertrand 6» Guillaume , ses neveux. On prétend ^ que ces derniers étoient fils 

de Philippe sa sœur, femme de Guillaume V, comte d'Auvergne. Ils pou- 

voient être^ également ou fils d'un de ses frères, ou ses petits-fils. Il ne dit 

rien d'Etienne, son frère, élu pour succéder à Gui d'Anjou, évêque du Puy '°p 

' Qui mun'ic'ipium quoi Boschîtum rustîct vùcant * Baluzê, Histoire r^èncat. de la maison d'Auvcr^ 

in eodem page possidet, Labbe, Bibl. nova manusc. gnej t. i , p. i3 & suiv. 

t. 2, p. 541 . 9 Voyez tome IV, Note XVIÏ, n. 6. 

' Marca Hispanica, p. 542. '° Nous pensons qu'Etienne, choisi par Gui d'Art- 

^ Ihid. p. ()5i & seq. jou pour son successeur à l'évèclié du Puy, était son 

* Ihid. p. 987 & seq. petit-neveu & non son neveu. Ce serait Etienne, 

' Ibid. p. 418, 988 & seq. fils de Guillaume, cité avec ses deux frères dans la 

" Baluze, Miscellanea, t. 2, p. 309. charte dont les Bénédictins donnent ici l'analyse. 

7 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- Voir cette charte dans le CartaZa/Ve ie 5'a;nf-7«//'e/i 

méro CXLIII. de Brioude. [E.M.] 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 243 

leur oncle maternel, du vivant de ce dernier, peut-être à cause qu'il avoit été 
déposé. L'acte est daté du mois de février à la fin de Van MX, induction IX, 
preuve certaine qu'on comptoit alors, du moins quelquefois, le commencement 
de l'année depuis Pâques. Pons prend dans le même acte la qualité de comte 
de Gévaudan i^ de Fore-^. On croit ' qu'il avoit acquis ce dernier comté par son 
mariage avec Théotberge ou Tiberge, qu'on assure avoir été fille Se héritière 
d'Artaud II, comte de Lyonnois & de Forez, & de Thetberge, sa femme. 
Enfin cette donation est souscrite par le vicomte Etienne, qui y donna son 
consentement 6* la ratifia, 8c qui est sans doute le même que le vicomte de 
Gévaudan^ de ce nom qui vivoit alors j par le vicomte Robert & son frère 
Guillaume ; Béraud, prévôt de l'église du Puy, &c. 

Ce dernier étoit frère ^ de S. Odilon, abbé de Cluny, qu'on fait"^ abbé de 
Saint-Vosy, dignité de la même église, avant qu'il eut embrassé la vie monas- 
tique. Ils^ étoient fils de Béraud, seigneur de Mercueur ou Mercœur, châ- 
teau situé en Auvergne, vers les frontières du Gévaudan. S. Odilon eut pour 
son partage quelques maisons*^ au Puy, qu'il échangea en 1004 avec les 
chanoines de cette église. Il eut plusieurs frères 8c une sœur entre autres, qui 
épousa le seigneur de Solignac en Vêlai 8c qui fut mère'^ de Guillaume, élu 
abbé de Saint-Chaffre en io36. Entre les frères de S. Odilon, Guillaume fut 
père d'Etienne, qui succéda dans la prévôté de l'église du Puy à Béraud s, son 
oncle. Ce dernier fut inhumé dans le monastère de Saint-Pierre du Puy , 8c 
eut un autre neveu nommé Hildegaire, lequel fut chanoine du Puy 8c fonda ^ 
avec ses frères le monastère de la Voulte sur l'Allier en Auvergne. Tel étoit, 
vers le commencement du onzième siècle, l'état de l'ancienne maison de Mer- 
cœur, l'une des plus illustres d'Auvergne, dont on fait'° remonter l'origine 
jusques au commencement du dixième. Elle appartient cependant en quelque 
manière à la Province. La baronnie de Mercœur, érigée depuis en duché, est 
comprise en effet parmi celles du Gévaudan qui ont droit d'entrer par tour aux 
états de Languedoc, parce qu'à la réserve du chef-lieu, la plupart de ses 
autres domaines sont situés en Gévaudan. 

Pons, comte de ce pays 8c de Forez, qui a donné lieu à cette digression, 
est sans doute le même que le comte Pons qui fit une donation", au com- 
mencement du onzième siècle, à l'abbaye de Cluny, par un acte daté de Tho- 
rène. Nous trouvons en effet un château de ce nom dans la partie du diocèse 
de Vienne qui est en deçà du Rhône, sur les confins du Forez 8c du Vêlai. 
Quoi qu'il en soit, nous n'avons rien de certain dans la suite de Pons, 

' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- *"' Acta Sanctorum ordinis sancti Bénédictin saec. 6, 

^«e, t. I, p. i3 &suiv. — Voyez tome IV, JVore XXVI, part. i,p. 641. 

n. 4. ' Mnbillon, ad ann. 1012, n. 71. 

" Voyez tome IV, Note XXVI, n. 10. * Ihid. ad ann. io3i, n. io3. 

' Baluze, Histoire généal. de la maison d'A uvergne, ^ Ihid. ad ann. 1026, n. 72. 

p. 27 & suiv, '" Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- 

* Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 7-58. gne, p. 27 & suiv. 

' Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auver- " Acta Sanctorum ordlnts sancti Bencdicti, saec. o, 

gne, p. 27 Se SUIV. part, i, p. 641. 



An 101 1 



-~: 244 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LÏV. XIII. 

An 101 1 ^^ 

comte de Gévaudan, auquel Etienne, son fils' ou son petit-fils, succéda à ce 
qu'il paroît dans ce comté. 

LIX. — Mort de Roger 1, comte de Carcassonne, de Comminges, ^c. 

Celui de Carcassonne passa vers le même temps aux fils du comte Roger I, 
qui vivoit encore au mois d'avril de la quinzième année du roi Robert, ou de 
l'an loii, 8t qui donna ^ alors avec Adélaïde, sa femme, à l'abbaye de Saint- 
Hilaire, un alleu situé au voisinage de Limoux, dans le comté de Razès, avec 
la part qu'y avoit eue le comte Eudes, son frère. Roger fit cette donation tant 
pour lui que pour la même Adéldidej sa femme j son frère le comte Eudes, 6* 
le comte Raimond, son fils, afin de mériter les uns ^ les autres d'avoir part 
au royaume de Jésus-Christ. Bernard 8(. Pierre, ses deux autres fils, souscrivi- 
rent à l'acte avec la qualité de comte 8c y donnèrent leur consentement. Nous 
inférons de là : 1° que Pierre, qui étoit évêque de Girone depuis ^ la fin de 
l'année précédente, outre les abbayes que son père lui avoit léguées par son 
testament dont on a parlé ailleurs, eut encore en partage une partie de son 
domaine : aussi verrons-nous dans la suite qu'il posséda la moitié du comté de 
Carcassonne; 2° que Roger I changea par conséquent la disposition de son 
Éd. origin. testament, conformément à la liberté qu'il s'y étoit réservée ; 3° enfin que Rai- 
mond, son fils aîné, étoit probablement mort dans le temps de cette donation, 
puisqu'on n'y voit pas sa souscription avec celle de ses frères. 

On assure"^ que Roger I, comte de Carcassonne, Se Adélaïde sa femme, 
outre la donation de divers villages du pays de Foix qu'ils avoient faite en 988 
"7rTôiT~ ^ l'abbaye de Saint- Volusien de Foix, lui en firent une nouvelle en 1012 du 
lieu de Berme dans le même pays; ils vécurent donc jusques à cette dernière 
année. Comme on ne trouve plus depuis aucun monument où il soit parlé ni 
de l'un ni de l'autre, & que Roger étoit déjà grand ^ en 949, c'est une preuve 
qu'il mourut bientôt après cette dernière donation. On croit qu'il fut inhumé 
avec Adélaïde, sa femme, dans l'abbaye de Saint-Hilaire, envers lequel il avoit 
toujours eu une dévotion singulière, fondée sur la protection que ce saint lui 
avoit accordée en différentes occasions de sa vie. 

LX. — Comtes de Ra-:^ès. 

Eudes, comte de Razès, survécut à ce qu'il paroît à Roger I, comte de Car- 
cassonne, son frère aîné ; nous voyons en effet qu'il vivoit encore le 7 de mai 
de la vingt (S* unième année du règne du roi Robert, ou de l'an ici 7. Il donna ^ 
alors pour la rémission de ses péchés, de son fils Arnaud 8c de tous ses parens, 

' Voyez tome IV, Note XXVI, n. ^ & suiv. ^ Catel, Mémoires de l'hist. du Languedoc, p. 629. 

"Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu» 

méro CXLV. méro LXXVIII. 

' Voyez ci-dessus, n. lv, p. 240. ^ Ibid. n. CXLIX. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 245 ' 

aux chanoines de Saint-Paul de Narbonne, un alleu qu'il avoit à Védeillan 
dans le diocèse de cette ville, avec l'église, les dîmes, les prémices, le cimetière 
6* tout l'honneur ecclésiastique, dont il se réserva l'usufruit. Arnaud, son fils, 
lui succéda dans le comté de Razès. 

LXI. — Mort de Raimond 1, comte de Carcassonne. — Plaid tenu à Béliers. 

Maison d'Andw^e. 

Raimond, fils aîné de Roger I, comte de Carcassonne, avoit déjà eu ce comté 
en partage, mais il n'en jouit pas longtemps puisqu'il mourut quelque temps 
avant son père, ou du moins qu'il lui survécut fort peu, ainsi qu'on vient de le 
dire. Il laissa ' deux fils en bas âge, Guillaume 8c Pierre, de Garsinde sa 
femme, vicomtesse de Béziers 8c d'Agde, laquelle se remaria bientôt après avec 
Bernard, seigneur d'Anduze, veuf lui-même d'Ermengarde. Les deux fils de 
Raimond, comte de Carcassonne, demeurèrentpar là, ce semble, conformément 
au testament de Roger I, leur aïeul, sous la tutelle de leurs oncles, le comte 
Bernard 8c Pierre, évêque de Girone. 

La même Garsinde avoit déjà épousé en secondes noces Bernard d'Anduze 
dès l'an ioi3. Elle disputoit^ alors à Senegonde, sa sœur puînée, le village de 
Palais dans le diocèse d'Agde Se s'en étoit même emparée, sous prétexte que 
Guillaume, vicomte de Béziers 8c d'Agde, leur père, le lui avoit donné. Nous 
avons vu cependant que ce vicomte en avoit disposé par son testament^ en fa- 
veur de Senegonde. Aussi cette dernière, accompagnée de Richard premier du 
nom, vicomte de Millau, son mari, se rendit-elle à Béziers pour y soutenir son 
droit dans une assemblée qui se tint le 28 de juillet de l'année ioi3, la dix- 
huitième du règne du roi Robert, dans l'église cathédrale de cette ville, 8c à la- 
quelle se trouvèrent, outre plusieurs seigneurs séculiers, Etienne 8c Gualcaron, 
abbés, dont le premier étoit sans doute abbé de Saint-Aphrodise, 8c l'autre 
de Saint-Jacques de Béziers. Bernard, marquis, s'y rendit aussi avec la com- 
tesse Garsinde, sa femme, sœur de Senegonde. Le vicomte Richard demanda 
d'abord, au nom de cette dernière, d'être rétabli dans la possession du village 
de Palais. Garsinde produisit de son côté des témoins qui attestoient que le 
vicomte Guillaume, son père, le lui avoit donné. Les juges demandèrent au 
vicomte s'il n'avoit pas quelque charte à produire pour appuyer ses prétentions} 
il répondit qu'il n'en avoit d'autre que l'acte de partage que le vicomte Guil- 
laume avoit fait en faveur de la même Senegonde, sa femme, dans le temps qu'il 
entreprit le voyage de Rome. Les raisons des parties étant à peu près égales, 
les juges leur proposèrent un accommodement, qui fut accepté de part 8c 
d'autre. Garsinde compta la somme de deux cents sols à Senegonde, sa sœur, 
8c demeura ainsi dans la paisible possession du lieu de Palais. La première 
8c Bernard, son mari, ayant fait ensuite rebâtir l'église de ce village, la firent"* 

• Voyez tome IV, Note XXII, n. i6.' ' Ihid. n. CXXVIII, 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLVI. •• Ibid. n. CLVI. 2'' charte citée sous ce numéro. 



An loix 



An ioi3 



III. 



i6* 



An ioi3 



246 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

dédier le 22 d'août de l'an 1024 par Etienne, évêque d'Agde. Cette église vint 
depuis au pouvoir de l'abbaye de Conques en Rouergue, qui possédoit déjà 
quelques domaines à Palais, par la donation ' que Raimond II, comte de 
t% °p^!% Rouergue Se marquis de Gothie, lui en avoit faite. Le même R.ichard I, vicomte 
de Millau, fut aussi un des bienfaiteurs^ de cette abbaye. 

Bernard, second mari de Garsinde de Béziers, étoit seigneur d'Anduze Se de 
Sauve, châteaux situés dans le diocèse de Nimes, sur les frontières ou marchei 
de celui de Maguelonne, ce qui fit sans doute qu'il prit la qualité de marquis. 
En effet, outre que ses descendans ne furent que de simples seigneurs & que 
l'un d'eux ■^ se qualifie marquis du château d^Andu-:^e, ce qui détermine la signi- 
fication du titre de marquis que prenoit Bernard, nous ne voyons pas que ce 
dernier ait possédé aucun comté ou vicomte 5 il est vrai qu'on lui donne la qua- 
lité de prince d^Andu-^e da.ns un d.nc\en monument"^ Se que Pierre^, son petit- 
fils, prend celle de satrape de Sauve ^ mais cela prouve tout au plus qu'ils ne 
reconnoissoient d'autre supérieur dans leur domaine que le roi<^. Il est vrai 
aussi que Garsinde de Béziers se qualifia toujours comtesse depuis son second 
mariage avec Bernard d'Anduze^, mais ce fut parce qu'elle avoit été femme d'un 
comte en premières noces, car suivant l'usage de ces siècles, une dame qui se 
remarioit avec un seigneur d'un rang inférieur à celui de son premier époux, 
conservoit sa première qualité comme la plus honorable. C'est ainsi que les 
reines veuves ou répudiées, qui épousoient alors en secondes noces des comtes 
ou de simples seigneurs, gardèrent le titre de reines après leur second mariage. 
II y a quelque lieu de conjecturer ^ que Bernard d'Anduze descendoit des 
anciens vicomtes de Nimes, Se qu'il étoit fils d'un seigneur appelé Almérade, 
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a donné l'origine à une des plus illustres mai- 
sons de la Province. Il avoit eu trois fils d'Ermengarde, sa première femme '^, 
savoir: Frédol, Gérald ou Géraud Se Almérade. Il en eut deux autres de Gar- 
sinde de Béziers: Raimond Se Bermond. Almérade, le troisième du premier lit, 
se maria Se eut un fils qui hérita de son domaine. Raimond, l'aîné du se- 
cond lit, mourut sans enfans. Se Bermond, son frère, continua la postérité. 
C'est de celui-ci que la maison d'Anduze a pris le surnom de Bermond. Quant 
à Frédol Se à Géraud, ils furent élus évêques : le premier du Puy, Se l'autre 
de Nimes. 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- seigneurs. Ce sont des termes empruntés à l'anti- 
méro CXXXIX, la i" charte citée sous ce numéro. quité profane par des clercs lettrés, mais qui, dans 
1 TL j /-i vv ^^ bouche des écrivains du moyen âge, n'ont d'autre 
Ib.d. n. CCLXXI, 3- charte citée sous ce nu- signification que celle de cornes ou de dominas. II 
4T11 I TTT en est de même de celle de cortiaZ, employée ailleurs 
Ii,J. n. CL\ I, 2' charte c.tée sous ce numéro. comme synonyme de cornes. [E. M.] 
lè.d. n. CCLXXI, ^ charte citée sous ce nu- 7 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 
/°; ,. mérosCXLVI,CLI, CLVI,CLXIX, CLXXV. 
On ne doit pas attacher d'importance à ces ti- . Voyez tome IV, Note XXI, n. 43. 
très de pnnceps, de satrapes & autres semblables, 9 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 
que l'on trouve souvent employés dans les chartes ^.éros CLII, CLXXX. — Voyez tome IV, NoteXXÏ, 
pour désigner des comtes & quelquefois de simples n. 11. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. Xill. 247 ""; 7 

"' An 1016 

LXII. — Frédol 6 Géraud d'Andu-^Cj évêques, l'un du Puy 6* V nuire 

de Nimes. 

Frédol avoit déjà succédé ' dès l'an 1016 à Gui, évêquc du Puy. Le clergé 
S< le peuple du Vêlai l'élurent par un suffrage unanime Se eurent moins 
d'égard à son illustre naissance qu'à ses excellentes qualités. A peine eut-il pris 
possession de son église qu'il la combla de biens, aussi bien que le monastère 
de Saint-Pierre du Puy, fondé par Gui d'Anjou, l'un de ses prédécesseurs. Il fit 
une donation en faveur de ce monastère l'an 1016 : elle est souscrite entre 
autres par le comte Pons, le même peut-être que le comte de Gévaudan de ce 
nom dont on a déjà parlé, à moins que Guillaume Taillefer, comte de Tou- 
louse, n'ait donné de son vivant à Pons, son fils aîné, le titre de comte d'Auver- 
gne &. de Vêlai à raison de la suzeraineté qu'il s'étoit réservée, à ce qu'il paroît^, 
sur ces deux pays. Quoi qu'il en soit, FrédoP étoit encore évêque du Puy 
en 1020. On ignore l'époque de sa mort ; on sait seulement qu'il décéda lo 
2 du mois ^ d'octobre. Il donna ou restitua quelques terres dans le comté de 
Substantion à l'abbaye d'Aniane. Salvatius^, alors abbé de ce monastère, avoit 
succédé à Rainald. Ce dernier acquit avec ses religieux, d'Etienne, évêque 
d'Agde, deux villages du diocèse de Béziers, la cinquième année du roi Robert, 
ou l'an looi. 

Quant à Géraud, second fils de Bernard d'Anduze, il parvint à l'évêché^^ 
de Nimes presque dans le même temps que Frédol, son frère, à celui du 
Puy, & il le possédoit déjà en ioi5. Il succéda à Frotaire, frère d'Aton, vicomte 
d'Albi & de Nimes, qui occupoit encore ce siège en 1014 8c qu'on a prétendu 
sans aucun fondement 7 avoir été fils aîné du même Bernard d'Anduze. 

LXIII. — Archevêques de Narbonne. — Èvêques de Bé-^iers 6» de Lodève. 

Matfred, évêque de Béziers 8c de Lodève, conserva ces deux évêchés jusques 
à sa mort. Il vivoit encore au mois d'octobre de l'an loio qu'il se trouva ^ avec 
Ermengaud, archevêque de Narbonne, à l'élection de Borrel, évêque d'Ausonc. 
Urbain, son successeur dans l'évêché de Béziers, consacra en 1016, par ordre 
du même archevêque, la chapelle de Saint-Martin dans l'église de Quarante, ^%'^'^^]^^ 
suivant les mémoires tirés de cette abbaye. On prétend ^ cependant qu'Etienne 
étoit évêque de Béziers cette même année j mais on l'a confondu avec un 
évêque de ce nom qui vivoit beaucoup plus tard. On donne'" pour successeur 
à Matfred dans l'évêché de Lodève un certain Olimbellus. Bernard, dont on a 

■ Voyez tome V, Chroniques, n. IV. —Voyez « Voyez tome IV, 7/ore XVIII, n. lo. 

tcme IV, Note XXVIII, n. 5. ' Il>'"i- n. i i. 

' Voyez tome IV, Note XVII, n. 6. ^ Marco. Hispanua. p. 995 &seq.— Voyez tomelV, 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLII. Note XVIII, n. 9. 

'' Voyez tome V, Chroniques, n. IV. ' Andoque, Histoire de Béliers, p. 54. 

' Mabillon, ad ann. 1001, n. 16. " ?\antùy\x, Chronol. pracs. Lodov. t^. 75 & sea. 



An 1016 



248 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

fait deux évêques', avoit déjà succédé à ce dernier dès l'an io32. Il mourut 
en 1045. 

Ermengaud étoit donc encore archevêque de Narbonne^ en 1016, mais il 
ne survécut pas longtemps. Après sa mort , l'archevêché de cette ville , qui 
étoit alors un des plus riches de la chrétienté, excita la cupidité^ de divers 
prétendans. Adalger, abbé de Conques en Rouergue, se mit sur les rangs, 8c 
non content d'avoir acheté cette abbaye à beaux deniers comptans avec celle 
de Figeac, il en vendit les biens pour marchander l'archevêché de Narbonne. 
Guifred, comte de Cerdagne, se donna de son côté"* de grands mouvemens 
pour procurer ce bénéfice à Guifred, son fils puîné, qui n'avoit alors que dix 
ans. Le succès de ses démarches lui parut d'autant plus assuré, qu'outre la 
grandeur de sa naissance & de ses domaines, il étoit allié de Raimond, 
vicomte de Narbonne, qui, suivant l'usage de ce siècle, devoit disposer en 
quelque manière de l'archevêché de cette ville. Béranger, fils aîné de ce 
vicomte, avoit épousé^ en effet dès lors Garsinde, fille de Bernard, comte 
de Besalu, Se nièce du comte de Cerdagne, son frère. Celui-ci <5, comptant 
sur cet appui, se rendit d'abord à Narbonne Se agit avec ardeur auprès du 
vicomte Raimond, de Ricarde sa femme, & de Béranger leur fils, son allié, 
pour les engager dans ses intérêts. Il promit au premier cent mille sols à par- 
tager entre lui £• le comte de Rouergue, qui, en qualité de marquis de Gothie 
8c de comte particulier de Narbonne, avoit aussi part à l'élection de l'arche- 
vêque. Le vicomte 8c sa femme firent d'abord difficulté d'accepter ces offres 5 
mais Béranger leur fils, moins scrupuleux, soutint avec tant de fermeté la 
demande du comte, que le vicomte son père, pour ne pas le chagriner, y 
consentit enfin. Le jeune Guifred fut donc élu après que le comte de Cer- 
dagne, son père, eut compté pour Vévêché la somme promise, que le comte de 
Rouergue 6- le vicomte de Narbonne partagèrent. Le nouvel archevêque fit 
serment en même temps à ce dernier 8c à Béranger, son fils, de ne leur porter 
aucun préjudice, 8c quoiqu'il fût encore fort jeune, il fut sacré néanmoins 
bientôt après, en sorte qu'il faisoit les fonctions "^ épiscopales à l'âge de quinze 
ou dix-huit ans tout au plus. Ce désordre doit paroître d'autant moins sur- 
prenant, qu'il étoit alors presque général dans l'Église. Celle de Rome n'en 
fut pas exempte, 8c l'on vit quelques années après un pape (Benoît IX) âgé 
seulement de douze ans. 



' Plantavit, Chronoîogia praesulum Lodovens'ium, 
p. 75 & seq. 

' Aguirre, Conciles d'Espagne^ t. 3, p. i36. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXl. 
GalUa Christiana, nov. edit. t. i, p. 241. 



^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXI. 
^ Voyez tome IV, Note XXXV, n. 5. 
" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CC XI 
' Ibid. — Marca Hispanica, p. 1034. 



An 1016 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 249 

LXIV. — Erection 6* suppression de Vévêché de Besalu soumis à la métropole 

de Narbonne. 

Bernard, comte de Besalu, 8c oncle du jeune archevêque de Narbonne, fit 
un voyage à Rome avec ses fils Guillaume 8c Guifred à la fin de l'an 1016, 
peut-être pour demander au pape Benoît VIII, qui occupoit alors le siège apos- 
tolique, la confirmation de l'élection de son neveu. Nous savons du moins qu'il 
y sollicita', tant en son nom qu'en celui de Guifred, comte de Cerdagne, 
son frèrcj l'érection d'un siège épiscopal pour leur domaine, qui dèpendoit 
pour le spirituel des diocèses voisins 8c qui comprenoit les comtés de Besalu, 
de Valespir 8c de Fenouillèdes possédés par le premier, 8c ceux de Cerdagne, 
de Berga 8î de Confiant avec une partie du Razès, par l'autre. Bernard, pour 
obtenir plus facilement du pape la grâce qu'il demandoit, fit beaucoup valoir 
auprès de lui les dernières dispositions du comte Oliba, son père, qui en 
mourant l'avoit laissé, avec ses frères, sous la protection 8c en quelque sorte 
sous la tutelle du Saint-Siège. Il proposa trois monastères, savoir : Notre-Dame 
de Ripoll, Saint-Paul de Fenouillèdes 8c Saint-Geniès de Besalu, pour y placer 
le siège épiscopal dont il demandoit l'érection 8c qu'il offrit de doter de son 
propre fonds. Enfin il pria le pape de vouloir sacrer lui-même pour ce nouvel 
évêché Guifred, son fils, qu'il avoit amené avec lui. Benoît écouta favorable- 
ment la demande du comte 8c fit expédier en ^j^nséquence une bulle le 26 de 
ianvier, indiction xv ou l'an 1017, par laquelle il lui permet d'établir un évêché 

, „ , • V >•, • ]. • . Ti . A An 10.7 

dans 1 un des trois monastères quil avoit désignes. 11 se réserva en même 

temps, 8c à ses successeurs, la consécration des évêques qui seroient tenus de 

payer chacun une livre d'or à l'Église romaine, non pas, dit le pape, pour Éd. ongin. 

cette consécration, mais pour marque de soumission 6* d'obéissance. Il défend 

à ces prélats de porter les armes contre les chrétiens, 8c à toutes sortes de 

personnes de les y contraindre. 

Le comte de Besalu fut à peine de retour dans ses États, qu'il choisit l'ab- 
baye de Saint-Geniès de Besalu pour y fixer le siège épiscopal. Il le dota de 
plusieurs églises 8c domaines, situés dans les six comtés de son domaine 8c de 
celui de son frère dont on a déjà parlé, 8c qui dévoient former le nouveau 
diocèse de Besalu. Il défend par sa charte à toutes les puissances, au pape 
même &> au concile général, de rien changer à cette disposition 5 8c en cas que 
cela arrivât, il ordonne que tous les biens qu'il donnoit pour cela lui revien- 
droient ou à sa postérité. L'acte est daté du mois de Jevrier de Vannée ici 7, 
la vingt et unième du règne de Robert, 8c souscrit après lui par la comtesse 
Tote, sa femme, Guillaume, son fils, qui voulut contribuer de moitié à cette 
fondation, Dalmace, vicomte de Besalu, Guillaume, vicomte de Valespir, 
Pierre, vicomte de Fenouillèdes, Segarius, du château de Pierrepertuse, 8c plu 
sieurs autres seigneurs, ses vassaux ou du comte de Cerdagne, son frère. 

' Marca Hispan'ica, p. 1007 & seq. 



An 



017 



i^o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

Bernard légua en 1020, par son testament', l'évêché de Besalu à Henri, son 
second fils, à condition que celui-ci le tiendroit en fiej de Guillaume, son 
frère aîné, après la mort de Guifred, leur autre frère, qui en avoit été pourvu; 
mais malgré toutes les précautions du comte pour empêcher la suppression de 
cet évêché 8c le perpétuer dans sa famille, il fut supprimé bientôt après. 
L'archevêque de Narbonne ^ & les évêques d'Elne, de Girone, d'Urgel 8<. 
d'Ausone s'opposèrent si fortement à son érection, faite sans leur consente- 
ment & aux dépens d'une partie de leurs diocèses, qu'ils la firent échouer. 

LXV. — Siège de Narhonne par les Sarrasins. — Leur défaite. 

Tandis que le comte de Besalu étoit en Italie, les Sarrasins de Saragosse 
étendirent 3 en 1017 leurs courses jusques à Barcelone, sous la conduite de 
Mundic, leur gouverneur. Il y a lieu de croire que Raimond, comte de cette 
dernière ville, voulant s'opposer à leurs entreprises, fut tué dans cette occa- 
sion, car nous savons qu'il mourut la même année. Après sa mort, les infidèles 
continuèrent la guerre contre Ermessinde de Carcassonne, sa veuve, tutrice 
du jeune comte Béranger, leur fils. D'un autre côté, les Sarrasins de Cor- 
doue &. d'Andalousie s'étant mis"^ en mer, allèrent débarquer de nuit sur les 
côtes de la Septimanie, dans l'endroit le plus voisin de Narbonne. Ils comp- 
toient de surprendre cette ville; sur l'assurance que leurs devins leur avoient 
donnée qu'ils s'en rendroient facilement les maîtres, ils l'investirent de grand 
matin ; mais ils furent bien trompés dans leur attente. Les habitans se voyant 
assiégés eurent recours à la prière , &. ayant fait une communion générale , 
ils firent une sortie si vigoureuse sur les assiégeans, qu'ils passèrent les uns 
au fil de l'épée, emmenèrent les autres prisonniers, & se saisirent de tout leur 
bagage. Ayant ensuite partagé le butin 8c les prisonniers, ils exposèrent ces 
derniers en vente, à la réserve d'une vingtaine qui étoient d'une taille très- 
avantageuse 8c dont ils firent présent à Josfred, abbé de Saint-Martial de 
Limoges, lequel en retint deux à son service 8c donna les autres à plusieurs 
princes étrangers qui se trouvoient alors en cette ville. Nous apprenons toutes 
ces circonstances d'un historien contemporain •'^, qui remarque que ces captifs 
ne parloient pas la langue propre des Sarrasins, mais une espèce de bara- 
gouin, 8c qu'en parlant ils jappoient comme de petits chiens. Cet auteur fait 
mention de cet événement dont il ne marque pas l'époque précise"^, après avoir 
parlé de l'élection d'Isambert à l'évêché de Poitiers. Comme ce prélat ne suc- 
céda''' à Gislabert, son prédécesseur, qu'après le mois de mars de l'an 1018 8c 
que Josfred, abbé de Saint-Martial de Limoges, mourut^ sur la fin de Tan 1019, 



■ Marca Hispanica, p. 1028. 
' Ibid. p. ^26. 
^ Ferreras, ad ann. 1017. 
^Adhémar de Chabanais, p. 177. 



' Adhémar de Chabanais, p. 177. 

" Ibid. p. 177. 

' Gallia Christ'iana, nov, edit. t. 2, p. 1 162» 

' Mabillon, ad ann. loip, n. 66. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 25 1 "": 

An 1018 

il s'ensuit de là que les Sarrasins firent leur tentative sur Narbonne ou vers la 
fin de l'an 1018 ou au commencement de l'année suivante. 

LXVI. — Mort de Raimondj vicomte de Narbonne. — Béranger, son fils, lui 

succède. 

N 

Raimond, vicomte de cette ville, périt peut-être alors, car c'est à peu près 
l'époque de sa mort. Il est du moins certain qu'il ne survécut pas longtemps 
à l'archevêque Ermengaud, son frère, 8c que Béranger, son fils, lui avoit déjà 
succédé' en io23. Raimond eut de Richarde, sa femme, deux autres fils nom- 
més Ermengaud 8c Guillaume. Il est parlé du premier dans le testament de 
la vicomtesse Adélaïde, son aïeule, de l'an 990^, 8c comme il étoit l'aîné, 
à ce qu'il paroît, il mourut sans doute avant son père. Ermengaud, arche- ,^-ii °"f 5"; 
vêquede Narbonne, fait mention de l'autre dans son testament'^, suivant lequel 
il semble qu'on le destinoità la cléricature. Nous ignorons s'il survécut à Rai- 
mond, son père, qui eut encore une fille appelée Ermengarde, laquelle avoit 
déjà épousé en 1005"^ Loup-Aton, fils puîné d'Aton, vicomte de Soûle. 

Béranger, après avoir succédé à la vicomte de Narbonne, reçut, avec sa femme 
Garsinde l'hommage ou serment^ de fidélité de ses vassaux, entre autres de 
Guillaume Hibrini, fils d'Adélaïde, pour les châteaux de Durban 8c de Saint- 
Martin 5 de Pierre Amélius, de Pierrepertuse, pour la ville de Narbonne 8c ses 
dépendances, où il possédoit sans doute quelques fiefs j de Pierre, fils de Bli- 
mode, 8c de Bermond, fils de Garsinde, pour le château d'Ugemo, aujourd'hui 
Beaucaire*^ sur le Rhône. Ce Pierre promet 7, après la mort du vicomte, la 
même fidélité envers son fils, supposé que celui-ci, ajoute-t-il, me prête serment 
pour ce château, ou par lui-même , ou par quelqu'un de mes pairs. Enfin on 
met 2 au rang des vassaux de Béranger, vicomte de Narbonne, le comte Hugues, 
fils de Richarde, qui lui fit hommage, à ce qu'on prétend, pour un terroir b.^- 
pe\é de Fonte Pelagina ^ ïm'is on n'a pas fait attention que c'est de Hugues, comte 
de Rouergue 8c de Narbonne 8c marquis de Gothie, suzerain de Béranger, 
qu'il s'agit ici. On a donc pris pour un hommage le serment que les sei- 
gneurs dominans faisoient fréquemment, dans ce siècle 8c le suivant, à leurs 
vassaux ou à leurs inférieurs, de les laisser jouir paisiblement de leurs fiefs ou 
de leurs domaines. Au reste Richarde, mère de Béranger, vicomte de Narbonne, 
vivoit encore en 1082, 8c elle souscrivit'^ alors à une donation que le même 
vicomte, son fils, fit à la cathédrale de Narbonne pour son âme, pour celle de 
Raimond, son père,8cde l'archevêque Ermengaud, son oncle. Garsinde, femme 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLIII. * Catel , Mémoires Je l'histoire du Languedoc, 

' lèid. n. CXXIX. p. 582. — Voyez tome IV, Note XXXVIII. 

3 nid. n. CXLI. ' Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CLIII. 

^ Ibid. * Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc, 

' Ibid. n. CLIII. — Catel, Mémoires de l'histoire p. 58 i . — Besse, Histoire de Narbonne, p. 542. 

du Languedoc^ p. 58o. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CLXIX. 



An 1018 



252 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



de Béranger, &. Raimond, leur fils, y souscrivirent. Il est encore fait mention 
de ce vicomte & de sa femme dans un acte' de l'an io35. 

LXVII. — Juifs de Toulouse. 

L'historien qui rapporte l'entreprise des Sarrasins sur la ville de Narbonne, 
fait mention quelques lignes auparavant d'un fait singulier qui arriva vers le 
même temps à Toulouse. Il raconte^ « qu'Aymeri , vicomte de Rochechouart, 
(( ayant fait un voyage dans cette ville, accompagné de Hugues, son chapelain, 
« celui-ci fut chargé de faire la cérémonie de donner un soujjlet à un juif à la 
« fête de Pâques, comme il avoit toujours été d'usage. Il ajoute que le coup fut 
(c si violent, qu'il fit tomber par terre la cervelle &. les yeux du juif, qui expira 
« sur-le-champ, &c que la synagogue de Toulouse enleva de la cathédrale de 
« Saint-Etienne pour l'inhumer dans son cimetière ^ ». Ce fait, qui prouve qu'il 
y avoit alors un grand nombre de juifs à Toulouse, semble confirmer celui qui 
est rapporté par"^ l'auteur de la Vie de S. Théodard, archevêque de Narbonne, 
savoir que l'empereur Charlemagne avoit condamné de son temps les juifs de 
Toulouse à être souffletés les trois principales fêtes de l'année devant la porte 
de la cathédrale, pour avoir autrefois livré la ville aux Sarrasinsj mais, outre 
que cette Vie est remplie de fables 8c d'anachronismes^, il est faux d'ailleurs 
que les Sarrasins se soient jamais rendus maîtres de Toulouse. L'usage établi 
dans cette ville, au commencement du onzième siècle, de donner un soufflet 
tous les ans à un juif le jour de Pâques, a donc quelque autre origine que nous 
ignorons. Cette peine étoit déjà commuée*^ au commencement du douzième 
siècle en une leude ou péage que les juifs étoient obligés de payer dans le fau- 
bourg de Toulouse, au profit des chanoines de Saint-Saturnin, depuis la fête 
de tous les Saints jusques à celle de ce saint martyr qui tombe à la fin de no- 
vembre. Les juifs de Toulouse payoient aussi, sans doute par la même raison, 
sur la fin de ce siècle Se au commencement du quatorzième, une redevance de 
quarante-quatre livres de cire à la cathédrale de Saint-Etienne, qu'elle em- 
ployoit pour le cierge pascal. 



'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 
méro CLXXVL 

' Adhémar de Chabanais, p. 177. 

' Comme dans toutes les villes du moyen âge, les 
juifs habitaient à Toulouse un quartier spécial 
marqué par la me de Saint-Remi, vulgairement 
Saint Remesy, celle de Joux-Aigues & un petit 
passage au milieu d'un massif de maisons près de 
cette dernière rue, & qui conduisait à un autre 
qui porte aujourd'hui le nom de Coq-d'Inde. On 
croit aue leur cimetière était en dehors des remparts 



de la ville, dans l'espace situé entre la porte du 
Château & celle de Montgaillard. On a découvert 
en cet endroit, plusieurs pierres tumulaires char- 
gées d'inscriptions hébraïques. L'usage de souffleter 
un juif à Pâques existait dans un grand nombre 
de villes & était pour ainsi dire un accessoire 
obligé des cérémonies de la semaine sainte. [E. M.j 

^ Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, 
p. 517 8c suiv. p. 25o & suiv. 

' lèid. p. 522 8c suiv. 

« Ibid. p. 520 



t.ll, p. l52. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 253 

An 1018 
LXVIIL — Pierre, évêque de Toulouse, sert en Espagne contre les Sarrasins. 

La comtesse" de Barcelone, pour soutenir la gaerre contre les Sarrasins fit 

alliance avec un prince normand nommé Roger, à qui elle donna sa fille en 
mariage. Ce prince, que quelques auteurs^ confondent mal à propos avec Ri- 
chard alors duc de Normandie, ayant équipé aussitôt une flotte, descendit sur 
les côtes de la Marche d'Espagne, fit une guerre implacable aux infidèles, en 
tua un grand nombre, leur enleva divers châteaux, 8c obligea enfin le roi à Éd. origin. 
demander la paix à la comtesse qui .la lui accorda, à condition qu'il lui paye- 
roit un tribut annuel. Pierre, évêque de Toulouse, alla joindre le prince nor- 
mand dans cette expédition Se prit part à ses victoires. Après que la paix eut 
été conclue avec les Sarrasins voisins de Barcelone, ce prélat s'embarqua avec 
Roger &. l'accompagna jusques à l'extrémité de l'Espagne. Ils y firent un jour 
une descente à la tête seulement de quarante hommes, avec lesquels ils atta- 
quèrent cinq cents Maures qui s'étoient mis en embuscade, les enfoncèrent par 
trois fois, en tuèrent plus de cent, 8c remontèrent ensuite sur leurs vaisseaux. 
C'est ainsi que Roger, qui perdit dans cette occasion un frère naturel qui l'avoit 
suivi, retourna victorieux en Normandie. 

LXIX. — Assemblée de Girone. — Nouvelle dédicace de l'église de Formiguera 

dans le Capcir. 

La comtesse de Barcelone, délivrée de la guerre des Sarrasins par le secours 
de ce prince, s'appliqua ensuite sans obstacle au gouvernement de ses États 
qu'elle administra avec beaucoup de sagesse. Elle 8c Béranger son fils, comte 
^ marquis, assistèrent^ à une assemblée nombreuse que Pierre, évêque de 
Girone, son frère, convoqua dans sa ville épiscopale le 20 de novembre de 
l'an 1019, pour établir la vie commune parmi les chanoines de la cathédrale. Les 
évêques Deusdet de Barcelone, Ermengaud d'Urgel, Béranger d'EIne, Adalbert 
de Carcassonne , 8c Aton de Conserans , se trouvèrent à cette assemblée , avec 
Bernard, abbé de la Grasse, 8c plusieurs autres abbés 8c ecclésiastiques. Le pape 
Benoît VIII , Amélius d'Albi , Hugues d'Uzès, Etienne d'Apt, 8c divers autres évê- 
ques, souscrivirent quelque temps après à l'acte de cet établissement. Adalbert, 
évêque de Carcassonne, avoit assisté "^ deux ans auparavant, avec les évêques 
Ermengaud d'Urgel 8c Pierre de Comminges, à l'élection d'Aymeri, évêque de 
Rode ou de Ribagorça, qu'ils avoient consacré. Quant à Bernard, abbé de la 
Grasse, il avoit succédé à Etienne, qui possédoitj» encore cette abbaye en ioi5, 
ce qui montre que quoiqu'elle fût du nombre de celles dont Roger I, comte de 

' Adhémar de Chabanais , p. 178. — Voyez ^ Marca Hispanica, -p. ioi6&seq. 

tome IV, Note XIX, n. 19. ■• CapitulaireSj t. 2, p. 632 81 suÎY. 

^ Marca Hispanica^ p. 429 & seq. — Pagi, ad ' Mabillon, ad ann. «019,11.67. 
ann. 1018, n. 4. 



An 1019 



"1 254 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIIÏ. 

An 1019 ~ 

Carcassonne, avoit disposé par son testament en faveur de Pierre, son fils, alors 
évêque de Girone, 8c que ce prélat en ait joui jusques à sa mort', il la faisoit 
cependant gouverner par un abbé régulier 8c n'en avoit proprement que le pa- 
tronat 8c Tavouerie. 

Guifred, archevêque de Narbonne, assista^ de son côté le 6 octobre de la 
même année à une autre assemblée qui fut tenue à Formiguera, dans le Capcir, 
où il consacra la nouvelle église de Notre-Dame, qu'Aribert, abbé de Saint- 
Jacques de Jocou dans le Razès dont elle dépendoit, 8c Salomon , qui en étoit 
prévôt ou prieur, avoient fait réparer ou agrandir depuis peu. Guifred , comte 
de Cerdagne, père de l'archevêque de Narbonne, donna son consentement 
pour la dédicace de cette église 8c la dota suivant l'usage, avec Bernard, comte 
de Besalu, son frère. Le même prélat consacra aussi vers le même temps, à la 
prière du prévôt de Formiguera, l'église de Saint-Martin de Rieutort, que le 
comte Guifred son père dota aussi, ce qui prouve : 1° que Guifred , archevêque 
de Narbonne, faisoit les fonctions épiscopales à l'âge de quatorze à quinze ans; 
2° que le Capcir, qui pour le spirituel dépendoit du diocèse de Narbonne, 
faisoit alors partie pour le temporel du comté de Cerdagne. 

LXX. — Fondation de Vahhaye de S aint-Geniès , dans le diocèse de Maguelonne, 

Il se tint encore une assemblée dans la Septimanie, à l'occasion de la fon- 
dation d'une abbaye de filles qu'un seigneur^ nommé Godran 8c ses deux 
fils, Éléazar 8c Béranger, firent construire da:is un endroit du diocèse de 
Maguelonne appelé Marcanicus, ou autrement Carus-locus , sous l'invocation 
de S. Génies, martyr. Godran, qui auparavant avoit donné en dot ce domaine 
à sa fille Judith, mit ce nouveau monastère sous l'autorité de l'abbé de Psabnodi 
au diocèse de Nimes, par un acte daté du 18 de juillet de l'an 1019, 8c souscrit 
par Pierre, évêque de Maguelonne, Bernard, comte de Substantion, Géraud, 
évêque de Nimes, Warnarius, abbé de Psalmodi, 8c plusieurs seigneurs sécu- 
liers, entre autres Bernard 6* ses fils , Gaucelin ^ ses fils. Le premier est sans 
doute le même que Bernard, seigneur d'Anduze, dont on a déjà parlé. L'autre 
étoit vraisemblablement seigneur de Lunel, au diocèse de Maguelonne, car son 
nom fut comme affecté aux seigneurs de cette ville, qui est un ancien titre de 
baronnie. 
H\ °"^5"3 ^^^ seigneurs ne souscrivirent à cet acte que par leur simple nom de bap- 
tême; mais plusieurs d'entre eux prennent le surnom de leurs terres dans la 
souscription d'un autre dressé six ans après "^ pour l'élection d'une abbesse de 
Saint-Geniès, qui se fit dans une nouvelle assemblée tenue à ce sujet. Judith, 
fille du fondateur du monastère, y fut élue abbesse du consentement de War- 
narius, abbé de Psalmodi, de Pierre, évêque de Maguelonne, de Bernard, comte 
de Substantion, du clergé 8c du peuple, 8c de treize religieuses qui composoient 

■ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CLXX. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CL. 

» Ibld, n. CLI. -• Ibid. n. CLVII. 



I 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 255 

la communauté. L'acte est daté du 20 novembre de Van 1020, de l'ère espa- 
gnole io63, la trentième année du règne du roi Robert. Trois abbés du voisi- 
nage, savoir : Gérard de Saint-Gilles, Salvat d'Aniane 8c Gaufred de Gel- 
lone ou de Saint-Guillem du Désert, y souscrivirent avec Pons, prévôt de la 
catliédrale de Saint-Pierre de Maguelonne, & divers seigneurs séculiers du 
voisinage. Alimburge succéda' en 1042 à Judith, abbesse de Saint-Geniès, sa 
parente. Ce monastère subsiste encore &c est situé à trois quarts de lieue de la 
baronnie de Castries, vers le nord 8c les frontières du diocèse de Nimes; celui 
de Gallargues, dans le voisinage, fondé en 1027^ pour des religieuses, par 
Rostaing, seigneur de ce lieu 8c ses fils, lequel est aujourd'hui ruiné, en dépen- 
doit autrefois. 

LXXL — Abbaye de Cendras. — Êvêques d'U-^ès 6» de Viviers. 

Gérard, abbé de Saint-Gilles, souscrivit^ aussi le jeudi 20 d'octobre de 
Van 1020, à une donation que Bernard, seigneur d'Anduze, ses fils Frédol, 
évêque du Puy , Géraud, évêque de Nimes, Raimond 8c Bermond, 8c la com- 
tesse Garsinde y sa femme, mère des deux derniers, firent à la cathédrale de 
Nimes, de quelques terres situées aux environs des châteaux d'Anduze 8c de 
Sauve, dans le comté de 'Nimes ^ en présence de Siguin, abbé de Cendras. Cette 
dernière abbaye subsistoit par conséquent alors, 8c c'est le plus ancien monu- 
ment que nous connoissions où il en soit parlé. Elle est située sur le Gardon, 
à une lieue ou environ d'AIais vers le nord, dans le nouveau diocèse de ce nom. 

Il est fait mention du même Frédol, évêque du Puy"*, dans une lettre^ que le 
pape Benoît VIII adressa vers le même temps*^, en faveur de l'abbaye de Cluny, 
à plusieurs évêques de Bourgogne^ d'Aquitaine 6* de Provence. Du nombre de 
ces prélats sont Hermand ou Herimand de Viviers "^ 8c Heribald d'Uzès. Celui- 
ci assista au concile d'Anse^ tenu l'an I025, ce qui prouve que la souscription 
de Hugues, son successeur, à l'acte de l'établissement fait en 1019 de la vie com- 
mune parmi les chanoines de l'église de Girone, est postérieure de plusieurs 
années. Quant à Hermand, on prétend qu'il étoit^ évêque de Viviers dès 
l'an ioi5, 8c qu'il assista aux états que l'empereur Conrad convoqua en 1082 
àLyon. Géraud I lui avoit succédé en loSy. D'autres ° mettent un Gaucerand 
évêque à Viviers en 1024 j mais ce dernier n'est pas différent" de Gaucerand,* 
évêque de cette ville en 1 1 24. 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, rtu- '^ Voyez tome ÎV, Vote XXVIÏI, n. 5. 

néro CLXXXVII. 7 Voyez tome IV, Note LXXIV, la suite chrono- 

' Ibid. n. CLXI. logique des évêques de Viviers. 

' Ihid. n CLII. — Voyez tome IV, Note XVIII, « Conciles, t. 9, p. 859, 

n, I 1. * Columbi, Episcopi Vivar'ienses, p. 206, & Gallia 

"• Voyez tome IV, Note LXXIII, la suite chrono- Christiana, t. 3, p. 1 181. 

logique des évêques du Puy. '" Mabillon, ad ann. io23, n. 40. 

* Conciles, t. 9, p. 810 & suiv. ' " Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 766. 



An 1019 



An 1020 



-: 256 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 1020 

LXXII. — Mort de Bernard^ comte de Besalu b de FenouîlUdes. — Partage 
de ses domaines. — Guillaume, son fils, lui succède dans ses comtés. 

La partie de la Province limitrophe de l'Espagne fit une perte considérable 
l'an I020, en la personne de Bernard, comte de Besalu, de Fenouillèdes & de 
Valespir, à qui ses excellentes qualités méritèrent le glorieux titre de prince 6- 
de père de la patrie. Il avoit' entrepris un voyage en Provence pour y négocier 
le mariage de Guillaume, son fils, lorsqu'à son retour, ayant voulu tenter, le 
26 de septembre de cette année, de passer le Rhône à la nage sur son cheval, il 
fut malheureusement entraîné par la rapidité des flots qui le submergèrent. On 
le retira cependant du fleuve, Se l'on transporta son corps à l'abbaye deRipoU 
en Catalogne où il fut inhumé. Quelques jours après Oliba, évêque d'Ausone, 
Se Guifred, comte de Cerdagne, ses frères, la comtesse Tote surnommée^ Adé- 
laïde, sa veuve, & plusieurs des principaux du pays, tant ecclésiastiques que 
séculiers, firent procéder à l'ouverture de son testament, dans lequel il avoit 
disposé de la manière suivante des domaines qu'il possédoit en deçà & en delà 
des Pyrénées : il fait d'abord des legs considérables à la plupart des églises de 
la Marche d'Espagne, à l'abbaye de Saint-Martin de Lez, dans son comté de 
Fenouillèdes, Se à celle de la Grasse. Il dispose ensuite de l'évêché de Besalu 
en faveur de Henri, son fils, pour le posséder après la mort de Guifred, son autre 
fils, qui l'occupoit alors, à condition que lorsque le premier auroit atteint l'âge 
Éd. origin. de vingt-cinq ans Se embrassé la cléricature, il recevroit cet évêché en fief àQ 
Guillaume, son frère aîné, ainsi qu'on l'a remarqué ailleurs. II donne en par- 
tage à son fils Hugues divers alleux Se villages du même comté de Fenouillèdes, 
Se les substitue à celui de ses fils qui seroit comte de Besalu. Il ne lègue aussi 
que quelques alleux pour tout héritage à un autre de ses fils, nommé Béranger, 
qui étoit alors en bas âge. Il donne un autre alleu du comté de Fenouillèdes, 
avec Adélaïde, sa fille, au monastère de Saint-Paul, situé dans la vallée d'Ansoli, 
Se quelques autres biens à Constance, son autre fille, alors fort jeune. Il laisse 
à Tote, sa femme, la jouissance du comté de Valespir, dont il dispose après la 
mort de cette comtesse en faveur de Guillaume, son fils aîné, ou de celui des fils 
de ce dernier qui seroit comte de Besalu. Il donne au même Guillaume ce 
•dernier comté, différens domaines de la Marche d'Espagne qui en dépendoient. 
Se enfin le château 6* le comté de Fenouillèdes, avec ses dépendances, savoir: 
le château 6» le pays de Pierrepertuse, l'abbaye de Sainte-Marie de Cubières, le 
château de Tantavel, Se plusieurs autres châteaux ou villages qui autrefois 
avoient fait^ partie du comté de Razèsj les terres qu'il avoit acquises de l'évê- 
que Pierre sur les frontières du Narbonnois Se du Roussillon, jusques au Puy 
d'Aguilar ; celles qu'il possédoit dans ce dernier pays, entre autres l'abbaye de 

^ Marca Hispan'ica, p. 642 & seq. 1024, 1027 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

& seq. méro XXII ; tome II, aux Preuves, Chartes & Di- 

" Ibid. p. 963. plômes, n. LIV. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2. "7 

Saint-Etienne près de la rivière de Tet, 8cc. Il substitue ses autres fils Hugues, 
Béranger Se Henri, à Guillaume leur aîné, & à leur défaut il appelle à sa 
substitution celui de ses neveux qui se trouveroit comte de Cerdagne. Il laisse 
sa femme &. ses enfans en la garde &: sous la protection de ses frères, 8c ses fils 
cadets sous la tutelle de Guillaume leur aîné. Il donne de plus à Tote, sa 
femme, la jouissance de tous les biens qu'il avoit légués à ses fils Hugues Se 
Béranger, Se toutes les femmes de condition serve de sa maison 5 il donne la 
liberté aux hommes de la même condition, ainsi qu'à plusieurs autres serfs qui 
servoient au dehors, entre autres à Adalhert de Cases, qu'il charge de donner 
en reconnoissance à l'abbaye de Cubières cinq onces d'or pour faire une croix. 
Bernard ne fait aucune mention dans ce testament de Garsinde, sa fille, qu'il 
avoit mariée quelque temps auparavant avec Béranger, vicomte de Narbonne, 
sans doute parce qu'il l'avoit déjà dotée. Il lui avoit donné vraisemblablement 
le domaine utile des châteaux de Pierrepertuse Se de Queribus; car, suivant 
un serment ' de fidélité prêté par le même Béranger à Guillaume, comte de 
Besalu, fils de la comtesse Tote, pour ces deux châteaux situés sur la frontière 
de Roussillon, il s'oblige de les garder exactement Se d'en faire hommage aux 
successeurs de ce comte. 

Guillaume succéda donc, le mois de septembre de l'an 1020, dans les comtés 
de Besalu Se de Fenouillèdes, à Bernard son père, qui en avoit même disposé, 
à ce qu'il paroît, en sa faveur dès l'an 1014, puisqu'en io38^ on comptoit la 
vingt-quatrième année du gouvernement de Guillaume dans le comté de 
Fenouillèdes. Quoi qu'il en soit, ce dernier fut surnommé^ le Gros, Se il 
épousa Adélaïde, que son père, ainsi qu'on l'a déjà vu, alla chercher en Pro- 
vence j ce qui nous donne lieu de croire qu'elle étoit fille de Guillaume I ou 
de Guillaume II, comtes de ce pays 5 à moins qu'elle ne l'ait été de Guillaume 
Taillefer, comte de Toulouse, qui en ce temps-là faisoit sa principale résidence 
au delà du Rhône. 

LXXIII. — S. Isarn, ahhé de Saint-Victor de Marseille, natif du Toulousain. 

Cette province étoit alors illustrée par S. Jsarn , abbé de Saint-Victor de 
Marseille, natif du village de Frédelas"^, aujourd'hui Pamiers, dans l'ancien 
Toulousain, où il y avoit une abbaye de chanoines qui vivoient en commun. 
Ceux-ci, suivant l'auteur contemporain de la Vie de ce saint, se chargèrent du 
soin de son éducation pendant les premières années de son âge. Il étoit à peine 
sorti de l'enfance, que, touché des discours d'un pieux abbé nommé Gaucelin, 
qui passa par hasard à Frédelas, il résolut de le suivre. Il se mit sous sa conduite 
Se l'accompagna jusques à Agde^, où Etienne, évêque de cette ville, lui donna 



' Catel , Mémoires Je l'histoire du Languedoc, ^ Marca Hispanica, -p. à^i\. 

p. 58o. . ■* Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 6, 

" Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- part. i,p.6o7 & seq. 
méro CLXXXIII, la i'" charte citée sous ce numéro. ' Ibid. 

m 17 



An 



An 1020 



:58 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



An 102 1 



riiabit monastique. Labbé Gaucelin étant ensuite allé voir ses parens à 
Marseille, Isarn l'y suivit, Se, pendant son séjour dans cette ville, il visita 
souvent l'abbaye de Saint-Victor que l'abbé Guifred venoit de rétablir. Il 
c'îi, p'!f55. f^t si charmé de la régularité de cette maison, qu'il demanda d'y être agrégé, 
ce qui lui fut accordé. Sa vertu le fit élever bientôt, malgré son humilité, 
à la dignité de prieur du monastère, & ensuite à celle d'abbé après la mort 
de Guifred, arrivée au mois de décembre de l'an 1021. Il fut lié d'une amitié 
très-étroite avec S. Odilon, abbé de Cluny, qui faisoit un cas singulier de 
son mérite ; en un mot, il acquit une si grande réputation de sainteté, qu'en 
sa considération les seigneurs et les prélats de Provence 8c des pays voisins 
comblèrent de biens l'abbaye de Saint-Victor &. fondèrent divers monastères 
sous sa dépendance. 

Isarn étoit encore abbé de ce monastère en 1047, quand les Sarrasins d'Es- 
pagne, ayant fait une descente sur les côtes de Provence, pillèrent la célèbre 
abbaye de Lérins Si emmenèrent captifs plusieurs religieux. Ceux qui échap- 
pèrent à la fureur de ces infidèles allèrent aussitôt prier le saint abbé de leur 
donner quelques-uns des siens pour aller solliciter avec eux, en Espagne, le 
rachat de leurs confrères, à cause que l'abbaye de Saint-Victor, qui avoit plu- 
sieurs dépendances en ce royaume, y étoit fort en crédit. Isarn, quoique d'un 
âge avancé & d'une santé très-languissante, ne voulut pas céder cet acte de 
charité à un autre, 5c s'en étant chargé lui-même , il se mit en chemin 8c 
arriva dans un monastère du diocèse de Barcelone soumis à son autorité, où 
il tomba malade de fatigue 8c de lassitude. Raimond-Béranger, comte de cette 
ville, 8c sa femme Elisabeth l'y visitèrent, lui accordèrent leur protection 81 
envoyèrent des ambassadeurs aux rois maures de Dénia 8c de Tortose qui 
avoient en leur pouvoir les religieux de Lérins, pour les prier de les rendre, 
avec menace, en cas de refus, de leur déclarer la guerre. Ces princes infidèles 
rendirent aussitôt leurs prisonniers aux ambassadeurs du comte de Barcelone, 
qui les remit ensuite lui-même à Isarn, lequel les conduisit à Marseille 
comme en triomphe. Il mourut dans cette ville de la mort des justes, le 24 de 
septembre de l'année suivante Se fut inhumé à Saint-Victor, dans un tombeau 
de marbre. Les fréquens miracles que Dieu y opéra engagèrent dans la suite 
les religieux de cette abbaye à liii rendre un culte public. Se l'on célèbre sa 
fête dans tout Marseille le jour de sa mort. S. Isarn reçut à la profession mo- 
nastique, pendant son gouvernement, plusieurs personnages illustres qui furent 
élevés à l'épiscopat, entre autres Pons, archevêque d'Arles, 8c Raimbaud, son 
successeur. 

LXXIV. — S. Etienne j évêque d^Apt, natif d' A g de. 

S. Etienne, évêque d'Apt, qui vivoit alors en Provence, doit aussi sa nais- 
sance au Languedoc; ce qui fait sans doute qu'on trouve sa souscription dans 
la plupart des conciles qui furent tenus sous son épiscopat dans la province 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. iSo 

7 An I02I 

ecclésiastique de Narbonne. Il ' naquit à Agde vers l'an 976, fut élu évêque 
d'Apt en 1020 &. fit depuis deux voyages à Jérusalem. Etant tombé très- 
dangereusement malade durant le dernier, il fit vœu de faire rebâtir sa ca- 
thédrale détruite depuis les incursions des barbares, ce qu'il exécuta après 
le rétablissement de sa santé &. son retour dans le pays. Il mourut le 6 de 
novembre de l'an 1046, âgé de soixante Se onze ans &c fut inhumé dans son 
église, dédiée sous l'invocation de la sainte Vierge, où il est honoré d'un culte 
public j c'est^ le second Languedocien, évêque d'Apt, reconnu pour saint. 

LXXV. — Manichéens brûlés à Toulouse. 

L'église de France avoit alors peu de semblables pasteurs. Livrée à la simo- 
nie & à la licence, des mœurs, elle eut encore le malheur d'être infectée vers 
le même temps par l'hérésie des manichéens, qu'une femme ^ venue d'Italie 
porta d'abord à Orléans, où elle séduisit plusieurs personnes tant ecclésias- 
tiques que séculières. Elle répandit ensuite son venin en diverses provinces de 
France, surtout en Aquitaine & dans le Toulousain"^ où ses disciples, qui 
mêloient aux erreurs de Manès les abominations des gnostiques, firent un 
grand nombre de prosélytes. Quelques modernes^ ajoutent « qu'on vit alors 
« aux environs de Toulouse un paysan qui portoit sur soi une poudre faite 
(c d'ossemens d'enfans morts au berceau, avec quoi il faisoit tomber dans 
« cette hérésie tous ceux à qui il trouvoit moyen d'en faire avaler. » Ces 
auteurs se fondent pour cette circonstance sur l'autorité d'Adhémar de Cha- 
bannes, historien contemporain ; mais on ne trouve rien de semblable dans ^Éd- o^gin. 
sa Chronique *5 : ce qu'il y a de certain, c'est que le roi Robert donna dans 
cette occasion des marques de son zèle pour la pureté 81 le soutien de la re- ""^TTUT" 
ligion. Il fit assembler en 1022 un concile à Orléans, dans lequel treize de 
ces sectaires ayant été convaincus de leurs infâmes erreurs furent brûlés vifs ''. 
On fit souffrir la même peine à ceux qui étoient passés dans le Toulousain 8c 
les autres provinces. Quelques années après, Guillaume, comte de Poitiers 8c 
duc d'Aquitaine, assembla à Charroux, sur le même sujet, un concile auquel 
outre les évêques 8c les abbés, se trouvèrent tous les princes d'Aquitaine. Ce- 
pendant malgré l'extrême sévérité dont on usa envers ces hérétiques 8c le soin 
qu'on prit de les exterminer , on ne put étouffer entièrement en France les 
semences de leurs erreurs. Elles se renouvelèrent dans le siècle suivant Se 
donnèrent l'origine à l'hérésie des albigeois qui causa tant de troubles dans la 
Province. 

' GalUa Ch.rist'iana, nov. edit. t. i , p. 35i. ^ Marca, Histoire de Béarn, p. 239. — La Faille, 

' Voyez tome I, livre IV, n. xxii. Annales de Toulouse^ t. 1, p. yS. 

' Glaber, 1. 3, c. 8. — Spicilepum, t. 2, p. 670 ^ hdihhe, Bïbl. nova manusc. t. 2, p. 178. 

& seq. ' Pendant son séjour à Orléans, en 1022, le roi 

'' Adhémar de Chabanais, p. 176 & suiv. — Robert donna plusieurs diplômes; ils sont datés de 

Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, l'année où furent brûlés les hérétiques d'Orléans, 

p. 83. lE. M.l 



• 2 6o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An 1022 

LXXVI. — Entreprises de Guillaume, comte de Besalu 6- de F e nouille de s. 

Guillaume, comte de Besalu 8c de Fenouillèdes, moins religieux que son 
père, ne se contenta pas de disposer d'une manière simoniaque des abbayes 
de son domaine, entre autres de celle de Saint-Martin de Lez, dans le dernier 
comté, qu'il donna ' à Wifred, évêque de Carcassonne j il usurpa aussi les biens 
ecclésiatiques sans se mettre en peine de l'excommunication qu'il encourut à 
cette occasion. 

L'abbaye de Roses ^ dans le comté d'Ampurias étoit une des plus vexées, 
soit par ce comte & quelques autres du pays, soit par leurs vassaux qui avoient 
envahi presque tous les domaines. Pierre, qui en étoit abbé & ses religieux, 
pour faire cesser ces entreprises Se obtenir la restitution de leurs biens, implo- 
rèrent la protection du pape Benoît VIII qui ordonna aux usurpateurs de les 
rendre sous peine d'excommunication. Ceux-ci ne firent aucun cas des me- 
naces du pape & déclarèrent même publiquement qu'ils ne lui obéiroient pas. 
ito Les évêques de la Province, à qui Benoît ordonna en même temps de tenir un 

concile pour obliger ces seigneurs à restituer à l'abbaye de Roses les biens 
qu'ils lui détenoient, n'exécutèrent guère mieux ses ordres, & de quatorze 
qu'ils étoient, il n'y eut que Guifred de Narbonne, qualifié évêque du premier 
siège, Oliba d'Ausone, Etienne d'Agde Se Etienne d'Apt, évêque étranger, 
qui,s'étant rendus dans ce monastère au mois d'octobre de la même année pour 
la dédicace de l'église qui fut faite par le premier au nom de Pierre de Girone, 
évêque diocésain, déclarèrent excommuniés les usurpateurs. Il est remarquable 
que les comtes Hugues, Guifred Se Guillaume, qui étoient les principaux, se 
trouvèrent à cette cérémonie Se approuvèrent, avec Ermessinde, comtesse de 
Barcelone, qui y assista aussi, cette sentence d'excommunication que Deusdet, 
évêque de Barcelone, ratifia ensuite 5 mais ces comtes continuèrent toujours 
leur usurpation, en sorte que les religieux de Roses se voyant réduits à la 
dernière indigence, la plupart furent obligés de se disperser pour subsister. 
^^ jQ^3 L'année suivante, les autres étoient sur le point d'abandonner entièrement le 
monastère, lorsqu'ils écrivirent au pape une lettre dans laquelle ils lui font 
tout ce détail Se le prient instamment d'engager par son autorité le comte 
Guillaume, surnommé le Fou, à rendre les biens qu'il avoit usurpés, Se qu'il 
avoit déclaré que la crainte de l'excommunication ne lui feroit pas restituer. 
Ils lui demandent grâce en même temps pour le comte Hugues, qui avoit déjà 
donné des marques de repentir, Se ils prient le pape de se contenter de 
l'exhorter à continuer de bien faire. Enfin ils le supplient d'ordonner à tous 
les évêques de la Province, sous peine d'excommunication Se de suspense, de 
chercher dans un concile les moyens de remédier à de si grands maux. 

Le nom des comtés de Hugues, de Guifred Se de Guillaume n'est pas mar 

' Archives de rarchevéché de Narbonne. ^ Marca Hispanica, p. 1084 & seq. 



An 1023 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 261 

que dans cette lettre, mais on sait d'ailleurs' que le premier de ces comtes 
Tétoit d'Ampurias, le second de Cerdagne ^ & le troisième de Besalu 8t de 
Fenouillèdes. Ces princes ne vécurent ^ pas toujours en bonne intelligence , & 
s'étant brouillés dans une occasion, Oliba, évêque d'Ausone, leur parent, se 
rendit arbitre de leur querelle qu'il termina par un accord, ainsi qu'il paroît 
par une lettre que ce prélat écrivit aux religieux de Ripoll dont il étoitabbé. 

LXXVII. — Dijjerends entre l'archevêque 6* le vicomte de Narbonne apaisés 
par la médiation de Vévêque d'Ausone. 

Suivant cette lettre, Oliba étoit alors à Narbonne où il s'étoit rendu pour Éd. origin. 
accorder l'archevêque Guifred, son neveu, avec le vicomte Béranger, mari de 
Garsinde, sa nièce. Ce prélat réussit dans sa négociation, 8c ayant persuadé 
à l'archevêque 8c au vicomte de mettre leur différend en arbitrage, il marque 
qu'il n'attendoit plus que l'arrivée de la comtesse de Rouergue pour terminer 
cette affaire. Cette lettre, qui est sans date, fut écrite vers l'an 1028, ce qui 
montre clairement qu'au commencement du onzième siècle les comtes de 
Rouergue dominoient dans Narbonne j 8c en effet, il paroît d'ailleurs qu'ils 
possédoient le marquisat de Gothie, avec le comté particulier de cette ville. 
La comtesse de Rouergue dont nous venons de parler étoit donc la même que 
Richarde, veuve de Raimond II, comte de Rouergue, laquelle avoit encore 
alors l'administration des États de Hugues, son fils. 

C'est sans doute à l'époque de cette réconciliation entre l'archevêque 8c 
le vicomte de Narbonne qu'on doit rapporter un acte sans date, dont un des 
historiens"^ de la Province, qui l'avoit vu, fait mention en ces termes : « Bé- 
« ranger, vicomte de Narbonne, ayant fait sa paix avec l'archevêque Guifred 8c 
« avec le père 8c les frères de ce prélat, fit serment à Raimond, frère aîné du 
« même archevêque 8c fils de Guifred, comte de Cerdagne, d'être son fidèle ami 
« 8c de ne rien attenter contre sa personne, ni contre les domaines possédés par 
a le comte son père, excepté pour cause de forfaiture, 8c en ce cas il s'oblige 
« de ne pas violer son serment, à moins que le même Raimond ne lui fît pas 
K satisfaction dans l'espace de soixante jours depuis qu'il l'en auroit averti ; 
« il déclare que pour lors il se regarderoit comme dégagé de son serment. Le 
« vicomte fit serment en même temps à l'archevêque de lui garder la paix 8c 
« de faire la guerre à tous ceux qui la romproient. » 

' Marca Hispanica, p. 482 & seq. auteurs de l'Art de vérifier les dates ont fixé la mort 

" Wifred ou Guifred, comte de Cerdagne, était le de Guifred à l'année 1020, mais à tort j il mourut 

second fils d'Oliba Cabreta : il n'était point parent en io5o. — Voyez son rouleau mortuaire, publié 

de Hugues, comte d'Ampurias. Celui-ci était frère par M.. LéopolA Deïisle : Rouleaux des morts du neu- 

de Guilabert ou de Guislabert I, comte de Rous- vième au quirf^ième siècle, publiés pour la Société 

sillon & de Gausfred, comte de Roussillon après de l'Histoire de France. 1 vol. in-8, 1867. [E. M.] 

lui. Oliba, évêque d'Ausone, avait été moine & ' Marca Hispanica, p. 1026. 

ensuite abbé de Ripoll. Il était frère de' Guifred, ■♦ Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, 

comte de Cerdagne, St de Béranger, évêque d'Elne. Les p. 58o & suiv. 



■- T" 262 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An I023 

Oliba, évêque d'Ausone, contribua aussi peut-être à l'accord que fît ' Er- 
messinde, comtesse de Barcelone, avec le comte Béranger, son fils, au mois 
d'octobre de l'an io23. Cette princesse voyant que l'administration, qu'elle 
avoit la liberté de conserver pendant toute sa vie , de tous les domaines de la 
maison de Barcelone gênoit extrêmement le prince, son fils, alors déjà marié 
avec Sancia, fille de Sanche, comte de Castille, lui céda à certaines conditions 
trente des principales places de ses États, avec leurs dépendances, entre autres 
la ville de Barcelone. On^ conjecture qu'un évêque nommé Pierre, qui fut 
le principal médiateur de ce traité, est le même qu'un évêque de Toulouse de 
ce nom qui vivoit alors ; mais il est bien plus vraisemblable que c'étoit Pierre 
de Carcassonne, évêque de Girone Si frère de la même comtesse de Barcelone. 

LXXVIII. —Plaid tenu à Narbonne. 

L'archevêque 8c le vicomte de Narbonne étoient déjà réconciliés au mois de 
mars de l'an 1028, & ils tinrent^ alors ensemble dans cette ville un plaid où 
nous trouvons quelques circonstances remarquables au sujet du duel qui étoit 
alors en usage. Auger, abbé de Saint-Paul de Narbonne & ses chanoines 
avoient un différend avec un seigneur du pays pour quelque domaine 5 mais 
ne pouvant convenir des faits, ils résolurent de terminer leur querelle par le 
duel, Se remirent, pour gage de bataille, entre les mains du vicomte Béranger, 
la somme de cinq cents sols. Le jour marqué pour le combat étant arrivé, le 
champion de l'abbaye de Saint-Paul, après avoir reçu la communion, étoit 
prêt à entrer en lice, quand l'archevêque Guifred, le vicomte Béranger, un 
autre vicomte nommé Richard, Bernard , abbé & tous les nobles du pays qui 
tenoient les assises, conseillèrent aux parties de s'accommoder par le partage 
du domaine qui faisoit le sujet de la contestation. Elles y consentirent d'abord j 
l'une voulut ensuite en venir au duel , mais enfin les juges les engagèrent 
à accepter l'accord projeté, ce qui termina le différend. Le vicomte Richard 
qui assista à ce plaid est sans doute le même que Richard I, vicomte de Millau, 
qui avoit quelque alliance avec le vicomte de Narbonne, par Senegonde de 
Béziersjsa femme. Quant à l'abbé Bernard, qui y assista aussi, il ne paroît pas 
différent de Bernard, alors abbé de la Grasse. Auger étoit encore abbé de Saint- 
Paul huit ans après, qu'il fit une donation "^ en faveur de Pierre, sous-diacre 8c 
écolâtre de l'église de Narbonne. 

LXXIX. — Emme, femme de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, hérite 

d'une partie de la Provence. 

A p"?58. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, faisoit toujours sa principale rési- 
dence en Provence, ce qui paroît par la donation qu'il fit en 1024, avec ,1^ 

• Marca Hispanica, p. 489 & seq.j io35 & seq. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLIV 

' ^^"'- P' 433 1 Archives de Saint-Paul de Narbonne. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 263 

An io2ij 

Emme', sa femme, d'une terre qu'ils avoient à Manosque, dans le comté de 
Sisteron, à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. La comtesse de Toulouse 
donna ^ la même année, avec son fils Pons, à celle de Saint-André du Mont- 
Andaon, une maison dans Avignon, à l'occasion de la cérémonie qu'on fit alors 
de la dédicace de l'église de Saint-Martin dans cette abbaye. Bertrand, son 
autre fils, souscrivit à l'acte. 

Ces monumens sont autant de preuves qu'Emme hérita^ d'une partie de la 
Provence après le décès du comte Rotbold, son père, dont nous ne trouvons 
plus rien depuis l'an 1008. Nous en avons une nouvelle preuve dans une 
donation "^ que fit la même comtesse, au mois d'avril de l'an ioi5, de l'église 
de Saint-Pons, située dans le territoire du château de Favars, au comté de 
Fréjus, qui lui étoit échue par une hérédité légitime^ en faveur du mo- 
nastère de Correns en Provence. Comme il est certain d'un autre côté que 
Guillaume III, comte de ce pays, vivoit encore après l'an 1024, on doit infé- 
rer de là qu'Emme, sa sœur, partagea avec lui la succession du comte Rotbold, 
leur père, laquelle comprenoit la moitié du comté de Provence situé entre 
l'Isère, les Alpes, la mer & le Rhône, à moins qu'une portion de^ ce pays 
ne lui ait été donnée pour sa dot quand elle épousa le comte de Toulouse. 
Elle acquit encore un nouveau droit sur cette moitié de la Provence par la 
mort du même Guillaume III, son frère, qui décéda sans enfans 8c dont elle 
fut héritière. Au reste, ce dernier posséda tout ce pays par indivis avec Guil- 
laume II, son cousin, mort en 1018, 8c ensuite avec Geoffroi 8c Bertrand, fils 8c 
successeurs de celui-ci, lesquels étant alors fort jeunes, furent d'abord sous 
la tutelle de Gerberge, leur mère, 8c d'Adélaïde, leur aïeule. Cette dernière 
décéda en 1026, suivant une chronique*^ du temps écrite par Arnoul, reli- 
gieux de l'abbaye de Saint-André d'Avignon, auteur de plusieurs ouvrages. 

LXXX. — Assemblée tenue à Fustignac, dans le Toulousain. — Comtes de 
Comminges. — Abbaye de Lombe-^, 

Il paroît que Guillaume Taillefer étoit encore absent de son comté de 
Toulouse en 1026, 8c il n'est rien dit de lui dans un plaid ^ qui fut tenu dans ""ÂiTTôIô" 
le même comté au mois de mars de cette année, la trentième du règne de Robert. 
Aymeri , abbé de Lézat dans le Toulousain, avoit un différend avec Eudes, 
abbé de Simorre, dans le diocèse d'Auch, au sujet du monastère de Peyrissas 
dans le Comminges, que chacun d'eux prétendoit devoir dépendre de son 
abbaye. Ces deux abbés s'étant rendus à Toulouse convinrent de s'en rap- 
porter au jugement de divers abbés 8c religieux. Les abbés Etienne de la 
Grasse, Oliba de Saint-Hilaire, Seniorellus de Sorèze 8c Richard de Saint- 



' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLVI, ■• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLVI'. 

'^ charte citée sous ce numéro. ' Voyez tome IV, Note XIV, n. 17 & suiv. 

' Ihid. * Mabillon, ad ann. 1026, n. 96. 

' Voyez tome IV, Note XIV, n. 17 & suiv. ' Mabillon, Annal, ord. S. Bened. t. 3, p. 711. 



An 



— 264 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

Lizier en Bigorre, se rendirent pour cela, avec plusieurs de leurs religieux & 
les seigneurs du pays, dans le village de Fustignac, situé dans le Toulousain 
vers les frontières du Comminges. L'abbé de Lézat ayant prouvé devant l'as- 
semblée, à laquelle présidoit le comte Roger, qu'un nommé Asnarius avoit 
donné le lieu de Peyrissas à son abbaye, dont celui-ci avoit été religieux 5c 
ensuite abbé, il fut maintenu dans sa possession. 

Aymeri ', abbé de Lézat, reçut vers le même temps, au nom de son monas- 
tère, une donation^ de l'église Saint-Michel, située au lieu de Sansan, dans 
le territoire de Toulouse b le ministériat de Savès. Aton , abbé de Sainte- 
Marie de Lombez, y souscrivit ; ce qui prouve que cette dernière abbaye, 
aujourd'hui évêché, située dans le même pays de Savès, subsistoit dès lors. 
C'est un des plus anciens monumens où il en soit fait mention. 

Quant au comte Roger qui présida à l'assemblée de Fustignac, c'est le 
même 3 que Roger II, comte en partie de Comminges, lequel étoit vraisem- 
blablement fils d'Arnaud II, comte de ce pays en 979 Se de la race d'Arnaud I, 
comte de Carcassonne Se de Comminges. Nous voyons en effet que les des- 
cendans de ce dernier possédèrent une partie du même comté de Comminges"^. 
Roger II épousa Aldane Se il possédoit déjà en 102 1 une portion de ce comté. 

On peut mettre aussi au nombre des descendans d'Arnaud I, comte de Car- 
cassonne Se de Comminges, Guillaume, qualifié marquis , qui vivoit sous le 
Éd. origin. lèpfne du roi Robert. Il avoit hérité^ d'Amélius Simplicius, son père, du 

t. II, p. 1 59 c) ^ ^ _ _ l ' 1 ' 

château de Mirabel dans le Toulousain, lorsqu'il restitua à l'abbaye de Lézat 
plusieurs églises Se alleux qu'il avoit usurpés sur elle dans le même pays, entre 
autres la moitié de l'alleu de Blansac, dont il réserva la jouissance à ses fils 
Bernard SeRaimond. Ce dernier <5 se qualifia marquis comme son père, qualité 
qu'ils se donnèrent sans doute parce qu'ils possédoient la partie du comté 
de Comminges limitrophe du Toulousain. 

Il est fait mention du même Raimond-Guillaume , marquis très-puissant, dans 
un acte''' suivant lequel Aton, abbé du Mas-d'Azil Se de Lézat, Se les religieux 
de ce dernier monastère, voyant que les seigneurs séculiers s'emparoient impu- 
nément de leurs biens, eurent recours à sa protection Se firent un traité avec lui 
par lequel ils lui cédèrent la jouissance de la moitié de toutes les terres qu'il 
leur feroit restituer, de celles qu'on leur donneroit. Se des biens qu'Aymeri, 
leur abbé, leur avoit fait donner. Ce même marquis présida quelques années 
après 8, Se sous le règne du roi Henri, à un plaid dans lequel Bernard, évêque 
de Conserans Se abbé de Lézat, n'ayant pas des preuves littérales d'une dona- 

' Voyez, tome IV, la Note LXXXIV relative à ■• Voyez le Cartulaire de labhaye de Lé^at. 

l'abbaye de Lézat. [E. M.] > Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numé- 

' Cartulaire de l'abbaye de Lé^at, au]ourA'hu'i à la ros CXLVIII, CLVIII, CXCIV. — Voyez tome IV, 

Bibliothèque Impériale, foods latin n. 9189. Une Note XXII, n. 27. 

copie de ce CarfKZaire existe aussi dans la collection •'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 

Doat, où elle forme trois volumes. [E. M.] — méro CXCIV. 
Mabillon, ad ann. ioo3, n. 44. ^ Ibid. n. CLXVII. 

^ Voyez tome IV, Note XXII, n. 29. « Ibid. n. CXCIV. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 265 

An 1026 

tion qui avoit été faite à ce monastère, demanda le droit jugement 6» la manifes- 
tation de Dieu^ ainsi on ordonna le duel entre deux champions qui n'eussent 
jamais combattu. Ce prélat étoit frère ', à ce qu'il paroît, d'Arnaud II 8c fils de 
Roger II, comtes en partie de Comminges. Pierre, évêque probablement de 
ce pays, 8c plusieurs seigneurs séculiers, entre autres Guilabert de Laurag, 
assistèrent à ce plaid. Il ne paroît pas que le marquis Raimond-Guillaume 
ait laissé de postérité, 8c son domaine, qui s'étendoit sur les frontières des 
comtés de Foix 8c de Comminges, fut sans doute réuni à celui des comtes de 
ces pays, ses parens. 

LXXXI. — Pierre y évêque de Girone, comte de Carcassonne en partie. 

Êvêques d'Albi. 

Pierre, évêque de Girone, qui étoit de la même maison, possédoit déjà 

en 1027 la moitié du comté de Carcassonne 5 c'est ce qu'on voit par divers 

monumens, entre autres par un acte de la fin de cette année, suivant lequel '°^^ 

ce prélat, pour satisfaire^ aux ordres du comte Roger, son père, 6- de la com- 
tesse Adélaïde y sa mère y donna à l'abbaye de Mallast ou de Montolieu^ 8c à 
Etienne qui en étoit abbé, l'alleu de Ventenac, dans le comté de Carcassonne, 
dont il se réserva l'usufruit. Il se chargea en même temps de traiter tous les ans 
la communauté le jour de Saint-Jean-Baptiste, patron de l'abbaye. 

L'année suivante, le même prélat se rendit en Aquitaine, où il assista'^, le 17 
du mois de novembre, à la dédicace de l'église de Saint-Martial de Limoges, 
avec dix autres évêques, du nombre desquels étoient Amélius d'Albi, Foulques 
de Carcassonne^, Arnaud de Rodez, 8c Deusdedit deCahors. Les ducs d'Aqui- 
taine 8c de Gascogne 8c plusieurs seigneurs des deux provinces se trouvèrent 
à cette cérémonie, à l'occasion de laquelle on leva de terre le corps de 
S. Martial pour l'exposer à la vénération des fidèles. Amélius, évêque d'Albi , 
avoit succédé à Amblard qui occupoit ce siège '5 en 9985 il est qualifié prélat 
respectable par ses mœurs & par son âge dans les actes ^ du concile tenu à 
Limoges en io3i. Il possédoit encore l'évêché d'Albi en 1040 qu'il assista ^ à 
la dédicace de l'église de Vendôme. 

Pierre, évêque de Girone, peu de temps après celle de l'église de Saint- 
Martial, fit un voyage à Rome, où il offrit^ au mois d'avril de l'an io3i, au 
pape Jean XIX, de racheter à ses dépens trente captifs des mains des Sarrasins, 
s'il vouloit lui donner la permission d'user du pallium douze fêtes de l'année. 
Ce pontife, qui avoit fort à cœur la délivrance des chrétiens esclaves, lui accorda 
volontiers, à cette condition, ce privilège personnel. 

' Voyez tome IV, Note XXII, n, 84. ' Voyez, tome IV, la Note LXIV sur les évêques 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXII. de Carcassonne. [E. M.J 

' Voyez, tome IV, la Note LXXXVII relative à ''' GaUia Chr'istiana, nov. edit. t. i,p. 10. 

l'abbaye de Montolieu. [E. M.] ^ Conciles, t. 9, p. 886 & 892. 

■* Gaafridus prior Voslensis. — Labbe, Bièl. nova * Ibid. p. çSS & suiv. 

manusc. t. 2, p. 283. ^ Marco. Hispanica, j*. 1044. 



An 1028 



■- 7" '^^^ HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

An IO20 

LXXXII. — Hugues, comte de Rouergue 6- marquis de Gothie, gouverne par 
lui-même. — Bourg de Narhonne. 

Hugues , comte de Rouergue & marquis de Gothie , gouvernoit déjà ses 
Etats par lui-même sous l'épiscopat d'Arnaud, évêque de Rodez, &(. du temps 
d'Odalric, abbé de Saint-Martial de Limoges, c'est-à-dire après l'an 1020, que 
celui-ci' fut élu. Se avant l'an io3o, que l'autre étoit déjà décédé^. Cet abbé 
fonda en effet-^, sous l'épiscopat du même Arnaud, l'église de Rieupeyroux au 
diocèse de Rodez, avec un monastère 8c un hôpital, en présence de Hugues, 
comte de Rouergue , de l'abbé de Saint-Amand de Rodez 8c des nobles du 
pays. Il est aussi fait mention de ce même comte dans une ancienne chro- 
Éd.origin. nique '^, dont l'auteur rapporte « que l'Europe étant désolée en 1028 par une 
« cruelle famine, Richard, abbé de Saint- Vannes de Verdun, engagea an 
« comte de Rouergue , pour une somme considérable qu'il distribua aux 
« pauvres, l'abbaye de Saint-x\mand de Rodez qui dépendoit de son mo- 
« nastère, ce qui servit de prétexte à ce comte pour s'emparer des biens de cette 
« abbaye dont il jouit 5 en sorte qu'étant décédé avant que de s'être payé sur 
« les revenus de la somme qu'il avoit prêtée, ses successeurs continuèrent 
« d'en jouir après lui. )> Aussi voit-on que Robert^, comte de Rouergue £< 
successeur de Hugues, possédoit encore en 1060 l'abbaye de Saint-Amand de 
Rodez 8c ses dépendances. 

Nous avons une preuve bien claire que le même Hugues, comte de 
Rouergue, dominoit sur la Septimanieou Gothie 8c le comté particulier de 
Narbonne, dans la donation <5 qu'il fit le 28 de mars de la première année du 
règne du roi Henri, ou de l'an 1082, à la communauté des chanoines de 
Saint-Paul de Narbonne, d'un fief qu'il avoit au-dessus du bourg de Saint- 
Paul de cette ville, 8c qui étoit de son propre droit 6* alleu, car ce prince, qui 
se qualifie comte par la grâce de Dieu, ordonne que si quelqu'un venoit à 
usurper ce domaine, le comte de Narhonne qui seroit alors ait soin de le faire 
restituer. L'acte est souscrit après Bernard-Raimond, abbé de Saint-Paul 8c 
divers seigneurs, par la comtesse Richarde, mère du comte Hugues, 8c par une 
dame appelée Foy. Cette dernière étoit femme de ce prince, ainsi que nous 
l'apprenons d'ailleurs "7. Il y a lieu de conjecturer ^ qu'elle étoit fille de Gui- 
fred, comte de Cerdagne. Au reste, cet acte est une preuve que l'abbaye de 
Saint-Paul, anciennement située hors des murs de Narbonne, étoit renfermée 
alors dans ce qu'on appeloit le bourg, qui est contigu à la cité ou ancienne 
ville, dont il est séparé par l'Aude. 

' Mabillon, ad ann. 1020, n. 83. * Labbe, Bihl. nova manusc. t. i, p. i 83 & seq. 

' Conciles, t, 3, p. 868. — Mabillon, ad ann. 1060, n. 74. 
' Donnai, Histoire manuscrite des comtes de Rouer- <> Tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXVIII. 

gue_, 1. I, c. 8. ' Voyez tome IV, Note VIII, n. 3i. 

* Hugo Flaviniac. Chronicon. — Labbe, Eibl. ^ Baluze, riirîoirc gcncal. de la maison d'Auvcr- 

iQva manusc, t. 1, p. i83. ^'î'?^ !• 1, p. 48 & suiv. 



An 



1029 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 267 ~ 7 

1 An 1020 

LXXXIII. — Union du comté de Gévaudan à celui de Rouergue. 

Hugues, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, augmenta considérable- 
ment son domaine dans la suite, car il hérita ' d'Etienne, comte de Gévaudan, 
mort sans enfans après l'an io33. Ce dernier étoit fils ou petit-fils de Pons, 
comte du même pays, dont on a parlé ailleurs. Hugues lui succéda sans doute 
par droit de sang, car ils avoient, à ce qu'il paroît, une descendance commune. 

LXXXIV. — Mort de Bernard d'Andu^- — Origine de diverses maisons 

de la Province. 

Bernard, seigneur d'Anduze & de Sauve, au diocèse de Nimes, étoit déjà 
décédé à la fin de l'an 1029, lorsque Garsinde, sa veuve, fonda ^ le monastère 
de Saint-Pierre de Sauve, avec Bernard^ son fils, 6" Aime rade, frère de ce der- 
nier, pour la rémission des péchés de Bernard, leur père. Guillaume, comte de 
Toulouse, le vicomte Aton, Béranger de Sauve {de ipso Castro), Éléazar, son 
frère, Bermond de Sommières, Emenon de Sabran, Etienne de Gaïan, Pierre 
d'Andu-^e, Bernard, abbé, Pierre de Claret, Framald de Lèques & plusieurs 
autres seigneurs ou nobles du pays furent présens à cette fondation } sur quoi 
nous remarquerons : 1° qu'on voit ici l'origine de plusieurs anciennes familles 
de la Province, entre autres de celle de Sabran, château situé dans le diocèse 
d'Uzès} 2° que quoique Bernard Se ses fils fussent seigneurs d'Anduze, d'autres 
prenoient cependant le même surnom. On voit^ en effet, en loSy, un Bernard 
d'Andui^e dont nous ignorons la généalogie. Tous ces différens seigneurs qui 
prenoient le surnom d'Anduze Se de Sauve étoient peut-être de la même race Se 
partageoient entre eux le domaine de ce château; mais il est plus vraisem- 
blable qu'ils n'y possédoient que quelques fiefs , ce qui leur aura donné occa- 
sion d'en prendre le surnom. C'est ainsi que plusieurs familles nobles de la 
Province, dans ce siècle Se les suivans, se surnommèrent de Toulouse, de 
Narbonne, de Béziers, de Carcassonne , Sec, parce qu'elles possédoient des 
fiefs dans ces villes, ce qu'il est nécessaire d'observer pour ne pas confondre 
ces maisons avec celles des comtes Se des vicomtes des mêmes villes, leurs suze- 
rains ; 3° que les surnoms, dont l'usage avoit déjà commencé dans la Province 
à la fin du siècle précédent, y étoient déjà communs au commencement du 
suivant. Il est vrai que plusieurs seigneurs continuèrent encore de ne prendre 
que leur simple nom de baptême. 

Garsinde, Bernard Se Almérade mirent^ le monastère de Saint-Pierre de 
Sauve sous la dépendance de l'abbaye de Gellone ou de Saint-Guillem du 
Désert Se de Gauzbert son abbé, à condition que les fils des nobles ou des 
pauvres, qui se présenteroient pour être religieux dans le premier, prendroient j|^|, o^;ein-^ 

• Voyez tome IV, 7/oJe XXVI, n. 3 & sulv. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXXX. 

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CLXIV. ■• IbU. n. CLXIV. 



An io2p 



An io3i 



268 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIIL 

l'habit monastique dans Vautre. Le monastère de Sauve fut fondé dans le 
château de ce nom; il fut soumis dans la suite à l'abbaye de Saint-Victor de 
Marseille dont il dépend encore. Il est à présent du diocèse d'Alais. 

La maison d'Anduze avoit alors l'avouerie &: le ' patronage sur les abbayes 
d'Aniane & de Saint-Guillem du Désert, ce qui fit sans doute ^ que Pons, 
abbé de la première, & Gausfred, abbé de l'autre, étant convenus de cons- 
truire un pont sur l'Hérault, qui subsiste encore aujourd'hui, à une égale 
distance des deux abbayes, ajoutèrent que ce seroit du consentement de 
Vévêque Frédol, lequel étoit évêque du Puy 8c fils de Bernard d'Anduze. 

Au reste, Seguin de Roquefeuil donna^, en io32, plusieurs terres qu'il avoit 
dans les comtés de Lodève & du Rouergue, à l'abbaye de Saint-Guillem, 8c 
Rigaud"^ de Solage, en Rouergue, vassal du comte Hugues 6 du vicomte Ri- 
chard, ayant quitté sa femme C- ses en/ans, y prit l'habit monastique quelques 
années après, 

LXXXV. — Le roi Robert fait un voyage dans la Province. — Sa mort. 

La piété dont le roi Robert faisoit profession, 8c qui l'avoit^ engagé en loig 
à entreprendre le pèlerinage de Rome, le porta aussi quelques années avant 
sa mort à visiter les lieux de dévotion les plus célèbres du royaume. Ce 
prince, qui dans cette occasion parcourut la Province d'une extrémité à 
l'autre, se rendit à Bourges "^^ au commencement du carême; 8c après avoir 
visité la cathédrale de cette ville, il alla à Savigny, en Auvergne, lieu fameux 
par le décès de saint Maïeul, abbé de Cluny, d'où il alla à Saint-Julien de 
Brioude 8c à Véglise de Sainte-Marie , qui ne paroît pas différente de la 
cathédrale du Puy. S'étant ensuite approché du Rhône, il se rendit à l'ab- 
baye de Saint-Gilles, 8c vint à Toulouse visiter l'église de Saint-Saturnin. A 
son retour, il visita celles de Saint-Vincent de Castres en Albigeois , de Saint- 
Antonin 8c de Sainte-Foy, de Conques en Rouergue, 8c de Saint-Géraud 
d'Aurillac en Auvergne. Étant enfin retourné à Bourges, où il arriva le 
jour des Rameaux, il alla ensuite célébrer la fête de Pâques à Orléans, après 
avoir donné partout des marques de sa piété envers Dieu 8c de sa libéralité 
envers les pauvres. Ce prince, dont la vie fut presque toujours occupée de pa- 
reils exercices, mourut le 20 de juillet de l'an io3i 8c laissa la couronne à 
Henri, son fils, qu'il avoit déjà associé au trône, 8c qui étoit devenu l'aîné 
depuis la mort de Hugues qu'il avoit aussi associé 8c qui mourut le 27 de sep- 
tembre de l'an 1026. Unedonation^ faite par Béranger, vicomte de Narbonne, 
à la cathédrale de cette ville le 7 de juin de Van 1082, la seconde année du 

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Oioran, Chronicon. — Duchesne^ t. 2, p. 689. 

méro CLXXV. 6 Helgaud, Diichesne, t. 2, p. 76. — Mabillon, 

' /*/(/. n. CLXV. ad ann. io3i, n. 90. 

3 Ihid. n. CLXIX, la z" charte citée sous ce nu- ' Voyez tome V, Chartes StDiplômeSj n. CLXIX, 

^^''<^- la i'*^ charte citée sous ce numéro. 

" Ibid. n. CLXXIV. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 260 

^ An io3i 

roi Henri, paroît supposer que ce prince fut reconnu clans le pays quelque 
temps avant la mort du roi son père. 

S'il en faut croire un ' auteur du quinzième siècle, « le roi Robert ou le 
« roi Henri (car il ne marque pas le nom) fit tenir un parlement à Toulouse • 
« en io3i, où assistèrent l'archevêque de Bourges, le comte Eudes, Amélius 
« évêque d'Albi, Guifred, évêque de Carcassonne, deux abbés, deux cheva- 
c( liers, deux jurisconsultes 8c un scribe ou greffier, dont il rapporte les noms- 
« lesquels, après avoir fait serment sur les saints Evangiles, rendirent divers 
« arrêts 8c statuèrent entre autres : 1° que quand les vicomtes 8c les viguiers 
« ordonneraient le gage du duel 8c que la partie condamnée à l'accepter en 
« appelleroit au comte, elle auroit la liberté après le jugement de ce dernier 
« d'en appeler au roi ou à son parlement, à raison de l'hommage } 2° que le 
« comte de Toulouse, qui prétendoit la dîme sur celle que levoit l'évêque de 
<( cette ville, fourniroit des preuves de son droit au prochain parlement; 
<c 3° que les officiaux ecclésiastiques seroient soumis aux ordonnances des 
« gens du parlement; 4° que la guerre qu'avoient fait naître les différends 
« qui étoient entre Eéranger, vicomte, 8c Guifred, archevêque de Narbonne, 
(( seroit suspendue ; 5° qu'on payeroit les anciens péages 8c que les vicaires ou 
« viguiers supprimeroient les nouveaux. » 

Comme tous les prélats dont il est fait mention dans l'acte de ce parlement 
vivoient en io3i 8c que vers le même temps Béranger, vicomte de Narbonne, 
étoit en différend avec Guifred, archevêque de cette ville, cela pourroit 
donner quelque poids au témoi2:nap:e de cet auteur , qui déclare à la tête Éd. origin. 

, ^ ^ ^ ,., -. - ■ A 1 • • Ml, p. 162. 

de son ouvrage quil avoit puise dans les anciens monumens ; mais nous 
avons des raisons qui nous persuadent que tout ce qu'il dit de ce prétendu 
parlement tenu en io3i n'est qu'une fable, 8c en effet, le terme de parle- 
ment dont il se sert pour signifier une cour de justice , celui d'arrêt, 8c 
plusieurs autres qu'il emploie, n'étoient point encore alors en usage 8c ne le 
furent que longtemps après. Il se contredit d'ailleurs, car il suppose que dans 
ce parlement, où assista Guifred, évêque de Carcassonne, qui effectivement 
vivoit alors, on y agita une affaire qu'avoit Hilaire , évêque de cette ville, 
contre Hugues de Gaigo 6* Arnoul de Saissac, seigneurs du diocèse. Ce 
qu'on peut donc inférer de plus vraisemblable du récit de cet auteur, c'est 
qu'en io3i le roi, en qualité de souverain, envoya des commissaires à 
Toulouse pour y tenir en son nom les assises 8c y rendre la justice; 8c 
que les prélats 8c les seigneurs dont il rapporte les noms furent chargés de 
cette commission. 

' Chronique de Bardin. — Voyez tome VIII de être de quelque utilité pour ce qui regarde les 

cette édition. La Chronique dite de Bardin, à laquelle temps modernes, mais elle est remplie de fables 

les Bénédictins se reportent ici, est un document pour l'époque ancienne. Ce n'est qu'en i3o2 que 

apocryphe, ou plutôt une compilation faite de tou- l'on peut faire remonter l'origine du Parlement de 

tes pièces à la fin du seizième siècle ou au commen- Parisj celui de Toulouse est beaucoup plus mo- 

cement du dix-septième. Cette compilation peut derne. [E. M.] 



An io3i 



270 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

LXXXVI. — Concile de Limoges. — Évêques du Puy 6' de Mende — Vicomtes 
de PoUgnac. — Le comte Pons excommunié pour s'être marié du vivant de 
sa première femme . 

Quoi qu'il en soit, Amélius, évêque d'Albi, assista au mois de' novembre de 
la même année à deux conciles de sa province, dont l'un fut tenu à Bourges 
le premier de ce mois & l'autre à Limoges dix-huit jours après, 8c auxquels 
Aymon, archevêque de Bourges, présida. Les évêques de la première Aquitaine, 
à la réserve de celui de Rodez dont le siège étoit vacant, s'y trouvèrent tous. 
De ce nombre furent, outre celui d'Albi, Etienne deuxième du nom, du Vêlai 
ou du Puy, & Raimond de Mende. On prétend ^ que ce dernier transféra 
en io36 de Javoux, ancienne capitale du pays, à Mende, les reliques de 
S. Privât. A l'égard d'Etienne, évêque du Puy, il étoit de la maison ^ de 
Mercoeur en Auvergne Se avoit succédé depuis peu à Frédol d'Anduze. Il ob- 
tint, en io5i, du pape"^ Léon IX, tant pour lui que pour ses successeurs, le 
privilège de se servir du pallium, 8t^ donna une église de son patrimoine, 
située près du château de la Fare dans le Vivarais, au monastère de Saint- 
Pierre du Puy. Armand"^ troisième du nom, vicomte de Polignac, souscrivit'' 
à cette donation, ainsi qu'à une autre que fit à ce monastère Heldegarius, 
prévôt de la cathédrale du Puy, sous l'épiscopat du même prélat, qu'on ne 
doit pas confondre avec un autre Etienne de Mercœur, qui, après avoir été 
prévôt de l'église du Puy, devint évêque de Clermont en io5i. Ils étoient fils 
de deux frères de S. Odilon, abbé de Cluny. 

La question de l'apostolat de S. Martial fut agitée avec beaucoup de cha- 
leur dans le concile^ tenu à Limoges 5 elle en fit le sujet principal, 8c En- 
gelric^, chanoine du Puy, y disputa vivement entre autres en faveur de ce 
saint. Cet ecclésiastique avoit un frère nommé Théotard qui fut aussi chanoine 
du Puy, comme il paroît par le Traité sur cet apostolat, qu'Adhémar de Cha- 
bannes leur avoit dédié, 8c à plusieurs autres, trois ans auparavant '°. Cet 
auteur donne à Engelric le titre de grammairien, ce qui signifie homme de 
lettres dans le langage de ce siècle. 

Lie second jour du concile, les religieux de l'abbaye de Beaulieu, dans le 
bas Limousin, représentèrent par leurs députés que le comte de Toulouse 
s'étant emparé de leur monastère, l'avoit donné en bénéfice au comte de Péri- 
gord, qui l'avoit ensuite donné lui-même au vicomte de Comborn , 8c que ce 
dernier en avoit disposé en faveur d'un séculier qu'il y avoit établi pour abbé, 
sous prétexte que Bernard, son oncle", moine de Solignac 8c ensuite évêque 

' Conciles, t. 9, p. 868 & suiv. ' Voyez tome V, Chroniques, n. IV. 

* G allia Christiana, nov. edit. t. c, p. 89. ' Conciles, t. 9, p. 869 & suiv. 

' Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 7. * lèid. p. 870 & suiv. 

^ Galliii Christiana, nov. edit. t. 2, p. 698. '" Mabillon, Annal, ord. S. Ben. t. 4, p. 717 

' Voyez tome V, Chroniques, n. IV. & seq. 

''' Voyez tome IV, Note X, n. 4. " Voyez tome IV, Note VIII, n. 42 8t suiv. 



HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 271 ^ T~ 

I An loJi 

de CahorSj l'avoit été auparavant. Ils demandèrent en conséquence cju'on leur 
donnât un abbé régulier Se qu'on chassât le séculier qui avoit été mis malgré 
eux. Sur cette demande, les pères du concile firent citer le clerc séculier qui 
possédoit l'abbaye de Beaulieu, Se qui, suivant les actes, étoit aussi distingué 
par ses excellentes qualités que par sa naissance. Cet abbé, qui se nommoit 
Hugues de Comborn, étoit sans doute frère du vicomte dont on vient de parler, 
puisqu'il étoit fils ' d'un frère du même Bernard, évêque de Cahors. Il se pré- 
senta à l'assemblée, Se s'étant mis à genoux, pour être jugé suivant les canons, 
il s'avoua coupable Se donna volontiers sa démission. Le concile ordonna 
qu'on éliroit à sa place un abbé régulier, dont les pères Se Guillaume, duc 
d'Aquitaine, renvoyèrent la bénédiction à l'évêque de Limoges. On conserva 
cependant à Hugues la charge de défenseur ou d'avoué de l'abbaye^. 

On examina ensuite la conduite de quelques seigneurs d'Aquitaine, qui, /'^ "'^'fcj 
après avoir été excommuniés par leurs évêques, avoient été à Rome pour se 
faire absoudre par le pape. Engelric, chanoine du Puy, exposa entre autres: 
« que Pons , comte d'Auvergne , avoit été excommunié quelques années aupa- 
« ravant par Etienne, évêque de Clermont, parce qu'il avoit abandonné sa 
« femme légitime pour en prendre une autre j que ce prélat ayant refusé de 
« lever l'anathème, à moins que Pons ne réparât sa faute, ce comte avoit été 
« demander à Rome son absolution au pape, qui sur son seul exposé la lui 
« avoit accordée j que l'évêque s'en étant plaint au pape, ce dernier s'étoit ex- 
« cusé sur ce que ce prélat ne lui avoit rien mandé du sujet de l'excommuni- 
« cation du comte , Se avoit déclaré en même temps que cette absolution étoit 
« nulle Se subreptice. Sur cet exposé, le concile la regarda de même. » Nous 
nous sommes arrêtés sur ces circonstances, parce qu'il nous paroît^ que ce Pons, 
comte d'Auvergne , n'est pas différent de Pons, fils de Guillaume Taillefer, 
comte de Toulouse. Il pouvoit prendre alors la qualité de comte d'Auvergne, 
pour se distinguer de son père qui vivoit encore Se qui s'étoit réservé la 
suzeraineté sur les comtés d'Auvergne Se de Vêlai, dans le temps qu'il les avoit 
cédés aux vicomtes de Clermont, ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs. Nous 
voyons en effet que Pons, fils du m.ême Guillaume Taillefer, prenoit déjà la 
qualité de comte dès le commencement du onzième siècle. Se, comme il étoit 
né vers l'an 990, il peut fort bien s'être marié vers l'an 1020 Se avoir abandonné 
quelque temps après sa première femme pour en prendre une autre j ce qui 
aura donné lieu à son excommunication, que l'évêque de Clermont aura lancée 
vers l'an io25. On doit ajouter à cela que Pons, comte de Toulouse, fils de 
Guillaume Taillefer, ne fut pas scrupuleux sur l'article du mariage; nous 
avons du moins des preuves certaines qu'il répudia Almodis de la Marche, sa 
dernière femme. 

On dressa enfin, dans le concile "♦ de Limoges, divers canons contre la 
simonie Se le concubinage des prêtres, contre les seigneurs qui usurpoient les 

' Mabillon, ad ann. io3i, n. 45. ' Voyez tome IV, Note XVII, n. 6 & suiv. 

' Ihid. * Conciles, t. 9, p. 908 & suiv. 



An io3i 



An io32 



272 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

biens ecclésiastiques, tyrannisoient les peuples, Se se faisoient entre eux une 
guerre cruelle} on résolut de mettre tout le pays en interdit, jusqu'à ce que 
la paix, la justice Se la sûreté publique y eussent été rétablies. Les évêques ' 
des autres provinces tâchèrent aussi dans divers conciles de remédier à ce 
désordre qui régnoit également partout, mais le mal avoit jeté de si profondes 
racines, que tous leurs soins furent inutiles. 

LXXXVII. — Entreprise de V archevêque d'Auch sur la juridiction de celui 
de Narbonne dans la Marche d'Espagne. 

Quelques évêques de la Province s'assemblèrent^ au mois de janvier de 
l'an 1082, pour la dédicace de l'église de Notre-Dame de Ripoll, qu'Oliba, 
évêque d'Ausone, qui en étoit abbé, avoit fait bâtir de nouveau. Les évêques 
Wifred ou Guifred de Carcassonne, Amélius d'Albi, Béranger d'Elne deuxième 
du nom. Se Guadald de Barcelone, assistèrent à cette cérémonie à laquelle se 
trouvèrent aussi plusieurs seigneurs du pays, entre autres Guiired, comte de 
Cerdagne, Se Guillaume, comte de Besalu. L'acte qui en fut dressé fut souscrit 
dans la suite par divers évêques absens. Se par d'autres qui ne furent élus que 
quelque temps après. Guifred de Narbonne, Bernard de Conserans Se Pierre 
de Girone, furent du nombre des premiers. On voit le nom d'Arnaud, évêque 
de Toulouse, parmi les autres. 

Guadald avoit été élu, à ce qu'on prétend 3, évêque de Barcelone en 1029, du 
consentement d'Oton, archevêque d'Auch; mais il y a lieu de douter, sinon des 
circonstances, du moins de l'époque de cette élection, car Guadald étoit déjà 
évêque de Barcelone en 1027, qu'il"* assista à un concile tenuà Ausone. Ce qu'il 
y a de vrai, c'est que si ce prélat s'adressa à l'archevêque d'Auch pour confirmer 
son élection, il falloit qu'il doutât de sa canonicité, puisqu'il déclinoit la juri- 
diction de l'archevêque de Narbonne, son métropolitain. Aussi remarque-t-on ^ 
que quand les évêques de la Marche d'Espagne étoient élus contre les règles, 
ou qu'ils vouloient s'arroger une autorité indépendante de l'archevêque de 
Narbonne, ils avoient recours, pour se faire ordonner, aux archevêques 
d'Auch, métropolitains de la Navarre Se de l'Aragon depuis l'invasion des 
Sarrasins. On en a déjà vu quelques exemples. 

LXXXVIII. — Le royaume de Bourgogne 6* de Provence passe aux empereurs 
d'Allemagne. — Comtes de Valentinois. — Henri I, roi de France, reconnu 
dans le Vivarais, 

Éd. origin. La partie orientale de la Province se ressentit sans doute des troubles qui 
agitèrent la Provence après la mort de Rodolphe le Fainéant, roi de Bour- 

' Conciles, t. 9, p. 910 & suiv. — MablUon, ad ^ Diego, Hist, des comtes de Barcelone,!. z,c,a. 

ann. io33, n. 17. ^ Marca Hispanica, p. 434. 

' Marca Hispanica, p. loj; & 1293. '• Pagi, ad ann. loSz, n. 4. 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 



.73 



An I o'Si 



gogne & de Provence, qui mourut sans enfans le 6 de septembre de l'an io32. 
Il avoit disposé auparavant de tous ses États en faveur de l'empereur Conrad 
le Salique, son beau-frère, ou plutôt de Hepri, fils de ce prince, son neveu. 
Depuis cette donation, les empereurs d'Allemagne prétendirent la souveraineté 
sur les pays situés entre les Alpes & le Rhône j mais leur autorité n'y fut jamais 
bien considérable Se Conrad eut beaucoup de peine à s'y faire reconnoître. Il 
rencontra un dangereux concurrent en la personne d'Eudes, comte de Cham- 
pagne, qui lui disputa cette couronne, en sorte qu'il fut obligé d'assiéger la 
ville devienne', qui se soumit enfin à son obéissance. Eudes s'étant désisté 
dans la suite de ses prétentions, Conrad fit couronner roi de Bourgogne Henri, 
son fils, en io38. 

Quant à la Provence, il y eut, après la mort de Rodolphe, une espèce d'in- 
terrègne dont les comtes de ce pays profitèrent pour affermir leur autorité. 
Nous voyons, en effet, que l'acte^ d'union qui fut faite alors en faveur de 
Gautier, abbé de Saint-Gilles, du monastère de Saint-Eusèbe d'Apt à cette 
abbave, située dans le comté de Nimes 6* la. vallée Flavienne, est daté du mois 
de mars, Dieu régnant b dans l'attente d'un roi. Il paroît^ d'ailleurs que l'em- 
pereur Conrad n'étoit pas encore reconnu dans cette province en io35. 

Il l'étoit déjà en 1087 dans le diocèse & comté de Valence, selon la date 
d'une donation"^ que fit alors Adhémar, comte de Valentinois, à l'abbaye de 
Cluny, avec sa femme Pvotilde 8c ses fils, Pons, évêque de Valence, Hugues, 
Lambert, &lc., pour l'âme du comte Lambert, son père 5 mais il paroît, d'un 
autre côté^, que la partie du Valentinois qui est en deçà du Rhône étoit sou- 
mise dans ce temps-là avec le Vivarais à Henri I, roi de France. C'est ce que 
nous inférons de deux donations datées régnant le roi Henri. Par la première, 
un seigneur^ du Vivarais donne, vers l'an 1043, l'église de Saint-Hilaire, dans 
le territoire de Pradelles, à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert j par l'autre, 
Geilin, comte de Valentinois Se successeur d'Adhémar, ses fils Odon, évêque, 
Arbert, Rostaing, Hugues 8c Conon,8c Ave, sa femme, donnent à l'abbaye de 
Saint-Chaffre l'église de Saint-Barthélémy, située dans la partie du diocèse de 
Valence qui est en deçà du Rhône. Il est vrai qu'on peut rapporter également 
cette date au règne de Henri, roi de Bourgogne j mais, comme ces actes sont 
postérieurs à l'an 1089, que ce prince succéda dans l'empire à-Conrad le Salique 
son père, on n'auroit pas manqué de lui donner la qualité d'empereur. 



LXXXIX. — Mort d'Aton 11, vicomte d'Alhi 6» de Nimes. — Bernard 111, 

son fils, lui succède. 



Aton II, vicomte d'Albi & de Nimes, mourut de mort violente les premières 
années du roi Henri. Il périt, à ce qu'il paroît, par les mains d'un seigneur 



' Hugo Flaviniac. Ckronlcon, 
' Mabillon, ad ann, io32, n, i. 
' lèid. ad ann. io35, n. 6. 
* Ihid. ad ann. loSy, n. 90. 



' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 
méro CLXXXIII, la 4*' charte citée sous ce nu- 
méro. 

* Mabillon, ad ann. 956, n. io3. 



III 



18 



t. II, p. i65. 



^^,^3^ 274 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 

nommé Géraud', de ses frères 8c de leurs fils, qui, pour réparation de sa mort, 
donnèrent en alleu la portion qu'ils avoient aux châteaux de Cahusac Se de 
Berens en Albigeois, &. divers autres domaines à Frotaire, évêque. Se à ses frères 
Bernard Se Segarius, fils de ce vicomte. Se leur en firent^ hommage. Aton II 
avoit hérité^, comme on l'a remarqué ailleurs, de Bernard II, son père. Se de 
Gauciane, sa mère, des vicomtes d'Albi Se de Nimes. Il possédoit aussi plusieurs 
terres Se alleux dans le Toulousain, entre autres le château de Dourgne, au- 
jourd'hui du diocèse de Lavaur, dont les seigneurs lui promirent'^ fidélité, Se 
à Frotaire son fils. Il acquit^, en 1028, une sixième partie du château d'Auriac, 
qui est un ancien titre de baronnie dans le Lauragais. Ce vicomte est sans 
doute le même qu'Aton à qui Ermengaud, comte d'Urgel, donna *^ un alleu la 
trente Se unième année du règne du roi Robert, ou l'an 1027, en échange 
d'un autre qu'Aton avoit donné à Guillaume, vicomte de Castelbon. 

Aton II, vicomte d'Albi Se de Nimes, laissa donc trois fils, Frotaire, Bernard 
Se Segarius, de Gerberge, sa femme. Le premier, qui, à ce qu'il paroît, étoit 
l'aîné, fut élu de son vivant évêque de Nimes, Se il avoit déjà succédé '7, dès 
l'an 1027, dans cet évêché, à Géraud d'Anduze. Il posséda par ijidivis avec le 
vicomte Bernard III, son frère, les vicomtes d'Albi Se de Nimes, Se les autres 
Éd. origin. domaines de leur maison, Se reçut avec lui les hommages^ pour les châteaux 
de Vintrou en Albigeois, de Dourgne, de Villemur,de Lavaur, de Saint-Félix 
dans le Toulousain, Sec. Leur pouvoir commun sur le domaine qui avoit ap- 
partenu à leur père paroît encore par un acte^ suivant lequel Amélius, évêque 
d'Albi, le même Frotaire, évêque de Nimes, Bernard-Aton, son frère, proconsul 
de Nimes 6* prince d'Albi, firent construire un pont dans cette dernière ville, 
sur la rivière de Tarn, de l'avis de Géraud, évêque de Rodez, de Bernard, 
évêque de Cahors, des seigneurs du pays 6- des citoyens 6- bourgeois d'Albi. 
Le terrain sur lequel ce pont fut bâti appartenoit à Anselme, abbé de Saint- 
Salvi Se à ses chanoines, à qui ces seigneurs donnèrent les émolumens du 
nouveau pont. On verra encore ailleurs d'autres preuves de l'autorité commune 
de ces deux frères sur les domaines de leur maison. Frotaire eut de plus 
l'avouerie des abbayes de Castres, de Sorèze, de Saint-Salvi d'Albi, Sec. 

XC. — Raimdnd, comte de Ra-^ès. — Mort de Bernard, comte de Conserans 
6* de Foix. — Partage de ses domaines entre ses fils. 

Arnaud, comte de Razès, décéda aussi les premières années du règne du roi 
Henri 5 car Raimond, son successeur, qui paroît être son fils, donna '° le 18 

' Voyez tome V, C